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Colloque « Possédé·e·s – Passionné·e·s »

Les 3 et 4 décembre 2025, le colloque « Possédé·e·s – Passionné·e·s » s’est tenu à l’UCLouvain et a réuni chercheur·e·s et invité·e·s autour d’une réflexion collective sur les notions de passion et de possession, et sur les dispositifs audiovisuels mobilisés pour en rendre compte en anthropologie.

Les matinées ont été consacrées au visionnage et à l’analyse d’une trentaine de films produits autour de cette double thématique. Ces films exploraient des terrains variés et abordaient la passion et la possession à travers des situations et des contextes multiples. Deux axes principaux structuraient les projections.

Le premier, celui du portrait de passionné, relevait d’une démarche documentaire centrée sur le regard porté sur l’autre : il s’agissait de filmer des personnes engagées dans une pratique, une croyance ou une activité, afin de saisir les formes d’intensité, d’engagement et de dévouement qui caractérisent leur rapport au monde. Le second axe, le portrait–passion, proposait une approche plus intime et subjective, parfois tournée vers l’expérience du filmeur lui-même, laissant davantage de place aux dimensions sensorielles, émotionnelles et affectives du réel. Ces projections ont donné lieu à des échanges nourris, permettant d’interroger la manière dont les images peuvent rendre compte de phénomènes souvent considérés comme difficilement visibles ou dicibles, tels que les états de transe, les expériences intérieures, les relations aux invisibles ou encore les émotions. Les discussions ont également porté sur les choix de cadrage, de montage et de narration, ainsi que sur la position du chercheur ou du filmeur face à des situations impliquant une forte charge affective ou symbolique.

Les après-midis étaient rythmées par des débats et tables rondes, précédées de projections de films réalisés par les invité·e·s du colloque. La première session, modérée par Frédéric Laugrand (UCLOUVAIN), portait sur la circulation de la parole et les adresses aux invisibles. Philippe Chanson (UNIGE) a proposé plusieurs pistes de réflexion autour du « faire voir » en anthropologie, soulignant les continuités entre écriture et image dans le travail de terrain et dans la restitution des données.

“Que ce soit l’écrit ou l’image , il y a un même travail successif de « savoir-voir », d’« entre-voir », puis de savoir comment rendre ce « voir » par tout un travail de « revoir » dans la visée finale de « faire-voir » – soit donc de rendre accessible leur travail de terrain.” (Philippe Chanson)

Farid El Asri (UIR) est revenu sur la place centrale de l’ouïe dans l’expérience religieuse musulmane, tout en soulignant l’importance croissante de l’écrit et du visuel dans les pratiques contemporaines. Anne-Marie Vuillemenot (UCLOUVAIN) a insisté sur le rôle de la musique et du sonore dans la transmission de la nostalgie et des émotions, rappelant que l’image ne saurait à elle seule prétendre à l’objectivité. Michaël Singleton a proposé une réflexion critique sur le terrain ethnographique et sur la fascination exercée par l’altérité dans la pratique anthropologique.

La seconde table ronde, animée par J.-F. de Hasque (UCLOUVAIN), était consacrée à la visibilité et à la transmission de l’expérience. Jean-Pierre Dozon (IMAF-MSHUM et UCLOUVAIN) et Jean-Paul Colleyn (EHESS) ont présenté leur film « Les dieux – objets », réalisé au Togo avec Marc Augé, en revenant sur les conditions concrètes de tournage auprès de prêtres vaudous et sur la nécessité de travailler en étroite collaboration avec les personnes filmées pour rendre perceptible l’invisible. Chloé Anthoine (UCLOUVAIN)a présenté son film « L’heure tourne hein, mec ! », réalisé dans le cadre de son mémoire, et a souligné l’importance du hors-champ pour suggérer les tensions et les rapports de pouvoir, ainsi que les retours des personnes filmées lors de la projection.

Danielle Leenaerts (UNAMUR) a conclu en proposant une analyse transversale des films visionnés, mettant en évidence des résonances entre des œuvres réalisées dans des contextes très différents, du Togo à la Belgique, et sur une période allant de 1989 à 2025. L’ensemble des débats a été filmé et sera prochainement mis en ligne sur le site du laboratoire.

Le programme est disponible ici.