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	<title>Archives des Non classé - Laap</title>
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	<description>Blog du Laboratoire d’Anthropologie Prospective - UCLouvain, Belgique</description>
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	<title>Archives des Non classé - Laap</title>
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		<title>Deux soutenances de thèse au laboratoire : une diversité de terrains et de problématiques</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Loodts]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Jan 2026 15:19:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Défense de thèse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le&#160;vendredi 16 janvier, notre laboratoire a eu le plaisir d’assister à la soutenance de&#160;deux thèses de doctorat, défendues le même jour par&#160;Léopold Beyaert&#160;et&#160;Gabrielle Fenton. Deux travaux exigeants, ancrés dans des enquêtes ethnographiques approfondies, qui témoignent à la fois de la richesse empirique et de la diversité thématique des recherches menées au sein de notre équipe.&#160; Léopold Beyaert –&#160;Des yoïks de jeunes Samis à l’ère de l’extractivisme vert Léopold Beyaert&#160;a soutenu une thèse consacrée aux&#160;yoïks, formes de chant sami, envisagés comme des pratiques relationnelles, politiques et environnementales contemporaines. Son travail, mené au sein de la communauté samie de&#160;Jåhkåmåhkke, explore la manière dont des jeunes Samis mobilisent la parole poétique pour se reconnaître mutuellement, honorer des relations humaines et non humaines, et répondre aux héritages du colonialisme. La thèse met en lumière comment les yoïks prennent place dans des situations contemporaines marquées par des transformations environnementales et économiques, notamment dans le contexte du conflit minier de Gállok.&#160;À travers ces chants, les jeunes Samis articulent des formes de résistance, de responsabilité et de réciprocité avec leur environnement, tout en cherchant à préserver les conditions matérielles et philosophiques de leur liberté collective. Gabrielle Fenton –&#160;Grassland Ruminations. Dairy Farming in the Land-Water Nexus of the Scheldt’s Estuary Gabrielle Fenton&#160;a soutenu une thèse portant sur l’élevage laitier intensif&#160;dans l’estuaire de l’Escaut, au croisement des enjeux agricoles, hydrologiques et environnementaux. Son travail ethnographique s’intéresse aux relations complexes que les éleveurs et éleveuses entretiennent avec les&#160;prairies laitières, dans un contexte marqué par le changement climatique, le durcissement des normes environnementales et les transformations du paysage. En suivant de près les pratiques quotidiennes, les négociations autour du niveau de l’eau et les conflits d’usage de la terre, la thèse met en lumière les tensions entre production alimentaire, politiques de conservation de la « nature humide », protection contre les inondations et expansion portuaire. Elle montre comment les agriculteurs et agricultrices tentent de maintenir une activité viable dans une&#160;Flandre anthropocénique, où leurs marges de manœuvre se réduisent progressivement. Ces deux soutenances illustrent avec force la&#160;diversité des terrains, des objets et des échelles d’analyse&#160;au sein de notre laboratoire : des chants samis face à l’extractivisme en Europe du Nord aux prairies laitières de l’estuaire de l’Escaut, en passant par des réflexions fines sur les relations entre humains, environnements et politiques contemporaines. Deux thèses qui, chacune à leur manière, interrogent les manières d’habiter, de produire et de résister dans un monde en profonde transformation.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/deux-soutenances-de-these-au-laboratoire-une-diversite-de-terrains-et-de-problematiques/">Deux soutenances de thèse au laboratoire : une diversité de terrains et de problématiques</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le&nbsp;vendredi 16 janvier, notre laboratoire a eu le plaisir d’assister à la soutenance de&nbsp;deux thèses de doctorat, défendues le même jour par&nbsp;Léopold Beyaert&nbsp;et&nbsp;Gabrielle Fenton. Deux travaux exigeants, ancrés dans des enquêtes ethnographiques approfondies, qui témoignent à la fois de la richesse empirique et de la diversité thématique des recherches menées au sein de notre équipe.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Léopold Beyaert –&nbsp;<em>Des yoïks de jeunes Samis à l’ère de l’extractivisme vert</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Léopold Beyaert&nbsp;a soutenu une thèse consacrée aux&nbsp;yoïks, formes de chant sami, envisagés comme des pratiques relationnelles, politiques et environnementales contemporaines. Son travail, mené au sein de la communauté samie de&nbsp;Jåhkåmåhkke, explore la manière dont des jeunes Samis mobilisent la parole poétique pour se reconnaître mutuellement, honorer des relations humaines et non humaines, et répondre aux héritages du colonialisme.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">La thèse met en lumière comment les yoïks prennent place dans des situations contemporaines marquées par des transformations environnementales et économiques, notamment dans le contexte du conflit minier de Gállok.&nbsp;À travers ces chants, les jeunes Samis articulent des formes de résistance, de responsabilité et de réciprocité avec leur environnement, tout en cherchant à préserver les conditions matérielles et philosophiques de leur liberté collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Gabrielle Fenton –&nbsp;<em>Grassland Ruminations. Dairy Farming in the Land-Water Nexus of the Scheldt’s Estuary</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Gabrielle Fenton&nbsp;a soutenu une thèse portant sur l’élevage laitier intensif&nbsp;dans l’estuaire de l’Escaut, au croisement des enjeux agricoles, hydrologiques et environnementaux. Son travail ethnographique s’intéresse aux relations complexes que les éleveurs et éleveuses entretiennent avec les&nbsp;prairies laitières, dans un contexte marqué par le changement climatique, le durcissement des normes environnementales et les transformations du paysage.</p>



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<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" data-id="9403" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/abc933d9-9b46-4d55-9482-a8e77402be17-1024x768.jpg" alt="" class="wp-image-9403" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/abc933d9-9b46-4d55-9482-a8e77402be17-1024x768.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/abc933d9-9b46-4d55-9482-a8e77402be17-300x225.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/abc933d9-9b46-4d55-9482-a8e77402be17-768x576.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/abc933d9-9b46-4d55-9482-a8e77402be17-1536x1152.jpg 1536w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/abc933d9-9b46-4d55-9482-a8e77402be17-1140x855.jpg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/abc933d9-9b46-4d55-9482-a8e77402be17.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">En suivant de près les pratiques quotidiennes, les négociations autour du niveau de l’eau et les conflits d’usage de la terre, la thèse met en lumière les tensions entre production alimentaire, politiques de conservation de la « nature humide », protection contre les inondations et expansion portuaire. Elle montre comment les agriculteurs et agricultrices tentent de maintenir une activité viable dans une&nbsp;Flandre anthropocénique, où leurs marges de manœuvre se réduisent progressivement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces deux soutenances illustrent avec force la&nbsp;diversité des terrains, des objets et des échelles d’analyse&nbsp;au sein de notre laboratoire : des chants samis face à l’extractivisme en Europe du Nord aux prairies laitières de l’estuaire de l’Escaut, en passant par des réflexions fines sur les relations entre humains, environnements et politiques contemporaines. Deux thèses qui, chacune à leur manière, interrogent les manières d’habiter, de produire et de résister dans un monde en profonde transformation.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/deux-soutenances-de-these-au-laboratoire-une-diversite-de-terrains-et-de-problematiques/">Deux soutenances de thèse au laboratoire : une diversité de terrains et de problématiques</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>Colloque « Possédé·e·s – Passionné·e·s »</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/colloque-possede%c2%b7e%c2%b7s-passionne%c2%b7e%c2%b7s-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Loodts]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Jan 2026 09:26:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Anthropologie visuelle]]></category>
		<category><![CDATA[colloque]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[traces]]></category>
		<category><![CDATA[Travaux Etudiants Master Anthropologie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les 3 et 4 décembre 2025, le colloque « Possédé·e·s – Passionné·e·s » s’est tenu à l’UCLouvain et a réuni chercheur·e·s et invité·e·s autour d’une réflexion collective sur les notions de passion et de possession, et sur les dispositifs audiovisuels mobilisés pour en rendre compte en anthropologie. Les matinées ont été consacrées au visionnage et à l’analyse d’une trentaine de films produits autour de cette double thématique. Ces films exploraient des terrains variés et abordaient la passion et la possession à travers des situations et des contextes multiples. Deux axes principaux structuraient les projections. Le premier, celui du portrait de passionné, relevait d’une démarche documentaire centrée sur le regard porté sur l’autre : il s’agissait de filmer des personnes engagées dans une pratique, une croyance ou une activité, afin de saisir les formes d’intensité, d’engagement et de dévouement qui caractérisent leur rapport au monde. Le second axe, le portrait–passion, proposait une approche plus intime et subjective, parfois tournée vers l’expérience du filmeur lui-même, laissant davantage de place aux dimensions sensorielles, émotionnelles et affectives du réel. Ces projections ont donné lieu à des échanges nourris, permettant d’interroger la manière dont les images peuvent rendre compte de phénomènes souvent considérés comme difficilement visibles ou dicibles, tels que les états de transe, les expériences intérieures, les relations aux invisibles ou encore les émotions. Les discussions ont également porté sur les choix de cadrage, de montage et de narration, ainsi que sur la position du chercheur ou du filmeur face à des situations impliquant une forte charge affective ou symbolique. Les après-midis étaient rythmées par des débats et tables rondes, précédées de projections de films réalisés par les invité·e·s du colloque. La première session, modérée par Frédéric Laugrand (UCLOUVAIN), portait sur la circulation de la parole et les adresses aux invisibles. Philippe Chanson (UNIGE) a proposé plusieurs pistes de réflexion autour du « faire voir » en anthropologie, soulignant les continuités entre écriture et image dans le travail de terrain et dans la restitution des données. Farid El Asri (UIR) est revenu sur la place centrale de l’ouïe dans l’expérience religieuse musulmane, tout en soulignant l’importance croissante de l’écrit et du visuel dans les pratiques contemporaines. Anne-Marie Vuillemenot (UCLOUVAIN) a insisté sur le rôle de la musique et du sonore dans la transmission de la nostalgie et des émotions, rappelant que l’image ne saurait à elle seule prétendre à l’objectivité. Michaël Singleton a proposé une réflexion critique sur le terrain ethnographique et sur la fascination exercée par l’altérité dans la pratique anthropologique. La seconde table ronde, animée par J.-F. de Hasque (UCLOUVAIN), était consacrée à la visibilité et à la transmission de l’expérience. Jean-Pierre Dozon (IMAF-MSHUM et UCLOUVAIN) et Jean-Paul Colleyn (EHESS) ont présenté leur film « Les dieux – objets », réalisé au Togo avec Marc Augé, en revenant sur les conditions concrètes de tournage auprès de prêtres vaudous et sur la nécessité de travailler en étroite collaboration avec les personnes filmées pour rendre perceptible l’invisible. Chloé Anthoine (UCLOUVAIN)a présenté son film « L’heure tourne hein, mec ! », réalisé dans le cadre de son mémoire, et a souligné l’importance du hors-champ pour suggérer les tensions et les rapports de pouvoir, ainsi que les retours des personnes filmées lors de la projection. Danielle Leenaerts (UNAMUR) a conclu en proposant une analyse transversale des films visionnés, mettant en évidence des résonances entre des œuvres réalisées dans des contextes très différents, du Togo à la Belgique, et sur une période allant de 1989 à 2025. L’ensemble des débats a été filmé et sera prochainement mis en ligne sur le site du laboratoire. Le programme est disponible ici.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/colloque-possede%c2%b7e%c2%b7s-passionne%c2%b7e%c2%b7s-2/">Colloque « Possédé·e·s – Passionné·e·s »</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Les 3 et 4 décembre 2025, le colloque « Possédé·e·s – Passionné·e·s » s’est tenu à l’UCLouvain et a réuni chercheur·e·s et invité·e·s autour d’une réflexion collective sur les notions de passion et de possession, et sur les dispositifs audiovisuels mobilisés pour en rendre compte en anthropologie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les matinées ont été consacrées au visionnage et à l’analyse d’une trentaine de films produits autour de cette double thématique. Ces films exploraient des terrains variés et abordaient la passion et la possession à travers des situations et des contextes multiples. Deux axes principaux structuraient les projections.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier, celui du portrait de passionné, relevait d’une démarche documentaire centrée sur le regard porté sur l’autre : il s’agissait de filmer des personnes engagées dans une pratique, une croyance ou une activité, afin de saisir les formes d’intensité, d’engagement et de dévouement qui caractérisent leur rapport au monde. Le second axe, le portrait–passion, proposait une approche plus intime et subjective, parfois tournée vers l’expérience du filmeur lui-même, laissant davantage de place aux dimensions sensorielles, émotionnelles et affectives du réel. Ces projections ont donné lieu à des échanges nourris, permettant d’interroger la manière dont les images peuvent rendre compte de phénomènes souvent considérés comme difficilement visibles ou dicibles, tels que les états de transe, les expériences intérieures, les relations aux invisibles ou encore les émotions. Les discussions ont également porté sur les choix de cadrage, de montage et de narration, ainsi que sur la position du chercheur ou du filmeur face à des situations impliquant une forte charge affective ou symbolique.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="724" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/possedes-passionnes-affiche-1024x724.jpg" alt="" class="wp-image-9380" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/possedes-passionnes-affiche-1024x724.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/possedes-passionnes-affiche-300x212.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/possedes-passionnes-affiche-768x543.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Les après-midis étaient rythmées par des débats et tables rondes, précédées de projections de films réalisés par les invité·e·s du colloque. La première session, modérée par Frédéric Laugrand (UCLOUVAIN), portait sur la circulation de la parole et les adresses aux invisibles. Philippe Chanson (UNIGE) a proposé plusieurs pistes de réflexion autour du « faire voir » en anthropologie, soulignant les continuités entre écriture et image dans le travail de terrain et dans la restitution des données.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">“Que ce soit l’écrit ou l’image , il y a un même travail successif de « savoir-voir », d’« entre-voir », puis de savoir comment rendre ce « voir » par tout un travail de « revoir » dans la visée finale de « faire-voir » – soit donc de rendre accessible leur travail de terrain.” (Philippe Chanson) </p>
</blockquote>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Farid El Asri (UIR) est revenu sur la place centrale de l’ouïe dans l’expérience religieuse musulmane, tout en soulignant l’importance croissante de l’écrit et du visuel dans les pratiques contemporaines. Anne-Marie Vuillemenot (UCLOUVAIN) a insisté sur le rôle de la musique et du sonore dans la transmission de la nostalgie et des émotions, rappelant que l’image ne saurait à elle seule prétendre à l’objectivité. Michaël Singleton a proposé une réflexion critique sur le terrain ethnographique et sur la fascination exercée par l’altérité dans la pratique anthropologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde table ronde, animée par J.-F. de Hasque (UCLOUVAIN), était consacrée à la visibilité et à la transmission de l’expérience. Jean-Pierre Dozon (IMAF-MSHUM et UCLOUVAIN) et Jean-Paul Colleyn (EHESS) ont présenté leur film « Les dieux – objets », réalisé au Togo avec Marc Augé, en revenant sur les conditions concrètes de tournage auprès de prêtres vaudous et sur la nécessité de travailler en étroite collaboration avec les personnes filmées pour rendre perceptible l’invisible. Chloé Anthoine (UCLOUVAIN)a présenté son film « L’heure tourne hein, mec ! », réalisé dans le cadre de son mémoire, et a souligné l’importance du hors-champ pour suggérer les tensions et les rapports de pouvoir, ainsi que les retours des personnes filmées lors de la projection.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Danielle Leenaerts (UNAMUR) a conclu en proposant une analyse transversale des films visionnés, mettant en évidence des résonances entre des œuvres réalisées dans des contextes très différents, du Togo à la Belgique, et sur une période allant de 1989 à 2025. L’ensemble des débats a été filmé et sera prochainement mis en ligne sur le site du laboratoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2026/01/Possedes-prog-general.pdf" type="attachment" id="9382">Le programme est disponible ici. </a></p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/colloque-possede%c2%b7e%c2%b7s-passionne%c2%b7e%c2%b7s-2/">Colloque « Possédé·e·s – Passionné·e·s »</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>Hommage au grand penseur congolais, Valentin-Yves Mudimbe</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/hommage-au-grand-penseur-congolais-valentin-yves-mudimbe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aurore Vermylen]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Apr 2025 11:59:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque coloniale]]></category>
		<category><![CDATA[colonisation épistémologique de l'Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[décès]]></category>
		<category><![CDATA[écrivain]]></category>
		<category><![CDATA[Entre les eaux]]></category>
		<category><![CDATA[Hommage]]></category>
		<category><![CDATA[Invention of Africa]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Pensée postcoloniale]]></category>
		<category><![CDATA[Penseur Congolais]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophe]]></category>
		<category><![CDATA[Structure coloniale]]></category>
		<category><![CDATA[Valentin-Yves Mudimbe]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la mort du grand penseur congolais, philosophe, écrivain, poète et critique littéraire Valentin-Yves Mudimbe. Né en 1941 dans le Congo belge à Jadotville (Likasi), il a vingt ans au moment de la décolonisation des empires européens d’Afrique et de l’indépendance du Congo. Ayant vécu l’éducation monastique bénédictine, Valentin-Yves Mudimbe fut un critique particulièrement aiguisé du processus de disciplinarisation colonial. Son œuvre comprendre deux dimensions rarement associées ensemble faute de traductions : l’une littéraire (et francophone) et l’autre philosophique (et anglophone). Dans la première partie de sa carrière, Mudimbe a écrit quatre romans qui ont fait date dans la littérature africaine francophone et qui sont considérés comme des classiques, dès la sortie de ceux-ci. Cette partie de son œuvre, pourtant incontournable pour les lecteurs congolais et le monde francophone, est malheureusement méconnue du monde anglophone, puisque seul son roman Entre les eaux (1973) a été traduit. Son importance au Congo a été telle que tout Congolais étant allé à l’école a étudié son œuvre littéraire ou en a entendu parler. Cette œuvre littéraire se caractérise par une écriture complexe, dense, méta-textuelle, où la narration devient un lieu de questionnement du langage lui-même. À travers des récits complexes et souvent fragmentés, Mudimbe explore les tensions de la subjectivité africaine contemporaine, marquée à la fois par l&#8217;héritage du colonialisme et les tiraillements de la modernité. Ses personnages, principalement des intellectuels africains, évoluent dans des espaces d’ambivalence où le doute, la contradiction et l’opacité ne sont pas des obstacles, mais les matières mêmes du récit. En déconstruisant les cadres d’interprétation traditionnels, Mudimbe interroge les représentations de l’Autre et les limites du savoir. Son œuvre invite ainsi à une lecture active, consciente des enjeux de l’énonciation et du regard, et attentive aux fractures qui traversent toute quête de soi. Cette œuvre littéraire reste profondément marquée par son parcours universitaire et institutionnel au Congo. Mudimbe a en effet été professeur dans le département de philologie romane de l’Université Nationale du Zaïre (UNAZA) et doyen de cette même université. Il a été formé comme philologue, spécialiste des cultures antiques et a joué un rôle important dans l’école linguistique de l’Université de Lubumbashi (UNILU). Sa poésie, écrite dans les années 1970, porte la trace de cette culture lettrée. Son œuvre philosophique, anglophone, prendra son essor avec sa carrière internationale. Après avoir obtenu un doctorat en philosophie et lettres à l’Université de Louvain en 1970 où il fut particulièrement marginalisé, ce ne sera que depuis son exil aux Etats-Unis (Haverford College, Stanford University, Duke Univeristy) qu’il connaîtra la reconnaissance internationale pour son importante contribution. The Invention of Africa : Gnosis, Philosophy and the Order of Knowledge (1988) devient un des livres les plus lus des études africaines dans les universités américaines. Suivant les travaux de Michel Foucault et d’Edward Said, ce livre devient un classique des postcolonial studies. Il ne sera pourtant traduit de l’anglais vers le français par Laurent Vannini et publié aux éditions Présence Africaine qu’en 2021. « Il aura fallu une génération pour traduire son livre dans la langue et les traditions intellectuelles francophones qui l’ont pourtant nourri » (Mamadou Diouf, « Préface »). L’œuvre philosophique de Mudimbe, dans l’espace universitaire francophone, reste encore en grande partie à lire et à traduire. On pense ici particulièrement à The Idea of Africa, African Systems of Thought (1994) mais aussi à Tales of Faith : Religion as Political Performance in Central Africa (1997), History Making in Africa (1993), African Gnosis : Philosophy and the Order of Knowledge (1984), etc. Son œuvre philosophique (L’Invention de l’Afrique. Gnose, philosophie et ordre de la connaissance (1988), L’odeur du père : essai sur des limites de la science et de la vie en Afrique Noire (1982) et The Idea of Africa, African Systems of Thought (1994)) constitue une vaste enquête archéologique sur la construction des savoirs africanistes, depuis l’Occident et donc sur les modes de production du discours sur l’Afrique. C&#8217;est que la domination coloniale de l’Occident sur l’Afrique n’est pas qu’un regard, elle passe également par des dispositifs disciplinaires ainsi que par la production de savoirs coloniaux. L’exercice du pouvoir colonial au Congo fut, en effet, en même temps, le lieu de formation de savoirs qui en retour ont permis à cet exercice de raffiner ses cibles et de complexifier ses technologies de domination (politique des chefferies, disciplinarisation, inculturation, tribunaux indigènes, etc.). La colonisation s’est alors déployée par l’appropriation violente des territoires, par la soumission de ces territoires et des communautés qui y vivent à l’économie extractiviste européenne mais aussi par ce que Mudimbe appelle la « colonisation épistémologique de l’Afrique ». Ce qu’il nomme la « bibliothèque coloniale » est d’abord un dispositif de pouvoir constitué par et pour des ethnologues et des anthropologues qui furent aussi des agents coloniaux. Ce qui fait tenir ce vaste ensemble disparate de récits de voyages, de textes d’administrateurs coloniaux, d’ethnographies, d’images exotiques et primitives, de mesures anthropométriques, de réflexions ethno-philosophiques, de mises en scènes coloniales, d’expositions universelles et de zoos humains, de films et d’éléments culturels, etc. c’est ce que Mudimbe appelle la « structure coloniale » (colonizing structure) qui est inséparable du projet européen de « régénérescence » de l’espace africain et de ses habitants. Le processus qui a permis, durant la période coloniale, de nier et de ruiner l’altérité africaine est passé, selon Mudimbe, par deux opérations emboitées : la « réduction » et la « conversion ». Les sciences coloniales ont, en effet, fixées l’Afrique et les Africains dans le temps et dans l’espace, comme l’administration belge a assigné les populations congolaises à des territoires d’où elles ne pouvaient bouger sans autorisation (apartheid). En réduisant et en fixant les phénomènes sociaux africains à leur plus simple expression, il devenait alors possible de convertir ces réalités réifiées au modèle occidental, c’est-à-dire en formes de gouvernement. Au Congo, pays quatre-vingt fois plus grand que la Belgique, la machine coloniale belge est ainsi passée à la fois par une « politique des chefferies » qui façonna l’ « ethnie » en fonction des intérêts stratégiques du colon, par une politique d’ « inculturation » qui codifia la « coutume » comme une forme d’assujettissement à la civilisation occidentale et chrétienne mais aussi par une politique de « relégation » qui déporta des milliers de congolais dans des camps de travail forcé dans des régions éloignées. A travers son archéologique critique de l’africanisme, Mudimbe permet alors de démanteler ce processus de re-formation, et de ré-aménagement de la « mentalité indigène » (native minds) par la mission civilisatrice belge. Cette production de savoirs à destination de l’Europe, c’est-à-dire à destination des administrateurs coloniaux pour leur permettre de coloniser et transformer l’Afrique et les Africains reste encore très active aujourd’hui. On le voit, par exemple, dans la perpétuation d’un folklore négrophobe en Belgique que ce soit à travers les figures du « Sauvage » lors de la Ducasse de Ath, de la « sortie des Nègres » lors de la Ducasse de Deux-Acren (dans l’entité de Lessines), des « Noirauds » à Bruxelles ou encore dans les figures du « Zwarte Piet ». Mudimbe nous rappelle combien on reste pris par cette bibliothèque, combien on pense encore avec cette bibliothèque même lorsqu’on la conteste. L’in-décolonisable Musée de Tervuren constituant ici, en Belgique, l’encyclopédie de cette bibliothèque exhumée par Mudimbe. On le voit aussi dans les politiques d’asile qui, par le biais de l’interview des réfugiés, trient ceux-ci sur base d’un imaginaire administratif, simplificateur, suspicieux qui répond plus aux logiques internes institutionnelles ethnocentrées qu’à une réelle compréhension fine des quotidiennetés dans la guerre. La fétichisation et la réification de la violence comme seule manière d’appréhender la migration africaine conduit par ailleurs à rejouter le jeu de la fixation des identités ethniques « mises en danger » aux yeux de l’appareil d’asile, qui ne connait que de trop nombreux biais de pensée – tous hérités de cette fameuse « bibliothèque » coloniale décrite par Mudimbe, et qui continue de nos jours à avoir un impact sur les conflits mais également sur la possibilité d’un vivre ensemble. L’indiscipline intellectuelle pratiquée par Mudimbe reste d’une grande actualité pour travailler les savoirs constitués par l’Occident afin de saisir comment des formes de domination se sont historiquement construites. L’héritage de Mudimbe est aussi une leçon d’espérance, particulièrement précieuse aujourd’hui. Il demeure, malgré tout, malgré les continuités (post)coloniales, possible de sortir du labyrinthe nécropolitique. Cette archéologie critique ouvre, non pas sur un fatalisme dépolitisant mais bien sur une désubjectivation comme une décolonisation-des-savoirs-en-train-de-se-faire. On ne sort, en effet, pas indemne d&#8217;un tel travail. C’est pourquoi, le concept de « gnose africaine » (qu’il emprunte lui-même à un anthropologue, Johannes Fabian, qui le formule lors de ses premiers travaux ethnographiques au Katanga sur la Jamaa) souligne, dans son œuvre, la dimension proprement transformatrice de l&#8217;enquête. Déjà dans L’odeur du père, Mudimbe insistait sur les pratiques de soi, en tant que sujet, ce qui implique également un droit à l’hésitation et à la bifurcation (L’écart, 1979). A rebrousse-poil (against the grain) des savoirs disciplinaires, des savoirs de connaissance qui fixe la subjectivité, le travail de Mudimbe produit un savoir émancipateur, non seulement pour l’Afrique et pour les Africains, mais aussi une sortie possible de la « bibliothèque coloniale » pour les Européens. En mettant à l’épreuve les catégories racistes mises en circulation qui ont constitué et qui entretient toujours aujourd’hui les consciences (en mal) d’empire(s), Mudimbe peut aussi nous initier à une démarche de questionnements, à déciller nos évidences sur l’Afrique, préalable à une rencontre désaliénée. En tant qu’anthropologues de l’UCLouvain, nous serions particulièrement heureux que notre université puisse enfin organiser un grand colloque d’hommage pour continuer à partager l’héritage littéraire et philosophique de Mudimbe aux nouvelles générations qui en seront les continuatrices. Martin Vander Elst Post-doctorant au Laboratoire d&#8217;Anthropologie Prospective Maître de conférences invité à l&#8217;école de criminologie (UCLouvain) Aurore Vermylen Post-doctorante au Laboratoire d’anthropologie Prospective et au Centre d’étude des crises et des conflits internationaux (UCLouvain) Un grand merci à Maëline Le Lay pour ses apports lors de la rédaction de cet hommage.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/hommage-au-grand-penseur-congolais-valentin-yves-mudimbe/">Hommage au grand penseur congolais, Valentin-Yves Mudimbe</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/unnamed_3.jpg-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-9357" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/unnamed_3.jpg-1024x576.jpeg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/unnamed_3.jpg-300x169.jpeg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/unnamed_3.jpg-768x432.jpeg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/unnamed_3.jpg-1536x864.jpeg 1536w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/unnamed_3.jpg-1140x641.jpeg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/unnamed_3.jpg.jpeg 1600w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la mort du grand penseur congolais, philosophe, écrivain, poète et critique littéraire Valentin-Yves Mudimbe. Né en 1941 dans le Congo belge à Jadotville (Likasi), il a vingt ans au moment de la décolonisation des empires européens d’Afrique et de l’indépendance du Congo. Ayant vécu l’éducation monastique bénédictine, Valentin-Yves Mudimbe fut un critique particulièrement aiguisé du processus de disciplinarisation colonial. Son œuvre comprendre deux dimensions rarement associées ensemble faute de traductions : l’une littéraire (et francophone) et l’autre philosophique (et anglophone).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la première partie de sa carrière, Mudimbe a écrit quatre romans qui ont fait date dans la littérature africaine francophone et qui sont considérés comme des classiques, dès la sortie de ceux-ci. Cette partie de son œuvre, pourtant incontournable pour les lecteurs congolais et le monde francophone, est malheureusement méconnue du monde anglophone, puisque seul son roman Entre les eaux (1973) a été traduit. Son importance au Congo a été telle que tout Congolais étant allé à l’école a étudié son œuvre littéraire ou en a entendu parler. Cette œuvre littéraire se caractérise par une écriture complexe, dense, méta-textuelle, où la narration devient un lieu de questionnement du langage lui-même. À travers des récits complexes et souvent fragmentés, Mudimbe explore les tensions de la subjectivité africaine contemporaine, marquée à la fois par l&rsquo;héritage du colonialisme et les tiraillements de la modernité. Ses personnages, principalement des intellectuels africains, évoluent dans des espaces d’ambivalence où le doute, la contradiction et l’opacité ne sont pas des obstacles, mais les matières mêmes du récit. En déconstruisant les cadres d’interprétation traditionnels, Mudimbe interroge les représentations de l’Autre et les limites du savoir. Son œuvre invite ainsi à une lecture active, consciente des enjeux de l’énonciation et du regard, et attentive aux fractures qui traversent toute quête de soi.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="400" height="400" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/entre-les-eaux.jpg" alt="" class="wp-image-9362" style="width:603px;height:auto" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/entre-les-eaux.jpg 400w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/entre-les-eaux-300x300.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/entre-les-eaux-150x150.jpg 150w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/entre-les-eaux-75x75.jpg 75w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/entre-les-eaux-24x24.jpg 24w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/entre-les-eaux-48x48.jpg 48w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/entre-les-eaux-96x96.jpg 96w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Cette œuvre littéraire reste profondément marquée par son parcours universitaire et institutionnel au Congo. Mudimbe a en effet été professeur dans le département de philologie romane de l’Université Nationale du Zaïre (UNAZA) et doyen de cette même université. Il a été formé comme philologue, spécialiste des cultures antiques et a joué un rôle important dans l’école linguistique de l’Université de Lubumbashi (UNILU). Sa poésie, écrite dans les années 1970, porte la trace de cette culture lettrée. Son œuvre philosophique, anglophone, prendra son essor avec sa carrière internationale. Après avoir obtenu un doctorat en philosophie et lettres à l’Université de Louvain en 1970 où il fut particulièrement marginalisé, ce ne sera que depuis son exil aux Etats-Unis (Haverford College, Stanford University, Duke Univeristy) qu’il connaîtra la reconnaissance internationale pour son importante contribution. The Invention of Africa : Gnosis, Philosophy and the Order of Knowledge (1988) devient un des livres les plus lus des études africaines dans les universités américaines. Suivant les travaux de Michel Foucault et d’Edward Said, ce livre devient un classique des postcolonial studies. Il ne sera pourtant traduit de l’anglais vers le français par Laurent Vannini et publié aux éditions Présence Africaine qu’en 2021. « Il aura fallu une génération pour traduire son livre dans la langue et les traditions intellectuelles francophones qui l’ont pourtant nourri » (Mamadou Diouf, « Préface »). L’œuvre philosophique de Mudimbe, dans l’espace universitaire francophone, reste encore en grande partie à lire et à traduire. On pense ici particulièrement à The Idea of Africa, African Systems of Thought (1994) mais aussi à Tales of Faith : Religion as Political Performance in Central Africa (1997), History Making in Africa (1993), African Gnosis : Philosophy and the Order of Knowledge (1984), etc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son œuvre philosophique (L’Invention de l’Afrique. Gnose, philosophie et ordre de la connaissance (1988), L’odeur du père : essai sur des limites de la science et de la vie en Afrique Noire (1982) et The Idea of Africa, African Systems of Thought (1994)) constitue une vaste enquête archéologique sur la construction des savoirs africanistes, depuis l’Occident et donc sur les modes de production du discours sur l’Afrique. C&rsquo;est que la domination coloniale de l’Occident sur l’Afrique n’est pas qu’un regard, elle passe également par des dispositifs disciplinaires ainsi que par la production de savoirs coloniaux. L’exercice du pouvoir colonial au Congo fut, en effet, en même temps, le lieu de formation de savoirs qui en retour ont permis à cet exercice de raffiner ses cibles et de complexifier ses technologies de domination (politique des chefferies, disciplinarisation, inculturation, tribunaux indigènes, etc.). La colonisation s’est alors déployée par l’appropriation violente des territoires, par la soumission de ces territoires et des communautés qui y vivent à l’économie extractiviste européenne mais aussi par ce que Mudimbe appelle la « colonisation épistémologique de l’Afrique ». Ce qu’il nomme la « bibliothèque coloniale » est d’abord un dispositif de pouvoir constitué par et pour des ethnologues et des anthropologues qui furent aussi des agents coloniaux. Ce qui fait tenir ce vaste ensemble disparate de récits de voyages, de textes d’administrateurs coloniaux, d’ethnographies, d’images exotiques et primitives, de mesures anthropométriques, de réflexions ethno-philosophiques, de mises en scènes coloniales, d’expositions universelles et de zoos humains, de films et d’éléments culturels, etc. c’est ce que Mudimbe appelle la « structure coloniale » (colonizing structure) qui est inséparable du projet européen de « régénérescence » de l’espace africain et de ses habitants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le processus qui a permis, durant la période coloniale, de nier et de ruiner l’altérité africaine est passé, selon Mudimbe, par deux opérations emboitées : la « réduction » et la « conversion ». Les sciences coloniales ont, en effet, fixées l’Afrique et les Africains dans le temps et dans l’espace, comme l’administration belge a assigné les populations congolaises à des territoires d’où elles ne pouvaient bouger sans autorisation (apartheid). En réduisant et en fixant les phénomènes sociaux africains à leur plus simple expression, il devenait alors possible de convertir ces réalités réifiées au modèle occidental, c’est-à-dire en formes de gouvernement. Au Congo, pays quatre-vingt fois plus grand que la Belgique, la machine coloniale belge est ainsi passée à la fois par une « politique des chefferies » qui façonna l’ « ethnie » en fonction des intérêts stratégiques du colon, par une politique d’ « inculturation » qui codifia la « coutume » comme une forme d’assujettissement à la civilisation occidentale et chrétienne mais aussi par une politique de « relégation » qui déporta des milliers de congolais dans des camps de travail forcé dans des régions éloignées. A travers son archéologique critique de l’africanisme, Mudimbe permet alors de démanteler ce processus de re-formation, et de ré-aménagement de la « mentalité indigène » (native minds) par la mission civilisatrice belge.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="550" height="825" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/550x825.jpg" alt="" class="wp-image-9359" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/550x825.jpg 550w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2025/04/550x825-200x300.jpg 200w" sizes="auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Cette production de savoirs à destination de l’Europe, c’est-à-dire à destination des administrateurs coloniaux pour leur permettre de coloniser et transformer l’Afrique et les Africains reste encore très active aujourd’hui. On le voit, par exemple, dans la perpétuation d’un folklore négrophobe en Belgique que ce soit à travers les figures du « Sauvage » lors de la Ducasse de Ath, de la « sortie des Nègres » lors de la Ducasse de Deux-Acren (dans l’entité de Lessines), des « Noirauds » à Bruxelles ou encore dans les figures du « Zwarte Piet ». Mudimbe nous rappelle combien on reste pris par cette bibliothèque, combien on pense encore avec cette bibliothèque même lorsqu’on la conteste. L’in-décolonisable Musée de Tervuren constituant ici, en Belgique, l’encyclopédie de cette bibliothèque exhumée par Mudimbe. On le voit aussi dans les politiques d’asile qui, par le biais de l’interview des réfugiés, trient ceux-ci sur base d’un imaginaire administratif, simplificateur, suspicieux qui répond plus aux logiques internes institutionnelles ethnocentrées qu’à une réelle compréhension fine des quotidiennetés dans la guerre. La fétichisation et la réification de la violence comme seule manière d’appréhender la migration africaine conduit par ailleurs à rejouter le jeu de la fixation des identités ethniques « mises en danger » aux yeux de l’appareil d’asile, qui ne connait que de trop nombreux biais de pensée – tous hérités de cette fameuse « bibliothèque » coloniale décrite par Mudimbe, et qui continue de nos jours à avoir un impact sur les conflits mais également sur la possibilité d’un vivre ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’indiscipline intellectuelle pratiquée par Mudimbe reste d’une grande actualité pour travailler les savoirs constitués par l’Occident afin de saisir comment des formes de domination se sont historiquement construites. L’héritage de Mudimbe est aussi une leçon d’espérance, particulièrement précieuse aujourd’hui. Il demeure, malgré tout, malgré les continuités (post)coloniales, possible de sortir du labyrinthe nécropolitique. Cette archéologie critique ouvre, non pas sur un fatalisme dépolitisant mais bien sur une désubjectivation comme une décolonisation-des-savoirs-en-train-de-se-faire. On ne sort, en effet, pas indemne d&rsquo;un tel travail. C’est pourquoi, le concept de « gnose africaine » (qu’il emprunte lui-même à un anthropologue, Johannes Fabian, qui le formule lors de ses premiers travaux ethnographiques au Katanga sur la Jamaa) souligne, dans son œuvre, la dimension proprement transformatrice de l&rsquo;enquête. Déjà dans L’odeur du père, Mudimbe insistait sur les pratiques de soi, en tant que sujet, ce qui implique également un droit à l’hésitation et à la bifurcation (L’écart, 1979). A rebrousse-poil (against the grain) des savoirs disciplinaires, des savoirs de connaissance qui fixe la subjectivité, le travail de Mudimbe produit un savoir émancipateur, non seulement pour l’Afrique et pour les Africains, mais aussi une sortie possible de la « bibliothèque coloniale » pour les Européens. En mettant à l’épreuve les catégories racistes mises en circulation qui ont constitué et qui entretient toujours aujourd’hui les consciences (en mal) d’empire(s), Mudimbe peut aussi nous initier à une démarche de questionnements, à déciller nos évidences sur l’Afrique, préalable à une rencontre désaliénée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En tant qu’anthropologues de l’UCLouvain, nous serions particulièrement heureux que notre université puisse enfin organiser un grand colloque d’hommage pour continuer à partager l’héritage littéraire et philosophique de Mudimbe aux nouvelles générations qui en seront les continuatrices.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Martin Vander Elst</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Post-doctorant au Laboratoire d&rsquo;Anthropologie Prospective</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maître de conférences invité à l&rsquo;école de criminologie (UCLouvain)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aurore Vermylen</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Post-doctorante au Laboratoire d’anthropologie Prospective et au Centre d’étude des crises et des conflits internationaux (UCLouvain) </p>



<p class="wp-block-paragraph">Un grand merci à Maëline Le Lay pour ses apports lors de la rédaction de cet hommage.</p>
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		<title>Organisation sociale par le coutumier droit d’eau de source à Ribeira da Cruz (Cap-Vert)</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/organisation-sociale-par-le-coutumier-droit-deau-de-source-a-ribeira-da-cruz-cap-vert/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Justine Masseaux]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Dec 2022 15:17:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Accès à l'eau]]></category>
		<category><![CDATA[Cap-Vert]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Séminaire LAAP]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au Nord-Ouest de l’île Santo Antão (archipel du Cap-Vert), Ribeira da Cruz est une vallée agricole montagneuse d’environ 400 habitants. Les activités sociales et économiques tournent autour du travail des cultures, l’irrigation, le ravitaillement des journaliers et la fabrication de l’eau-de-vie de canne à sucre. L’irrigation y est opérationnelle grâce, d’une part, à l’eau de surface (nascente), la plus ancienne eau exploitée, et d’autre part, à l’eau pompée dans les nappes phréatiques (furo) depuis le milieu des années 1990. Contrairement au furo, la nascente est une eau gratuite, et son strict droit d’usage se transmet lors de l’héritage des terres (parfois, par leur achat). S’y jouent des rapports de pouvoir entre celles et ceux qui ont accès à la terre et donc à l’eau nascente. Sa gestion individuelle est régie par le récit fondateur suivant&#160;: «&#160;No inicio do mundo, au commencement [probablement entre la fin du 18ème et le milieu du19ème&#160;siècle], il y a eu les Lima, une famille juive portugaise qui s’est installée à Ribeira da Cruz pour exploiter les terres. Nho Lima/Mr Lima a eu avec son épouse, quatre enfants&#160;: José, Pedro, Ma Joana et Rosario. En-dehors du mariage, Nho Lima a eu une cinquième enfant, Mariana, mais qu’il n’a pas élevée. Lors de l’héritage des terres cultivables de Nho Lima, tous ses enfants, même Mariana, ont reçu à parts égales la terre, mais aussi l’accès à la nascente (droit d’eau[1]). Ainsi, chacun des 5 enfants devait recevoir 5 jours d’eau (part d’eau) qui composaient un cycle de 25 jours. Toutefois, puisque Mariana n’avait pas grandi en bénéficiant des mêmes conditions de vie que ses frères et sœurs, elle a reçu un jour supplémentaire d’eau en marque de reconnaissance. Depuis lors, le cycle d’eau est fixé à 26 jours (alçada)&#160;» (Récit raconté par différents agriculteurs lors de mes terrains en 2022). De ce récit fondateur vient l’organisation temporelle de la répartition de l’eau d’irrigation. Continuellement, l’alçada – qui forme une chronologie agricole locale – démarre à 6h du matin dans le sens suivant&#160;: José, Ma Joana, Rosario, Mariana et Pedro. Ainsi, les cinq jours (parts) d’eau de chaque enfant, et six pour Mariana, sont des repères temporels qui permettent aux héritiers de savoir à quel moment ils peuvent avoir accès à la nascente. Au fil des générations, les parts d’eau se sont rapidement morcelées, si bien qu’aujourd’hui, un héritier homme ou femme peut seulement recevoir 2&#160;heures d’eau. Lorsque suite à un décès, l’eau est partagée à l’amiable par droit coutumier (récit fondateur des Lima), son droit d’usage, contrairement aux terres héritées, n’est consigné dans aucun document officiel mais assimilé. Avec le récit des Lima, l&#8217;irrigation semble servir « de support à la mémoire collective, elle est un vestige de l&#8217;histoire de la société locale »[2]. À travers leur droit d’eau, les héritiers racontent leurs liens de parenté ainsi que les partages de terres entre les fratries. Ainsi, la distribution de l&#8217;eau en tant qu’action purement sociale reflète la logique d&#8217;organisation d’une société[3]. Les manières de gérer l’irrigation peuvent alors être envisagées comme une « matérialisation des rapports sociaux » ainsi qu’une « imbrication des domaines d&#8217;ordre social et technique »[4]. De sorte qu’à Ribeira da Cruz, le droit coutumier d’eau sur le cycle de la nascente organise la communauté des propriétaires fonciers et contraint leur agenda afin de conduire l’eau durant le créneau horaire défini oralement. Il s&#8217;agit d&#8217;un rendez-vous immanquable – l’eau comme un trésor – pour les cultivateurs dont la vie sociale s’aménage autour de l’alçada. Masseaux Justine, doctorante aspirante FNRS  [1] Pour une définition transdisciplinaire de l’irrigation et de ses droits d’usage, voir Aubriot et Jolly (Coord), Histoires d&#8217;une eau partagée, PU Provence, 2002. [2] Aubriot O., L’eau, miroir d’une société, CNRS édition, 2004. [3] Berque J., Structures sociales du Haut Atlas, PU Paris, 1955&#160;; Bédoucha G., Les liens de l’eau. En Brenne, une société autour de ses étangs, MSH, 2011&#160;; Leach E., Les systèmes politiques des hautes terres de Birmanie, Maspéro, 1972&#160;; Singleton M., Histoires d’eaux africaines, Academia, 2010. [4] Aubriot, ibid.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/organisation-sociale-par-le-coutumier-droit-deau-de-source-a-ribeira-da-cruz-cap-vert/">Organisation sociale par le coutumier droit d’eau de source à Ribeira da Cruz (Cap-Vert)</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><a>Au Nord-Ouest de l’île Santo Antão (archipel du Cap-Vert), Ribeira da Cruz est une vallée agricole montagneuse d’environ 400 habitants. Les activités sociales et économiques tournent autour du travail des cultures, l’irrigation, le ravitaillement des journaliers et la fabrication de l’eau-de-vie de canne à sucre.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’irrigation y est opérationnelle grâce, d’une part, à l’eau de surface (<em>nascente), </em>la plus ancienne eau exploitée, et d’autre part, à l’eau pompée dans les nappes phréatiques (<em>furo</em>) depuis le milieu des années 1990.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="605" height="272" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/12/image-2.png" alt="" class="wp-image-8923" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/12/image-2.png 605w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/12/image-2-300x135.png 300w" sizes="auto, (max-width: 605px) 100vw, 605px" /><figcaption class="wp-element-caption">Zone irriguée (<em>regadio</em>) à Ribeira da Cruz (août 2022) <em>Copyright Justine Masseaux</em></figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Contrairement au <em>furo</em>, la <em>nascente</em> est une eau gratuite, et son strict droit d’usage se transmet lors de l’héritage des terres (parfois, par leur achat). S’y jouent des rapports de pouvoir entre celles et ceux qui ont accès à la terre et donc à l’eau <em>nascente</em>. Sa gestion individuelle est régie par le récit fondateur suivant&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«<em>&nbsp;No inicio do mundo, </em>au commencement [probablement entre la fin du 18<sup>ème</sup> et le milieu du19<sup>ème</sup>&nbsp;siècle], il y a eu les Lima, une famille juive portugaise qui s’est installée à Ribeira da Cruz pour exploiter les terres. <em>Nho Lima/</em>Mr Lima a eu avec son épouse, quatre enfants&nbsp;: José, Pedro, Ma Joana et Rosario. En-dehors du mariage, <em>Nho Lima </em>a eu une cinquième enfant, Mariana, mais qu’il n’a pas élevée. Lors de l’héritage des terres cultivables de Nho Lima, tous ses enfants, même Mariana, ont reçu à parts égales la terre, mais aussi l’accès à la <em>nascente </em>(droit d’eau<a id="_ftnref1" href="#_ftn1">[1]</a>). Ainsi, chacun des 5 enfants devait recevoir 5 jours d’eau (part d’eau) qui composaient un cycle de 25 jours. Toutefois, puisque Mariana n’avait pas grandi en bénéficiant des mêmes conditions de vie que ses frères et sœurs, elle a reçu un jour supplémentaire d’eau en marque de reconnaissance. Depuis lors, le cycle d’eau est fixé à 26 jours (<em>alçada</em>)&nbsp;» (Récit raconté par différents agriculteurs lors de mes terrains en 2022).</p>



<p class="wp-block-paragraph">De ce récit fondateur vient l’organisation temporelle de la répartition de l’eau d’irrigation. Continuellement, l’<em>alçada</em> – qui forme une chronologie agricole locale – démarre à 6h du matin dans le sens suivant&nbsp;: José, Ma Joana, Rosario, Mariana et Pedro. </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="604" height="337" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/12/image-1.png" alt="" class="wp-image-8913" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/12/image-1.png 604w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/12/image-1-300x167.png 300w" sizes="auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Alçada</em>, cycle d&rsquo;eau continu.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, les cinq jours (parts) d’eau de chaque enfant, et six pour Mariana, sont des repères temporels qui permettent aux héritiers de savoir à quel moment ils peuvent avoir accès à la <em>nascente</em>. Au fil des générations, les parts d’eau se sont rapidement morcelées, si bien qu’aujourd’hui, un héritier homme ou femme peut seulement recevoir 2&nbsp;heures d’eau. Lorsque suite à un décès, l’eau est partagée à l’amiable par droit coutumier (récit fondateur des Lima), son droit d’usage, contrairement aux terres héritées, n’est consigné dans aucun document officiel mais assimilé.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/12/image-3.png" alt="" class="wp-image-8933" width="405" height="540" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/12/image-3.png 540w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/12/image-3-225x300.png 225w" sizes="auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px" /><figcaption class="wp-element-caption">Une agricultrice arrosant ses parcelles de bananiers lors de son droit d&rsquo;eau (avril 2022) <em>Copyright Justine Masseaux</em></figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Avec le récit des Lima, l&rsquo;irrigation semble servir « de support à la mémoire collective, elle est un vestige de l&rsquo;histoire de la société locale »<a id="_ftnref2" href="#_ftn2">[2]</a>. À travers leur droit d’eau, les héritiers racontent leurs liens de parenté ainsi que les partages de terres entre les fratries. Ainsi, la distribution de l&rsquo;eau en tant qu’action purement sociale reflète la logique d&rsquo;organisation d’une société<a id="_ftnref3" href="#_ftn3">[3]</a>. Les manières de gérer l’irrigation peuvent alors être envisagées comme une « matérialisation des rapports sociaux » ainsi qu’une « imbrication des domaines d&rsquo;ordre social et technique »<a id="_ftnref4" href="#_ftn4">[4]</a>. De sorte qu’à Ribeira da Cruz, le droit coutumier d’eau sur le cycle de la <em>nascente</em> organise la communauté des propriétaires fonciers et contraint leur agenda afin de conduire l’eau durant le créneau horaire défini oralement. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un  rendez-vous  immanquable – l’eau comme un trésor – pour les cultivateurs dont la vie sociale s’aménage autour de l’<em>alçada</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Masseaux Justine, doctorante aspirante FNRS </strong></em></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> Pour une définition transdisciplinaire de l’irrigation et de ses droits d’usage, voir Aubriot et Jolly (Coord), <em>Histoires d&rsquo;une eau partagée</em>, PU Provence, 2002.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> Aubriot O., <em>L’eau, miroir d’une société, </em>CNRS édition, 2004.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref3" id="_ftn3">[3]</a> Berque J., <em>Structures sociales du Haut Atlas</em>, PU Paris, 1955&nbsp;; Bédoucha G., <em>Les liens de l’eau. En Brenne, une société autour de ses étangs, </em>MSH, 2011&nbsp;; Leach E., <em>Les systèmes politiques des hautes terres de Birmanie, </em>Maspéro, 1972&nbsp;; Singleton M., <em>Histoires d’eaux africaines, </em>Academia, 2010.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref4" id="_ftn4">[4]</a> Aubriot, <em>ibid.</em></p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/organisation-sociale-par-le-coutumier-droit-deau-de-source-a-ribeira-da-cruz-cap-vert/">Organisation sociale par le coutumier droit d’eau de source à Ribeira da Cruz (Cap-Vert)</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title> colloque « Par-dessus les épaules des stagiaires » les 9 et 10 février 2023 à l&#8217;UCLouvain: Appel à communications</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/colloque-par-dessus-les-epaules-des-stagiaires-les-9-et-10-fevrier-2023-a-luclouvain-appel-a-communications/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Loodts]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Oct 2022 10:09:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Call for papers]]></category>
		<category><![CDATA[colloque]]></category>
		<category><![CDATA[Education]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cadre de la présentation des conclusions d’une recherche financée par le Sofina Covid Solidarity Fund géré par la Fondation Roi Baudouin, le Laboratoire d’anthropologie prospective ( LAAP ) de l’UCLouvain organise un colloque international et multidisciplinaire centré sur les questions et les enjeux sociétaux que soulèvent les vécus des étudiantes infirmières et des étudiants infirmiers durant leurs stages. Nous proposons de réfléchir à ce qui constitue la profession infirmière, son apprentissage pratique et les projets sociétaux dans lesquels elle s’inscrit à partir d’une démarche d’anthropologie prospective. Cette démarche nous invite à découvrir et à entendre des paroles et des vécus d’acteurs au-delà des chiffres et du bruit médiatique, pour saisir les contextes dans lesquels des choix sont posés ainsi que la complexité des forces et des pouvoirs qui traversent la société. Le colloque multidisciplinaire et international rassemblera des chercheurs et des professionnels désireux de se plonger dans un espace de réflexion critique politique et pédagogique et en particulier dans les champs du devenir, de l’apprentissage et de la pratique des professions en lien avec les soins. Dans une démarche dialectique, la perspective anthropologique sera enrichie par une confluence d’autres approches qui favoriseront l’émergence d’interactions dynamiques entre de nombreux acteurs. Il se déroulera à Louvain-la-Neuve, le jeudi 9 et le vendredi 10 février 2023. Un appel international à communications est ouvert jusqu&#8217;au 21 octobre 2022. Vous trouverez ci-dessous: l&#8216;argumentaire l&#8217;appel à communications</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/colloque-par-dessus-les-epaules-des-stagiaires-les-9-et-10-fevrier-2023-a-luclouvain-appel-a-communications/"> colloque « Par-dessus les épaules des stagiaires » les 9 et 10 février 2023 à l&rsquo;UCLouvain: Appel à communications</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Dans le cadre de la présentation des conclusions d’une recherche financée par le Sofina Covid Solidarity Fund géré par la Fondation Roi Baudouin, le Laboratoire d’anthropologie prospective ( LAAP ) de l’UCLouvain organise un colloque international et multidisciplinaire centré sur les questions et les enjeux sociétaux que soulèvent les vécus des étudiantes infirmières et des étudiants infirmiers durant leurs stages.</em></strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="723" height="1024" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/10/Capture-decran-2022-10-05-a-11.40.49-723x1024.png" alt="" class="wp-image-8803" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/10/Capture-decran-2022-10-05-a-11.40.49-723x1024.png 723w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/10/Capture-decran-2022-10-05-a-11.40.49-212x300.png 212w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/10/Capture-decran-2022-10-05-a-11.40.49-768x1088.png 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/10/Capture-decran-2022-10-05-a-11.40.49-1085x1536.png 1085w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/10/Capture-decran-2022-10-05-a-11.40.49-1140x1615.png 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/10/Capture-decran-2022-10-05-a-11.40.49.png 1206w" sizes="auto, (max-width: 723px) 100vw, 723px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Nous proposons de réfléchir à ce qui constitue la profession infirmière, son apprentissage pratique et les projets sociétaux dans lesquels elle s’inscrit à partir d’une démarche d’anthropologie prospective. Cette démarche nous invite à découvrir et à entendre des paroles et des vécus d’acteurs au-delà des chiffres et du bruit médiatique, pour saisir les contextes dans lesquels des choix sont posés ainsi que la complexité des forces et des pouvoirs qui traversent la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le colloque multidisciplinaire et international </strong>rassemblera des chercheurs et des professionnels désireux de se plonger dans un espace de réflexion critique politique et pédagogique et en particulier dans les champs du devenir, de l’apprentissage et de la pratique des professions en lien avec les soins. Dans une démarche dialectique, la perspective anthropologique sera enrichie par une confluence d’autres approches qui favoriseront l’émergence d’interactions dynamiques entre de nombreux acteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il se déroulera à Louvain-la-Neuve, le jeudi 9 et le vendredi 10 février 2023.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un appel international à communications est ouvert jusqu&rsquo;au 21 octobre 2022. </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous trouverez ci-dessous: </p>



<ul class="wp-block-list"><li>l<a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/10/Argumentaire-Colloque-Par-dessus-les-epaules-des-stagiaires.pdf">&lsquo;argumentaire</a></li><li>l&rsquo;<a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/10/Appel-a-contributions-Colloque-Par-dessus-les-epaules-des-stagiaires.pdf">appel à communications</a></li></ul>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/colloque-par-dessus-les-epaules-des-stagiaires-les-9-et-10-fevrier-2023-a-luclouvain-appel-a-communications/"> colloque « Par-dessus les épaules des stagiaires » les 9 et 10 février 2023 à l&rsquo;UCLouvain: Appel à communications</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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