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	<title>Archives des covid19 - Laap</title>
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	<description>Blog du Laboratoire d’Anthropologie Prospective - UCLouvain, Belgique</description>
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	<title>Archives des covid19 - Laap</title>
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		<title>Regarder la profession infirmière « par-dessus les épaules » des étudiants : échos d’une recherche en cours</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Loodts]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 May 2022 09:41:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Par Laurent Hayot (stagiaire LAAP) Christine GRARD (Anthropologue et Infirmière enseignante), Channel BAQUET (Anthropologue, titulaire d’un bachelier en philosophie et assistante de recherche au LAAP) et Erica LYNCA MUGISHA (Anthropologue, titulaire d’un master en communication et assistante de recherche au LAAP) travaillent sur le monde infirmier en contexte de pénurie de personnel soignant. Depuis quelques années, la Belgique est touchée par une diminution du nombre du personnel soignant. À cette situation, s’est ajoutée l’apparition de la Covid-19 qui a bouleversé la manière de vivre de chaque individu apportant ainsi son lot de conséquences auxquelles la société a dû faire face. Ce contexte a mis en exergue les difficultés que vivent les étudiantes et les étudiants infirmiers qui réalisent leurs stages au sein du monde des soins de santé. Dans leur recherche, ces trois chercheuses se sont concentrées sur la place qu’occupent les étudiants dans ce contexte de pénurie touchant la profession d’infirmière et d’infirmier en première ligne de front pour apporter les soins nécessaires aux malades et notamment durant la crise de la Covid, ainsi que sur les conséquences de la pandémie sur la désertion de la profession infirmière et sur les violences plurielles qui ont cours pendant les stages. 1. Pénurie de personnel soignant Derrières les vécus difficiles des infirmiers et des infirmières se cache la diminution régulière et ancienne du nombre d’effectif infirmier dans le système des soins de santé en Belgique, qui fait notamment suite à l’abandon des études en soins infirmiers ainsi qu’à la désertion de la profession. La lassitude et la fatigue sont des conséquences directes de la charge de travail qui augmente dans un contexte de sous-effectif grandissant dans le secteur des soins de santé. La covid-19 n’a pas arrangé les choses et est venue ajouter du travail en plus à un personnel soignant déjà bien occupé et donc de moins en moins disponible pour accompagner les étudiants. Les décisions politiques liées à la Covid ont aussi impacté le personnel qui attendait une gestion de la crise plus adaptée qui aurait pris en compte sa situation déjà difficile et une fois encore celui-ci ne s’est pas senti entendu. 2. Enjeux du vécu des étudiants sur la société Les étudiants en soins infirmiers quant à eux vivent et subissent des situations de violence qui sont autant physiques que psychiques. En effet, quand ils sont en stage dans une institution de soins, ceux-ci sont sujets à des discriminations et sont souvent relégués à des tâches peu formatrices ainsi que peu valorisantes alors qu’ils sont dans un environnement censé leur amener de l’expérience et leur montrer ce qu’est la profession et le quotidien du personnel soignant dans l’exercice de ses fonctions. De plus, les personnes qui les encadrent, délèguent donc davantage aux étudiants, mais sans laisser la possibilité à ces derniers de se former dans des conditions favorables à l’apprentissage. Cela entache l’image qu’ils se font de leur future profession et les décourage davantage à poursuivre dans cette voie. 3. Appel à une prise en compte de l’humain dans le monde soignant Le monde infirmier de manière globale demande des politiques publiques qui prendraient davantage en compte l’humain qui est au centre du système de soins de santé. Ce ne sont pas uniquement les patients qui sont concernés par les violences notamment institutionnelles et leurs conséquences, mais également les étudiants et les infirmiers (ou plus généralement les soignants) qui sont, eux aussi des humains, qui ont besoin d’être pris en compte afin que soient préservées leur santé et leur intégrité. Cette recherche vise à proposer des pistes pour répondre de manière adéquate à la désertion des études en soins infirmiers et de la profession infirmière. L’enjeu est de réfléchir à la formation pratique proposée aux étudiants qui désirent devenir infirmières et infirmiers. Quel profil de soignants, quel système de santé et quelles valeurs sociétales souhaitons-nous promouvoir à l’avenir ?</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/regarder-la-profession-infirmiere-par-dessus-les-epaules-des-etudiants-echos-dune-recherche-en-cours/">Regarder la profession infirmière « par-dessus les épaules » des étudiants : échos d’une recherche en cours</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Par Laurent Hayot (stagiaire LAAP)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Christine GRARD (Anthropologue et Infirmière enseignante), Channel BAQUET (Anthropologue, titulaire d’un bachelier en philosophie et assistante de recherche au LAAP) et Erica LYNCA MUGISHA (Anthropologue, titulaire d’un master en communication et assistante de recherche au LAAP) travaillent sur le monde infirmier en contexte de pénurie de personnel soignant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis quelques années, la Belgique est touchée par une diminution du nombre du personnel soignant. À cette situation, s’est ajoutée l’apparition de la Covid-19 qui a bouleversé la manière de vivre de chaque individu apportant ainsi son lot de conséquences auxquelles la société a dû faire face. Ce contexte a mis en exergue les difficultés que vivent les étudiantes et les étudiants infirmiers qui réalisent leurs stages au sein du monde des soins de santé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans leur recherche, ces trois chercheuses se sont concentrées sur la place qu’occupent les étudiants dans ce contexte de pénurie touchant la profession d’infirmière et d’infirmier en première ligne de front pour apporter les soins nécessaires aux malades et notamment durant la crise de la Covid, ainsi que sur les conséquences de la pandémie sur la désertion de la profession infirmière et sur les violences plurielles qui ont cours pendant les stages.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="454" height="306" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image1.jpg" alt="" class="wp-image-8573" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image1.jpg 454w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image1-300x202.jpg 300w" sizes="(max-width: 454px) 100vw, 454px" /><figcaption>Manifestation de soignants à Bruxelles en décembre 2021.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">1. Pénurie de personnel soignant</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrières les vécus difficiles des infirmiers et des infirmières se cache la diminution régulière et ancienne du nombre d’effectif infirmier dans le système des soins de santé en Belgique, qui fait notamment suite à l’abandon des études en soins infirmiers ainsi qu’à la désertion de la profession.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lassitude et la fatigue sont des conséquences directes de la charge de travail qui augmente dans un contexte de sous-effectif grandissant dans le secteur des soins de santé. La covid-19 n’a pas arrangé les choses et est venue ajouter du travail en plus à un personnel soignant déjà bien occupé et donc de moins en moins disponible pour accompagner les étudiants. Les décisions politiques liées à la Covid ont aussi impacté le personnel qui attendait une gestion de la crise plus adaptée qui aurait pris en compte sa situation déjà difficile et une fois encore celui-ci ne s’est pas senti entendu.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="454" height="306" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image2.jpg" alt="" class="wp-image-8583" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image2.jpg 454w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image2-300x202.jpg 300w" sizes="(max-width: 454px) 100vw, 454px" /><figcaption>Étudiants en soins infirmiers en stage dans un hôpital belge en janvier 2022.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">2. Enjeux du vécu des étudiants sur la société</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les étudiants en soins infirmiers quant à eux vivent et subissent des situations de violence qui sont autant physiques que psychiques. En effet, quand ils sont en stage dans une institution de soins, ceux-ci sont sujets à des discriminations et sont souvent relégués à des tâches peu formatrices ainsi que peu valorisantes alors qu’ils sont dans un environnement censé leur amener de l’expérience et leur montrer ce qu’est la profession et le quotidien du personnel soignant dans l’exercice de ses fonctions. De plus, les personnes qui les encadrent, délèguent donc davantage aux étudiants, mais sans laisser la possibilité à ces derniers de se former dans des conditions favorables à l’apprentissage. Cela entache l’image qu’ils se font de leur future profession et les décourage davantage à poursuivre dans cette voie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">3. Appel à une prise en compte de l’humain dans le monde soignant</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le monde infirmier de manière globale demande des politiques publiques qui prendraient davantage en compte l’humain qui est au centre du système de soins de santé. Ce ne sont pas uniquement les patients qui sont concernés par les violences notamment institutionnelles et leurs conséquences, mais également les étudiants et les infirmiers (ou plus généralement les soignants) qui sont, eux aussi des humains, qui ont besoin d’être pris en compte afin que soient préservées leur santé et leur intégrité. Cette recherche vise à proposer des pistes pour répondre de manière adéquate à la désertion des études en soins infirmiers et de la profession infirmière. L’enjeu est de réfléchir à la formation pratique proposée aux étudiants qui désirent devenir infirmières et infirmiers. Quel profil de soignants, quel système de santé et quelles valeurs sociétales souhaitons-nous promouvoir à l’avenir ?</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="454" height="289" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image3.jpg" alt="" class="wp-image-8593" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image3.jpg 454w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image3-300x191.jpg 300w" sizes="(max-width: 454px) 100vw, 454px" /><figcaption>Étudiantes en soins infirmiers présentes lors d’une manifestation de soignants à Bruxelles en mai 2021.</figcaption></figure>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/regarder-la-profession-infirmiere-par-dessus-les-epaules-des-etudiants-echos-dune-recherche-en-cours/">Regarder la profession infirmière « par-dessus les épaules » des étudiants : échos d’une recherche en cours</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>Accéder au terrain et pratiquer l’ethnographie en temps de pandémie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Fenton]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Apr 2021 09:39:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un compte-rendu de Gabrielle Fenton, Julie Hermesse et Gloria Michiels Qu’en est-il du terrain en ces temps de catastrophe sanitaire et de distanciation physique&#160;? Nous résumons ici les échanges d’un workshop où, à travers des réflexions d’ordre méthodologique sur notre pratique ethnographique, nous en venons à débattre autour de questions épistémologiques liées à notre conception du terrain.&#160;&#160; Si nos explorations anthropologiques nous aident à décentrer notre regard pour mieux comprendre la pandémie et ses conséquences, comment s’y prendre pour collecter des données alors que la pratique même de l’ethnographie est radicalement bouleversée voire est contrainte à l’arrêt sur image, pour la conduite de nombreux terrains ? Cela fait plus d’un an que ces questions ne cessent de tarauder de nombreu.se.x anthropologues. Et c’est avec une grande soif de réflexion collaborative que nous – une douzaine de membres de la Chaire AEC et du LAAP – nous sommes réunis en ligne pour les aborder. Le débat s’est construit autour de nos propres expériences mais également en dialogue avec des écrits d’anthropologues (à titre d’exemple&#160;:&#160;Rutherford, 2020&#160;;&#160;Boukala et Cerclet, 2020&#160;;Sourdril et Barbaro, 2020). Si la problématique de base est d’ordre méthodologique, ses retentissements déclenchent des enjeux dont l’ampleur nous semble bien plus vaste pour notre discipline. Nous tentons dans cette note de résumer notre conversation du 19 février 2021 pour l’ouvrir à celles et ceux qui souhaiteraient la poursuivre.&#160; Obstacles et bricolages méthodologiques&#160; Le workshop commence avec un tour de table autour de difficultés rencontrées&#160;sur nos terrains : l’impossibilité de s’y rendre et d’y observer directement les activités sociales ou encore la difficulté de saisir les spécificités d’un endroit sans y être physiquement. Nous parlons également des complications liées à la communication virtuelle telles que la difficulté d’être attenti.ve.f.s à la disponibilité psychologique de nos informat.eur.rice.s dans un contexte où la santé mentale paye un lourd tribut ou encore les mécompréhensions liées à l’absence du non verbal dans les entretiens. Certain.e.s font même face à la disparition d’une partie de leur terrain:&#160;c’est le cas d’Etienne, par exemple, qui se retrouve, six mois après le début de sa thèse, face à l’annulation de tous les évènements culturels au centre de son projet. Ceci révèle également l’aspect très arbitraire de la situation pour les chercheur.e.s car nous sommes affecté.e.s différemment en fonction, par exemple, de l’étape de la recherche à laquelle nous sommes ou encore du type de financement.&#160;&#160; Ces difficultés mettent en exergue certains ingrédients fondamentaux de notre discipline qui sont souvent pris pour acquis et pas (ou plus) souvent mis en avant dans le rendu de nos résultats. Élise par exemple ressent un certain trouble à demander à ses informat.eur.rice.s qu’iels s’adaptent à ses sollicitations d’entretiens ou d’activités en ligne. Cela représente une charge supplémentaire pour elleux mais c’est également un renversement car d’habitude c’est à l’ethnographe de s’adapter au terrain. Ce travail d’adaptation de l’anthropologue, qui est souvent physiquement et psychiquement inconfortable, est cependant essentiel à l’ajustement de notre outil ethnographique principal – notre personne – à une appréhension qualitative du terrain. De manière similaire, Chloé parle de l’importance des moments de ‘zonnage’ sur le terrain, moments informels qui ne sont pas toujours remplaçables virtuellement. Ces moments, sans objectif précis, permettent de tisser des relations et, dans un deuxième temps, ouvrent souvent des pistes d’analyse. Chloé propose ainsi à ses informat.eur.rice.s de laisser leurs téléphones et caméras allumés durant les pauses entre les moments de conversation lorsque chacun.e vaque à ses propres occupations.&#160; Si nous faisons tou.te.s preuve de créativité pour réimaginer nos manières d’aborder nos terrains, les solutions que nous envisageons nous demandent également de repenser avec rigueur l’éthique de notre métier. Chaque nouvelle idée de collecte de données et d’interaction à distance peut avoir des conséquences non-envisagées, particulièrement dans une période où nombre de nos informat.eur.rice.s se retrouvent davantage précarisé.e.s.&#160;&#160;Les chercheur.e.s ne sont pas non plus épargné.e.s. Etienne souligne par exemple combien le caractère intrusif des réseaux sociaux peut être la source d’une nouvelle fatigue ethnographique. En étant interpellé nuit et jour par son terrain, les délimitations de sa sphère privée se brouillent davantage. Cette interaction à distance peut cependant aussi permettre aux informat.eur.rice.s davantage de maîtrise sur le déroulement de la recherche&#160;: Christine raconte que ce sont ses informat.eur.rice.s au Pérou qui «&#160;sont venus la chercher&#160;» proactivement via WhatsApp pour la tenir au courant des développements de la pandémie chez elleux et lui indiquer ce à quoi iels souhaitent qu’elle prête attention (voir image ci-dessous). Ses informat.eur.rice.s partagent ainsi librement la réflexivité qu’iels construisent face à la crise. Ceci témoigne d’un épaississement global de la ‘réflexivité sociale’ (Navaro, 2020) que Christine n’est pas la seule anthropologue à observer&#160;: «&#160;The pandemic has introduced such a contrast to the ways we used to previously relate that it has turned everyone into theorists of their social relations. It is not just anthropologists, therefore, who are reflecting analytically on how people are relating with one another at a time like this. Such social theorising has now become a component of everyday reflection all across the board&#160;» (Navaro, 2020). Le terrain au cœur d’un débat épistémologique À travers ces questionnements sur l’accès au terrain, c’est également notre conception du terrain que l’on interroge. L’humanité est aux prises avec la Covid-19 et les mesures sanitaires, et de facto, nos terrains et nos informat.eur.rice.s en sont tou.te.s impacté.e.s, parfois bousculé.e.s. Les structures sociales en matière d’éducation, d’emploi, de santé – et nous en passons &#8211; connaissent des changements massifs. Reliés les uns aux autres, du marché humide de Wuhan aux mégalopoles américaines en passant par les vieilles villes d’Europe, nous formons une société mondiale dont les corps sont les nouvelles frontières. Pour Agier (2020), dans ce nouveau rapport aux corps et aux autres, c’est un retour des grandes « peurs cosmiques » qui se joue, ces peurs fondamentales et immémoriales qui disent la vulnérabilité du vivant.&#160; La cartographie du virtuel et du hors-ligne dans la vie de nos informat.eur.rice.s se voit également souvent redessinée. Aux États-Unis par exemple, Amazon et Whatsapp recensent tous les deux une augmentation d’utilisation de 40% en 2020 par rapport à l’année précédente[1]. Si cette cartographie appartient à une époque donnée, elle s’installe progressivement depuis quelques années et laissera sûrement de nombreuses traces dans le ‘monde d’après’. Tout en reconnaissant de grandes inégalités d’accès au virtuel à travers le monde, certain.es anthropologues estiment que cela fait longtemps que la discipline ne prête pas suffisamment attention à la continuité entre l’hors-ligne et l’en ligne dans les vies sociales.&#160;&#160; «&#160;It is, frankly, shocking to see how many anthropologists still refer to the physical world as the “real world,” denying the reality of the online (and by implication, conflating the real and the physical (Boellstorff, 2016)). Anthropologists must move beyond treating the digital as a necessary evil or inauthentic substitute, not least because such prejudice flies in the face of how billions of persons engage with digital socialities&#160;».&#160;(Boellstorff, 2020) Notre conception du terrain serait-elle donc déjà contestée avant la pandémie&#160;? Cette question, posée par de nombreu.ses.x anthropologues, repose aussi sur les implications écologiques et genrées que préconise la conception d’un terrain de longue durée et souvent situé dans un ailleurs lointain (voir par exemple&#160;Günel, Varma et Watanabe, 2020). Ce n’est bien sûre pas la première fois que cette conception change, donnant ainsi sa forme actuelle à l’anthropologie. La fin de la colonisation dans les années 1960 par exemple a provoqué une crise de notre discipline alors que les ‘sauvages’ étaient découverts comme des personnes s’engageant dans l’affranchissement politique et l’économie planétaire.&#160;Les anthropologues opèrent alors un&#160;virage spectaculaire&#160;: le choix de leur objet d’étude se porte dorénavant&#160;autant sur leur propre société&#160;que&#160;sur les sociétés non-européennes. De manière résolument provocatrice, au-delà de nos questionnements méthodologiques, nous avons donc entamé à la fin du workshop un débat d’ordre épistémologique : La catastrophe[2] provoquée par la Covid-19 augure-t-elle une crise de notre discipline, au-delà d’une modification momentanée de nos pratiques ?  Durant le débat, Pierre-Yves souligne l’importance d’une approche médiologique pour appréhender le foisonnement d’objets porteurs de ‘sens’ – ces artefact de terrain d’un nouveau genre tel que les posts, les commentaires, les mèmes internet et les capsules vidéo &#8211; sur les réseaux sociaux. Postulant que le médium affecte le contenu, il propose une ré-exploration des champs analytiques de la sémiotique (pragmatique, structurale et cognitive) par les ethnographes (Eraly, 2011). Pris par le temps, le débat n’a été qu’amorcé. Nous sommes cependant enthousiastes de continuer ces réflexions ensemble, entre autres avec les lecteurs de cette note désireux de s’associer à ce travail !   Participant.es au workshop Adelin Mwanangani Mawete, Gloria Michiels, Julie Hermesse, Chloé Allen, Christine Grard, Etienne Dalemans, Armand Abeme, Gabrielle Fenton, Eléonore Haddioui, Pierre-Yves Wauthier, Élise Huysmans Bibliographie Agier, M. (2020).&#160;Vivre avec des épouvantails-Le monde, les corps, la peur.&#160;Premier Parallèle: Paris Boellstorff, T. (2020) Notes from the Great Quarantine: Reflections on Ethnography after Covid-19. In Rutherford, D. (Ed.).&#160;The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.The Werner-Gren Blog.&#160;http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/ Boukala, M., &#38; Cerclet, D. (2020). L’enquête ethnographique face aux enjeux théoriques et méthodologiques du numérique.&#160;Parcours Anthropologiques,&#160;15, 1–25. Eraly, A. (2011). Quelle sémiotique pour quelle théorie sociale&#160;?&#160;Signata(2), 167-194. doi:10.4000/signata.655 Günel, G., Varma, S., &#38; Watanabe, C. (2020). A Manifesto for Patchwork Ethnography.&#160;Society for Cultural Anthropology.&#160;https://culanth.org/fieldsights/a-manifesto-for-patchwork-ethnography Hermesse J. (2020). Du silence et des ambulances&#160;: construction sociale d’une catastrophe autour d’un virus, in Hermesse J., Laugrand F., Laurent P.-J., Mazzocchetti J., Servais O., Vuillemenot A.-M.,&#160;Masquer le monde. Pensées d’anthropologues sur la pandémie, Academia-L’Harmattan: Louvain-la-Neuve, pp. 55-72. Navaro, Y. (2020) Methods and Social Reflexivity in the Time of Covid. In Rutherford, D. (Ed.).&#160;The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.&#160;The Werner-Gren Blog.&#160;http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/ Rutherford, D. (Ed.). (2020) The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.&#160;The Werner-Gren Blog.&#160;http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/ Sourdril, A., &#38; Barbaro, L. (2020). Écouter le silence: Ethnographie et pandémie, comment faire du terrain en temps de confinement?&#160;Carnets de Terrain.&#160;https://blogterrain.hypotheses.org/16329 [1]&#160;Pour les chiffres d ’Amazon «&#160;Charts&#160;: How the coronavirus is changing ecommerce&#160;»&#160;https://www.digitalcommerce360.com/2021/02/15/ecommerce-during-coronavirus-pandemic-in-charts/&#160;et pour les chiffres de WhatsApp, «&#160;Report&#160;: WhatsApp has seen a 40% increase in usage due to COVID-19 pandemic&#160;»&#160;https://techcrunch.com/2020/03/26/report-whatsapp-has-seen-a-40-increase-in-usage-due-to-covid-19-pandemic/?guccounter=1&#38;guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&#38;guce_referrer_sig=AQAAANfr8_7JlCqktIgAuTNtJo5xnMvgWK7DYhLVA4yMvvuNVKLSELyPQSkV-0wIYXuW-D7oZmN2EWnm0vsZPdOhyad4_cyEU8ivq7hw-aGc4UsH0Z9uq8q7aISMFT_au7rwK3KKbssNH4V30joVrc1M4ORbHymnXABODdulYpwLHEwv [2]&#160;Nous argumentons ailleurs qu’il s’agit d’analyser la situation en termes de catastrophe et non de crise (Hermesse, 2021).&#160;</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/acceder-au-terrain-et-pratiquer-lethnographie-en-temps-de-pandemie/">Accéder au terrain et pratiquer l’ethnographie en temps de pandémie</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Un compte-rendu de Gabrielle Fenton, Julie Hermesse et Gloria Michiels</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Qu’en est-il du terrain en ces temps de catastrophe sanitaire et de distanciation physique&nbsp;? Nous résumons ici les échanges d’un workshop où, à travers des réflexions d’ordre méthodologique sur notre pratique ethnographique, nous en venons à débattre autour de questions épistémologiques liées à notre conception du terrain.&nbsp;&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si nos explorations anthropologiques nous aident à décentrer notre regard pour mieux comprendre la pandémie et ses conséquences, comment s’y prendre pour collecter des données alors que la pratique même de l’ethnographie est radicalement bouleversée voire est contrainte à l’arrêt sur image, pour la conduite de nombreux terrains ? Cela fait plus d’un an que ces questions ne cessent de tarauder de nombreu.se.x anthropologues. Et c’est avec une grande soif de réflexion collaborative que nous – une douzaine de membres de la <a href="https://uclouvain.be/fr/facultes/espo/anthropologie-europe" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Chaire AEC </a>et du LAAP – nous sommes réunis en ligne pour les aborder. Le débat s’est construit autour de nos propres expériences mais également en dialogue avec des écrits d’anthropologues (à titre d’exemple&nbsp;:&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">Rutherford, 2020&nbsp;</a>;&nbsp;<a href="https://journals.openedition.org/pa/861">Boukala et Cerclet, 2020</a>&nbsp;;<a href="https://blogterrain.hypotheses.org/16329">Sourdril et Barbaro, 2020</a>). Si la problématique de base est d’ordre méthodologique, ses retentissements déclenchent des enjeux dont l’ampleur nous semble bien plus vaste pour notre discipline. Nous tentons dans cette note de résumer notre conversation du 19 février 2021 pour l’ouvrir à celles et ceux qui souhaiteraient la poursuivre.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="722" height="1024" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2-722x1024.jpg" alt="" class="wp-image-7203" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2-722x1024.jpg 722w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2-212x300.jpg 212w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2-768x1089.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2.jpg 839w" sizes="auto, (max-width: 722px) 100vw, 722px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Obstacles et bricolages méthodologiques&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le workshop commence avec un tour de table autour de difficultés rencontrées&nbsp;sur nos terrains : l’impossibilité de s’y rendre et d’y observer directement les activités sociales ou encore la difficulté de saisir les spécificités d’un endroit sans y être physiquement. Nous parlons également des complications liées à la communication virtuelle telles que la difficulté d’être attenti.ve.f.s à la disponibilité psychologique de nos informat.eur.rice.s dans un contexte où la santé mentale paye un lourd tribut ou encore les mécompréhensions liées à l’absence du non verbal dans les entretiens. Certain.e.s font même face à la disparition d’une partie de leur terrain:&nbsp;c’est le cas d’Etienne, par exemple, qui se retrouve, six mois après le début de sa thèse, face à l’annulation de tous les évènements culturels au centre de son projet. Ceci révèle également l’aspect très arbitraire de la situation pour les chercheur.e.s car nous sommes affecté.e.s différemment en fonction, par exemple, de l’étape de la recherche à laquelle nous sommes ou encore du type de financement.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces difficultés mettent en exergue certains ingrédients fondamentaux de notre discipline qui sont souvent pris pour acquis et pas (ou plus) souvent mis en avant dans le rendu de nos résultats. Élise par exemple ressent un certain trouble à demander à ses informat.eur.rice.s qu’iels s’adaptent à ses sollicitations d’entretiens ou d’activités en ligne. Cela représente une charge supplémentaire pour elleux mais c’est également un renversement car d’habitude c’est à l’ethnographe de s’adapter au terrain. Ce travail d’adaptation de l’anthropologue, qui est souvent physiquement et psychiquement inconfortable, est cependant essentiel à l’ajustement de notre outil ethnographique principal – notre personne – à une appréhension qualitative du terrain. De manière similaire, Chloé parle de l’importance des moments de ‘zonnage’ sur le terrain, moments informels qui ne sont pas toujours remplaçables virtuellement. Ces moments, sans objectif précis, permettent de tisser des relations et, dans un deuxième temps, ouvrent souvent des pistes d’analyse. Chloé propose ainsi à ses informat.eur.rice.s de laisser leurs téléphones et caméras allumés durant les pauses entre les moments de conversation lorsque chacun.e vaque à ses propres occupations.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si nous faisons tou.te.s preuve de créativité pour réimaginer nos manières d’aborder nos terrains, les solutions que nous envisageons nous demandent également de repenser avec rigueur l’éthique de notre métier. Chaque nouvelle idée de collecte de données et d’interaction à distance peut avoir des conséquences non-envisagées, particulièrement dans une période où nombre de nos informat.eur.rice.s se retrouvent davantage précarisé.e.s.&nbsp;&nbsp;Les chercheur.e.s ne sont pas non plus épargné.e.s. Etienne souligne par exemple combien le caractère intrusif des réseaux sociaux peut être la source d’une nouvelle fatigue ethnographique. En étant interpellé nuit et jour par son terrain, les délimitations de sa sphère privée se brouillent davantage. Cette interaction à distance peut cependant aussi permettre aux informat.eur.rice.s davantage de maîtrise sur le déroulement de la recherche&nbsp;: Christine raconte que ce sont ses informat.eur.rice.s au Pérou qui «&nbsp;sont venus la chercher&nbsp;» proactivement via WhatsApp pour la tenir au courant des développements de la pandémie chez elleux et lui indiquer ce à quoi iels souhaitent qu’elle prête attention (voir image ci-dessous). Ses informat.eur.rice.s partagent ainsi librement la réflexivité qu’iels construisent face à la crise. Ceci témoigne d’un épaississement global de la ‘réflexivité sociale’ (Navaro, 2020) que Christine n’est pas la seule anthropologue à observer&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;The pandemic has introduced such a contrast to the ways we used to previously relate that it has turned everyone into theorists of their social relations. It is not just anthropologists, therefore, who are reflecting analytically on how people are relating with one another at a time like this. Such social theorising has now become a component of everyday reflection all across the board&nbsp;» (<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">Navaro, 2020</a></em><em>).</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="451" height="428" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/image_1.jpg" alt="" class="wp-image-7153" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/image_1.jpg 451w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/image_1-300x285.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/image_1-24x24.jpg 24w" sizes="auto, (max-width: 451px) 100vw, 451px" /><figcaption>Photo  prise par Rosa Condé, habitante de la Tablada, et partagée avec Christine pour lui témoigner son vécu du confinement au Pérou.  </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le terrain au cœur d’un débat épistémologique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À travers ces questionnements sur l’accès au terrain, c’est également notre conception du terrain que l’on interroge. L’humanité est aux prises avec la Covid-19 et les mesures sanitaires, et de facto, nos terrains et nos informat.eur.rice.s en sont tou.te.s impacté.e.s, parfois bousculé.e.s. Les structures sociales en matière d’éducation, d’emploi, de santé – et nous en passons &#8211; connaissent des changements massifs. Reliés les uns aux autres, du marché humide de Wuhan aux mégalopoles américaines en passant par les vieilles villes d’Europe, nous formons une société mondiale dont les corps sont les nouvelles frontières. Pour Agier (2020), dans ce nouveau rapport aux corps et aux autres, c’est un retour des grandes « peurs cosmiques » qui se joue, ces peurs fondamentales et immémoriales qui disent la vulnérabilité du vivant.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La cartographie du virtuel et du hors-ligne dans la vie de nos informat.eur.rice.s se voit également souvent redessinée. Aux États-Unis par exemple, Amazon et Whatsapp recensent tous les deux une augmentation d’utilisation de 40% en 2020 par rapport à l’année précédente<a href="applewebdata://5FBB6B12-4EDF-4614-863B-BE5125A8100F#_ftn1"><sup>[1]</sup></a>. Si cette cartographie appartient à une époque donnée, elle s’installe progressivement depuis quelques années et laissera sûrement de nombreuses traces dans le ‘monde d’après’. Tout en reconnaissant de grandes inégalités d’accès au virtuel à travers le monde, certain.es anthropologues estiment que cela fait longtemps que la discipline ne prête pas suffisamment attention à la continuité entre l’hors-ligne et l’en ligne dans les vies sociales.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;It is, frankly, shocking to see how many anthropologists still refer to the physical world as the “real world,” denying the reality of the online (and by implication, conflating the real and the physical (Boellstorff, 2016)). Anthropologists must move beyond treating the digital as a necessary evil or inauthentic substitute, not least because such prejudice flies in the face of how billions of persons engage with digital socialities&nbsp;».&nbsp;(</em><em><a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">Boellstorff, 2020</a>)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre conception du terrain serait-elle donc déjà contestée avant la pandémie&nbsp;? Cette question, posée par de nombreu.ses.x anthropologues, repose aussi sur les implications écologiques et genrées que préconise la conception d’un terrain de longue durée et souvent situé dans un ailleurs lointain (voir par exemple&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">Günel, Varma et Watanabe, 2020</a>). Ce n’est bien sûre pas la première fois que cette conception change, donnant ainsi sa forme actuelle à l’anthropologie. La fin de la colonisation dans les années 1960 par exemple a provoqué une crise de notre discipline alors que les ‘sauvages’ étaient découverts comme des personnes s’engageant dans l’affranchissement politique et l’économie planétaire.&nbsp;Les anthropologues opèrent alors un&nbsp;virage spectaculaire&nbsp;: le choix de leur objet d’étude se porte dorénavant&nbsp;autant sur leur propre société&nbsp;que&nbsp;sur les sociétés non-européennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De manière résolument provocatrice, au-delà de nos questionnements méthodologiques, nous avons donc entamé à la fin du workshop un débat d’ordre épistémologique : La catastrophe<a href="applewebdata://5FBB6B12-4EDF-4614-863B-BE5125A8100F#_ftn2"><sup>[2]</sup></a> provoquée par la Covid-19 augure-t-elle une crise de notre discipline, au-delà d’une modification momentanée de nos pratiques ?  Durant le débat, Pierre-Yves souligne l’importance d’une approche médiologique pour appréhender le foisonnement d’objets porteurs de ‘sens’ – ces artefact de terrain d’un nouveau genre tel que les posts, les commentaires, les mèmes internet et les capsules vidéo &#8211; sur les réseaux sociaux. Postulant que le médium affecte le contenu, il propose une ré-exploration des champs analytiques de la sémiotique (pragmatique, structurale et cognitive) par les ethnographes (Eraly, 2011). Pris par le temps, le débat n’a été qu’amorcé. Nous sommes cependant enthousiastes de continuer ces réflexions ensemble, entre autres avec les lecteurs de cette note désireux de s’associer à ce travail !  </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Participant.es au workshop</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Adelin Mwanangani Mawete, Gloria Michiels, Julie Hermesse, Chloé Allen, Christine Grard, Etienne Dalemans, Armand Abeme, Gabrielle Fenton, Eléonore Haddioui, Pierre-Yves Wauthier, Élise Huysmans</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Agier, M. (2020).&nbsp;<em>Vivre avec des épouvantails-Le monde, les corps, la peur</em>.&nbsp;Premier Parallèle: Paris</p>



<p class="wp-block-paragraph">Boellstorff, T. (2020) Notes from the Great Quarantine: Reflections on Ethnography after Covid-19. In Rutherford, D. (Ed.).&nbsp;<em>The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.</em><em>The Werner-Gren Blog</em>.&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Boukala, M., &amp; Cerclet, D. (2020). L’enquête ethnographique face aux enjeux théoriques et méthodologiques du numérique.&nbsp;<em>Parcours Anthropologiques</em>,&nbsp;<em>15</em>, 1–25.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eraly, A. (2011). Quelle sémiotique pour quelle théorie sociale&nbsp;?&nbsp;<em>Signata</em>(2), 167-194. doi:10.4000/signata.655</p>



<p class="wp-block-paragraph">Günel, G., Varma, S., &amp; Watanabe, C. (2020). A Manifesto for Patchwork Ethnography.&nbsp;<em>Society for Cultural Anthropology</em>.&nbsp;<a href="https://culanth.org/fieldsights/a-manifesto-for-patchwork-ethnography">https://culanth.org/fieldsights/a-manifesto-for-patchwork-ethnography</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Hermesse J. (2020). Du silence et des ambulances&nbsp;: construction sociale d’une catastrophe autour d’un virus, in Hermesse J., Laugrand F., Laurent P.-J., Mazzocchetti J., Servais O., Vuillemenot A.-M.,&nbsp;<em>Masquer le monde. Pensées d’anthropologues sur la pandémie</em>, Academia-L’Harmattan: Louvain-la-Neuve, pp. 55-72.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Navaro, Y. (2020) Methods and Social Reflexivity in the Time of Covid. In Rutherford, D. (Ed.).&nbsp;<em>The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.</em>&nbsp;<em>The Werner-Gren Blog</em>.&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Rutherford, D. (Ed.). (2020) The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.&nbsp;<em>The Werner-Gren Blog</em>.&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sourdril, A., &amp; Barbaro, L. (2020). Écouter le silence: Ethnographie et pandémie, comment faire du terrain en temps de confinement?&nbsp;<em>Carnets de Terrain</em>.&nbsp;<a href="https://blogterrain.hypotheses.org/16329">https://blogterrain.hypotheses.org/16329</a></p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="applewebdata://5FBB6B12-4EDF-4614-863B-BE5125A8100F#_ftnref1"><sup>[1]</sup></a>&nbsp;Pour les chiffres d ’Amazon «&nbsp;Charts&nbsp;: How the coronavirus is changing ecommerce&nbsp;»&nbsp;<a href="https://www.digitalcommerce360.com/2021/02/15/ecommerce-during-coronavirus-pandemic-in-charts/">https://www.digitalcommerce360.com/2021/02/15/ecommerce-during-coronavirus-pandemic-in-charts/</a>&nbsp;et pour les chiffres de WhatsApp, «&nbsp;Report&nbsp;: WhatsApp has seen a 40% increase in usage due to COVID-19 pandemic&nbsp;»&nbsp;<a href="https://techcrunch.com/2020/03/26/report-whatsapp-has-seen-a-40-increase-in-usage-due-to-covid-19-pandemic/?guccounter=1&amp;guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&amp;guce_referrer_sig=AQAAANfr8_7JlCqktIgAuTNtJo5xnMvgWK7DYhLVA4yMvvuNVKLSELyPQSkV-0wIYXuW-D7oZmN2EWnm0vsZPdOhyad4_cyEU8ivq7hw-aGc4UsH0Z9uq8q7aISMFT_au7rwK3KKbssNH4V30joVrc1M4ORbHymnXABODdulYpwLHEwv">https://techcrunch.com/2020/03/26/report-whatsapp-has-seen-a-40-increase-in-usage-due-to-covid-19-pandemic/?guccounter=1&amp;guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&amp;guce_referrer_sig=AQAAANfr8_7JlCqktIgAuTNtJo5xnMvgWK7DYhLVA4yMvvuNVKLSELyPQSkV-0wIYXuW-D7oZmN2EWnm0vsZPdOhyad4_cyEU8ivq7hw-aGc4UsH0Z9uq8q7aISMFT_au7rwK3KKbssNH4V30joVrc1M4ORbHymnXABODdulYpwLHEwv</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="applewebdata://5FBB6B12-4EDF-4614-863B-BE5125A8100F#_ftnref2"><sup>[2]</sup></a>&nbsp;Nous argumentons ailleurs qu’il s’agit d’analyser la situation en termes de catastrophe et non de crise (Hermesse, 2021).&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/acceder-au-terrain-et-pratiquer-lethnographie-en-temps-de-pandemie/">Accéder au terrain et pratiquer l’ethnographie en temps de pandémie</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Pandémie et tourisme de masse : les Tao face à des crises environnementales identitaires</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Loodts]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Apr 2021 09:55:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Par Julien Laporte, doctorant en sciences politiques et sociales à l’Université Catholique de Louvain. Avant même que la Covid-19 n’atteigne l’Europe, en janvier 2020, Taïwan décida de la fermeture de ses frontières internationales, créant ainsi une concentration inattendue de visiteurs sur le territoire des Tao. Depuis 2020, les membres de la communauté ne peuvent qu’observer les conséquences de ce tourisme de masse qui menace la population locale. Pongso no Tao, qui se traduit par “l’Île des Hommes” en&#160;ciriciring no tao, la langue des Tao, est un archipel de 45 km2situé au sud-est de Taïwan. Également appelée l’Île aux Orchidées, ce territoire appartient aux Tao (Yami), une communauté autochtone dont les 5 000 âmes humaines sont réparties entre 6 villages côtiers qui vivent, pour la plupart, des activités ichtyologiques, agricoles et touristiques.&#160;&#160; Depuis la fin des années 1970, les Tao se battent contre des injustices environnementales de taille. Cherchant un lieu propice pour se débarrasser des déchets des centrales nucléaires situées sur l’île de Taïwan, le territoire des Tao s’est vu réquisitionné par le régime du président Chiang Ching-kuo (蔣經國), avec la participation du Conseil de l’Énergie Atomique (AEC) et de la compagnie d’électricité Taipower (Taiwan Power Company). Ayant obtenu l’accord des Tao, en prétendant qu’il s’agissait de la construction d’une usine pour faire des conserves de poisson, la construction de l’usine de stockage a été entamée et contient, à l’heure actuelle, près de 100 000 barils. Les&#160;Tao non seulement ne parviennent pas, malgré une lutte acharnée, à faire retirer de leur territoire ces déchets qu’ils associent aux&#160;anito, des esprits malfaisants, pire encore, ils voient, graduellement, les impacts de la présence de ces déchets&#160;: détérioration de la santé avec l’apparition de nouvelles maladies, extinction de certaines espèces de poissons, disparition progressive de crustacés.&#160; N’oublions pas que les déchets nucléaires sont composés d’éléments radioactifs tels que le plutonium et l’uranium dont les temps de demi-vie sont, respectivement, de 24 000 ans et de 4,5 milliards d’années. Ajouter à cela la piètre qualité des barils provoquant des fuites récurrentes de matériel radioactif s’écoulant dans le sol et l’océan, et l’on obtient une crise environnementale des plus menaçantes. Bien que les Tao expriment leur mécontentement contre l’installation de cette entreprise coloniale, leurs appels restent tus et ils peinent à recevoir les compensations financières qui leur sont dues.&#160;&#160;&#160; Plus récemment, avec l’épidémie de la COVID-19 et la fermeture des frontières internationales, de nombreux adeptes de voyages à l’international (Japon, Philippines, Corée, etc.) se sont vus contraints de visiter l’intérieur du territoire, créant ainsi un déferlement de touristes vers les destinations les plus prisées, comme c’est le cas de&#160;Pongso no Tao. Attirant, chaque année, une centaine de milliers de visiteurs en quête d’ «&#160;exotisme&#160;» aux couleurs d’une eau cristalline, les Tao ont vu défiler plus de 220 000 touristes entre les mois de février et juillet 2020. Il va sans dire qu’une telle invasion a des répercussions tout aussi importantes sur l’environnement. Et ce fut le cas avec, entre autres, un blanchissement sans précédent des coraux, et une accumulation de déchets plastiques dépassant largement les capacités logistiques de la seule compagnie de traitement présente sur le territoire. Pour les experts, le blanchissement des coraux serait associé à trois facteurs&#160;: i) une hausse anormale des températures, ii) l’utilisation de crèmes solaires avec des composés chimiques qui sont malencontreusement absorbés par les coraux et iii) l&#8217;évacuation des eaux usées domestiques dans l&#8217;océan. Le blanchissement des coraux de 2020 était extrêmement important, au point d’inquiéter les biologistes sur l’avenir de la faune et de la flore marines. Pour les Tao qui possèdent des savoirs écologiques marins pluri-générationnels, ce blanchissement est une réponse au changement des saisons. Un aîné me confiera&#160;: «&#160;Les coraux sont comme les arbres&#160;: en automne ils perdent leurs feuilles de la même manière que les coraux blanchissent. Dans quelques mois, ils reviendront à leur état ‘normal’&#160;».&#160;&#160;&#160; Pour ce qui est de la pollution plastique, avec deux tonnes de déchets produits quotidiennement pour une production annuelle de 1 500 tonnes de matières ne pouvant être ni traitées ni transformées, par manque d’installations adéquates, il est à craindre que la colline de déchets devienne montagne. Bien que le gouvernement ait pris certaines directives pour sensibiliser les touristes à leur impact environnemental, en les incitant vivement à quitter l’île avec un sac de bouteilles de plastique vides, l’impact général reste dérisoire. La ville de Taitung visant à réduire la quantité de déchets plastiques dans les usines de traitement, ceux de l’île de&#160;Pongso no Tao&#160;ne peuvent désormais plus être acheminés, par bateau, à Taidong, ce qui force les habitants à stocker. A cela s’ajoute une course au ciment avec des bâtisses et des chambres d’hôtes qui ne cessent d’émerger pour répondre à la demande. Ces maisons neuves ne possèdent toutefois pas les équipements nécessaires pour supporter un tel mouvement de population, n’ayant d’autres choix que de rejeter les eaux usées dans l’océan, participant à une pollution déjà bien présente. Considérant le développement effréné du tourisme sur l’île, les locaux se retrouvent contraints de devoir gérer de multiples problèmes, dont celui de l’approvisionnement en eau potable, acheminée par des centaines de mètres de tuyaux aux maisons depuis le sommet des montagnes. Discutons maintenant d’une face encore plus sombre du tourisme, celui du comportement des visiteurs face aux différentes formes d’altérités. Dans leur «&#160;être-à-l’océan&#160;», les Tao comptent de nombreuses règles, que certains désignent sous le terme de «&#160;tabous&#160;». Pour n’en citer que quatre, il est interdit pour les non-Tao, de toucher les bateaux en bois destinés à la pêche aux poissons volants ou de prendre des photos des poissons accrochés sur le rack,&#160;rarawan.&#160;&#160;Pendant la saison du poisson-volant, il est également interdit de pratiquer la pêche sous-marine au harpon et l’été est marqué par une période de trêve pour la capture de crustacés. Ces règles de «&#160;bonne conduite&#160;» furent promulguées par le roi des poissons volants aux ailes noires,&#160;appelé&#160;mavaeng so panid aalibangbang. Afin de recevoir chaque année des poissons-volants dans les eaux de&#160;Pongso no Tao, les Tao doivent s’accorder les bonnes grâces des «&#160;êtres-d’en-Haut&#160;» en leur offrant les meilleurs aliments et en respectant les différentes règles. Avec un tel tourisme de masse, il devient impossible de sensibiliser et surveiller le comportement des touristes qui pourraient, par un geste inopportun, attirer le mauvais œil sur les propriétaires des bateaux. Ce qui arrive fréquemment est qu’en l’absence d’un contrôle plus restreint, des débordements et des abus se créent, comme en 2016 lorsque des Taïwanais ont eu l’idée d’offrir une location de jets skis aux touristes pendant la saison du poisson-volant, correspondant à la saison haute du tourisme. A la suite de tensions entre les pêcheurs et le propriétaire, les premiers accusant le dernier de perturber les poissons, l’affaire fut close, le propriétaire s’excusant pour son comportement, et les jet-skis renvoyés à Taïwan.&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160; Pour les Tao, la déferlante touristique amenée, indirectement, par la pandémie de la COVID-19, représente une opportunité en or pour les propriétaires d’hôtels et une menace plus ou moins latente pour l’ensemble de la population. Les habitants commencent à entrevoir les conséquences dramatiques d’un tourisme incontrôlable et incontrôlé, qui menace de crises écologiques, sociales, culturelles, identitaires les habitants de&#160;Pongso no Tao. La question du ‘surtourisme’ Covid-19 est très peu documentée pour la simple et bonne raison qu’il s’agit d’une situation relativement peu connue ni commune. Son contraire a davantage fait couler d’encres, notamment en évoquant les conséquences désastreuses sur les économies locales. Les trois bateaux de 250 personnes qui débarquent chaque jour sur l’île de&#160;Pongso no Tao, ajoutés aux multiples aller-retours aériens transportant une vingtaine de personnes, apportent des touristes qui ne sont pas nécessairement conscients qu’ils débarquent sur le territoire des Tao. Bien que les locaux s’époumonent à essayer d’éduquer les non-locaux sur les règles à respecter, ils ne peuvent que baisser les bras devant une telle invasion. Il y a un besoin urgent d’un tourisme respectueux et durable qui est, selon moi, difficilement imaginable sans limiter d’abord le nombre de visiteurs.&#160; Julien Laporte est étudiant au doctorat en sciences politiques et sociales à l’Université Catholique de Louvain. Ses intérêts de recherche portent sur les relations interespèces humains/non-humains avec une place particulière pour les non-humains marins. Pratiquant la pêche sous-marine avec une communauté autochtone de Taïwan, il mobilise, entre autres, les anthropologies sous-marine et sensorielle pour tenter de comprendre les interactions entre les pêcheurs et l’océan.&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires/">Pandémie et tourisme de masse : les Tao face à des crises environnementales identitaires</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Par Julien Laporte, doctorant en sciences politiques et sociales à l’Université Catholique de Louvain.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">A<strong>vant même que la Covid-19 n’atteigne l’Europe, en janvier 2020, Taïwan décida de la fermeture de ses frontières internationales, créant ainsi une concentration inattendue de visiteurs sur le territoire des Tao. Depuis 2020, les membres de la communauté ne peuvent qu’observer les conséquences de ce tourisme de masse qui menace la population locale.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pongso no Tao</em>, qui se traduit par “l’Île des Hommes” en&nbsp;<em>ciriciring no tao</em>, la langue des Tao, est un archipel de 45 km<sup>2</sup>situé au sud-est de Taïwan. Également appelée l’Île aux Orchidées, ce territoire appartient aux Tao (Yami), une communauté autochtone dont les 5 000 âmes humaines sont réparties entre 6 villages côtiers qui vivent, pour la plupart, des activités ichtyologiques, agricoles et touristiques.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis la fin des années 1970, les Tao se battent contre des injustices environnementales de taille. Cherchant un lieu propice pour se débarrasser des déchets des centrales nucléaires situées sur l’île de Taïwan, le territoire des Tao s’est vu réquisitionné par le régime du président Chiang Ching-kuo (蔣經國), avec la participation du Conseil de l’Énergie Atomique (AEC) et de la compagnie d’électricité Taipower (Taiwan Power Company). Ayant obtenu l’accord des Tao, en prétendant qu’il s’agissait de la construction d’une usine pour faire des conserves de poisson, la construction de l’usine de stockage a été entamée et contient, à l’heure actuelle, près de 100 000 barils. Les&nbsp;Tao non seulement ne parviennent pas, malgré une lutte acharnée, à faire retirer de leur territoire ces déchets qu’ils associent aux&nbsp;<em>anito</em>, des esprits malfaisants, pire encore, ils voient, graduellement, les impacts de la présence de ces déchets&nbsp;: détérioration de la santé avec l’apparition de nouvelles maladies, extinction de certaines espèces de poissons, disparition progressive de crustacés.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="575" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/IMG_2045-1024x575.jpg" alt="" class="wp-image-7063" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/IMG_2045-1024x575.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/IMG_2045-300x169.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/IMG_2045-768x432.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/IMG_2045-1536x863.jpg 1536w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/IMG_2045-2048x1151.jpg 2048w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/IMG_2045-1140x641.jpg 1140w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Usine de stockage de déchets nucléaires radioactifs sur la côte est de Pongso no Tao. Crédit photo : Julien Laporte, juin 2019.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">N’oublions pas que les déchets nucléaires sont composés d’éléments radioactifs tels que le plutonium et l’uranium dont les temps de demi-vie sont, respectivement, de 24 000 ans et de 4,5 milliards d’années. Ajouter à cela la piètre qualité des barils provoquant des fuites récurrentes de matériel radioactif s’écoulant dans le sol et l’océan, et l’on obtient une crise environnementale des plus menaçantes. Bien que les Tao expriment leur mécontentement contre l’installation de cette entreprise coloniale, leurs appels restent tus et ils peinent à recevoir les compensations financières qui leur sont dues.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus récemment, avec l’épidémie de la COVID-19 et la fermeture des frontières internationales, de nombreux adeptes de voyages à l’international (Japon, Philippines, Corée, etc.) se sont vus contraints de visiter l’intérieur du territoire, créant ainsi un déferlement de touristes vers les destinations les plus prisées, comme c’est le cas de&nbsp;<em>Pongso no Tao</em>. Attirant, chaque année, une centaine de milliers de visiteurs en quête d’ «&nbsp;exotisme&nbsp;» aux couleurs d’une eau cristalline, les Tao ont vu défiler plus de 220 000 touristes entre les mois de février et juillet 2020. Il va sans dire qu’une telle invasion a des répercussions tout aussi importantes sur l’environnement. Et ce fut le cas avec, entre autres, un blanchissement sans précédent des coraux, et une accumulation de déchets plastiques dépassant largement les capacités logistiques de la seule compagnie de traitement présente sur le territoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les experts, le blanchissement des coraux serait associé à trois facteurs&nbsp;: i) une hausse anormale des températures, ii) l’utilisation de crèmes solaires avec des composés chimiques qui sont malencontreusement absorbés par les coraux et iii) l&rsquo;évacuation des eaux usées domestiques dans l&rsquo;océan. Le blanchissement des coraux de 2020 était extrêmement important, au point d’inquiéter les biologistes sur l’avenir de la faune et de la flore marines. Pour les Tao qui possèdent des savoirs écologiques marins pluri-générationnels, ce blanchissement est une réponse au changement des saisons. Un aîné me confiera&nbsp;: «&nbsp;Les coraux sont comme les arbres&nbsp;: en automne ils perdent leurs feuilles de la même manière que les coraux blanchissent. Dans quelques mois, ils reviendront à leur état ‘normal’&nbsp;».&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ce qui est de la pollution plastique, avec deux tonnes de déchets produits quotidiennement pour une production annuelle de 1 500 tonnes de matières ne pouvant être ni traitées ni transformées, par manque d’installations adéquates, il est à craindre que la colline de déchets devienne montagne. Bien que le gouvernement ait pris certaines directives pour sensibiliser les touristes à leur impact environnemental, en les incitant vivement à quitter l’île avec un sac de bouteilles de plastique vides, l’impact général reste dérisoire. La ville de Taitung visant à réduire la quantité de déchets plastiques dans les usines de traitement, ceux de l’île de&nbsp;<em>Pongso no Tao</em>&nbsp;ne peuvent désormais plus être acheminés, par bateau, à Taidong, ce qui force les habitants à stocker. A cela s’ajoute une course au ciment avec des bâtisses et des chambres d’hôtes qui ne cessent d’émerger pour répondre à la demande. Ces maisons neuves ne possèdent toutefois pas les équipements nécessaires pour supporter un tel mouvement de population, n’ayant d’autres choix que de rejeter les eaux usées dans l’océan, participant à une pollution déjà bien présente. Considérant le développement effréné du tourisme sur l’île, les locaux se retrouvent contraints de devoir gérer de multiples problèmes, dont celui de l’approvisionnement en eau potable, acheminée par des centaines de mètres de tuyaux aux maisons depuis le sommet des montagnes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="968" height="534" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/Tao4.png" alt="" class="wp-image-7073" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/Tao4.png 968w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/Tao4-300x165.png 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/Tao4-768x424.png 768w" sizes="auto, (max-width: 968px) 100vw, 968px" /><figcaption>Grillage installé pour protéger les bateaux des curieux. Crédit photo : Julien Laporte, décembre 2017.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Discutons maintenant d’une face encore plus sombre du tourisme, celui du comportement des visiteurs face aux différentes formes d’altérités. Dans leur «&nbsp;être-à-l’océan&nbsp;», les Tao comptent de nombreuses règles, que certains désignent sous le terme de «&nbsp;tabous&nbsp;». Pour n’en citer que quatre, il est interdit pour les non-Tao, de toucher les bateaux en bois destinés à la pêche aux poissons volants ou de prendre des photos des poissons accrochés sur le rack,&nbsp;<em>rarawan</em>.&nbsp;&nbsp;Pendant la saison du poisson-volant, il est également interdit de pratiquer la pêche sous-marine au harpon et l’été est marqué par une période de trêve pour la capture de crustacés. Ces règles de «&nbsp;bonne conduite&nbsp;» furent promulguées par le roi des poissons volants aux ailes noires,&nbsp;appelé&nbsp;<em>mavaeng so panid aalibangbang</em>. Afin de recevoir chaque année des poissons-volants dans les eaux de&nbsp;<em>Pongso no Tao</em>, les Tao doivent s’accorder les bonnes grâces des «&nbsp;êtres-d’en-Haut&nbsp;» en leur offrant les meilleurs aliments et en respectant les différentes règles. Avec un tel tourisme de masse, il devient impossible de sensibiliser et surveiller le comportement des touristes qui pourraient, par un geste inopportun, attirer le mauvais œil sur les propriétaires des bateaux. Ce qui arrive fréquemment est qu’en l’absence d’un contrôle plus restreint, des débordements et des abus se créent, comme en 2016 lorsque des Taïwanais ont eu l’idée d’offrir une location de jets skis aux touristes pendant la saison du poisson-volant, correspondant à la saison haute du tourisme. A la suite de tensions entre les pêcheurs et le propriétaire, les premiers accusant le dernier de perturber les poissons, l’affaire fut close, le propriétaire s’excusant pour son comportement, et les jet-skis renvoyés à Taïwan.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les Tao, la déferlante touristique amenée, indirectement, par la pandémie de la COVID-19, représente une opportunité en or pour les propriétaires d’hôtels et une menace plus ou moins latente pour l’ensemble de la population. Les habitants commencent à entrevoir les conséquences dramatiques d’un tourisme incontrôlable et incontrôlé, qui menace de crises écologiques, sociales, culturelles, identitaires les habitants de&nbsp;<em>Pongso no Tao</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question du ‘surtourisme’ Covid-19 est très peu documentée pour la simple et bonne raison qu’il s’agit d’une situation relativement peu connue ni commune. Son contraire a davantage fait couler d’encres, notamment en évoquant les conséquences désastreuses sur les économies locales. Les trois bateaux de 250 personnes qui débarquent chaque jour sur l’île de&nbsp;<em>Pongso no Tao</em>, ajoutés aux multiples aller-retours aériens transportant une vingtaine de personnes, apportent des touristes qui ne sont pas nécessairement conscients qu’ils débarquent sur le territoire des Tao. Bien que les locaux s’époumonent à essayer d’éduquer les non-locaux sur les règles à respecter, ils ne peuvent que baisser les bras devant une telle invasion. Il y a un besoin urgent d’un tourisme respectueux et durable qui est, selon moi, difficilement imaginable sans limiter d’abord le nombre de visiteurs.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Julien Laporte est étudiant au doctorat en sciences politiques et sociales à l’Université Catholique de Louvain. Ses intérêts de recherche portent sur les relations interespèces humains/non-humains avec une place particulière pour les non-humains marins. Pratiquant la pêche sous-marine avec une communauté autochtone de Taïwan, il mobilise, entre autres, les anthropologies sous-marine et sensorielle pour tenter de comprendre les interactions entre les pêcheurs et l’océan.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</em>&nbsp;&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires/">Pandémie et tourisme de masse : les Tao face à des crises environnementales identitaires</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>Bilan qualitatif                   Cinquante-neuf États face à la pandémie de Covid-19</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/bilan-qualitatif-cinquante-neuf-etats-face-a-la-pandemie-de-covid-19-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Joseph Laurent]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Dec 2020 22:13:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pierre-Joseph Laurent[1] Tel un tableau de bord, le site de la pandémie de Covid-19 de l’université Johns Hopkins reçoit, certains jours, un milliard de visiteurs&#160;: une référence planétaire. Il installe une comparaison entre les pays, dans la lutte contre le virus, en alignant les chiffres de décès par million d’habitants et les courbes supposées traduire l’aplatissement de l’épidémie[2] Mais que disent ces chiffres&#160;? Pas grand-chose, car sans pondération, par exemple, de l’excès de mortalité causée par la Covid-19, par rapport aux années antérieures, ils demeurent incomparables. En marge de ces décomptes officiels, discutables, et de la communication se tiennent les arbitrages opérés par chaque État. Un arbitrage peu quantifiable, à comprendre autrement pour comparer les politiques. Une évidence, le Sars-CoV-2 tue et agir est une obligation. À la différence des questions climatiques, les conséquences de l’inaction portent sur l’horizon temporel du mandat des élus. Inattendu, sans échappatoires, l’arbitrage devient écrasant ; il concerne la vie humaine, l’économie, le marché, le bien-être général, la justice sociale, la liberté. Chaque décision influence différemment les classes sociales et peut accélérer la pauvreté. Avec le changement climatique, les inégalités qui se creusent et les bouleversements de la formation des opinions induits par les réseaux sociaux, la pandémie conduit à une crise majeure, comparable à celle de la fin des années trente. L&#8217;heure des comptes a sommé. Le retour de l’État Pilotes du monde global, les grands acteurs industriels et de la finance sont restés en réserve de la gestion de la pandémie. Les instances multilatérales, dont l’OMS a démontré sa faible capacité d’action, sans parler du quasi-silence de l’ONU et des ONGs internationales. Globalisation, dérégulation et privatisation ont été incapables de susciter les frémissements d’une gouvernance mondiale de la pandémie ni d’une prospective inclusive durable. Remis en selle après les années de dénigrement, de sous-investissements, en mesure de s’endetter, et de gérer le service de la dette pour relancer «&#160;le monde d’après&#160;», la gestion de la pandémie a été laissée aux États. Confronté à l’urgence sanitaire, l’État tente de renouer avec un rôle protecteur. Un bilan par l’analyse de deux critères qualitatifs Deux critères synthétiques, l’arbitrage de fond suscité par l’épidémie et les actions mises en place permettent apprécier et de comprendre la finalité de la gouvernance de chaque État. Arbitrage entre économie et santé des populations L’arbitrage entre l’économie et la santé est complexe. Il mobilise des variables contextuelles &#160;: 1) indice de développement, structure du secteur industriel, du commerce, importance d’un secteur informel (non confinable) &#160;; 2) organisation du système de soins et de l’assurance maladie&#160;; 3) liberté des décideurs face aux lobbies&#160;; 4) situation géographique&#160;; 5) structure démographique&#160;; 6) foyers épidémiques en début d’épidémie &#160;; 7) nature du régime politique&#160;; 8) qualité du réseau Internet et accès&#160;; 9) calendrier d’arrivée de la pandémie&#160;; 10) ratio travailleurs indispensables, non confinable et en télétravail&#160;; 11) composition de l&#8217;équipe d’experts&#160;; 12) facteurs génétiques, groupes à risques&#160;;13) délocalisations, chaines d’approvisionnement, gestion des stocks; 14) influence de leaders religieux&#160;; 15) échéances électorales &#160;; 16) défaillances, bouc émissaire, fake news, théories du complot. Action&#160;: confinement, non-confinement, déconfinement Le second critère détaille les actions mises en œuvre par les États. Sans médicaments et dans l’attente des vaccins, confronté à un mode singulier de contagion (les asymptomatiques), les humains, temporairement, désarmés sont confrontés à la nécessité d’apprendre à vivre avec le virus. La nouvelle culture planétaire se décline localement. En plus des directives étatiques, les régions et chacun d’entre nous, en relation à son histoire, ses possibilités et sa culture formule un rapport au virus et aux autres. Le confinement équivaut au temps de la sidération et de l’ajustement. Le non-confinement ou l’après-confinement portent sur l’apprentissage d’un mode de vie à long terme, plus apaisé, avec la Covid19, sachant que nous sommes en début de pandémie, avec des risques répliques. Articulation des deux critères Les deux critères, arbitrage et actions, peuvent être représentés par deux droites. Croisées, elles déterminent un plan où sont reportées les décisions prises par chaque pays. La méthode s’oppose au classement, afin d’identifier et de positionner, dans un champ de relations, les politiques, les finalités, les intentions. La pandémie et les pays européens L’étude menée de mars à juin 2020 compare 59 pays, dont 17 Européens. La base de données repose sur des articles scientifiques et de presse, analysés selon les indicateurs mentionnés, avec le souci de recouper les sources. Au total, 548 pages de synthèse manuscrites, référencées avec le logiciel Filemaker-pro[3]. Notre démarche d’anthropologie comparée se veut synthétique et interprétative. Les résultats sont résumés dans deux tableaux. Les cercles rouges indiquent les regroupements de pays. Au regard de la pandémie, l’analyse relève l’importance de la capacité des dirigeants à prendre les bonnes décisions au bon moment, en fonction de la situation de leurs pays, de leur population, et d’éléments contextuels, appréciés au jour le jour, en fonction des incertitudes. La qualité, l’autorité et la vision prospective des dirigeants, leur capacité à communiquer de manière claire se révèlent déterminantes, ainsi que la composition des groupes d’experts. L’enquête révèle les différences culturelles dans le rapport des populations à la maladie et aux directives sanitaires. La qualité du système de santé publique préexistant et la nature de la décentralisation sont cruciales dans les choix effectués. Les démocraties populistes ne font pas merveille, ainsi que l’excès bureaucratique et les États qui manquent de leadership ou en crise permanente (la Belgique). Les Européens, la pandémie et le monde Le tableau suivant complète l’approche comparative, avec en bleu les pays européens et en noir les autres. La démarche consiste à relever le voisinage avec d’autres pays du monde. Des tendances s’affirment, des attitudes, des politiques, des finalités, des perceptions, des tensions à l’intérieur des États (États-Unis, Inde, Brésil) sont identifiables. Quel régime politique, autoritaire, semi-autoritaire, démocratique s’avère efficace dans la gestion de la pandémie et de l’après-crise&#160;? À ce stade, la réponse est incertaine, tant les finalités – justice sociale, liberté, marché, vie humaine – et les contextes varient. Cette étude doit être complétée de données quantitatives sur la crise sanitaire et sur les conséquences à long terme concernant le consensus social, avec le risque de révoltes, l’insécurité croissante et la réponse sécuritaire. Il faudra comparer la manière dont les États prendront en charge, à long terme, la dette supplémentaire contractée, au regard des défis économiques, sociaux et culturels, analysés au prisme des inégalités, du réchauffement climatique et de relations transgénérationnelles, dont le vieillissement. La finalité et la survie de la démocratie sociale sont posées, d’autant que les technologies de l’information, possédées par quelques multinationales, ont conduit à une autre gouvernance, par d’autres manières de construire les opinions. [1] Pierre-Joseph Laurent, anthropologue, professeur, membre du Laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCLouvain et de l’Académie royale de Belgique [2] https://coronavirus.jhu.edu/map.html [3] Laurent, P.-J., Mazzocchetti, J., Pandémie, sidération, incertitude. Humanités en sursis, Paris, Karthala, 2021, 150 p.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/bilan-qualitatif-cinquante-neuf-etats-face-a-la-pandemie-de-covid-19-2/">Bilan qualitatif                   Cinquante-neuf États face à la pandémie de Covid-19</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h4 class="wp-block-heading"><em>Pierre-Joseph Laurent</em><a href="#_ftn1">[1]</a>          </h4>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Tel un tableau de bord, le site de la pandémie de Covid-19 de l’<a href="https://coronavirus.jhu.edu/map.html">université Johns Hopkins</a> reçoit, certains jours, un milliard de visiteurs&nbsp;: une référence planétaire. Il installe une comparaison entre les pays, dans la lutte contre le virus, en alignant les chiffres de décès par million d’habitants et les courbes supposées traduire l’aplatissement de l’épidémie<a href="#_ftn1">[2]</a></p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="465" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-1024x465.jpg" alt="" class="wp-image-5463" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-1024x465.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-300x136.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-768x349.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-1536x697.jpg 1536w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-2048x930.jpg 2048w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-1140x518.jpg 1140w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Le tableau de bord de la pandémie du Sars-CoV-2<br>de la Johns Hopkins University&nbsp;; https://coronavirus.jhu.edu/map.html </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Mais que disent ces chiffres&nbsp;? Pas grand-chose, car sans pondération, par exemple, de l’excès de mortalité causée par la Covid-19, par rapport aux années antérieures, ils demeurent incomparables. En marge de ces décomptes officiels, discutables, et de la communication se tiennent les arbitrages opérés par chaque État. Un arbitrage peu quantifiable, à comprendre autrement pour comparer les politiques. Une évidence, le Sars-CoV-2 tue et agir est une obligation. À la différence des questions climatiques, les conséquences de l’inaction portent sur l’horizon temporel du mandat des élus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Inattendu, sans échappatoires, l’arbitrage devient écrasant ; il concerne la vie humaine, l’économie, le marché, le bien-être général, la justice sociale, la liberté. Chaque décision influence différemment les classes sociales et peut accélérer la pauvreté. Avec le changement climatique, les inégalités qui se creusent et les bouleversements de la formation des opinions induits par les réseaux sociaux, la pandémie conduit à une crise majeure, comparable à celle de la fin des années trente. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=WPMNE2ks7F8">L&rsquo;heure des comptes a sommé</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Le retour de l’État</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pilotes du monde global, les grands acteurs industriels et de la finance sont restés en réserve de la gestion de la pandémie. Les instances multilatérales, dont l’OMS a démontré sa faible capacité d’action, sans parler du quasi-silence de l’ONU et des ONGs internationales. Globalisation, dérégulation et privatisation ont été incapables de susciter les frémissements d’une gouvernance mondiale de la pandémie ni d’une prospective inclusive durable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Remis en selle après les années de dénigrement, de sous-investissements, en mesure de s’endetter, et de gérer le service de la dette pour relancer «&nbsp;le monde d’après&nbsp;», la gestion de la pandémie a été laissée aux États. Confronté à l’urgence sanitaire, l’État tente de renouer avec un rôle protecteur.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<h3 class="wp-block-heading">Un bilan par l’analyse de deux critères qualitatifs</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Deux critères synthétiques, l’<strong>arbitrage</strong> de fond suscité par l’épidémie et les <strong>actions</strong> mises en place permettent apprécier et de comprendre la finalité de la gouvernance de chaque État.</p>



<ul class="wp-block-list"><li><em><strong>Arbitrage entre économie et santé des populations</strong></em></li></ul>



<p class="wp-block-paragraph">L’arbitrage entre l’économie et la santé est complexe. Il mobilise des variables contextuelles &nbsp;: 1) indice de développement, structure du secteur industriel, du commerce, importance d’un secteur informel (non confinable) &nbsp;; 2) organisation du système de soins et de l’assurance maladie&nbsp;; 3) liberté des décideurs face aux lobbies&nbsp;; 4) situation géographique&nbsp;; 5) structure démographique&nbsp;; 6) foyers épidémiques en début d’épidémie &nbsp;; 7) nature du régime politique&nbsp;; 8) qualité du réseau Internet et accès&nbsp;; 9) calendrier d’arrivée de la pandémie&nbsp;; 10) ratio travailleurs indispensables, non confinable et en télétravail&nbsp;; 11) composition de l&rsquo;équipe d’experts&nbsp;; 12) facteurs génétiques, groupes à risques&nbsp;;13) délocalisations, chaines d’approvisionnement, gestion des stocks; 14) influence de leaders religieux&nbsp;; 15) échéances électorales &nbsp;; 16) défaillances, bouc émissaire, <em>fake news</em>, théories du complot.</p>



<ul class="wp-block-list"><li><em>Action&nbsp;: confinement, non-confinement, déconfinement</em></li></ul>



<p class="wp-block-paragraph">Le second critère détaille les actions mises en œuvre par les États. Sans médicaments et dans l’attente des vaccins, confronté à un mode singulier de contagion (les asymptomatiques), les humains, temporairement, désarmés sont confrontés à la nécessité d’apprendre à vivre avec le virus. La nouvelle culture planétaire se décline localement. En plus des directives étatiques, les régions et chacun d’entre nous, en relation à son histoire, ses possibilités et sa culture <a href="https://theconversation.com/la-masque-attitude-ou-la-contrainte-dinventer-une-autre-culture-138960">formule un rapport au virus</a> et aux autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le confinement équivaut au temps de la sidération et de l’ajustement. Le non-confinement ou l’après-confinement portent sur l’apprentissage d’un mode de vie à long terme, plus apaisé, avec la Covid19, sachant que nous sommes en début de pandémie, avec des risques répliques.</p>



<ul class="wp-block-list"><li><em>Articulation des deux critères</em></li></ul>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux critères, arbitrage et actions, peuvent être représentés par deux droites. Croisées, elles déterminent un plan où sont reportées les décisions prises par chaque pays. La méthode s’oppose au classement, afin d’identifier et de positionner, dans un champ de relations, les politiques, les finalités, les intentions.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="764" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-1024x764.jpg" alt="" class="wp-image-5443" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-1024x764.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-300x224.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-768x573.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-1140x851.jpg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1.jpg 1294w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Croisement de deux critères : arbitrage et action</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">La pandémie et les pays européens</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L’étude menée de mars à juin 2020 compare 59 pays, dont 17 Européens. La base de données repose sur des articles scientifiques et de presse, analysés selon les indicateurs mentionnés, avec le souci de recouper les sources. Au total, 548 pages de synthèse manuscrites, référencées avec le logiciel <em>Filemaker-pro<a href="#_ftn1"><strong>[3]</strong></a></em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre démarche d’anthropologie comparée se veut synthétique et interprétative. Les résultats sont résumés dans deux tableaux. Les cercles rouges indiquent les regroupements de pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="770" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-1024x770.jpg" alt="" class="wp-image-5423" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-1024x770.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-300x225.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-768x577.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-1140x857.jpg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe.jpg 1328w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>La réponse de pays européens confrontés à la pandémie</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au regard de la pandémie, l’analyse relève l’importance de la capacité des dirigeants à prendre les bonnes décisions au bon moment, en fonction de la situation de leurs pays, de leur population, et d’éléments contextuels, appréciés au jour le jour, en fonction des incertitudes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La qualité, l’autorité et la vision prospective des dirigeants, leur capacité à communiquer de manière claire se révèlent déterminantes, ainsi que la composition des groupes d’experts. L’enquête révèle les différences culturelles dans le rapport des populations à la maladie et aux directives sanitaires. La qualité du système de santé publique préexistant et la nature de la décentralisation sont cruciales dans les choix effectués. Les démocraties populistes ne font pas merveille, ainsi que l’excès bureaucratique et les États qui manquent de leadership ou en crise permanente (la Belgique).</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<h3 class="wp-block-heading">Les Européens, la pandémie et le monde</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le tableau suivant complète l’approche comparative, avec en bleu les pays européens et en noir les autres. La démarche consiste à relever le voisinage avec d’autres pays du monde. Des tendances s’affirment, des attitudes, des politiques, des finalités, des perceptions, des tensions à l’intérieur des États (États-Unis, Inde, Brésil) sont identifiables.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="769" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-1024x769.jpg" alt="" class="wp-image-5433" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-1024x769.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-300x225.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-768x577.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-1140x856.jpg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde.jpg 1370w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Comparaison de pays européens et de monde face à la pandémie</figcaption></figure>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Quel régime politique, autoritaire, semi-autoritaire, démocratique s’avère efficace dans la gestion de la pandémie et de l’après-crise&nbsp;?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">À ce stade, la réponse est incertaine, tant les finalités – justice sociale, liberté, marché, vie humaine – et les contextes varient. Cette <a href="https://uclouvain.be/fr/instituts-recherche/iacchos/laap/actualites/masquer-le-monde.html">étude doit être complétée</a> de données quantitatives sur la crise sanitaire et sur les conséquences à long terme concernant le consensus social, avec le risque de révoltes, l’insécurité croissante et la réponse sécuritaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faudra comparer la manière dont les États prendront en charge, à long terme, la dette supplémentaire contractée, au regard des défis économiques, sociaux et culturels, analysés au prisme des inégalités, du réchauffement climatique et de relations transgénérationnelles, dont le vieillissement. La finalité et la survie de la démocratie sociale sont posées, d’autant que les technologies de l’information, possédées par quelques multinationales, ont conduit à une autre gouvernance, par d’autres manières de construire les opinions.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-admin/post.php?post=5473&amp;action=edit#_ftn1">[1]</a> Pierre-Joseph Laurent, <em>anthropologue, professeur, membre du Laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCLouvain et de l’Académie royale de Belgique</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref1">[2]</a> https://coronavirus.jhu.edu/map.html  </p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref1">[3]</a> Laurent, P.-J., Mazzocchetti, J., <em>Pandémie, sidération, incertitude. Humanités en sursis</em>, Paris, Karthala, 2021, 150 p.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/bilan-qualitatif-cinquante-neuf-etats-face-a-la-pandemie-de-covid-19-2/">Bilan qualitatif                   Cinquante-neuf États face à la pandémie de Covid-19</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Filmer confinés</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/filmer-confines/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Loodts]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Sep 2020 09:04:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Anthropologie visuelle]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
		<category><![CDATA[Travaux Etudiants Master Anthropologie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les étudiants de l&#8217;Atelier de films anthropologiques (LANTR2130) ont réalisé durant le confinement des films d’une durée de 7 a 20 min. Cette année, le COVID 19 a bouleversé la partie pratique du cours, certains étudiants ont pu faire leur tournage en extérieur, d’autre pas. Il leur a été proposé de faire une lettre vidéo.C’est un genre cinématographique qui consiste à s’adresser à un destinataire en prenant sa caméra, plutôt qu’un stylo. Cela permet de travailler à partir de chez soi, en utilisant une voix off ou des textes et en filmant des archives, des photos, des news d’internet, en déambulant dans sa maison, sa chambre, son kot…C’est une écriture au « je », ou en utilisant le « nous » si vous êtes en groupe. Nous vous livrons ici leur travaux, témoignages de cette période inédite et historique. « Le cul entre deux chaises » par Léonie Delvaux, Emma Devos et Simon Ninane « Ensemble séparément »&#160; (partie 1, partie 2) par Héloïse Gonnissen et Noémie Matagne « Lettre à notre maison d’enfance, des sentiments partagés » par Emma Erroelen « La journée d&#8217;une infirmière à domicile » par Vanessa Gérard, Philippe Bonneels, et Denise Palermo&#160; « Journal de confinement » par Quentin Vanreysen « Ceux qui guérissent » par Lisa Depret « Locked Dreams » par Annagrazia Graduato&#160;</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/filmer-confines/">Filmer confinés</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Les étudiants de l&rsquo;Atelier de films anthropologiques (LANTR2130) ont réalisé durant le confinement des films d’une durée de 7 a 20 min. Cette année, le COVID 19 a bouleversé la partie pratique du cours, certains étudiants ont pu faire leur tournage en extérieur, d’autre pas. Il leur a été proposé de faire une lettre vidéo.C’est un genre cinématographique qui consiste à s’adresser à un destinataire en prenant sa caméra, plutôt qu’un stylo. Cela permet de travailler à partir de chez soi, en utilisant une voix off ou des textes et en filmant des archives, des photos, des news d’internet, en déambulant dans sa maison, sa chambre, son kot…C’est une écriture au « je », ou en utilisant le « nous » si vous êtes en groupe. Nous vous livrons ici leur travaux, témoignages de cette période inédite et historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <strong><a rel="noreferrer noopener" href="https://vimeo.com/434109498" target="_blank">Le cul entre deux chaises</a></strong> » <strong>par Léonie Delvaux, Emma Devos et Simon Ninane</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">« <strong>Ensemble séparément »&nbsp; (<a href="https://www.youtube.com/watch?v=6SKo5ORWLlY" target="_blank" rel="noreferrer noopener">partie 1</a>, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=nHjj2Mk9tlY" target="_blank" rel="noreferrer noopener">partie 2</a>) par Héloïse Gonnissen et Noémie Matagne</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://vimeo.com/434045355" target="_blank" rel="noreferrer noopener">« <strong>Lettre</strong></a><strong><a href="https://vimeo.com/434045355" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> à notre maison d’enfance, des sentiments partagés »</a>  par Emma Erroelen </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://youtu.be/2N7NaHXPu3Q" target="_blank" rel="noreferrer noopener">« <strong>La journée d&rsquo;une infirmière à domicile »</strong></a><strong> par Vanessa Gérard, Philippe Bonneels, et Denise Palermo&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« <a href="https://vimeo.com/434063285">Journal de confinement » </a>par Quentin Vanreysen </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><a href="https://vimeo.com/434049570" target="_blank" rel="noreferrer noopener">« Ceux qui guérissent »</a> par Lisa Depret </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">« <strong><a href="https://vimeo.com/434053918" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Locked Dreams</a> » par Annagrazia Graduato&nbsp;</strong></p>
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		<title>La masque attitude ou la contrainte d’inventer une autre culture</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/la-masque-attitude-ou-la-contrainte-dinventer-une-autre-culture/</link>
					<comments>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/la-masque-attitude-ou-la-contrainte-dinventer-une-autre-culture/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Joseph Laurent]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Aug 2020 20:05:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
		<category><![CDATA[distances sociales]]></category>
		<category><![CDATA[le regard]]></category>
		<category><![CDATA[masque]]></category>
		<category><![CDATA[nouveau langage]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle identité]]></category>
		<category><![CDATA[politiques des masques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Texte de Pierre-Joseph Laurent  -<br />
Symbole de la pandémie, le visage masqué dramatise l’aléatoire de toutes rencontres. Le masque dit quelque chose de nous à l’autre et inversement<br />
 (Photo : C Mahaudeau) </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Pierre-Joseph Laurent, anthropologue, professeur à Université catholique de Louvain, membre du Laboratoire d&rsquo;anthropologie prospective et de l&rsquo;Académie royale de Belgique, pour The Consersation.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Symbole de la pandémie, l’image du face-à-face masqué restera longtemps dans les mémoires. Sans médicament ni vaccin, les humains ne peuvent pas lutter contre le virus. Il est même probable que le SARS-CoV-2&nbsp;devienne endémique. Nous devons en conséquence nous familiariser avec son mode de contagion et apprendre à vivre avec lui. La propagation interhumaine possible par les voies respiratoires et la forte charge virale 24h à 48h, avant l’apparition des symptômes, rendent ce virus redoutable et difficile à repérer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ecouter aussi : « <a href="https://lacademie.tv/conferences/-la-voie-des-masques-dix-minutes-de-decodage">La voie des masques » Dix minutes de décodage</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">La nouvelle culture consiste à intérioriser une autre proxémie, c’est-à-dire de <a href="https://arlap.hypotheses.org/6711">nouvelles distances sociales</a> avec des conséquences sur les personnes, les familles, les groupes et les sociétés. Avatar imprévu de la globalisation économique, cette nouvelle culture planétaire se décline toutefois d’une personne à l’autre, d’une société à une autre, selon les histoires et les possibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la vie quotidienne, chacun d’entre nous devons reculer, ne plus toucher ni embrasser, apprendre à regarder, à considérer l’autre autrement pour adopter la <em>Cov-attitude</em>. Des changements importants, car ils affectent l’identité par impossibilité de se rassembler pour célébrer, fêter, se réconforter, travailler et créer ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Apprendre les bonnes distances</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le moment, on peut distinguer deux temps dans le rapport culturel des sociétés à la pandémie. Le premier temps, celui du confinement, total ou partiel (rares sont les sociétés qui ont pu sans passer) et qui a provoqué de la sidération, de la dérégulation et l’arrêt. C’est le temps nécessaire pour s’adapter à la pathologie inconnue du Covid-19 et pour ajuster le nombre de malades à l’acceptable d’une société, un arbitrage entre l’économie et la santé de la population au regard, notamment, de la capacité d’accueil des hôpitaux (nombre de respirateurs artificiels).</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde étape, le déconfinement concerne toutes les sociétés, la reprise n’est pas une libération, mais une zone grise soumise au risque de répliques. Elle équivaut au temps long de l’apprentissage, par chacun d’entre nous, de la bonne distance à autrui, pour vivre, sans trop de risque, avec le SARS-CoV-2, dont il convient de supposer en permanence la présence. En plus d’une question éminemment sociale, économique et médicale, le temps long de l’après-crise est aussi culturel, identitaire et psychologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une approche anthropologique de la question consiste à relever la diversité des réponses apportées par les sociétés, pour intérioriser la nouvelle culturelle de l’exacte distance pour maintenir sous un seuil acceptable la propagation du virus et donc le taux de mortalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lorsque notre «&nbsp;bulle personnelle&nbsp;» est affectée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’anthropologue Edward Hall a montré comment notre manière d’occuper l’espace en présence d’autrui est un <a href="https://www.persee.fr/doc/hom_0439-4216_1973_num_13_1_367350">marqueur de l’identité</a>. Il mobilise la notion de bulle personnelle&nbsp;: un périmètre de sécurité individuelle qui délimite une zone d’émotion forte, variable selon les cultures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque culture valorise une bonne distance de soi aux autres, plus proche, ou plus distante. Selon Hall, au regard du mode de propagation du virus, c’est la «&nbsp;distance personnelle&nbsp;», celle qu’il qualifie de «&nbsp;conversations entre particuliers&nbsp;» située entre 45 et 135 cm qui est principalement affectée. Ce qu’il appelle la «&nbsp;distance intime&nbsp;» (- de 45 cm) demeure inchangée au sein de chaque unité de confinement, sachant toutefois que cette distance peut être affectée par la suspension des salutations propres à certaines sociétés. Vivre avec le virus consiste à apprendre à relocaliser nos interactions avec ceux qui ne partagent pas notre unité de confinement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le philosophe <a href="https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/peter-sloterdijk">Peter Sloterdijk</a> permet d’affiner l’analyse proxémique de Hall. Il nous invite à comprendre l’articulation <a href="https://www.fayard.fr/pluriel/bulles-9782818500781">entre la notion de bulle et de masque</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le philosophe, la fonction proxémique peut être tenue par le masque. La bulle rend alors compte du périmètre du rapport aux autres et le masque est le symbole de la catastrophe qui s’y déroule.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le masque évoque la catastrophe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le masque est certes, un auxiliaire médical de la régulation du taux Ro – le taux de reproduction de base du virus (Ro) repose sur la durée de contamination du malade, le risque de transmission et le nombre de contacts – un paramètre crucial de gestion de l’épidémie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il devient aussi une image emblématique de la pandémie et l’objet même d’une culture proxémique particulière. Appropriée par les populations, la fabrication des masques en tissu libère l’inventivité. Esthétiques, ils se parent de couleurs, de motifs. Ils véhiculent messages, humour. Le masque peut devenir moyen de séduction, avec une prime aux beaux yeux, au regard qui tue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Très tendance, apparaît au Sénégal «&nbsp;la masque attitude&nbsp;», la confection et le port de masques à la mode. Artiste confinée, Jeanne Vicerial, dévoile chaque jour un modèle de quarantaine vestimentaire où le masque tient un rôle-titre.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/08/Selfies-Jeanne-Vicerial.jpg" alt="" class="wp-image-5113" width="428" height="600" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/08/Selfies-Jeanne-Vicerial.jpg 571w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/08/Selfies-Jeanne-Vicerial-214x300.jpg 214w" sizes="auto, (max-width: 428px) 100vw, 428px" /><figcaption>Quarantaine vestimentaire de Jeanne Vicerial, pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, lors du confinement lié à l&rsquo;épidémie de Covid19. Photographies de Leslie Moquin.</figcaption></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mexique, dans certains quartiers populaires, le masque peut arborer le nom de la bande qui le distribue, tel «&nbsp;El Chapo 701&nbsp;», et en Israel, il peut s’adapter aux ultra-orthodoxes barbus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de la raison médicale, surinvestie, le masque facilite, rappelle, permet, autorise, la prise de distance, imposée par la présence du virus et le meilleur instrument de la nouvelle culture à la fois locale et planétaire à laquelle nous sommes conviés pour une bonne entente avec le virus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le visage humain est un langage</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chacun de nous, membre d’une société, doit inventer sa réponse au virus. Pour nous y aider, la relation bulle – masque conduit, explique Sloterdijk, à conceptualiser la nature de l’espace interfacial dans des circonstances difficiles, potentiellement dramatiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le visage humain est un <a href="https://www.livredepoche.com/livre/totalite-et-infini-9782253053514">regard et un langage</a>, précise Emmanuel Lévinas. Et en suivant Sloterdijk, le «&nbsp;prosopom&nbsp;», le visage humain, est «&nbsp;ce que l’on apporte à la vision des autres&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est bien ce prosopom qui est affecté dans l’imbrication réciproque de la vue (le visage est ce qui se présente au regard de l’autre et ce qui est vu par sa propre vision). Avec l’épidémie, par la mise à distance de l’autre à la faveur des gestes barrières – dont le port du masque est un élément notoire de la mise aux nouvelles normes de la vie sociale –, c’est le jeu interfacial qui se trouve affecté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ecouter aussi : <a href="https://eur03.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fwww.rtbf.be%2Fauvio%2Fdetail_tendances-premiere-les-tribus%3Fid%3D2668689%26jwsource%3Dem&amp;data=02%7C01%7Cpierre-joseph.laurent%40uclouvain.be%7Cbc507069c6d248ad777108d840668d6e%7C7ab090d4fa2e4ecfbc7c4127b4d582ec%7C0%7C0%7C637330156484389547&amp;sdata=0rapG1LAv57oSlFSHs5QhNgi%2FVMCe44xK6uKpea0128%3D&amp;reserved=0">RTBF Tendance première </a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans notre confrontation au SARS-CoV-2, l’espace interfacial, l’autre, ou soi pour l’autre, tous deux porteurs potentiels du virus, contient un risque. Espace interfacial singulier, dans la bulle masquée, le face-à-face devient à la fois vecteur, image et symbole d’une éventuelle transmission de la maladie, et l’autre masqué devient partenaire de notre vigilance à l’égard du virus, en ce qu’il nous pousse à la même attitude.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/08/masqué-dans-le-métro.jpg" alt="" class="wp-image-5083" width="466" height="291" title="" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/08/masqué-dans-le-métro.jpg 932w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/08/masqué-dans-le-métro-300x187.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/08/masqué-dans-le-métro-768x480.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 466px) 100vw, 466px" /><figcaption>Voyageurs à distance et masqué dans le métro</figcaption></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Se remémorer une peur salutaire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec la pandémie, en dehors des membres de son unité de confinement, la rencontre est potentiellement dangereuse. Le masque devient pédagogie, le bon outil pour instituer l’espace d’une peur salutaire qui protège soi et les autres. Dans ce face-à-face, où se tient l’incertitude, celle de la maladie, voire de la mort, le masque entre en scène pour rappeler l’éventualité. Le visage masqué dramatise le risque, l’incertitude, l’aléatoire de toutes rencontres en temps de pandémie&nbsp;; le masque parle, il dit quelque chose de nous à l’autre et inversement. Par le port généralisé du masque, la peur s’en trouve partagée, elle devient un sentiment réciproque. Il nous aide culturellement, personnellement, à prendre la distance, à nous accorder aux mesures des précautions sanitaires qui sont les nouvelles normes de la vie sociale. Le masque constitue en cela une véritable recommandation anthropologique.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/la-masque-attitude-ou-la-contrainte-dinventer-une-autre-culture/">La masque attitude ou la contrainte d’inventer une autre culture</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>Incertitudes, « deuil anticipatoire » et traumas De la nécessité de penser le confinement au-delà de ses enjeux sanitaires et économiques</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-deuil-anticipatoire-et-traumas-de-la-necessite-de-penser-le-confinement-au-dela-de-ses-enjeux-sanitaires-et-economiques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jacinthe Mazzocchetti]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jun 2020 06:08:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
		<category><![CDATA[confinement]]></category>
		<category><![CDATA[trauma]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/?p=4373</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un texte de Jacinthe Mazzocchetti (UCLouvain &#8211; LAAP), Florence Noël et Isabelle Loodts, initialement publié dans le rapport « déconfinement sociétal » sur cartaa academica. Outre ses répercussions en termes économiques et sanitaires, la période de confinement a eu des effets psychiques négatifs, voire traumatiques. En plus des altérations dans le courant ordinaire des modes d’existence, nous voudrions ici pointer quelques enjeux, leurs répercussions et l’attention qu’ils demandent dans les perspectives de déconfinement. De près ou de loin, nous avons tous été profondément affectés par la situation de pandémie. Parmi la population, de nouvelles catégories se sont fait jour, dictées par les statistiques de dangerosité du COVID19 autant que par la nécessité de protéger et de soigner les plus faibles. Le monde des travailleurs s’est divisé entre confinés et actifs, rejouant par ailleurs les diffractions de classe, de genre et de race structurant la société (Degrave, 2020 ; Timothy, 2020). Le monde des « inactifs » (enfants et étudiants, sans emploi, retraités) s’est bipolarisé, obligés d’être strictement séparés, les uns pouvant être vecteurs de la maladie pour les autres. Les personnes précarisées, hors de portée d’un État qui s’accommode depuis longtemps de leur gestion uniquement associative, ont été les grands oubliés des mesures prophylactiques, accroissant la pression notamment financière et morale sur les différents secteurs du travail social, mais aussi les citoyens déjà engagés à leurs côtés. Cette redistribution spatiale des relations a mis en exergue l’ensemble des fragilités préexistantes : personnes seules, foyers dépendants d’aides sociales… La fracture environnementale et urbanistique a révélé d’autres inégalités (surfaces d’habitation et privatifs aérés). La fracture numérique a invisibilisé une portion non négligeable de la population de tous âges, dont des élèves et leurs parents pourtant soumis aux mêmes injonctions scolaires, mais dans l’incapacité matérielle d’y faire face. Les mesures, prises dans l’urgence sanitaire, l’ont été sans la nuance que requiert l’infinie diversité des situations. La fermeture de nombreux commerces de détail a pesé bien moins sur la désorientation des particuliers que l&#8217;inaccessibilité de la plupart des services à la personne et des soins et accompagnements médicaux et paramédicaux, psychologiques, psychiatriques ou sociaux. De là sont nées de nombreuses situations traumatisantes. En quelques heures à peine, chacun a dû anticiper et imaginer des solutions aux problèmes préexistants ou renoncer purement et simplement à l’essentiel. Personne n’a cessé d’être malade ou souffrant ni de déclencher une pathologie autre que le Covid, pourtant l’ensemble des services de soin a été restreint à des évaluations distantes, par téléphone, à des “tris” préventifs créant une situation sanitaire tendue et une comorbidité que des généralistes, impuissants, ont même appelée « dégât collatéral ». Mesurera-t-on le traumatisme de ces soignants (en hôpital, centre de revalidation, maison de repos et de soin, centre d’accueil de personnes handicapées ou en séjour psychiatrique), privés des moyens d’agir par absence de ressources, de matériels et de tests de dépistage ? Alors que les fenêtres sur le monde se sont réduites quasi exclusivement à la télévision et aux réseaux sociaux, l’opposition entre le foyer confiné dans une fausse réalité protectrice, mis sous cloche, comme dans un Truman Show répliqué à l’échelle du monde, et l’omniprésence de la menace, sa méconnaissance et les injonctions contradictoires des autorités et experts sur la manière de se protéger (saga des masques), mais également l’atroce réalité des chiffres croissants de la contagion, des hospitalisations et des décès, a induit chez des personnes de tous âges des troubles du sommeil, de l’hypervigilance, une phobie des lieux publics et des troubles compulsifs de type hygiéniste. Et après ? Jamais dans l’histoire contemporaine, autant de gens, n’ont été privés de l’ensemble des libertés qui font leur humanité. Jamais, nous n’avons connu une restriction si absolue de nos droits fondamentaux. Pire encore, nous avons perdu le droit de manifester nos affections de manière physique en dehors du strict cercle familial et même les défunts ont perdu le droit à ce que leur volonté posthume soit respectée. Nous nous souviendrons de cela : nous avons accepté de renoncer à tout ce que nous avions de plus cher pour que le plus grand nombre survive. Nous avons fait le plus grand des sacrifices possibles à l’échelle des nations : remiser tous nos droits. Dans ce contexte, redémarrer comme avant semble tout simplement criminel, car cet avant n’existe plus. Nos psychés, nos rapports aux autres, au monde, à l’avenir et de manière plus concrète, au travail, à la santé, à la famille, à l’éducation… sont profondément modifiés par le double vécu de pandémie et de confinement. Ce « sentiment d’insécurité générale » (Kessler in Beranito, 2020) est tel qu’il est encore aujourd’hui difficile d’en imaginer l’ensemble des effets. Sidérée face à ce qui arrive ou ce qui pourrait arriver, la société entière se retrouve emportée, comme l’expose Kessler, dans un gigantesque « deuil d’anticipation ». Les peurs et la situation d’incertitude empêchent de se projeter, de penser.  Il est et il sera essentiel de reconnaître ce que nous avons traversé collectivement tout en tenant compte des singularités. Passer à côté des états traumatiques présents et post-traumatiques à venir, résultants non pas de fragilités individuelles, mais d’un trouble de société (Bacqué, 2003&#160;; Bibeau, 2010), et plus largement, des fatigues accumulées et des pertes de sens au risque de burn-out et autres maladies serait une erreur majeure ancrée dans une pensée court-termiste dont les conséquences ne pourraient que nous revenir en pleine figure, tel un boomerang.&#160; Il ne faudra pas en outre négliger l’éveil critique de la population. Tout le monde est touché dans sa chair, dans la chair de sa parentèle ou de son cercle affectif. La population se redécouvre en tant que corps social et se réinvestit dans le contrat qui lie chacun de ses membres à ce corps en augmentant sa vigilance sur un monde politique sommé de rattraper les manquements et de rendre des comptes au quotidien. Le déploiement de la pandémie, sa gestion,&#160;les tâtonnements du monde politique&#160;sont venus révéler des troubles sociétaux, accentuer des failles, creuser les inégalités, renforcer les précarités, nourrir les sentiments de défiance. Tout cela aussi devra être guéri, et non pas seulement les corps. Tout cela aussi devra être entendu, et non pas seulement le besoin de relance économique, au risque qu’il ne se fasse, une fois encore, aux dépens des plus précaires, obligés d’aller travailler « comme avant », des plus résilients aussi, mais pour encore combien de temps, en renfort des privilèges de certains, et en abandon de parts de plus en plus conséquentes de la population.&#160;&#160; Quelques enjeux de la phase de déconfinement&#160; Bien que diffuse, la conscience profonde d&#8217;un bouleversement radical rend le « comme avant » inenvisageable. Pour qu&#8217;ils puissent être porteurs de résilience, les processus de déconfinement ne pourront être pensés dans le déni des profondes perturbations vécues par le corps social.&#160;Les personnes avec qui nous avons pu discuter, mais aussi les services sociaux et de soin, sont unanimes sur les dégâts majeurs subis par les populations, les plus précaires en particulier, et, sur les “bonds en arrière” en matière de soins, d’aides, d’intégration, d’inclusion…&#160; Par ailleurs, durant ces semaines confinées s’est développé dans de nombreux milieux et secteurs, le sentiment que tout cela n’aura pas été vain si le monde d’après s’en trouve transformé, les enjeux de justice sociale et d’écologie enfin entendus à leur juste mesure. Ce sursaut d’espérance est assorti ceci dit de la crainte du retour du statu quo, alimentée par les premières initiatives gouvernementales pour esquisser les stratégies du déconfinement, et notamment la constitution d’un groupe d’experts parmi lesquels aucun ne semble avoir été choisi pour intégrer à ces réflexions les thématiques abordées ici. La question du sacrifice des libertés, mais aussi de la santé pour les travailleurs/travailleuses de nombreux secteurs (soins, alimentations, travail social…), assortie des diffractions de genre, de classe et de race est d’autant plus prégnante qu’une part importante de la société civile, préalablement engagée dans la défense de ces droits, s’est soit trouvée confrontée en première ligne aux conséquences de cette crise, soit trouvée privée des moyens traditionnels de manifester collectivement ses réflexions et revendications. Tous et toutes espèrent être entendus et reconnus dans leur « don de soi » qui aura permis à la société de se maintenir.&#160; Enfin, si la crise a révélé que les secteurs de la santé et de la recherche, sous-financés, graduellement privatisés, sont centraux quant au bon fonctionnement de notre société, il en est de même pour les secteurs sociaux, tout aussi épuisés, mais aussi culturels, souvent sacrifiés en cas de crise. La créativité des artistes a joué un rôle clef pendant le confinement, et elle sera davantage nécessaire encore dans cet “après” qui s’annonce.&#160;Garantir des subsides et favoriser les emplois dans ces secteurs sera un vecteur de résilience indispensable pour la population qui refuse d’être réduite à sa seule dimension biologique et espère voir reconnues ses aspirations sociales, culturelles et politiques.&#160;Il faudra réparer, nourrir, mais aussi imaginer, créer, mettre des mots, métaboliser, faire récit, penser ensemble ce qui nous est arrivé (Grard, 2019). Toutes trois autrices, nous connaissons le pouvoir des mots, leur nécessité pour saisir le monde et s’y inscrire de manière à la fois sensible et citoyenne.&#160; Bibliographie&#160; Prenant appui sur nos expertises académiques (anthropologie, archéologie et histoire), mais également artistiques (réalisatrice et autrices), cet article est par ailleurs le résultat d’une enquête qualitative auprès de parents, d’étudiants, de travailleurs précarisés, de collectifs d’artistes, de collectifs d’enseignants, de personnes en demandes d’asile et sans papiers ainsi que de vingt entretiens semi-dirigés avec des responsables de différents secteurs du travail social et de la santé mentale (Ligue Bruxelloise de la Santé mentale, Croix-Rouge, Asbl Miroir Vagabond, Asbl FEDER, Asbl L’autre Lieu, CRI, CPAS…). Bacqué, M.-F., 2003, « Deuil post-traumatique et catastrophes naturelles »,&#160;Études sur la mort, vol. no 123, no. 1, pp. 111-130. Bibeau, G., 2010, « Quel humanisme pour notre âge bio-technologique ? L’anthropologie, horizon nécessaire de l’anthropologie médicale »,&#160;Anthropologie &#38; Santé&#160;[En ligne], 1&#160; Berinato S., 2020, “That Discomfort You’re Feeling Is Grief”,&#160;Harvard Business Review. Degavre F., 4 avril 2020, « Coronavirus: pourquoi les « métiers féminins », si essentiels dans la lutte contre le Covid-19, sont-ils sous-valorisés ? », Rtbf info du 4 avril 2020. Grard C., 2019, « Expressions artistiques, mémoire d’une histoire traumatique et interpellation politique »,&#160;Babel, 40, 77-93. Timothy, R. K., 6 avril 2020, “Coronavirus is not the great equalizer — race matters”, The conversation. Crédits images&#160; Homme sur un banc: Image par Arek Socha de Pixabay Balançoire: Image par newinsight2life de Pixabay Petite fille: Image par Ulrike Mai de Pixabay</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-deuil-anticipatoire-et-traumas-de-la-necessite-de-penser-le-confinement-au-dela-de-ses-enjeux-sanitaires-et-economiques/">Incertitudes, « deuil anticipatoire » et traumas De la nécessité de penser le confinement au-delà de ses enjeux sanitaires et économiques</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Un texte de Jacinthe Mazzocchetti (UCLouvain &#8211; LAAP), Florence Noël et Isabelle Loodts, initialement publié dans le rapport « déconfinement sociétal » sur <a href="https://www.cartaacademica.org/post-covid">cartaa academica</a>. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Outre ses répercussions en termes économiques et sanitaires, la période de confinement a eu des effets psychiques négatifs, voire traumatiques. En plus des altérations dans le courant ordinaire des modes d’existence, nous voudrions ici pointer quelques enjeux, leurs répercussions et l’attention qu’ils demandent dans les perspectives de déconfinement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De près ou de loin, nous avons tous été profondément affectés par la situation de pandémie. Parmi la population, de nouvelles catégories se sont fait jour, dictées par les statistiques de dangerosité du COVID19 autant que par la nécessité de protéger et de soigner les plus faibles. Le monde des travailleurs s’est divisé entre confinés et actifs, rejouant par ailleurs les diffractions de classe, de genre et de race structurant la société (Degrave, 2020 ; Timothy, 2020). Le monde des « inactifs » (enfants et étudiants, sans emploi, retraités) s’est bipolarisé, obligés d’être strictement séparés, les uns pouvant être vecteurs de la maladie pour les autres. Les personnes précarisées, hors de portée d’un État qui s’accommode depuis longtemps de leur gestion uniquement associative, ont été les grands oubliés des mesures prophylactiques, accroissant la pression notamment financière et morale sur les différents secteurs du travail social, mais aussi les citoyens déjà engagés à leurs côtés. Cette redistribution spatiale des relations a mis en exergue l’ensemble des fragilités préexistantes : personnes seules, foyers dépendants d’aides sociales… La fracture environnementale et urbanistique a révélé d’autres inégalités (surfaces d’habitation et privatifs aérés). La fracture numérique a invisibilisé une portion non négligeable de la population de tous âges, dont des élèves et leurs parents pourtant soumis aux mêmes injonctions scolaires, mais dans l’incapacité matérielle d’y faire face.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo3.jpg" alt="" class="wp-image-4403" width="493" height="327" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo3.jpg 640w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo3-300x199.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 493px) 100vw, 493px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">Les mesures, prises dans l’urgence sanitaire, l’ont été sans la nuance que requiert l’infinie diversité des situations. La fermeture de nombreux commerces de détail a pesé bien moins sur la désorientation des particuliers que l&rsquo;inaccessibilité de la plupart des services à la personne et des soins et accompagnements médicaux et paramédicaux, psychologiques, psychiatriques ou sociaux. De là sont nées de nombreuses situations traumatisantes. En quelques heures à peine, chacun a dû anticiper et imaginer des solutions aux problèmes préexistants ou renoncer purement et simplement à l’essentiel. Personne n’a cessé d’être malade ou souffrant ni de déclencher une pathologie autre que le Covid, pourtant l’ensemble des services de soin a été restreint à des évaluations distantes, par téléphone, à des “tris” préventifs créant une situation sanitaire tendue et une comorbidité que des généralistes, impuissants, ont même appelée « dégât collatéral ». Mesurera-t-on le traumatisme de ces soignants (en hôpital, centre de revalidation, maison de repos et de soin, centre d’accueil de personnes handicapées ou en séjour psychiatrique), privés des moyens d’agir par absence de ressources, de matériels et de tests de dépistage ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les fenêtres sur le monde se sont réduites quasi exclusivement à la télévision et aux réseaux sociaux, l’opposition entre le foyer confiné dans une fausse réalité protectrice, mis sous cloche, comme dans un Truman Show répliqué à l’échelle du monde, et l’omniprésence de la menace, sa méconnaissance et les injonctions contradictoires des autorités et experts sur la manière de se protéger (saga des masques), mais également l’atroce réalité des chiffres croissants de la contagion, des hospitalisations et des décès, a induit chez des personnes de tous âges des troubles du sommeil, de l’hypervigilance, une phobie des lieux publics et des troubles compulsifs de type hygiéniste.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Et après ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Jamais dans l’histoire contemporaine, autant de gens, n’ont été privés de l’ensemble des libertés qui font leur humanité. Jamais, nous n’avons connu une restriction si absolue de nos droits fondamentaux. Pire encore, nous avons perdu le droit de manifester nos affections de manière physique en dehors du strict cercle familial et même les défunts ont perdu le droit à ce que leur volonté posthume soit respectée. Nous nous souviendrons de cela : nous avons accepté de renoncer à tout ce que nous avions de plus cher pour que le plus grand nombre survive. Nous avons fait le plus grand des sacrifices possibles à l’échelle des nations : remiser tous nos droits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, redémarrer comme avant semble tout simplement criminel, car cet avant n’existe plus. Nos psychés, nos rapports aux autres, au monde, à l’avenir et de manière plus concrète, au travail, à la santé, à la famille, à l’éducation… sont profondément modifiés par le double vécu de pandémie et de confinement. Ce « sentiment d’insécurité générale » (Kessler in Beranito, 2020) est tel qu’il est encore aujourd’hui difficile d’en imaginer l’ensemble des effets. Sidérée face à ce qui arrive ou ce qui pourrait arriver, la société entière se retrouve emportée, comme l’expose Kessler, dans un gigantesque « deuil d’anticipation ». Les peurs et la situation d’incertitude empêchent de se projeter, de penser. </p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo1.jpg" alt="" class="wp-image-4383" width="480" height="319" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo1.jpg 640w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo1-300x200.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">Il est et il sera essentiel de reconnaître ce que nous avons traversé collectivement tout en tenant compte des singularités. Passer à côté des états traumatiques présents et post-traumatiques à venir, résultants non pas de fragilités individuelles, mais d’un trouble de société (Bacqué, 2003&nbsp;; Bibeau, 2010), et plus largement, des fatigues accumulées et des pertes de sens au risque de burn-out et autres maladies serait une erreur majeure ancrée dans une pensée court-termiste dont les conséquences ne pourraient que nous revenir en pleine figure, tel un boomerang.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne faudra pas en outre négliger l’éveil critique de la population. Tout le monde est touché dans sa chair, dans la chair de sa parentèle ou de son cercle affectif. La population se redécouvre en tant que corps social et se réinvestit dans le contrat qui lie chacun de ses membres à ce corps en augmentant sa vigilance sur un monde politique sommé de rattraper les manquements et de rendre des comptes au quotidien. Le déploiement de la pandémie, sa gestion,&nbsp;les tâtonnements du monde politique&nbsp;sont venus révéler des troubles sociétaux, accentuer des failles, creuser les inégalités, renforcer les précarités, nourrir les sentiments de défiance. Tout cela aussi devra être guéri, et non pas seulement les corps. Tout cela aussi devra être entendu, et non pas seulement le besoin de relance économique, au risque qu’il ne se fasse, une fois encore, aux dépens des plus précaires, obligés d’aller travailler « comme avant », des plus résilients aussi, mais pour encore combien de temps, en renfort des privilèges de certains, et en abandon de parts de plus en plus conséquentes de la population.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelques enjeux de la phase de déconfinement&nbsp;</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que diffuse, la conscience profonde d&rsquo;un bouleversement radical rend le « comme avant » inenvisageable. Pour qu&rsquo;ils puissent être porteurs de résilience, les processus de déconfinement ne pourront être pensés dans le déni des profondes perturbations vécues par le corps social.&nbsp;Les personnes avec qui nous avons pu discuter, mais aussi les services sociaux et de soin, sont unanimes sur les dégâts majeurs subis par les populations, les plus précaires en particulier, et, sur les “bonds en arrière” en matière de soins, d’aides, d’intégration, d’inclusion…&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, durant ces semaines confinées s’est développé dans de nombreux milieux et secteurs, le sentiment que tout cela n’aura pas été vain si le monde d’après s’en trouve transformé, les enjeux de justice sociale et d’écologie enfin entendus à leur juste mesure. Ce sursaut d’espérance est assorti ceci dit de la crainte du retour du statu quo, alimentée par les premières initiatives gouvernementales pour esquisser les stratégies du déconfinement, et notamment la constitution d’un groupe d’experts parmi lesquels aucun ne semble avoir été choisi pour intégrer à ces réflexions les thématiques abordées ici. La question du sacrifice des libertés, mais aussi de la santé pour les travailleurs/travailleuses de nombreux secteurs (soins, alimentations, travail social…), assortie des diffractions de genre, de classe et de race est d’autant plus prégnante qu’une part importante de la société civile, préalablement engagée dans la défense de ces droits, s’est soit trouvée confrontée en première ligne aux conséquences de cette crise, soit trouvée privée des moyens traditionnels de manifester collectivement ses réflexions et revendications. Tous et toutes espèrent être entendus et reconnus dans leur « don de soi » qui aura permis à la société de se maintenir.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, si la crise a révélé que les secteurs de la santé et de la recherche, sous-financés, graduellement privatisés, sont centraux quant au bon fonctionnement de notre société, il en est de même pour les secteurs sociaux, tout aussi épuisés, mais aussi culturels, souvent sacrifiés en cas de crise. La créativité des artistes a joué un rôle clef pendant le confinement, et elle sera davantage nécessaire encore dans cet “après” qui s’annonce.&nbsp;Garantir des subsides et favoriser les emplois dans ces secteurs sera un vecteur de résilience indispensable pour la population qui refuse d’être réduite à sa seule dimension biologique et espère voir reconnues ses aspirations sociales, culturelles et politiques.&nbsp;Il faudra réparer, nourrir, mais aussi imaginer, créer, mettre des mots, métaboliser, faire récit, penser ensemble ce qui nous est arrivé (Grard, 2019). Toutes trois autrices, nous connaissons le pouvoir des mots, leur nécessité pour saisir le monde et s’y inscrire de manière à la fois sensible et citoyenne.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Bibliographie&nbsp;</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Prenant appui sur nos expertises académiques (anthropologie, archéologie et histoire), mais également artistiques (réalisatrice et autrices), cet article est par ailleurs le résultat d’une enquête qualitative auprès de parents, d’étudiants, de travailleurs précarisés, de collectifs d’artistes, de collectifs d’enseignants, de personnes en demandes d’asile et sans papiers ainsi que de vingt entretiens semi-dirigés avec des responsables de différents secteurs du travail social et de la santé mentale (Ligue Bruxelloise de la Santé mentale, Croix-Rouge, Asbl Miroir Vagabond, Asbl FEDER, Asbl L’autre Lieu, CRI, CPAS…).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bacqué, M.-F., 2003, « Deuil post-traumatique et catastrophes naturelles »,&nbsp;<em>Études sur la mort</em>, vol. no 123, no. 1, pp. 111-130.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bibeau, G., 2010, « Quel humanisme pour notre âge bio-technologique ? L’anthropologie, horizon nécessaire de l’anthropologie médicale »,&nbsp;<em>Anthropologie &amp; Santé</em>&nbsp;[En ligne], 1&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Berinato S., 2020, “That Discomfort You’re Feeling Is Grief”,&nbsp;<em>Harvard Business Review</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Degavre F., 4 avril 2020, « Coronavirus: pourquoi les « métiers féminins », si essentiels dans la lutte contre le Covid-19, sont-ils sous-valorisés ? », Rtbf info du 4 avril 2020.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Grard C., 2019, « Expressions artistiques, mémoire d’une histoire traumatique et interpellation politique »,&nbsp;<em>Babel</em>, 40, 77-93.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Timothy, R. K., 6 avril 2020, “Coronavirus is not the great equalizer — race matters”, <em>The conversation.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Crédits images&nbsp;<strong><u></u></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Homme sur un banc: Image par Arek Socha de Pixabay</p>



<p class="wp-block-paragraph">Balançoire: Image par newinsight2life de Pixabay</p>



<p class="wp-block-paragraph">Petite fille: Image par Ulrike Mai de Pixabay</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-deuil-anticipatoire-et-traumas-de-la-necessite-de-penser-le-confinement-au-dela-de-ses-enjeux-sanitaires-et-economiques/">Incertitudes, « deuil anticipatoire » et traumas De la nécessité de penser le confinement au-delà de ses enjeux sanitaires et économiques</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>La voie des masques</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/la-voie-des-masques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Joseph Laurent]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 May 2020 06:45:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
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		<category><![CDATA[politique publique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Par Bénédicte Fontaine, doctorante en anthropologie au Laboratoire d’Anthropologie Prospective de l’UCLouvain; Pierre-Joseph Laurent, professeur, membre du Laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCLouvain et de l’Académie royale de Belgique, pour Carta Academica (publié le 09/05/2020 sur « Le Soir » ) La pandémie causée par le Covid-19 est une évidence sanitaire, provoquée par un virus objectivable. Mais la gestion de cette pandémie est-elle tout aussi objectivable dès lors que la prise en charge par les États de la quarantaine et du confinement se déroule en fonction de paramètres relevant de l’arbitrage politique et du possible et pas seulement de l’objectivité scientifique ? Dans sa simplicité, pour tout un chacun, le masque devient un bon révélateur de cet arbitrage et du possible. L’arbitrage&#160; Les stocks de masques périmés détruits, non renouvelés au motif d’économie budgétaire. La désindustrialisation et les délocalisations mettent en lumière l’imprévoyance, les fragilités, les limites d’une gestion à flux tendus où l’arbitrage politique se fait surtout comptable et financier (1). La conséquence : la mise en place d’un pont aérien entre la Chine et des pays européens devenus dépendants (main d’œuvre trop chère, marge bénéficiaire insuffisante), avec en toile de fond une guerre industrielle et logistique (allongement de la chaîne d’approvisionnement) (2), animée par la convoitise et l&#8217;arbitrage du plus offrant. Le possible&#160; Au-delà des enjeux sanitaires, les politiques du possible du masque (pénurie, pas de masques, masques qui se déclinent pour les populations en chirurgicaux ou artisanaux) indiquent la manière dont les États traitent de la relation avec leurs citoyens et communiquent : le masque obligatoire et imposé à tous (Chine), le masque exigé pour sortir (Autriche), le masque comme une prise en considération de l’intérêt collectif (Taïwan, Hong Kong, Corée du Sud), comme une mobilisation du secteur informel (Bénin, Cameroun), une opportunité commerciale (le business Covid) dont la reconversion de chaines de production (Bulgarie, Maroc), le masque longtemps déclaré non nécessaire en dehors des soignants (France, Belgique) ou encore son port laissé à l’appréciation des individus (États-Unis, Brésil), et finalement, un outil indispensable aux déconfinements. Au-delà de la communication officielle, le masque – devenu en quelques semaines un objet de préoccupation de la vie quotidienne – et la « politique du masque » sont aisément décodés, analysés, évalués, interprétés, par chacun d’entre nous, en relation à son environnement de travail et de vie (3). Une question de confiance&#160; Au regard des dimensions sanitaires, économiques et financières, la « politique du masque » dévoile crument à la population les enjeux, voire les contradictions des décideurs. Elle pointe les limites d’une gestion politique qui ne serait pas au service du plus grand nombre. Ce petit masque signale au grand public la crédibilité de décideurs politiques qui mobilisent la science pour justifier les possibles du moment. Jusqu’il y a peu “scientifiquement inutile et même déconseillé”, le masque est devenu un élément du déconfinement, obligatoire dans les transports en commun, certains magasins et lieux publics, malgré la difficulté de s’en procurer. Là se niche la question de la confiance entre les élites, les politiques et les citoyens. Un rapport primordial à soi&#160; Les politiques de quarantaine et de confinement, de protection et de prévention impliquent plusieurs niveaux de perception. Mais tout un chacun se confronte à l’obligation de prendre sa propre mesure du virus qui est un rapport primordial à soi, à l’autre, à la vie et à la mort (4). Cette prise en considération pour soi se traduit par l’invention de nouvelles routines de la vie quotidienne, entre les membres de son unité de confinement, dans l’intériorisation des gestes de la distanciation, dans l’utilisation du gel, du masque. Ces gestes modifiés de la vie quotidienne relient chacun de nous, en pensée, au virus, et nous inscrivent dans une conscience générale, locale, régionale, planétaire, de la pandémie (5).&#160; La prise de conscience des inégalités&#160; Dans ce quotidien modifié par le Covid-19, du rapport que chacun d’entre nous entretient au masque, et de notre confrontation, par la pluralité des médias interposés, à ces « politiques du masque » émergent la prise de conscience, aujourd’hui généralisée, des inégalités de protection face à la pandémie, une prise de conscience qui, par association, percole des inégalités dans le rapport au masque, aux inégalités dans le confinement et la société. Ainsi, ce simple masque, comme un symbole de la possibilité de se protéger, conduit à délier la parole concernant un paradoxe qui désormais saute aux yeux : les travailleurs en première ligne, les indispensables, les applaudis sont aussi les victimes de la crise économique. La prise de conscience de la fracture de la société se renforce, car le confinement, vécu par tous, se décline différemment selon le genre, les classes sociales, les métiers, l’accès ou non à un logement, mais aussi entre les pays et les continents. Le renforcement des radicalismes&#160; Cette pandémie n’est pas une crise passagère. Par sa durée, le confinement et surtout le déconfinement qui nous attend (durée de la crise économique qui suivra) prennent le temps de s’installer dans les consciences. Crise aux multiples conséquences, elle affecte déjà la cohésion sociale, avec des risques de polarisation de la société (chômage, pauvreté) et de son implosion, avec le renforcement des radicalismes de droite et de gauche. Ces radicalismes s’alimentent du clivage qui divise les groupes sociaux, entre ceux qui veulent que tout rentre dans l’ordre au plus vite et comme avant, et ceux pour qui la crise sanitaire a mis en lumière leurs conditions de vie, mais aussi ceux qui s’inquiètent des conditions de survie de l’humanité aux regards des bouleversements environnementaux. Quelles finalités&#160;?&#160; La pauvreté va s’étendre dans les sociétés occidentales, les disparités et les tensions entre les continents vont s’accroitre. La croissance sera affectée et la priorité est la remise en route de l’économie, des marchés, avec les questions du financement de la crise et du remboursement de la dette (pour des durées de 10, 20 ou 30 ans). Une évidence, mais chacun d’entre nous, à la suite de son expérience de la pandémie, peut désormais adresser cette question : avec quelles finalités ? Comment penser le déconfinement&#160;?&#160; La « politique des masques » révèle à quel point le déconfinement ne pourra pas se penser comme un retour à la normale. Il ne se résumera pas à une question épidémiologique, économique, financière. Entendu comme la gestion dans la longue durée de la crise économique et sociale causée par la pandémie, ainsi démasqué, le déconfinement concerne directement la cohésion sociale et le pacte sociétal pour les prochaines décennies (6). Le déconfinement implique de se poser plusieurs questions, dont celles des conditions de production, du sens du collectif et de la gestion des risques dans un monde globalisé, dont celle induite de notre rapport à l’environnement. Le déconfinement nécessitera de l’imagination, au regard des solutions novatrices et inédites à mettre en place. Autant de défis auxquels les dirigeants politiques, mais aussi les diverses élites seront confrontés de gré ou en raison de la pression de la rue. Quels seront les arbitrages politiques de la société de l’après-déconfinement ? (1) Soupiot, A.,&#160;La gouvernance pour les nombres, Cours au Collègue de France (2012-2014), Paris, Fayard, 512p.&#160; (2) Tsing, A.,&#160;Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Paris, La Découverte, 2017, 415 p.&#160; (3) Voir Goffman, I.,&#160;La Mise en scène de la vie quotidienne&#160;(tome 1), Paris, édition de Minuit, 1973 (trad. fr), 256 p.&#160; (4) Ricoeur, P.,&#160;Parcours de la reconnaissance, Paris, Stock, 2004, 386 p.&#160; (5) Voir aussi Lévinas, E.,&#160;Totalité et infini. Essai sur l’extériorité, Paris, LGF, 1971, 347 p. : Appadurai, A.,&#160;Condition de l’Homme Global. Paris, Payot,2013, 421 p.&#160; (6) Eraly, A.,&#160;Autorité et légitimité. Le sens du collectif, Toulouse, Erès, 2015., 249 p.&#160;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Par Bénédicte Fontaine, doctorante en anthropologie au Laboratoire d’Anthropologie Prospective de l’UCLouvain; Pierre-Joseph Laurent, professeur, membre du Laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCLouvain et de l’Académie royale de Belgique, pour Carta Academica (publié le 09/05/2020 sur <a href="https://plus.lesoir.be/299182/article/2020-05-09/la-voie-des-masques">« Le Soir »</a> )</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La pandémie causée par le Covid-19 est une évidence sanitaire, provoquée par un virus objectivable. Mais la gestion de cette pandémie est-elle tout aussi objectivable dès lors que la prise en charge par les États de la quarantaine et du confinement se déroule en fonction de paramètres relevant de l’arbitrage politique et du possible et pas seulement de l’objectivité scientifique ? Dans sa simplicité, pour tout un chacun, le masque devient un bon révélateur de cet arbitrage et du possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’arbitrage&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les stocks de masques périmés détruits, non renouvelés au motif d’économie budgétaire. La désindustrialisation et les délocalisations mettent en lumière l’imprévoyance, les fragilités, les limites d’une gestion à flux tendus où l’arbitrage politique se fait surtout comptable et financier (1). La conséquence : la mise en place d’un pont aérien entre la Chine et des pays européens devenus dépendants (main d’œuvre trop chère, marge bénéficiaire insuffisante), avec en toile de fond une guerre industrielle et logistique (allongement de la chaîne d’approvisionnement) (2), animée par la convoitise et l&rsquo;arbitrage du plus offrant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le possible&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des enjeux sanitaires, les politiques du possible du masque (pénurie, pas de masques, masques qui se déclinent pour les populations en chirurgicaux ou artisanaux) indiquent la manière dont les États traitent de la relation avec leurs citoyens et communiquent : le masque obligatoire et imposé à tous (Chine), le masque exigé pour sortir (Autriche), le masque comme une prise en considération de l’intérêt collectif (Taïwan, Hong Kong, Corée du Sud), comme une mobilisation du secteur informel (Bénin, Cameroun), une opportunité commerciale (le business Covid) dont la reconversion de chaines de production (Bulgarie, Maroc), le masque longtemps déclaré non nécessaire en dehors des soignants (France, Belgique) ou encore son port laissé à l’appréciation des individus (États-Unis, Brésil), et finalement, un outil indispensable aux déconfinements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de la communication officielle, le masque – devenu en quelques semaines un objet de préoccupation de la vie quotidienne – et la « politique du masque » sont aisément décodés, analysés, évalués, interprétés, par chacun d’entre nous, en relation à son environnement de travail et de vie (3).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une question de confiance&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au regard des dimensions sanitaires, économiques et financières, la « politique du masque » dévoile crument à la population les enjeux, voire les contradictions des décideurs. Elle pointe les limites d’une gestion politique qui ne serait pas au service du plus grand nombre. Ce petit masque signale au grand public la crédibilité de décideurs politiques qui mobilisent la science pour justifier les possibles du moment. Jusqu’il y a peu “scientifiquement inutile et même déconseillé”, le masque est devenu un élément du déconfinement, obligatoire dans les transports en commun, certains magasins et lieux publics, malgré la difficulté de s’en procurer. Là se niche la question de la confiance entre les élites, les politiques et les citoyens.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2-1024x952.jpg" alt="" class="wp-image-4303" width="298" height="277" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2-1024x952.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2-300x279.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2-768x714.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2.jpg 1037w" sizes="auto, (max-width: 298px) 100vw, 298px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un rapport primordial à soi&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les politiques de quarantaine et de confinement, de protection et de prévention impliquent plusieurs niveaux de perception. Mais tout un chacun se confronte à l’obligation de prendre sa propre mesure du virus qui est un rapport primordial à soi, à l’autre, à la vie et à la mort (4). Cette prise en considération pour soi se traduit par l’invention de nouvelles routines de la vie quotidienne, entre les membres de son unité de confinement, dans l’intériorisation des gestes de la distanciation, dans l’utilisation du gel, du masque. Ces gestes modifiés de la vie quotidienne relient chacun de nous, en pensée, au virus, et nous inscrivent dans une conscience générale, locale, régionale, planétaire, de la pandémie (5).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La prise de conscience des inégalités&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce quotidien modifié par le Covid-19, du rapport que chacun d’entre nous entretient au masque, et de notre confrontation, par la pluralité des médias interposés, à ces « politiques du masque » émergent la prise de conscience, aujourd’hui généralisée, des inégalités de protection face à la pandémie, une prise de conscience qui, par association, percole des inégalités dans le rapport au masque, aux inégalités dans le confinement et la société. Ainsi, ce simple masque, comme un symbole de la possibilité de se protéger, conduit à délier la parole concernant un paradoxe qui désormais saute aux yeux : les travailleurs en première ligne, les indispensables, les applaudis sont aussi les victimes de la crise économique. La prise de conscience de la fracture de la société se renforce, car le confinement, vécu par tous, se décline différemment selon le genre, les classes sociales, les métiers, l’accès ou non à un logement, mais aussi entre les pays et les continents.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le renforcement des radicalismes&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette pandémie n’est pas une crise passagère. Par sa durée, le confinement et surtout le déconfinement qui nous attend (durée de la crise économique qui suivra) prennent le temps de s’installer dans les consciences. Crise aux multiples conséquences, elle affecte déjà la cohésion sociale, avec des risques de polarisation de la société (chômage, pauvreté) et de son implosion, avec le renforcement des radicalismes de droite et de gauche. Ces radicalismes s’alimentent du clivage qui divise les groupes sociaux, entre ceux qui veulent que tout rentre dans l’ordre au plus vite et comme avant, et ceux pour qui la crise sanitaire a mis en lumière leurs conditions de vie, mais aussi ceux qui s’inquiètent des conditions de survie de l’humanité aux regards des bouleversements environnementaux.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-768x1024.jpg" alt="" class="wp-image-4293" width="270" height="360" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-768x1024.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-225x300.jpg 225w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-1152x1536.jpg 1152w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-1536x2048.jpg 1536w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-1140x1520.jpg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 270px) 100vw, 270px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelles finalités&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La pauvreté va s’étendre dans les sociétés occidentales, les disparités et les tensions entre les continents vont s’accroitre. La croissance sera affectée et la priorité est la remise en route de l’économie, des marchés, avec les questions du financement de la crise et du remboursement de la dette (pour des durées de 10, 20 ou 30 ans). Une évidence, mais chacun d’entre nous, à la suite de son expérience de la pandémie, peut désormais adresser cette question : avec quelles finalités ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment penser le déconfinement&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La « politique des masques » révèle à quel point le déconfinement ne pourra pas se penser comme un retour à la normale. Il ne se résumera pas à une question épidémiologique, économique, financière. Entendu comme la gestion dans la longue durée de la crise économique et sociale causée par la pandémie, ainsi démasqué, le déconfinement concerne directement la cohésion sociale et le pacte sociétal pour les prochaines décennies (6). Le déconfinement implique de se poser plusieurs questions, dont celles des conditions de production, du sens du collectif et de la gestion des risques dans un monde globalisé, dont celle induite de notre rapport à l’environnement. Le déconfinement nécessitera de l’imagination, au regard des solutions novatrices et inédites à mettre en place. Autant de défis auxquels les dirigeants politiques, mais aussi les diverses élites seront confrontés de gré ou en raison de la pression de la rue. Quels seront les arbitrages politiques de la société de l’après-déconfinement ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">(1) Soupiot, A.,&nbsp;<em>La gouvernance pour les nombres</em>, Cours au Collègue de France (2012-2014), Paris, Fayard, 512p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(2) Tsing, A.,&nbsp;<em>Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme</em>, Paris, La Découverte, 2017, 415 p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(3) Voir Goffman, I.,&nbsp;<em>La Mise en scène de la vie quotidienne</em>&nbsp;(tome 1), Paris, édition de Minuit, 1973 (trad. fr), 256 p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(4) Ricoeur, P.,&nbsp;<em>Parcours de la reconnaissance</em>, Paris, Stock, 2004, 386 p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(5) Voir aussi Lévinas, E.,&nbsp;<em>Totalité et infini. Essai sur l’extériorité</em>, Paris, LGF, 1971, 347 p. : Appadurai, A.,&nbsp;<em>Condition de l’Homme Global</em>. Paris, Payot,2013, 421 p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(6) Eraly, A.,&nbsp;<em>Autorité et légitimité. Le sens du collectif</em>, Toulouse, Erès, 2015., 249 p.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/la-voie-des-masques/">La voie des masques</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>Incertitudes, défiance et pensées conspirationnistes : le Covid 19 au prisme du complot</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-defiance-et-pensees-conspirationnistes-le-covid-19-au-prisme-du-complot/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Justine Vleminckx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2020 06:14:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
		<category><![CDATA[covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[pensées conspirationnistes]]></category>
		<category><![CDATA[théorie du complot]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque crise et le lot d’incertitudes dont elle est la source génèrent simultanément la multiplication et la diffusion de théories de nature conspirationniste. Dans ces conjonctures particulièrement anxiogènes, suscitant une quête de sens collective et la sensation d’une perte de contrôle sur le cours de sa vie, ces formes interprétatives fournissent un ensemble de réponses simples, souvent manichéennes, face à une réalité qui échappe à la compréhension, en raison de la charge émotive qu’elle suscite et de sa trop grande complexité (Sorteras, 2018). Ces théories dénoncent généralement de grands mensonges orchestrés par des «&#160;puissants&#160;», et véhiculés par la presse mainstream et certains scientifiques, complices ; des mensonges qui dissimulent un projet de grande ampleur, souvent nuisible au plus grand nombre, destiné à renforcer le pouvoir d’une minorité dominante (Taguieff, 2006). La diffusion et le succès des pensées du complot ne sont pas récents, mais il ne fait aucun doute que depuis le début des années 2000, le développement d’Internet comme média de masse ainsi que l’émergence de réseaux sociaux et de plateformes d’hébergement de vidéos ont largement contribué à en faire&#160;un phénomène culturel de masse&#160;(Bourseillier, 2016). Dans ces espaces numériques où les discours sont libéralisés, diffusés gratuitement, sans tri et sans filtre, les tenants de discours conspirationnistes, anonymes, « experts » ou personnalités publiques ont le champ libre pour diffuser leur message. Les pensées conspirationnistes ont également pour logique argumentative d’associer plusieurs événements entre eux, alors qu’ils n’ont pas de lien de causalité.&#160;La crise mondiale du Covid-19 n’échappe pas au jeu du « grand&#160;&#160;bain informationnel » (Liogier, 2015) et aux grilles de lecture conspirationniste qui se déploient d’un bout à l’autre du globe. Partant d’observations menées sur la Toile depuis le début de l’épidémie et sur base des recherches ethnographiques que nous menons depuis plusieurs années, il nous apparaît indispensable de poser un diagnostic sur les pensées et discours conspirationnistes qui fleurissent en ce moment sur le Net à propos du Coronavirus. Nous tentons ici de comprendre leur nature, les raisons de leur succès dans un contexte inédit de confinement quasi mondial, leurs effets, mais aussi les risques potentiels qu’ils peuvent faire encourir aux individus et plus largement, à nos sociétés démocratiques. Si, parmi les populations, certains adhéraient déjà aux théories conspirationnistes avant le confinement, elles ont gagné de nouvelles sphères sociales. Travaillant toutes quatre dans des contextes traversés par des crises politiques et des logiques de défiance, nous connaissons particulièrement bien les mécanismes à l’œuvre dans la propagation des rumeurs et des théories conspirationnistes. Nous avons pu, dès le début de la crise, déceler des similitudes entre des terrains parfois lointains sur le plan géographique et social (région des Grands Lacs en Afrique, mouvements alternatifs transnationaux de développement personnel, jeunesses précarisées et milieux ouvriers belges&#8230;). Voici trois exemples de théories du complot qui circulent actuellement à large échelle :&#160; Dans la sphère des mouvements alternatifs de développement personnel, les thèses du Belge J.-J. Crèvecoeur ont été largement partagées. Dans l’une de ses vidéos diffusée le 7 avril dernier, intitulée «&#160;Coronavirus &#8211; se soumettre ou se mettre debout&#160;» et visionnée près de 300.000 fois, il&#160;mobilise une série de schémas et se positionne «&#160;en perpétuel sceptique de par sa formation scientifique&#160;» pour&#160;démontrer combien la crise du Covid-19 est «&#160;une manipulation monumentale avec un agenda caché qui consiste à installer une dictature mondiale&#160;».&#160; Circule également cette rumeur d’un virus créé de toutes pièces (en fonction des théories: par les États-Unis, par la France, voire par la Chine) assortie de noms de scientifiques prétendument à l’origine du complot. À titre d’exemple, une de ces théories met en récit un virus créé à dessein, avec la complicité de Bill Gates, informaticien milliardaire, afin d’engager une campagne de vaccination obligatoire ainsi que le puçage et le traçage des humains à l’échelle mondiale.&#160; Dans certains réseaux, notamment des diasporas africaines, circule l’idée que le virus est «&#160;une maladie de Blancs&#160;» contre laquelle les Africains et leurs descendants seraient immunisés. Des questions nous parviennent pour savoir s’il ne sera pas risqué, le cas échéant, d’accepter un vaccin dont certains soupçonnent qu’il soit créé par les Occidentaux pour éliminer les Africains. Éléments de compréhension de l&#8217;émergence des théories complotistes face au COVID-19 Plusieurs explications peuvent être convoquées pour comprendre l’engouement que suscitent les thèses complotistes auprès d’un public large et hétérogène dans ce contexte de crise face auxquels «&#160;les réponses nationales s’accompagnent d’une suspension temporaire des libertés au nom de la protection collective&#160;» (Nay, 2020).&#160; L’incertitude face à la maladie et à la mort, mais aussi face aux conditions de sortie du confinement, assortie d’une surmédiatisation et d’une évolution presque journalière des éléments d’information et de prévention, par ailleurs parfois contradictoires, laisse les populations en désarroi et en besoin de réassurance. On imagine également que le confinement en lui-même est un terreau favorable à la production de thèses complotistes et à leur adhésion. Être enfermé chez soi peut contribuer à accentuer les angoisses, la solitude, le manque de clarté sur la situation et la sensation de perte de maîtrise sur le temps qui passe, sur les événements qui se jouent à l’extérieur, sans nous. Seul, on cogite et on s’accroche aux informations vers lesquelles les algorithmes nous conduisent, ou celles que nos bulles sociales, nos réseaux font circuler. La situation de confinement conduit à passer une grande part de son temps sur Internet &#8211; plus qu’en situation normale &#8211; dans un contexte où la possibilité de sortir de l’isolement des «&#160;chambres d’échos&#160;» médiatiques, des «&#160;bulles de filtres&#160;»,&#160;ainsi que de confrontation et de validation des informations reçues&#160;est largement restreinte. Dans ces «&#160;chambres d’écho&#160;», les rumeurs se propagent beaucoup plus rapidement (Choi et al., 2020). Le vrai du faux est difficilement discernable d’autant plus que les théories complotistes sont souvent le reflet, déformé à l’extrême, de réalités existantes. Notons enfin que les pensées complotistes sont souvent révélatrices de «&#160;l’effritement de la confiance sociale dans un moment sociétal de défiance à l’égard des institutions et des mondes politiques&#160;» (Mazzocchetti, 2019), mais aussi, à l’encontre des médias publics et de certains intellectuels, décrits par les conspirationnistes comme les complices des chefs d’orchestre du complot à l’œuvre, parmi lesquels nos dirigeants sont régulièrement cités.&#160; Si,&#160;«&#160;avoir des doutes sur les discours dominants, souvent présentés comme unique vérité, n’est pas problématique en soi&#160;» (Mazzocchetti, 2019); en revanche, les thèses complotistes peuvent générer une série d’effets, voire de risques en termes de santé mentale et de mises en danger de soi et d’autrui, dont il est nécessaire de prendre la mesure. À titre d’exemple, dans sa vidéo présentée plus haut, Jean-Jacques Crèvecoeur incite ses auditeurs à sortir de chez eux en masse: «&#160;ça aurait comme avantage que la police et l’armée seraient débordée&#160;». Il les avertit ensuite : «&#160;Un des scénarii possibles, si vous ne le faites pas, c’est qu’on vous promettra que vous pourrez sortir une fois qu’un vaccin sera trouvé et on vous imposera de vous faire pucer comme un bon citoyen. Les autres mauvais citoyens seront soit vaccinés de force, soit emprisonnés. J’en ferai partie&#160;». Les thèses complotistes peuvent également inciter à un repli individualiste (chacun lutte pour sa survie), loin d’une pensée politique, alimentant des sentiments d’anomie, d’impuissance, mais aussi, dans certains cas, des passages à l’acte contre soi et/ou contre la société. Plus largement, ces théories nourrissent les logiques de défiance et d’incertitude qu’elles prétendent pourtant apaiser et, dans une logique circulaire, renforcent les clivages, les angoisses et les colères.&#160;&#160; Les enjeux face au déconfinement : quatre propositions concrètes Il est donc indispensable de proposer une communication claire, cohérente, honnête malgré, voire d’autant plus, le caractère inédit de l’actuelle crise, en ayant conscience que les paroles pèsent et participent, à leur insu, à nourrir ce type de théories et, plus largement, les sentiments de défiance. Dans le même ordre d’idées, il est indispensable de situer les propos rendus publics, d’énoncer leurs critères de validité, de diversifier les approches et d’associer les chercheur.e.s de diverses disciplines aux analyses et communications de crise et de sortie de crise. Il importe de ne pas sous-estimer le rôle des rumeurs. Les rumeurs, une fois qu’elles circulent en grand nombre, deviennent anthropologiquement parlant, elles aussi, une vérité : elles affectent le social et ne sont pas totalement dépourvues de sens (Musila, 2017).&#160;&#160; Enfin, il est fondamental de reprendre le temps de la décision politique et d’assumer que si une question sur un sujet n’a pas encore été tranchée, aucune communication ne sera faite “en urgence” au risque de donner des informations contradictoires. Il est donc également important de sortir du rythme de l’urgence à tout prix et de présenter les décisions comme réfléchies. Un texte de Jacinthe Mazzocchetti (professeure, UCLouvain), Antea Paviotti (FWO PhD fellow, UAntwerpen), Aurore Vermylen (FNRS PhD, UCLouvain) et Justine Vleminckx (FNRS PhD, UCLouvain), anthropologues&#160; Bibliographie Bourseiller, Christophe, 2016,&#160;C’est un complot ! Voyage dans la tête des conspirationnistes, Paris, JC Lattès.&#160;&#160; Choi Daejin et al., 2020, “Rumor Propagation is Amplified by Echo Chambers in Social Media”,&#160;Nature Scientific Reports, 10:310. Ledoux, Aurélie, 2009, « Vidéos en ligne : la preuve par l&#8217;image ? L&#8217;exemple des théories conspirationnistes sur le 11-Septembre »,&#160;Esprit, vol. mars/avril, no. 3, pp. 95-106. Liogier, Raphaël, 2015, « Recompositions religieuses dans un monde global théoriquement sécularisé »,&#160;Histoire, monde et cultures religieuses, vol. 34, no. 2, pp. 131-146.&#160; Mazzocchetti, Jacinthe, 2019, « Théories conspirationnistes et mythe Illuminati. Enquête auprès de jeunes de quartiers précarisés à Bruxelles »,&#160;Problèmes d&#8217;Histoire des Religions, 26, pp. 115-134. Musila, Grace A., 2017 “Navigating Epistemic Disarticulations”,&#160;African Affairs, 116/465, pp. 692-704. Nay, Olivier, 2020, “Virus et liberté”,&#160;AOC, 5 p. Soteras, Eva, 2018, « Les enjeux politico-religieux du conspirationnisme à l’ère postmoderne »,&#160;Sociétés, vol. 142, no. 4, pp. 7-18. Taguieff, Pierre-André, 2006,&#160;L’imaginaire du complot mondial: Aspects d’un mythe moderne, Fayard/Mille et une nuit.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-defiance-et-pensees-conspirationnistes-le-covid-19-au-prisme-du-complot/">Incertitudes, défiance et pensées conspirationnistes : le Covid 19 au prisme du complot</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Chaque crise et le lot d’incertitudes dont elle est la source génèrent simultanément la multiplication et la diffusion de théories de nature conspirationniste. Dans ces conjonctures particulièrement anxiogènes, suscitant une quête de sens collective et la sensation d’une perte de contrôle sur le cours de sa vie, ces formes interprétatives fournissent un ensemble de réponses simples, souvent manichéennes, face à une réalité qui échappe à la compréhension, en raison de la charge émotive qu’elle suscite et de sa trop grande complexité (Sorteras, 2018). Ces théories dénoncent généralement de grands mensonges orchestrés par des «&nbsp;puissants&nbsp;», et véhiculés par la presse mainstream et certains scientifiques, complices ; des mensonges qui dissimulent un projet de grande ampleur, souvent nuisible au plus grand nombre, destiné à renforcer le pouvoir d’une minorité dominante (Taguieff, 2006).</p>



<p class="wp-block-paragraph">La diffusion et le succès des pensées du complot ne sont pas récents, mais il ne fait aucun doute que depuis le début des années 2000, le développement d’Internet comme média de masse ainsi que l’émergence de réseaux sociaux et de plateformes d’hébergement de vidéos ont largement contribué à en faire&nbsp;un phénomène culturel de masse&nbsp;(Bourseillier, 2016). Dans ces espaces numériques où les discours sont libéralisés, diffusés gratuitement, sans tri et sans filtre, les tenants de discours conspirationnistes, anonymes, « experts » ou personnalités publiques ont le champ libre pour diffuser leur message. Les pensées conspirationnistes ont également pour logique argumentative d’associer plusieurs événements entre eux, alors qu’ils n’ont pas de lien de causalité.&nbsp;La crise mondiale du Covid-19 n’échappe pas au jeu du « grand&nbsp;&nbsp;bain informationnel » (Liogier, 2015) et aux grilles de lecture conspirationniste qui se déploient d’un bout à l’autre du globe. Partant d’observations menées sur la Toile depuis le début de l’épidémie et sur base des recherches ethnographiques que nous menons depuis plusieurs années, il nous apparaît indispensable de poser un diagnostic sur les pensées et discours conspirationnistes qui fleurissent en ce moment sur le Net à propos du Coronavirus. Nous tentons ici de comprendre leur nature, les raisons de leur succès dans un contexte inédit de confinement quasi mondial, leurs effets, mais aussi les risques potentiels qu’ils peuvent faire encourir aux individus et plus largement, à nos sociétés démocratiques.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="375" height="275" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/Bill-gates-II.png" alt="" class="wp-image-4213" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/Bill-gates-II.png 375w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/Bill-gates-II-300x220.png 300w" sizes="auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Si, parmi les populations, certains adhéraient déjà aux théories conspirationnistes avant le confinement, elles ont gagné de nouvelles sphères sociales. Travaillant toutes quatre dans des contextes traversés par des crises politiques et des logiques de défiance, nous connaissons particulièrement bien les mécanismes à l’œuvre dans la propagation des rumeurs et des théories conspirationnistes. Nous avons pu, dès le début de la crise, déceler des similitudes entre des terrains parfois lointains sur le plan géographique et social (région des Grands Lacs en Afrique, mouvements alternatifs transnationaux de développement personnel, jeunesses précarisées et milieux ouvriers belges&#8230;). Voici trois exemples de théories du complot qui circulent actuellement à large échelle :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list"><li>Dans la sphère des mouvements alternatifs de développement personnel, les thèses du Belge J.-J. Crèvecoeur ont été largement partagées. Dans l’une de ses vidéos diffusée le 7 avril dernier, intitulée «&nbsp;Coronavirus &#8211; se soumettre ou se mettre debout&nbsp;» et visionnée près de 300.000 fois, il&nbsp;mobilise une série de schémas et se positionne «&nbsp;en perpétuel sceptique de par sa formation scientifique&nbsp;» pour&nbsp;démontrer combien la crise du Covid-19 est «&nbsp;une manipulation monumentale avec un agenda caché qui consiste à installer une dictature mondiale&nbsp;».&nbsp;</li><li>Circule également cette rumeur d’un virus créé de toutes pièces (en fonction des théories: par les États-Unis, par la France, voire par la Chine) assortie de noms de scientifiques prétendument à l’origine du complot. À titre d’exemple, une de ces théories met en récit un virus créé à dessein, avec la complicité de Bill Gates, informaticien milliardaire, afin d’engager une campagne de vaccination obligatoire ainsi que le puçage et le traçage des humains à l’échelle mondiale.&nbsp;</li><li>Dans certains réseaux, notamment des diasporas africaines, circule l’idée que le virus est «&nbsp;une maladie de Blancs&nbsp;» contre laquelle les Africains et leurs descendants seraient immunisés. Des questions nous parviennent pour savoir s’il ne sera pas risqué, le cas échéant, d’accepter un vaccin dont certains soupçonnent qu’il soit créé par les Occidentaux pour éliminer les Africains.</li></ul>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="391" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-1024x391.png" alt="" class="wp-image-4193" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-1024x391.png 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-300x115.png 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-768x293.png 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-1140x436.png 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur.png 1361w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>capture d&rsquo;écran des publications de J.-J. Crèvecoeur</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Éléments de compréhension de l&rsquo;émergence des théories complotistes face au COVID-19</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs explications peuvent être convoquées pour comprendre l’engouement que suscitent les thèses complotistes auprès d’un public large et hétérogène dans ce contexte de crise face auxquels «&nbsp;les réponses nationales s’accompagnent d’une suspension temporaire des libertés au nom de la protection collective&nbsp;» (Nay, 2020).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’incertitude face à la maladie et à la mort, mais aussi face aux conditions de sortie du confinement, assortie d’une surmédiatisation et d’une évolution presque journalière des éléments d’information et de prévention, par ailleurs parfois contradictoires, laisse les populations en désarroi et en besoin de réassurance. On imagine également que le confinement en lui-même est un terreau favorable à la production de thèses complotistes et à leur adhésion. Être enfermé chez soi peut contribuer à accentuer les angoisses, la solitude, le manque de clarté sur la situation et la sensation de perte de maîtrise sur le temps qui passe, sur les événements qui se jouent à l’extérieur, sans nous. Seul, on cogite et on s’accroche aux informations vers lesquelles les algorithmes nous conduisent, ou celles que nos bulles sociales, nos réseaux font circuler. La situation de confinement conduit à passer une grande part de son temps sur Internet &#8211; plus qu’en situation normale &#8211; dans un contexte où la possibilité de sortir de l’isolement des «&nbsp;chambres d’échos&nbsp;» médiatiques, des «&nbsp;bulles de filtres&nbsp;»,&nbsp;ainsi que de confrontation et de validation des informations reçues&nbsp;est largement restreinte. Dans ces «&nbsp;chambres d’écho&nbsp;», les rumeurs se propagent beaucoup plus rapidement (Choi et al., 2020). Le vrai du faux est difficilement discernable d’autant plus que les théories complotistes sont souvent le reflet, déformé à l’extrême, de réalités existantes. Notons enfin que les pensées complotistes sont souvent révélatrices de «&nbsp;l’effritement de la confiance sociale dans un moment sociétal de défiance à l’égard des institutions et des mondes politiques&nbsp;» (Mazzocchetti, 2019), mais aussi, à l’encontre des médias publics et de certains intellectuels, décrits par les conspirationnistes comme les complices des chefs d’orchestre du complot à l’œuvre, parmi lesquels nos dirigeants sont régulièrement cités.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si,&nbsp;«&nbsp;avoir des doutes sur les discours dominants, souvent présentés comme unique vérité, n’est pas problématique en soi&nbsp;» (Mazzocchetti, 2019); en revanche, les thèses complotistes peuvent générer une série d’effets, voire de risques en termes de santé mentale et de mises en danger de soi et d’autrui, dont il est nécessaire de prendre la mesure. À titre d’exemple, dans sa vidéo présentée plus haut, Jean-Jacques Crèvecoeur incite ses auditeurs à sortir de chez eux en masse: «&nbsp;ça aurait comme avantage que la police et l’armée seraient débordée&nbsp;». Il les avertit ensuite : «&nbsp;Un des scénarii possibles, si vous ne le faites pas, c’est qu’on vous promettra que vous pourrez sortir une fois qu’un vaccin sera trouvé et on vous imposera de vous faire pucer comme un bon citoyen. Les autres mauvais citoyens seront soit vaccinés de force, soit emprisonnés. J’en ferai partie&nbsp;». Les thèses complotistes peuvent également inciter à un repli individualiste (chacun lutte pour sa survie), loin d’une pensée politique, alimentant des sentiments d’anomie, d’impuissance, mais aussi, dans certains cas, des passages à l’acte contre soi et/ou contre la société. Plus largement, ces théories nourrissent les logiques de défiance et d’incertitude qu’elles prétendent pourtant apaiser et, dans une logique circulaire, renforcent les clivages, les angoisses et les colères.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les enjeux face au déconfinement : quatre propositions concrètes</strong></p>



<ul class="wp-block-list"><li>Il est donc indispensable de proposer une communication claire, cohérente, honnête malgré, voire d’autant plus, le caractère inédit de l’actuelle crise, en ayant conscience que les paroles pèsent et participent, à leur insu, à nourrir ce type de théories et, plus largement, les sentiments de défiance.</li><li>Dans le même ordre d’idées, il est indispensable de situer les propos rendus publics, d’énoncer leurs critères de validité, de diversifier les approches et d’associer les chercheur.e.s de diverses disciplines aux analyses et communications de crise et de sortie de crise.</li><li>Il importe de ne pas sous-estimer le rôle des rumeurs. Les rumeurs, une fois qu’elles circulent en grand nombre, deviennent anthropologiquement parlant, elles aussi, une vérité : elles affectent le social et ne sont pas totalement dépourvues de sens (Musila, 2017).&nbsp;&nbsp;</li><li>Enfin, il est fondamental de reprendre le temps de la décision politique et d’assumer que si une question sur un sujet n’a pas encore été tranchée, aucune communication ne sera faite “en urgence” au risque de donner des informations contradictoires. Il est donc également important de sortir du rythme de l’urgence à tout prix et de présenter les décisions comme réfléchies.</li></ul>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Un texte de Jacinthe Mazzocchetti (professeure, UCLouvain), Antea Paviotti (FWO PhD fellow, UAntwerpen), Aurore Vermylen (FNRS PhD, UCLouvain) et Justine Vleminckx (FNRS PhD, UCLouvain), anthropologues&nbsp;</em></p>



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<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Bourseiller, Christophe, 2016,&nbsp;<em>C’est un complot ! Voyage dans la tête des conspirationnistes</em>, Paris, JC Lattès.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Choi Daejin et al., 2020, “Rumor Propagation is Amplified by Echo Chambers in Social Media”,&nbsp;<em>Nature Scientific Reports</em>, 10:310.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ledoux, Aurélie, 2009, « Vidéos en ligne : la preuve par l&rsquo;image ? L&rsquo;exemple des théories conspirationnistes sur le 11-Septembre »,&nbsp;<em>Esprit</em>, vol. mars/avril, no. 3, pp. 95-106.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Liogier, Raphaël, 2015, « Recompositions religieuses dans un monde global théoriquement sécularisé »,&nbsp;<em>Histoire, monde et cultures religieuses</em>, vol. 34, no. 2, pp. 131-146.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mazzocchetti, Jacinthe, 2019, « Théories conspirationnistes et mythe Illuminati. Enquête auprès de jeunes de quartiers précarisés à Bruxelles »,&nbsp;<em>Problèmes d&rsquo;Histoire des Religions</em>, 26, pp. 115-134.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Musila, Grace A., 2017 “Navigating Epistemic Disarticulations”,&nbsp;<em>African Affairs</em>, 116/465, pp. 692-704.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nay, Olivier, 2020, “Virus et liberté”,&nbsp;<em>AOC</em>, 5 p.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soteras, Eva, 2018, « Les enjeux politico-religieux du conspirationnisme à l’ère postmoderne »,&nbsp;<em>Sociétés</em>, vol. 142, no. 4, pp. 7-18.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Taguieff, Pierre-André, 2006,&nbsp;<em>L’imaginaire du complot mondial: Aspects d’un mythe moderne</em>, Fayard/Mille et une nuit.</p>
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<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-defiance-et-pensees-conspirationnistes-le-covid-19-au-prisme-du-complot/">Incertitudes, défiance et pensées conspirationnistes : le Covid 19 au prisme du complot</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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