Fernand Marie Gustave Edmond Lepage est né à Grammont le 16 décembre 1905 et mort à Bruxelles le 16 février 1996. Né dans une famille modeste, Lepage réalise ses études primaires à Grammont avant d’être contraint de se réfugier en Angleterre pour fuir la Première Guerre mondiale. Il y termine ses années d’études primaires et commence ses secondaires, qu’il achève en Belgique une fois la paix restaurée.

Il entame des études de droit à l’Université libre de Bruxelles, dont il ressort docteur en 1929. Il débute alors une carrière d’avocat en tant que stagiaire auprès de Léon Hayoit de Termicourt au barreau de Bruxelles, à Berchem-Sainte-Agathe. En 1933, il est nommé substitut du procureur du Roi de complément au Tribunal de première instance de Bruxelles, où il remplace Guillaume Huybrechts. En 1936, il est promu substitut du procureur du Roi au Tribunal de première instance de Bruxelles; parquet qui était à l’époque dirigé par Walter Ganshof Van der Meersch. Il quitte ce poste en 1939, au moment où on le nomme substitut auprès de l’auditeur militaire en matière de répression des atteintes à la Sûreté extérieure de l’Etat Belge.

Au même moment, Lepage fonde un foyer et épouse Marie-Joseph Brocorens à Grammont, le 27 février 1934. Le couple déménage à Bruxelles dans la première moitié des années 30 et donnera naissance à trois enfants.

En mai 1940, la famille fuit le conflit et se réfugie en France. Finalement, Lepage et sa famille suivront le gouvernement en Angleterre, où ils débarquent le 5 novembre 1940. Très vite, Lepage propose au Premier Ministre belge Hubert Pierlot de rétablir une Sûreté de l’Etat, démantelée de facto par l’arrestation de ses principaux responsables (Ganshof Van der Meersch et Robert de Foy) suite à l’invasion allemande. Le but de cette institution serait de tâter le pouls du pays occupé en établissant des liaisons radiophoniques entre le territoire et le gouvernement, ainsi que de coordonner l’action des réseaux de résistance. Fernand Lepage est nommé Administrateur ad interim de ce réseau de renseignement qu’il faut aider à reconstruire. Etant donné l’absence de Walter Ganshof Van der Meersch, on confie également à Fernand Lepage le poste d’Auditeur Général. Le magistrat belge cumule donc ces deux postes à très haute responsabilité pour une durée temporaire.

En juillet 1943, Walter Ganshof Van der Meersch arrive en Angleterre et prend la tête d’une nouvelle institution, le Haut-Commissariat à la Sûreté de l’Etat, rattaché au Ministère de la Défense. Ganshof Van der Meersch reprend donc le poste d’Auditeur Général à Lepage, tandis que depuis juin 1943 est créée la Direction Générale du Renseignement et de l’Action, dirigée par William Ugeux qui, même s’il se place de facto sous l’autorité de Lepage, en restreint tout de même les prérogatives.

La Belgique étant libérée dans les derniers mois de novembre 1944, le gouvernement et les institutions créées en Angleterre prennent lentement le chemin du retour. Ce sera le cas de la Sûreté de l’Etat, mais sans Fernand Lepage, qui donne sa démission au même moment. Il sera remplacé par Paul Bihin.

Pour autant, cette démission ne marque pas la fin de la carrière de Fernand Lepage, qui devient avocat général après de la Cour d’appel de Gand, puis conseiller d’Etat en 1947. Il gravira les échelons de cette institution jusqu’à en devenir président en janvier 1967 puis premier président en 1971. Il accède à l’éméritat le 16 décembre 1974.

À côté de cette carrière professionnelle très chargée, Fernand Lepage sera également nommé Président de la Fondation Hubert Pierlot, de l’Œuvre nationale des anciens combattants et de la Société de l’Ordre de Léopold notamment, poste qu’il quittera en 1995, quelques mois avant sa mort.

Sources:

  • Emmanuel DEBRUYNE, La guerre secrète des espions belges : 1940-1944, Bruxelles, 2008.
  • Marc COOLS, Koenraad DASSEN, Robin LIBERT, La sûreté : essais sur les 175 ans de la Sûreté de l’État, Bruxelles, 2005.
  • « Het Verzet », Interview du baron Fernand Lepage, 20 juin 1983, CEGESOMA, AA 2268/443.
  • Oscar COOMANS de BRACHENE, Etat présent de la noblesse belge. Annuaire de 1992, vol. 2, Bruxelles, 1993.
  • Journal des Tribunaux, n°5799, Bruxelles, 1996, p. 330.

Vincent Gabriel

Notice rédigée dans le cadre du Séminaire d’histoire de la période contemporaine de l’Université catholique de Louvain (LHIST2280, professeur Emmanuel Debruyne). 

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