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	<title>Archives des covid-19 - Laap</title>
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	<description>Blog du Laboratoire d’Anthropologie Prospective - UCLouvain, Belgique</description>
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	<title>Archives des covid-19 - Laap</title>
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		<title>Regarder la profession infirmière « par-dessus les épaules » des étudiants : échos d’une recherche en cours</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Loodts]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 May 2022 09:41:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Par Laurent Hayot (stagiaire LAAP) Christine GRARD (Anthropologue et Infirmière enseignante), Channel BAQUET (Anthropologue, titulaire d’un bachelier en philosophie et assistante de recherche au LAAP) et Erica LYNCA MUGISHA (Anthropologue, titulaire d’un master en communication et assistante de recherche au LAAP) travaillent sur le monde infirmier en contexte de pénurie de personnel soignant. Depuis quelques années, la Belgique est touchée par une diminution du nombre du personnel soignant. À cette situation, s’est ajoutée l’apparition de la Covid-19 qui a bouleversé la manière de vivre de chaque individu apportant ainsi son lot de conséquences auxquelles la société a dû faire face. Ce contexte a mis en exergue les difficultés que vivent les étudiantes et les étudiants infirmiers qui réalisent leurs stages au sein du monde des soins de santé. Dans leur recherche, ces trois chercheuses se sont concentrées sur la place qu’occupent les étudiants dans ce contexte de pénurie touchant la profession d’infirmière et d’infirmier en première ligne de front pour apporter les soins nécessaires aux malades et notamment durant la crise de la Covid, ainsi que sur les conséquences de la pandémie sur la désertion de la profession infirmière et sur les violences plurielles qui ont cours pendant les stages. 1. Pénurie de personnel soignant Derrières les vécus difficiles des infirmiers et des infirmières se cache la diminution régulière et ancienne du nombre d’effectif infirmier dans le système des soins de santé en Belgique, qui fait notamment suite à l’abandon des études en soins infirmiers ainsi qu’à la désertion de la profession. La lassitude et la fatigue sont des conséquences directes de la charge de travail qui augmente dans un contexte de sous-effectif grandissant dans le secteur des soins de santé. La covid-19 n’a pas arrangé les choses et est venue ajouter du travail en plus à un personnel soignant déjà bien occupé et donc de moins en moins disponible pour accompagner les étudiants. Les décisions politiques liées à la Covid ont aussi impacté le personnel qui attendait une gestion de la crise plus adaptée qui aurait pris en compte sa situation déjà difficile et une fois encore celui-ci ne s’est pas senti entendu. 2. Enjeux du vécu des étudiants sur la société Les étudiants en soins infirmiers quant à eux vivent et subissent des situations de violence qui sont autant physiques que psychiques. En effet, quand ils sont en stage dans une institution de soins, ceux-ci sont sujets à des discriminations et sont souvent relégués à des tâches peu formatrices ainsi que peu valorisantes alors qu’ils sont dans un environnement censé leur amener de l’expérience et leur montrer ce qu’est la profession et le quotidien du personnel soignant dans l’exercice de ses fonctions. De plus, les personnes qui les encadrent, délèguent donc davantage aux étudiants, mais sans laisser la possibilité à ces derniers de se former dans des conditions favorables à l’apprentissage. Cela entache l’image qu’ils se font de leur future profession et les décourage davantage à poursuivre dans cette voie. 3. Appel à une prise en compte de l’humain dans le monde soignant Le monde infirmier de manière globale demande des politiques publiques qui prendraient davantage en compte l’humain qui est au centre du système de soins de santé. Ce ne sont pas uniquement les patients qui sont concernés par les violences notamment institutionnelles et leurs conséquences, mais également les étudiants et les infirmiers (ou plus généralement les soignants) qui sont, eux aussi des humains, qui ont besoin d’être pris en compte afin que soient préservées leur santé et leur intégrité. Cette recherche vise à proposer des pistes pour répondre de manière adéquate à la désertion des études en soins infirmiers et de la profession infirmière. L’enjeu est de réfléchir à la formation pratique proposée aux étudiants qui désirent devenir infirmières et infirmiers. Quel profil de soignants, quel système de santé et quelles valeurs sociétales souhaitons-nous promouvoir à l’avenir ?</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/regarder-la-profession-infirmiere-par-dessus-les-epaules-des-etudiants-echos-dune-recherche-en-cours/">Regarder la profession infirmière « par-dessus les épaules » des étudiants : échos d’une recherche en cours</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Par Laurent Hayot (stagiaire LAAP)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Christine GRARD (Anthropologue et Infirmière enseignante), Channel BAQUET (Anthropologue, titulaire d’un bachelier en philosophie et assistante de recherche au LAAP) et Erica LYNCA MUGISHA (Anthropologue, titulaire d’un master en communication et assistante de recherche au LAAP) travaillent sur le monde infirmier en contexte de pénurie de personnel soignant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis quelques années, la Belgique est touchée par une diminution du nombre du personnel soignant. À cette situation, s’est ajoutée l’apparition de la Covid-19 qui a bouleversé la manière de vivre de chaque individu apportant ainsi son lot de conséquences auxquelles la société a dû faire face. Ce contexte a mis en exergue les difficultés que vivent les étudiantes et les étudiants infirmiers qui réalisent leurs stages au sein du monde des soins de santé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans leur recherche, ces trois chercheuses se sont concentrées sur la place qu’occupent les étudiants dans ce contexte de pénurie touchant la profession d’infirmière et d’infirmier en première ligne de front pour apporter les soins nécessaires aux malades et notamment durant la crise de la Covid, ainsi que sur les conséquences de la pandémie sur la désertion de la profession infirmière et sur les violences plurielles qui ont cours pendant les stages.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="454" height="306" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image1.jpg" alt="" class="wp-image-8573" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image1.jpg 454w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image1-300x202.jpg 300w" sizes="(max-width: 454px) 100vw, 454px" /><figcaption>Manifestation de soignants à Bruxelles en décembre 2021.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">1. Pénurie de personnel soignant</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrières les vécus difficiles des infirmiers et des infirmières se cache la diminution régulière et ancienne du nombre d’effectif infirmier dans le système des soins de santé en Belgique, qui fait notamment suite à l’abandon des études en soins infirmiers ainsi qu’à la désertion de la profession.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lassitude et la fatigue sont des conséquences directes de la charge de travail qui augmente dans un contexte de sous-effectif grandissant dans le secteur des soins de santé. La covid-19 n’a pas arrangé les choses et est venue ajouter du travail en plus à un personnel soignant déjà bien occupé et donc de moins en moins disponible pour accompagner les étudiants. Les décisions politiques liées à la Covid ont aussi impacté le personnel qui attendait une gestion de la crise plus adaptée qui aurait pris en compte sa situation déjà difficile et une fois encore celui-ci ne s’est pas senti entendu.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="454" height="306" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image2.jpg" alt="" class="wp-image-8583" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image2.jpg 454w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image2-300x202.jpg 300w" sizes="(max-width: 454px) 100vw, 454px" /><figcaption>Étudiants en soins infirmiers en stage dans un hôpital belge en janvier 2022.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">2. Enjeux du vécu des étudiants sur la société</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les étudiants en soins infirmiers quant à eux vivent et subissent des situations de violence qui sont autant physiques que psychiques. En effet, quand ils sont en stage dans une institution de soins, ceux-ci sont sujets à des discriminations et sont souvent relégués à des tâches peu formatrices ainsi que peu valorisantes alors qu’ils sont dans un environnement censé leur amener de l’expérience et leur montrer ce qu’est la profession et le quotidien du personnel soignant dans l’exercice de ses fonctions. De plus, les personnes qui les encadrent, délèguent donc davantage aux étudiants, mais sans laisser la possibilité à ces derniers de se former dans des conditions favorables à l’apprentissage. Cela entache l’image qu’ils se font de leur future profession et les décourage davantage à poursuivre dans cette voie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">3. Appel à une prise en compte de l’humain dans le monde soignant</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le monde infirmier de manière globale demande des politiques publiques qui prendraient davantage en compte l’humain qui est au centre du système de soins de santé. Ce ne sont pas uniquement les patients qui sont concernés par les violences notamment institutionnelles et leurs conséquences, mais également les étudiants et les infirmiers (ou plus généralement les soignants) qui sont, eux aussi des humains, qui ont besoin d’être pris en compte afin que soient préservées leur santé et leur intégrité. Cette recherche vise à proposer des pistes pour répondre de manière adéquate à la désertion des études en soins infirmiers et de la profession infirmière. L’enjeu est de réfléchir à la formation pratique proposée aux étudiants qui désirent devenir infirmières et infirmiers. Quel profil de soignants, quel système de santé et quelles valeurs sociétales souhaitons-nous promouvoir à l’avenir ?</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="454" height="289" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image3.jpg" alt="" class="wp-image-8593" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image3.jpg 454w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2022/05/image3-300x191.jpg 300w" sizes="(max-width: 454px) 100vw, 454px" /><figcaption>Étudiantes en soins infirmiers présentes lors d’une manifestation de soignants à Bruxelles en mai 2021.</figcaption></figure>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/regarder-la-profession-infirmiere-par-dessus-les-epaules-des-etudiants-echos-dune-recherche-en-cours/">Regarder la profession infirmière « par-dessus les épaules » des étudiants : échos d’une recherche en cours</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>Accéder au terrain et pratiquer l’ethnographie en temps de pandémie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Fenton]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Apr 2021 09:39:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un compte-rendu de Gabrielle Fenton, Julie Hermesse et Gloria Michiels Qu’en est-il du terrain en ces temps de catastrophe sanitaire et de distanciation physique&#160;? Nous résumons ici les échanges d’un workshop où, à travers des réflexions d’ordre méthodologique sur notre pratique ethnographique, nous en venons à débattre autour de questions épistémologiques liées à notre conception du terrain.&#160;&#160; Si nos explorations anthropologiques nous aident à décentrer notre regard pour mieux comprendre la pandémie et ses conséquences, comment s’y prendre pour collecter des données alors que la pratique même de l’ethnographie est radicalement bouleversée voire est contrainte à l’arrêt sur image, pour la conduite de nombreux terrains ? Cela fait plus d’un an que ces questions ne cessent de tarauder de nombreu.se.x anthropologues. Et c’est avec une grande soif de réflexion collaborative que nous – une douzaine de membres de la Chaire AEC et du LAAP – nous sommes réunis en ligne pour les aborder. Le débat s’est construit autour de nos propres expériences mais également en dialogue avec des écrits d’anthropologues (à titre d’exemple&#160;:&#160;Rutherford, 2020&#160;;&#160;Boukala et Cerclet, 2020&#160;;Sourdril et Barbaro, 2020). Si la problématique de base est d’ordre méthodologique, ses retentissements déclenchent des enjeux dont l’ampleur nous semble bien plus vaste pour notre discipline. Nous tentons dans cette note de résumer notre conversation du 19 février 2021 pour l’ouvrir à celles et ceux qui souhaiteraient la poursuivre.&#160; Obstacles et bricolages méthodologiques&#160; Le workshop commence avec un tour de table autour de difficultés rencontrées&#160;sur nos terrains : l’impossibilité de s’y rendre et d’y observer directement les activités sociales ou encore la difficulté de saisir les spécificités d’un endroit sans y être physiquement. Nous parlons également des complications liées à la communication virtuelle telles que la difficulté d’être attenti.ve.f.s à la disponibilité psychologique de nos informat.eur.rice.s dans un contexte où la santé mentale paye un lourd tribut ou encore les mécompréhensions liées à l’absence du non verbal dans les entretiens. Certain.e.s font même face à la disparition d’une partie de leur terrain:&#160;c’est le cas d’Etienne, par exemple, qui se retrouve, six mois après le début de sa thèse, face à l’annulation de tous les évènements culturels au centre de son projet. Ceci révèle également l’aspect très arbitraire de la situation pour les chercheur.e.s car nous sommes affecté.e.s différemment en fonction, par exemple, de l’étape de la recherche à laquelle nous sommes ou encore du type de financement.&#160;&#160; Ces difficultés mettent en exergue certains ingrédients fondamentaux de notre discipline qui sont souvent pris pour acquis et pas (ou plus) souvent mis en avant dans le rendu de nos résultats. Élise par exemple ressent un certain trouble à demander à ses informat.eur.rice.s qu’iels s’adaptent à ses sollicitations d’entretiens ou d’activités en ligne. Cela représente une charge supplémentaire pour elleux mais c’est également un renversement car d’habitude c’est à l’ethnographe de s’adapter au terrain. Ce travail d’adaptation de l’anthropologue, qui est souvent physiquement et psychiquement inconfortable, est cependant essentiel à l’ajustement de notre outil ethnographique principal – notre personne – à une appréhension qualitative du terrain. De manière similaire, Chloé parle de l’importance des moments de ‘zonnage’ sur le terrain, moments informels qui ne sont pas toujours remplaçables virtuellement. Ces moments, sans objectif précis, permettent de tisser des relations et, dans un deuxième temps, ouvrent souvent des pistes d’analyse. Chloé propose ainsi à ses informat.eur.rice.s de laisser leurs téléphones et caméras allumés durant les pauses entre les moments de conversation lorsque chacun.e vaque à ses propres occupations.&#160; Si nous faisons tou.te.s preuve de créativité pour réimaginer nos manières d’aborder nos terrains, les solutions que nous envisageons nous demandent également de repenser avec rigueur l’éthique de notre métier. Chaque nouvelle idée de collecte de données et d’interaction à distance peut avoir des conséquences non-envisagées, particulièrement dans une période où nombre de nos informat.eur.rice.s se retrouvent davantage précarisé.e.s.&#160;&#160;Les chercheur.e.s ne sont pas non plus épargné.e.s. Etienne souligne par exemple combien le caractère intrusif des réseaux sociaux peut être la source d’une nouvelle fatigue ethnographique. En étant interpellé nuit et jour par son terrain, les délimitations de sa sphère privée se brouillent davantage. Cette interaction à distance peut cependant aussi permettre aux informat.eur.rice.s davantage de maîtrise sur le déroulement de la recherche&#160;: Christine raconte que ce sont ses informat.eur.rice.s au Pérou qui «&#160;sont venus la chercher&#160;» proactivement via WhatsApp pour la tenir au courant des développements de la pandémie chez elleux et lui indiquer ce à quoi iels souhaitent qu’elle prête attention (voir image ci-dessous). Ses informat.eur.rice.s partagent ainsi librement la réflexivité qu’iels construisent face à la crise. Ceci témoigne d’un épaississement global de la ‘réflexivité sociale’ (Navaro, 2020) que Christine n’est pas la seule anthropologue à observer&#160;: «&#160;The pandemic has introduced such a contrast to the ways we used to previously relate that it has turned everyone into theorists of their social relations. It is not just anthropologists, therefore, who are reflecting analytically on how people are relating with one another at a time like this. Such social theorising has now become a component of everyday reflection all across the board&#160;» (Navaro, 2020). Le terrain au cœur d’un débat épistémologique À travers ces questionnements sur l’accès au terrain, c’est également notre conception du terrain que l’on interroge. L’humanité est aux prises avec la Covid-19 et les mesures sanitaires, et de facto, nos terrains et nos informat.eur.rice.s en sont tou.te.s impacté.e.s, parfois bousculé.e.s. Les structures sociales en matière d’éducation, d’emploi, de santé – et nous en passons &#8211; connaissent des changements massifs. Reliés les uns aux autres, du marché humide de Wuhan aux mégalopoles américaines en passant par les vieilles villes d’Europe, nous formons une société mondiale dont les corps sont les nouvelles frontières. Pour Agier (2020), dans ce nouveau rapport aux corps et aux autres, c’est un retour des grandes « peurs cosmiques » qui se joue, ces peurs fondamentales et immémoriales qui disent la vulnérabilité du vivant.&#160; La cartographie du virtuel et du hors-ligne dans la vie de nos informat.eur.rice.s se voit également souvent redessinée. Aux États-Unis par exemple, Amazon et Whatsapp recensent tous les deux une augmentation d’utilisation de 40% en 2020 par rapport à l’année précédente[1]. Si cette cartographie appartient à une époque donnée, elle s’installe progressivement depuis quelques années et laissera sûrement de nombreuses traces dans le ‘monde d’après’. Tout en reconnaissant de grandes inégalités d’accès au virtuel à travers le monde, certain.es anthropologues estiment que cela fait longtemps que la discipline ne prête pas suffisamment attention à la continuité entre l’hors-ligne et l’en ligne dans les vies sociales.&#160;&#160; «&#160;It is, frankly, shocking to see how many anthropologists still refer to the physical world as the “real world,” denying the reality of the online (and by implication, conflating the real and the physical (Boellstorff, 2016)). Anthropologists must move beyond treating the digital as a necessary evil or inauthentic substitute, not least because such prejudice flies in the face of how billions of persons engage with digital socialities&#160;».&#160;(Boellstorff, 2020) Notre conception du terrain serait-elle donc déjà contestée avant la pandémie&#160;? Cette question, posée par de nombreu.ses.x anthropologues, repose aussi sur les implications écologiques et genrées que préconise la conception d’un terrain de longue durée et souvent situé dans un ailleurs lointain (voir par exemple&#160;Günel, Varma et Watanabe, 2020). Ce n’est bien sûre pas la première fois que cette conception change, donnant ainsi sa forme actuelle à l’anthropologie. La fin de la colonisation dans les années 1960 par exemple a provoqué une crise de notre discipline alors que les ‘sauvages’ étaient découverts comme des personnes s’engageant dans l’affranchissement politique et l’économie planétaire.&#160;Les anthropologues opèrent alors un&#160;virage spectaculaire&#160;: le choix de leur objet d’étude se porte dorénavant&#160;autant sur leur propre société&#160;que&#160;sur les sociétés non-européennes. De manière résolument provocatrice, au-delà de nos questionnements méthodologiques, nous avons donc entamé à la fin du workshop un débat d’ordre épistémologique : La catastrophe[2] provoquée par la Covid-19 augure-t-elle une crise de notre discipline, au-delà d’une modification momentanée de nos pratiques ?  Durant le débat, Pierre-Yves souligne l’importance d’une approche médiologique pour appréhender le foisonnement d’objets porteurs de ‘sens’ – ces artefact de terrain d’un nouveau genre tel que les posts, les commentaires, les mèmes internet et les capsules vidéo &#8211; sur les réseaux sociaux. Postulant que le médium affecte le contenu, il propose une ré-exploration des champs analytiques de la sémiotique (pragmatique, structurale et cognitive) par les ethnographes (Eraly, 2011). Pris par le temps, le débat n’a été qu’amorcé. Nous sommes cependant enthousiastes de continuer ces réflexions ensemble, entre autres avec les lecteurs de cette note désireux de s’associer à ce travail !   Participant.es au workshop Adelin Mwanangani Mawete, Gloria Michiels, Julie Hermesse, Chloé Allen, Christine Grard, Etienne Dalemans, Armand Abeme, Gabrielle Fenton, Eléonore Haddioui, Pierre-Yves Wauthier, Élise Huysmans Bibliographie Agier, M. (2020).&#160;Vivre avec des épouvantails-Le monde, les corps, la peur.&#160;Premier Parallèle: Paris Boellstorff, T. (2020) Notes from the Great Quarantine: Reflections on Ethnography after Covid-19. In Rutherford, D. (Ed.).&#160;The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.The Werner-Gren Blog.&#160;http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/ Boukala, M., &#38; Cerclet, D. (2020). L’enquête ethnographique face aux enjeux théoriques et méthodologiques du numérique.&#160;Parcours Anthropologiques,&#160;15, 1–25. Eraly, A. (2011). Quelle sémiotique pour quelle théorie sociale&#160;?&#160;Signata(2), 167-194. doi:10.4000/signata.655 Günel, G., Varma, S., &#38; Watanabe, C. (2020). A Manifesto for Patchwork Ethnography.&#160;Society for Cultural Anthropology.&#160;https://culanth.org/fieldsights/a-manifesto-for-patchwork-ethnography Hermesse J. (2020). Du silence et des ambulances&#160;: construction sociale d’une catastrophe autour d’un virus, in Hermesse J., Laugrand F., Laurent P.-J., Mazzocchetti J., Servais O., Vuillemenot A.-M.,&#160;Masquer le monde. Pensées d’anthropologues sur la pandémie, Academia-L’Harmattan: Louvain-la-Neuve, pp. 55-72. Navaro, Y. (2020) Methods and Social Reflexivity in the Time of Covid. In Rutherford, D. (Ed.).&#160;The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.&#160;The Werner-Gren Blog.&#160;http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/ Rutherford, D. (Ed.). (2020) The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.&#160;The Werner-Gren Blog.&#160;http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/ Sourdril, A., &#38; Barbaro, L. (2020). Écouter le silence: Ethnographie et pandémie, comment faire du terrain en temps de confinement?&#160;Carnets de Terrain.&#160;https://blogterrain.hypotheses.org/16329 [1]&#160;Pour les chiffres d ’Amazon «&#160;Charts&#160;: How the coronavirus is changing ecommerce&#160;»&#160;https://www.digitalcommerce360.com/2021/02/15/ecommerce-during-coronavirus-pandemic-in-charts/&#160;et pour les chiffres de WhatsApp, «&#160;Report&#160;: WhatsApp has seen a 40% increase in usage due to COVID-19 pandemic&#160;»&#160;https://techcrunch.com/2020/03/26/report-whatsapp-has-seen-a-40-increase-in-usage-due-to-covid-19-pandemic/?guccounter=1&#38;guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&#38;guce_referrer_sig=AQAAANfr8_7JlCqktIgAuTNtJo5xnMvgWK7DYhLVA4yMvvuNVKLSELyPQSkV-0wIYXuW-D7oZmN2EWnm0vsZPdOhyad4_cyEU8ivq7hw-aGc4UsH0Z9uq8q7aISMFT_au7rwK3KKbssNH4V30joVrc1M4ORbHymnXABODdulYpwLHEwv [2]&#160;Nous argumentons ailleurs qu’il s’agit d’analyser la situation en termes de catastrophe et non de crise (Hermesse, 2021).&#160;</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/acceder-au-terrain-et-pratiquer-lethnographie-en-temps-de-pandemie/">Accéder au terrain et pratiquer l’ethnographie en temps de pandémie</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Un compte-rendu de Gabrielle Fenton, Julie Hermesse et Gloria Michiels</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Qu’en est-il du terrain en ces temps de catastrophe sanitaire et de distanciation physique&nbsp;? Nous résumons ici les échanges d’un workshop où, à travers des réflexions d’ordre méthodologique sur notre pratique ethnographique, nous en venons à débattre autour de questions épistémologiques liées à notre conception du terrain.&nbsp;&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si nos explorations anthropologiques nous aident à décentrer notre regard pour mieux comprendre la pandémie et ses conséquences, comment s’y prendre pour collecter des données alors que la pratique même de l’ethnographie est radicalement bouleversée voire est contrainte à l’arrêt sur image, pour la conduite de nombreux terrains ? Cela fait plus d’un an que ces questions ne cessent de tarauder de nombreu.se.x anthropologues. Et c’est avec une grande soif de réflexion collaborative que nous – une douzaine de membres de la <a href="https://uclouvain.be/fr/facultes/espo/anthropologie-europe" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Chaire AEC </a>et du LAAP – nous sommes réunis en ligne pour les aborder. Le débat s’est construit autour de nos propres expériences mais également en dialogue avec des écrits d’anthropologues (à titre d’exemple&nbsp;:&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">Rutherford, 2020&nbsp;</a>;&nbsp;<a href="https://journals.openedition.org/pa/861">Boukala et Cerclet, 2020</a>&nbsp;;<a href="https://blogterrain.hypotheses.org/16329">Sourdril et Barbaro, 2020</a>). Si la problématique de base est d’ordre méthodologique, ses retentissements déclenchent des enjeux dont l’ampleur nous semble bien plus vaste pour notre discipline. Nous tentons dans cette note de résumer notre conversation du 19 février 2021 pour l’ouvrir à celles et ceux qui souhaiteraient la poursuivre.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="722" height="1024" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2-722x1024.jpg" alt="" class="wp-image-7203" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2-722x1024.jpg 722w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2-212x300.jpg 212w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2-768x1089.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/WS_2.jpg 839w" sizes="auto, (max-width: 722px) 100vw, 722px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Obstacles et bricolages méthodologiques&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le workshop commence avec un tour de table autour de difficultés rencontrées&nbsp;sur nos terrains : l’impossibilité de s’y rendre et d’y observer directement les activités sociales ou encore la difficulté de saisir les spécificités d’un endroit sans y être physiquement. Nous parlons également des complications liées à la communication virtuelle telles que la difficulté d’être attenti.ve.f.s à la disponibilité psychologique de nos informat.eur.rice.s dans un contexte où la santé mentale paye un lourd tribut ou encore les mécompréhensions liées à l’absence du non verbal dans les entretiens. Certain.e.s font même face à la disparition d’une partie de leur terrain:&nbsp;c’est le cas d’Etienne, par exemple, qui se retrouve, six mois après le début de sa thèse, face à l’annulation de tous les évènements culturels au centre de son projet. Ceci révèle également l’aspect très arbitraire de la situation pour les chercheur.e.s car nous sommes affecté.e.s différemment en fonction, par exemple, de l’étape de la recherche à laquelle nous sommes ou encore du type de financement.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces difficultés mettent en exergue certains ingrédients fondamentaux de notre discipline qui sont souvent pris pour acquis et pas (ou plus) souvent mis en avant dans le rendu de nos résultats. Élise par exemple ressent un certain trouble à demander à ses informat.eur.rice.s qu’iels s’adaptent à ses sollicitations d’entretiens ou d’activités en ligne. Cela représente une charge supplémentaire pour elleux mais c’est également un renversement car d’habitude c’est à l’ethnographe de s’adapter au terrain. Ce travail d’adaptation de l’anthropologue, qui est souvent physiquement et psychiquement inconfortable, est cependant essentiel à l’ajustement de notre outil ethnographique principal – notre personne – à une appréhension qualitative du terrain. De manière similaire, Chloé parle de l’importance des moments de ‘zonnage’ sur le terrain, moments informels qui ne sont pas toujours remplaçables virtuellement. Ces moments, sans objectif précis, permettent de tisser des relations et, dans un deuxième temps, ouvrent souvent des pistes d’analyse. Chloé propose ainsi à ses informat.eur.rice.s de laisser leurs téléphones et caméras allumés durant les pauses entre les moments de conversation lorsque chacun.e vaque à ses propres occupations.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si nous faisons tou.te.s preuve de créativité pour réimaginer nos manières d’aborder nos terrains, les solutions que nous envisageons nous demandent également de repenser avec rigueur l’éthique de notre métier. Chaque nouvelle idée de collecte de données et d’interaction à distance peut avoir des conséquences non-envisagées, particulièrement dans une période où nombre de nos informat.eur.rice.s se retrouvent davantage précarisé.e.s.&nbsp;&nbsp;Les chercheur.e.s ne sont pas non plus épargné.e.s. Etienne souligne par exemple combien le caractère intrusif des réseaux sociaux peut être la source d’une nouvelle fatigue ethnographique. En étant interpellé nuit et jour par son terrain, les délimitations de sa sphère privée se brouillent davantage. Cette interaction à distance peut cependant aussi permettre aux informat.eur.rice.s davantage de maîtrise sur le déroulement de la recherche&nbsp;: Christine raconte que ce sont ses informat.eur.rice.s au Pérou qui «&nbsp;sont venus la chercher&nbsp;» proactivement via WhatsApp pour la tenir au courant des développements de la pandémie chez elleux et lui indiquer ce à quoi iels souhaitent qu’elle prête attention (voir image ci-dessous). Ses informat.eur.rice.s partagent ainsi librement la réflexivité qu’iels construisent face à la crise. Ceci témoigne d’un épaississement global de la ‘réflexivité sociale’ (Navaro, 2020) que Christine n’est pas la seule anthropologue à observer&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;The pandemic has introduced such a contrast to the ways we used to previously relate that it has turned everyone into theorists of their social relations. It is not just anthropologists, therefore, who are reflecting analytically on how people are relating with one another at a time like this. Such social theorising has now become a component of everyday reflection all across the board&nbsp;» (<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">Navaro, 2020</a></em><em>).</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="451" height="428" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/image_1.jpg" alt="" class="wp-image-7153" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/image_1.jpg 451w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/image_1-300x285.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2021/04/image_1-24x24.jpg 24w" sizes="auto, (max-width: 451px) 100vw, 451px" /><figcaption>Photo  prise par Rosa Condé, habitante de la Tablada, et partagée avec Christine pour lui témoigner son vécu du confinement au Pérou.  </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le terrain au cœur d’un débat épistémologique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À travers ces questionnements sur l’accès au terrain, c’est également notre conception du terrain que l’on interroge. L’humanité est aux prises avec la Covid-19 et les mesures sanitaires, et de facto, nos terrains et nos informat.eur.rice.s en sont tou.te.s impacté.e.s, parfois bousculé.e.s. Les structures sociales en matière d’éducation, d’emploi, de santé – et nous en passons &#8211; connaissent des changements massifs. Reliés les uns aux autres, du marché humide de Wuhan aux mégalopoles américaines en passant par les vieilles villes d’Europe, nous formons une société mondiale dont les corps sont les nouvelles frontières. Pour Agier (2020), dans ce nouveau rapport aux corps et aux autres, c’est un retour des grandes « peurs cosmiques » qui se joue, ces peurs fondamentales et immémoriales qui disent la vulnérabilité du vivant.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La cartographie du virtuel et du hors-ligne dans la vie de nos informat.eur.rice.s se voit également souvent redessinée. Aux États-Unis par exemple, Amazon et Whatsapp recensent tous les deux une augmentation d’utilisation de 40% en 2020 par rapport à l’année précédente<a href="applewebdata://5FBB6B12-4EDF-4614-863B-BE5125A8100F#_ftn1"><sup>[1]</sup></a>. Si cette cartographie appartient à une époque donnée, elle s’installe progressivement depuis quelques années et laissera sûrement de nombreuses traces dans le ‘monde d’après’. Tout en reconnaissant de grandes inégalités d’accès au virtuel à travers le monde, certain.es anthropologues estiment que cela fait longtemps que la discipline ne prête pas suffisamment attention à la continuité entre l’hors-ligne et l’en ligne dans les vies sociales.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;It is, frankly, shocking to see how many anthropologists still refer to the physical world as the “real world,” denying the reality of the online (and by implication, conflating the real and the physical (Boellstorff, 2016)). Anthropologists must move beyond treating the digital as a necessary evil or inauthentic substitute, not least because such prejudice flies in the face of how billions of persons engage with digital socialities&nbsp;».&nbsp;(</em><em><a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">Boellstorff, 2020</a>)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre conception du terrain serait-elle donc déjà contestée avant la pandémie&nbsp;? Cette question, posée par de nombreu.ses.x anthropologues, repose aussi sur les implications écologiques et genrées que préconise la conception d’un terrain de longue durée et souvent situé dans un ailleurs lointain (voir par exemple&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">Günel, Varma et Watanabe, 2020</a>). Ce n’est bien sûre pas la première fois que cette conception change, donnant ainsi sa forme actuelle à l’anthropologie. La fin de la colonisation dans les années 1960 par exemple a provoqué une crise de notre discipline alors que les ‘sauvages’ étaient découverts comme des personnes s’engageant dans l’affranchissement politique et l’économie planétaire.&nbsp;Les anthropologues opèrent alors un&nbsp;virage spectaculaire&nbsp;: le choix de leur objet d’étude se porte dorénavant&nbsp;autant sur leur propre société&nbsp;que&nbsp;sur les sociétés non-européennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De manière résolument provocatrice, au-delà de nos questionnements méthodologiques, nous avons donc entamé à la fin du workshop un débat d’ordre épistémologique : La catastrophe<a href="applewebdata://5FBB6B12-4EDF-4614-863B-BE5125A8100F#_ftn2"><sup>[2]</sup></a> provoquée par la Covid-19 augure-t-elle une crise de notre discipline, au-delà d’une modification momentanée de nos pratiques ?  Durant le débat, Pierre-Yves souligne l’importance d’une approche médiologique pour appréhender le foisonnement d’objets porteurs de ‘sens’ – ces artefact de terrain d’un nouveau genre tel que les posts, les commentaires, les mèmes internet et les capsules vidéo &#8211; sur les réseaux sociaux. Postulant que le médium affecte le contenu, il propose une ré-exploration des champs analytiques de la sémiotique (pragmatique, structurale et cognitive) par les ethnographes (Eraly, 2011). Pris par le temps, le débat n’a été qu’amorcé. Nous sommes cependant enthousiastes de continuer ces réflexions ensemble, entre autres avec les lecteurs de cette note désireux de s’associer à ce travail !  </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Participant.es au workshop</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Adelin Mwanangani Mawete, Gloria Michiels, Julie Hermesse, Chloé Allen, Christine Grard, Etienne Dalemans, Armand Abeme, Gabrielle Fenton, Eléonore Haddioui, Pierre-Yves Wauthier, Élise Huysmans</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Agier, M. (2020).&nbsp;<em>Vivre avec des épouvantails-Le monde, les corps, la peur</em>.&nbsp;Premier Parallèle: Paris</p>



<p class="wp-block-paragraph">Boellstorff, T. (2020) Notes from the Great Quarantine: Reflections on Ethnography after Covid-19. In Rutherford, D. (Ed.).&nbsp;<em>The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.</em><em>The Werner-Gren Blog</em>.&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Boukala, M., &amp; Cerclet, D. (2020). L’enquête ethnographique face aux enjeux théoriques et méthodologiques du numérique.&nbsp;<em>Parcours Anthropologiques</em>,&nbsp;<em>15</em>, 1–25.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eraly, A. (2011). Quelle sémiotique pour quelle théorie sociale&nbsp;?&nbsp;<em>Signata</em>(2), 167-194. doi:10.4000/signata.655</p>



<p class="wp-block-paragraph">Günel, G., Varma, S., &amp; Watanabe, C. (2020). A Manifesto for Patchwork Ethnography.&nbsp;<em>Society for Cultural Anthropology</em>.&nbsp;<a href="https://culanth.org/fieldsights/a-manifesto-for-patchwork-ethnography">https://culanth.org/fieldsights/a-manifesto-for-patchwork-ethnography</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Hermesse J. (2020). Du silence et des ambulances&nbsp;: construction sociale d’une catastrophe autour d’un virus, in Hermesse J., Laugrand F., Laurent P.-J., Mazzocchetti J., Servais O., Vuillemenot A.-M.,&nbsp;<em>Masquer le monde. Pensées d’anthropologues sur la pandémie</em>, Academia-L’Harmattan: Louvain-la-Neuve, pp. 55-72.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Navaro, Y. (2020) Methods and Social Reflexivity in the Time of Covid. In Rutherford, D. (Ed.).&nbsp;<em>The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.</em>&nbsp;<em>The Werner-Gren Blog</em>.&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Rutherford, D. (Ed.). (2020) The Future of Anthropological Research: Ethics, Questions, and Methods in the Age of COVID-19: Part I.&nbsp;<em>The Werner-Gren Blog</em>.&nbsp;<a href="http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/">http://blog.wennergren.org/2020/06/the-future-of-anthropological-research-ethics-questions-and-methods-in-the-age-of-covid-19-part-i/</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sourdril, A., &amp; Barbaro, L. (2020). Écouter le silence: Ethnographie et pandémie, comment faire du terrain en temps de confinement?&nbsp;<em>Carnets de Terrain</em>.&nbsp;<a href="https://blogterrain.hypotheses.org/16329">https://blogterrain.hypotheses.org/16329</a></p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="applewebdata://5FBB6B12-4EDF-4614-863B-BE5125A8100F#_ftnref1"><sup>[1]</sup></a>&nbsp;Pour les chiffres d ’Amazon «&nbsp;Charts&nbsp;: How the coronavirus is changing ecommerce&nbsp;»&nbsp;<a href="https://www.digitalcommerce360.com/2021/02/15/ecommerce-during-coronavirus-pandemic-in-charts/">https://www.digitalcommerce360.com/2021/02/15/ecommerce-during-coronavirus-pandemic-in-charts/</a>&nbsp;et pour les chiffres de WhatsApp, «&nbsp;Report&nbsp;: WhatsApp has seen a 40% increase in usage due to COVID-19 pandemic&nbsp;»&nbsp;<a href="https://techcrunch.com/2020/03/26/report-whatsapp-has-seen-a-40-increase-in-usage-due-to-covid-19-pandemic/?guccounter=1&amp;guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&amp;guce_referrer_sig=AQAAANfr8_7JlCqktIgAuTNtJo5xnMvgWK7DYhLVA4yMvvuNVKLSELyPQSkV-0wIYXuW-D7oZmN2EWnm0vsZPdOhyad4_cyEU8ivq7hw-aGc4UsH0Z9uq8q7aISMFT_au7rwK3KKbssNH4V30joVrc1M4ORbHymnXABODdulYpwLHEwv">https://techcrunch.com/2020/03/26/report-whatsapp-has-seen-a-40-increase-in-usage-due-to-covid-19-pandemic/?guccounter=1&amp;guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&amp;guce_referrer_sig=AQAAANfr8_7JlCqktIgAuTNtJo5xnMvgWK7DYhLVA4yMvvuNVKLSELyPQSkV-0wIYXuW-D7oZmN2EWnm0vsZPdOhyad4_cyEU8ivq7hw-aGc4UsH0Z9uq8q7aISMFT_au7rwK3KKbssNH4V30joVrc1M4ORbHymnXABODdulYpwLHEwv</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="applewebdata://5FBB6B12-4EDF-4614-863B-BE5125A8100F#_ftnref2"><sup>[2]</sup></a>&nbsp;Nous argumentons ailleurs qu’il s’agit d’analyser la situation en termes de catastrophe et non de crise (Hermesse, 2021).&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/acceder-au-terrain-et-pratiquer-lethnographie-en-temps-de-pandemie/">Accéder au terrain et pratiquer l’ethnographie en temps de pandémie</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>Incertitudes, défiance et pensées conspirationnistes : le Covid 19 au prisme du complot</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-defiance-et-pensees-conspirationnistes-le-covid-19-au-prisme-du-complot/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Justine Vleminckx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2020 06:14:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
		<category><![CDATA[covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[pensées conspirationnistes]]></category>
		<category><![CDATA[théorie du complot]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque crise et le lot d’incertitudes dont elle est la source génèrent simultanément la multiplication et la diffusion de théories de nature conspirationniste. Dans ces conjonctures particulièrement anxiogènes, suscitant une quête de sens collective et la sensation d’une perte de contrôle sur le cours de sa vie, ces formes interprétatives fournissent un ensemble de réponses simples, souvent manichéennes, face à une réalité qui échappe à la compréhension, en raison de la charge émotive qu’elle suscite et de sa trop grande complexité (Sorteras, 2018). Ces théories dénoncent généralement de grands mensonges orchestrés par des «&#160;puissants&#160;», et véhiculés par la presse mainstream et certains scientifiques, complices ; des mensonges qui dissimulent un projet de grande ampleur, souvent nuisible au plus grand nombre, destiné à renforcer le pouvoir d’une minorité dominante (Taguieff, 2006). La diffusion et le succès des pensées du complot ne sont pas récents, mais il ne fait aucun doute que depuis le début des années 2000, le développement d’Internet comme média de masse ainsi que l’émergence de réseaux sociaux et de plateformes d’hébergement de vidéos ont largement contribué à en faire&#160;un phénomène culturel de masse&#160;(Bourseillier, 2016). Dans ces espaces numériques où les discours sont libéralisés, diffusés gratuitement, sans tri et sans filtre, les tenants de discours conspirationnistes, anonymes, « experts » ou personnalités publiques ont le champ libre pour diffuser leur message. Les pensées conspirationnistes ont également pour logique argumentative d’associer plusieurs événements entre eux, alors qu’ils n’ont pas de lien de causalité.&#160;La crise mondiale du Covid-19 n’échappe pas au jeu du « grand&#160;&#160;bain informationnel » (Liogier, 2015) et aux grilles de lecture conspirationniste qui se déploient d’un bout à l’autre du globe. Partant d’observations menées sur la Toile depuis le début de l’épidémie et sur base des recherches ethnographiques que nous menons depuis plusieurs années, il nous apparaît indispensable de poser un diagnostic sur les pensées et discours conspirationnistes qui fleurissent en ce moment sur le Net à propos du Coronavirus. Nous tentons ici de comprendre leur nature, les raisons de leur succès dans un contexte inédit de confinement quasi mondial, leurs effets, mais aussi les risques potentiels qu’ils peuvent faire encourir aux individus et plus largement, à nos sociétés démocratiques. Si, parmi les populations, certains adhéraient déjà aux théories conspirationnistes avant le confinement, elles ont gagné de nouvelles sphères sociales. Travaillant toutes quatre dans des contextes traversés par des crises politiques et des logiques de défiance, nous connaissons particulièrement bien les mécanismes à l’œuvre dans la propagation des rumeurs et des théories conspirationnistes. Nous avons pu, dès le début de la crise, déceler des similitudes entre des terrains parfois lointains sur le plan géographique et social (région des Grands Lacs en Afrique, mouvements alternatifs transnationaux de développement personnel, jeunesses précarisées et milieux ouvriers belges&#8230;). Voici trois exemples de théories du complot qui circulent actuellement à large échelle :&#160; Dans la sphère des mouvements alternatifs de développement personnel, les thèses du Belge J.-J. Crèvecoeur ont été largement partagées. Dans l’une de ses vidéos diffusée le 7 avril dernier, intitulée «&#160;Coronavirus &#8211; se soumettre ou se mettre debout&#160;» et visionnée près de 300.000 fois, il&#160;mobilise une série de schémas et se positionne «&#160;en perpétuel sceptique de par sa formation scientifique&#160;» pour&#160;démontrer combien la crise du Covid-19 est «&#160;une manipulation monumentale avec un agenda caché qui consiste à installer une dictature mondiale&#160;».&#160; Circule également cette rumeur d’un virus créé de toutes pièces (en fonction des théories: par les États-Unis, par la France, voire par la Chine) assortie de noms de scientifiques prétendument à l’origine du complot. À titre d’exemple, une de ces théories met en récit un virus créé à dessein, avec la complicité de Bill Gates, informaticien milliardaire, afin d’engager une campagne de vaccination obligatoire ainsi que le puçage et le traçage des humains à l’échelle mondiale.&#160; Dans certains réseaux, notamment des diasporas africaines, circule l’idée que le virus est «&#160;une maladie de Blancs&#160;» contre laquelle les Africains et leurs descendants seraient immunisés. Des questions nous parviennent pour savoir s’il ne sera pas risqué, le cas échéant, d’accepter un vaccin dont certains soupçonnent qu’il soit créé par les Occidentaux pour éliminer les Africains. Éléments de compréhension de l&#8217;émergence des théories complotistes face au COVID-19 Plusieurs explications peuvent être convoquées pour comprendre l’engouement que suscitent les thèses complotistes auprès d’un public large et hétérogène dans ce contexte de crise face auxquels «&#160;les réponses nationales s’accompagnent d’une suspension temporaire des libertés au nom de la protection collective&#160;» (Nay, 2020).&#160; L’incertitude face à la maladie et à la mort, mais aussi face aux conditions de sortie du confinement, assortie d’une surmédiatisation et d’une évolution presque journalière des éléments d’information et de prévention, par ailleurs parfois contradictoires, laisse les populations en désarroi et en besoin de réassurance. On imagine également que le confinement en lui-même est un terreau favorable à la production de thèses complotistes et à leur adhésion. Être enfermé chez soi peut contribuer à accentuer les angoisses, la solitude, le manque de clarté sur la situation et la sensation de perte de maîtrise sur le temps qui passe, sur les événements qui se jouent à l’extérieur, sans nous. Seul, on cogite et on s’accroche aux informations vers lesquelles les algorithmes nous conduisent, ou celles que nos bulles sociales, nos réseaux font circuler. La situation de confinement conduit à passer une grande part de son temps sur Internet &#8211; plus qu’en situation normale &#8211; dans un contexte où la possibilité de sortir de l’isolement des «&#160;chambres d’échos&#160;» médiatiques, des «&#160;bulles de filtres&#160;»,&#160;ainsi que de confrontation et de validation des informations reçues&#160;est largement restreinte. Dans ces «&#160;chambres d’écho&#160;», les rumeurs se propagent beaucoup plus rapidement (Choi et al., 2020). Le vrai du faux est difficilement discernable d’autant plus que les théories complotistes sont souvent le reflet, déformé à l’extrême, de réalités existantes. Notons enfin que les pensées complotistes sont souvent révélatrices de «&#160;l’effritement de la confiance sociale dans un moment sociétal de défiance à l’égard des institutions et des mondes politiques&#160;» (Mazzocchetti, 2019), mais aussi, à l’encontre des médias publics et de certains intellectuels, décrits par les conspirationnistes comme les complices des chefs d’orchestre du complot à l’œuvre, parmi lesquels nos dirigeants sont régulièrement cités.&#160; Si,&#160;«&#160;avoir des doutes sur les discours dominants, souvent présentés comme unique vérité, n’est pas problématique en soi&#160;» (Mazzocchetti, 2019); en revanche, les thèses complotistes peuvent générer une série d’effets, voire de risques en termes de santé mentale et de mises en danger de soi et d’autrui, dont il est nécessaire de prendre la mesure. À titre d’exemple, dans sa vidéo présentée plus haut, Jean-Jacques Crèvecoeur incite ses auditeurs à sortir de chez eux en masse: «&#160;ça aurait comme avantage que la police et l’armée seraient débordée&#160;». Il les avertit ensuite : «&#160;Un des scénarii possibles, si vous ne le faites pas, c’est qu’on vous promettra que vous pourrez sortir une fois qu’un vaccin sera trouvé et on vous imposera de vous faire pucer comme un bon citoyen. Les autres mauvais citoyens seront soit vaccinés de force, soit emprisonnés. J’en ferai partie&#160;». Les thèses complotistes peuvent également inciter à un repli individualiste (chacun lutte pour sa survie), loin d’une pensée politique, alimentant des sentiments d’anomie, d’impuissance, mais aussi, dans certains cas, des passages à l’acte contre soi et/ou contre la société. Plus largement, ces théories nourrissent les logiques de défiance et d’incertitude qu’elles prétendent pourtant apaiser et, dans une logique circulaire, renforcent les clivages, les angoisses et les colères.&#160;&#160; Les enjeux face au déconfinement : quatre propositions concrètes Il est donc indispensable de proposer une communication claire, cohérente, honnête malgré, voire d’autant plus, le caractère inédit de l’actuelle crise, en ayant conscience que les paroles pèsent et participent, à leur insu, à nourrir ce type de théories et, plus largement, les sentiments de défiance. Dans le même ordre d’idées, il est indispensable de situer les propos rendus publics, d’énoncer leurs critères de validité, de diversifier les approches et d’associer les chercheur.e.s de diverses disciplines aux analyses et communications de crise et de sortie de crise. Il importe de ne pas sous-estimer le rôle des rumeurs. Les rumeurs, une fois qu’elles circulent en grand nombre, deviennent anthropologiquement parlant, elles aussi, une vérité : elles affectent le social et ne sont pas totalement dépourvues de sens (Musila, 2017).&#160;&#160; Enfin, il est fondamental de reprendre le temps de la décision politique et d’assumer que si une question sur un sujet n’a pas encore été tranchée, aucune communication ne sera faite “en urgence” au risque de donner des informations contradictoires. Il est donc également important de sortir du rythme de l’urgence à tout prix et de présenter les décisions comme réfléchies. Un texte de Jacinthe Mazzocchetti (professeure, UCLouvain), Antea Paviotti (FWO PhD fellow, UAntwerpen), Aurore Vermylen (FNRS PhD, UCLouvain) et Justine Vleminckx (FNRS PhD, UCLouvain), anthropologues&#160; Bibliographie Bourseiller, Christophe, 2016,&#160;C’est un complot ! Voyage dans la tête des conspirationnistes, Paris, JC Lattès.&#160;&#160; Choi Daejin et al., 2020, “Rumor Propagation is Amplified by Echo Chambers in Social Media”,&#160;Nature Scientific Reports, 10:310. Ledoux, Aurélie, 2009, « Vidéos en ligne : la preuve par l&#8217;image ? L&#8217;exemple des théories conspirationnistes sur le 11-Septembre »,&#160;Esprit, vol. mars/avril, no. 3, pp. 95-106. Liogier, Raphaël, 2015, « Recompositions religieuses dans un monde global théoriquement sécularisé »,&#160;Histoire, monde et cultures religieuses, vol. 34, no. 2, pp. 131-146.&#160; Mazzocchetti, Jacinthe, 2019, « Théories conspirationnistes et mythe Illuminati. Enquête auprès de jeunes de quartiers précarisés à Bruxelles »,&#160;Problèmes d&#8217;Histoire des Religions, 26, pp. 115-134. Musila, Grace A., 2017 “Navigating Epistemic Disarticulations”,&#160;African Affairs, 116/465, pp. 692-704. Nay, Olivier, 2020, “Virus et liberté”,&#160;AOC, 5 p. Soteras, Eva, 2018, « Les enjeux politico-religieux du conspirationnisme à l’ère postmoderne »,&#160;Sociétés, vol. 142, no. 4, pp. 7-18. Taguieff, Pierre-André, 2006,&#160;L’imaginaire du complot mondial: Aspects d’un mythe moderne, Fayard/Mille et une nuit.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-defiance-et-pensees-conspirationnistes-le-covid-19-au-prisme-du-complot/">Incertitudes, défiance et pensées conspirationnistes : le Covid 19 au prisme du complot</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Chaque crise et le lot d’incertitudes dont elle est la source génèrent simultanément la multiplication et la diffusion de théories de nature conspirationniste. Dans ces conjonctures particulièrement anxiogènes, suscitant une quête de sens collective et la sensation d’une perte de contrôle sur le cours de sa vie, ces formes interprétatives fournissent un ensemble de réponses simples, souvent manichéennes, face à une réalité qui échappe à la compréhension, en raison de la charge émotive qu’elle suscite et de sa trop grande complexité (Sorteras, 2018). Ces théories dénoncent généralement de grands mensonges orchestrés par des «&nbsp;puissants&nbsp;», et véhiculés par la presse mainstream et certains scientifiques, complices ; des mensonges qui dissimulent un projet de grande ampleur, souvent nuisible au plus grand nombre, destiné à renforcer le pouvoir d’une minorité dominante (Taguieff, 2006).</p>



<p class="wp-block-paragraph">La diffusion et le succès des pensées du complot ne sont pas récents, mais il ne fait aucun doute que depuis le début des années 2000, le développement d’Internet comme média de masse ainsi que l’émergence de réseaux sociaux et de plateformes d’hébergement de vidéos ont largement contribué à en faire&nbsp;un phénomène culturel de masse&nbsp;(Bourseillier, 2016). Dans ces espaces numériques où les discours sont libéralisés, diffusés gratuitement, sans tri et sans filtre, les tenants de discours conspirationnistes, anonymes, « experts » ou personnalités publiques ont le champ libre pour diffuser leur message. Les pensées conspirationnistes ont également pour logique argumentative d’associer plusieurs événements entre eux, alors qu’ils n’ont pas de lien de causalité.&nbsp;La crise mondiale du Covid-19 n’échappe pas au jeu du « grand&nbsp;&nbsp;bain informationnel » (Liogier, 2015) et aux grilles de lecture conspirationniste qui se déploient d’un bout à l’autre du globe. Partant d’observations menées sur la Toile depuis le début de l’épidémie et sur base des recherches ethnographiques que nous menons depuis plusieurs années, il nous apparaît indispensable de poser un diagnostic sur les pensées et discours conspirationnistes qui fleurissent en ce moment sur le Net à propos du Coronavirus. Nous tentons ici de comprendre leur nature, les raisons de leur succès dans un contexte inédit de confinement quasi mondial, leurs effets, mais aussi les risques potentiels qu’ils peuvent faire encourir aux individus et plus largement, à nos sociétés démocratiques.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="375" height="275" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/Bill-gates-II.png" alt="" class="wp-image-4213" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/Bill-gates-II.png 375w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/Bill-gates-II-300x220.png 300w" sizes="auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Si, parmi les populations, certains adhéraient déjà aux théories conspirationnistes avant le confinement, elles ont gagné de nouvelles sphères sociales. Travaillant toutes quatre dans des contextes traversés par des crises politiques et des logiques de défiance, nous connaissons particulièrement bien les mécanismes à l’œuvre dans la propagation des rumeurs et des théories conspirationnistes. Nous avons pu, dès le début de la crise, déceler des similitudes entre des terrains parfois lointains sur le plan géographique et social (région des Grands Lacs en Afrique, mouvements alternatifs transnationaux de développement personnel, jeunesses précarisées et milieux ouvriers belges&#8230;). Voici trois exemples de théories du complot qui circulent actuellement à large échelle :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list"><li>Dans la sphère des mouvements alternatifs de développement personnel, les thèses du Belge J.-J. Crèvecoeur ont été largement partagées. Dans l’une de ses vidéos diffusée le 7 avril dernier, intitulée «&nbsp;Coronavirus &#8211; se soumettre ou se mettre debout&nbsp;» et visionnée près de 300.000 fois, il&nbsp;mobilise une série de schémas et se positionne «&nbsp;en perpétuel sceptique de par sa formation scientifique&nbsp;» pour&nbsp;démontrer combien la crise du Covid-19 est «&nbsp;une manipulation monumentale avec un agenda caché qui consiste à installer une dictature mondiale&nbsp;».&nbsp;</li><li>Circule également cette rumeur d’un virus créé de toutes pièces (en fonction des théories: par les États-Unis, par la France, voire par la Chine) assortie de noms de scientifiques prétendument à l’origine du complot. À titre d’exemple, une de ces théories met en récit un virus créé à dessein, avec la complicité de Bill Gates, informaticien milliardaire, afin d’engager une campagne de vaccination obligatoire ainsi que le puçage et le traçage des humains à l’échelle mondiale.&nbsp;</li><li>Dans certains réseaux, notamment des diasporas africaines, circule l’idée que le virus est «&nbsp;une maladie de Blancs&nbsp;» contre laquelle les Africains et leurs descendants seraient immunisés. Des questions nous parviennent pour savoir s’il ne sera pas risqué, le cas échéant, d’accepter un vaccin dont certains soupçonnent qu’il soit créé par les Occidentaux pour éliminer les Africains.</li></ul>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="391" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-1024x391.png" alt="" class="wp-image-4193" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-1024x391.png 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-300x115.png 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-768x293.png 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur-1140x436.png 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/JJ-crèvecoeur.png 1361w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>capture d&rsquo;écran des publications de J.-J. Crèvecoeur</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Éléments de compréhension de l&rsquo;émergence des théories complotistes face au COVID-19</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs explications peuvent être convoquées pour comprendre l’engouement que suscitent les thèses complotistes auprès d’un public large et hétérogène dans ce contexte de crise face auxquels «&nbsp;les réponses nationales s’accompagnent d’une suspension temporaire des libertés au nom de la protection collective&nbsp;» (Nay, 2020).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’incertitude face à la maladie et à la mort, mais aussi face aux conditions de sortie du confinement, assortie d’une surmédiatisation et d’une évolution presque journalière des éléments d’information et de prévention, par ailleurs parfois contradictoires, laisse les populations en désarroi et en besoin de réassurance. On imagine également que le confinement en lui-même est un terreau favorable à la production de thèses complotistes et à leur adhésion. Être enfermé chez soi peut contribuer à accentuer les angoisses, la solitude, le manque de clarté sur la situation et la sensation de perte de maîtrise sur le temps qui passe, sur les événements qui se jouent à l’extérieur, sans nous. Seul, on cogite et on s’accroche aux informations vers lesquelles les algorithmes nous conduisent, ou celles que nos bulles sociales, nos réseaux font circuler. La situation de confinement conduit à passer une grande part de son temps sur Internet &#8211; plus qu’en situation normale &#8211; dans un contexte où la possibilité de sortir de l’isolement des «&nbsp;chambres d’échos&nbsp;» médiatiques, des «&nbsp;bulles de filtres&nbsp;»,&nbsp;ainsi que de confrontation et de validation des informations reçues&nbsp;est largement restreinte. Dans ces «&nbsp;chambres d’écho&nbsp;», les rumeurs se propagent beaucoup plus rapidement (Choi et al., 2020). Le vrai du faux est difficilement discernable d’autant plus que les théories complotistes sont souvent le reflet, déformé à l’extrême, de réalités existantes. Notons enfin que les pensées complotistes sont souvent révélatrices de «&nbsp;l’effritement de la confiance sociale dans un moment sociétal de défiance à l’égard des institutions et des mondes politiques&nbsp;» (Mazzocchetti, 2019), mais aussi, à l’encontre des médias publics et de certains intellectuels, décrits par les conspirationnistes comme les complices des chefs d’orchestre du complot à l’œuvre, parmi lesquels nos dirigeants sont régulièrement cités.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si,&nbsp;«&nbsp;avoir des doutes sur les discours dominants, souvent présentés comme unique vérité, n’est pas problématique en soi&nbsp;» (Mazzocchetti, 2019); en revanche, les thèses complotistes peuvent générer une série d’effets, voire de risques en termes de santé mentale et de mises en danger de soi et d’autrui, dont il est nécessaire de prendre la mesure. À titre d’exemple, dans sa vidéo présentée plus haut, Jean-Jacques Crèvecoeur incite ses auditeurs à sortir de chez eux en masse: «&nbsp;ça aurait comme avantage que la police et l’armée seraient débordée&nbsp;». Il les avertit ensuite : «&nbsp;Un des scénarii possibles, si vous ne le faites pas, c’est qu’on vous promettra que vous pourrez sortir une fois qu’un vaccin sera trouvé et on vous imposera de vous faire pucer comme un bon citoyen. Les autres mauvais citoyens seront soit vaccinés de force, soit emprisonnés. J’en ferai partie&nbsp;». Les thèses complotistes peuvent également inciter à un repli individualiste (chacun lutte pour sa survie), loin d’une pensée politique, alimentant des sentiments d’anomie, d’impuissance, mais aussi, dans certains cas, des passages à l’acte contre soi et/ou contre la société. Plus largement, ces théories nourrissent les logiques de défiance et d’incertitude qu’elles prétendent pourtant apaiser et, dans une logique circulaire, renforcent les clivages, les angoisses et les colères.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les enjeux face au déconfinement : quatre propositions concrètes</strong></p>



<ul class="wp-block-list"><li>Il est donc indispensable de proposer une communication claire, cohérente, honnête malgré, voire d’autant plus, le caractère inédit de l’actuelle crise, en ayant conscience que les paroles pèsent et participent, à leur insu, à nourrir ce type de théories et, plus largement, les sentiments de défiance.</li><li>Dans le même ordre d’idées, il est indispensable de situer les propos rendus publics, d’énoncer leurs critères de validité, de diversifier les approches et d’associer les chercheur.e.s de diverses disciplines aux analyses et communications de crise et de sortie de crise.</li><li>Il importe de ne pas sous-estimer le rôle des rumeurs. Les rumeurs, une fois qu’elles circulent en grand nombre, deviennent anthropologiquement parlant, elles aussi, une vérité : elles affectent le social et ne sont pas totalement dépourvues de sens (Musila, 2017).&nbsp;&nbsp;</li><li>Enfin, il est fondamental de reprendre le temps de la décision politique et d’assumer que si une question sur un sujet n’a pas encore été tranchée, aucune communication ne sera faite “en urgence” au risque de donner des informations contradictoires. Il est donc également important de sortir du rythme de l’urgence à tout prix et de présenter les décisions comme réfléchies.</li></ul>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Un texte de Jacinthe Mazzocchetti (professeure, UCLouvain), Antea Paviotti (FWO PhD fellow, UAntwerpen), Aurore Vermylen (FNRS PhD, UCLouvain) et Justine Vleminckx (FNRS PhD, UCLouvain), anthropologues&nbsp;</em></p>



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<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Bourseiller, Christophe, 2016,&nbsp;<em>C’est un complot ! Voyage dans la tête des conspirationnistes</em>, Paris, JC Lattès.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Choi Daejin et al., 2020, “Rumor Propagation is Amplified by Echo Chambers in Social Media”,&nbsp;<em>Nature Scientific Reports</em>, 10:310.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ledoux, Aurélie, 2009, « Vidéos en ligne : la preuve par l&rsquo;image ? L&rsquo;exemple des théories conspirationnistes sur le 11-Septembre »,&nbsp;<em>Esprit</em>, vol. mars/avril, no. 3, pp. 95-106.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Liogier, Raphaël, 2015, « Recompositions religieuses dans un monde global théoriquement sécularisé »,&nbsp;<em>Histoire, monde et cultures religieuses</em>, vol. 34, no. 2, pp. 131-146.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mazzocchetti, Jacinthe, 2019, « Théories conspirationnistes et mythe Illuminati. Enquête auprès de jeunes de quartiers précarisés à Bruxelles »,&nbsp;<em>Problèmes d&rsquo;Histoire des Religions</em>, 26, pp. 115-134.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Musila, Grace A., 2017 “Navigating Epistemic Disarticulations”,&nbsp;<em>African Affairs</em>, 116/465, pp. 692-704.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nay, Olivier, 2020, “Virus et liberté”,&nbsp;<em>AOC</em>, 5 p.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soteras, Eva, 2018, « Les enjeux politico-religieux du conspirationnisme à l’ère postmoderne »,&nbsp;<em>Sociétés</em>, vol. 142, no. 4, pp. 7-18.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Taguieff, Pierre-André, 2006,&nbsp;<em>L’imaginaire du complot mondial: Aspects d’un mythe moderne</em>, Fayard/Mille et une nuit.</p>
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<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-defiance-et-pensees-conspirationnistes-le-covid-19-au-prisme-du-complot/">Incertitudes, défiance et pensées conspirationnistes : le Covid 19 au prisme du complot</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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