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	<title>Archives des confinement - Laap</title>
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	<description>Blog du Laboratoire d’Anthropologie Prospective - UCLouvain, Belgique</description>
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	<title>Archives des confinement - Laap</title>
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		<title>Bilan qualitatif                   Cinquante-neuf États face à la pandémie de Covid-19</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Joseph Laurent]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Dec 2020 22:13:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pierre-Joseph Laurent[1] Tel un tableau de bord, le site de la pandémie de Covid-19 de l’université Johns Hopkins reçoit, certains jours, un milliard de visiteurs&#160;: une référence planétaire. Il installe une comparaison entre les pays, dans la lutte contre le virus, en alignant les chiffres de décès par million d’habitants et les courbes supposées traduire l’aplatissement de l’épidémie[2] Mais que disent ces chiffres&#160;? Pas grand-chose, car sans pondération, par exemple, de l’excès de mortalité causée par la Covid-19, par rapport aux années antérieures, ils demeurent incomparables. En marge de ces décomptes officiels, discutables, et de la communication se tiennent les arbitrages opérés par chaque État. Un arbitrage peu quantifiable, à comprendre autrement pour comparer les politiques. Une évidence, le Sars-CoV-2 tue et agir est une obligation. À la différence des questions climatiques, les conséquences de l’inaction portent sur l’horizon temporel du mandat des élus. Inattendu, sans échappatoires, l’arbitrage devient écrasant ; il concerne la vie humaine, l’économie, le marché, le bien-être général, la justice sociale, la liberté. Chaque décision influence différemment les classes sociales et peut accélérer la pauvreté. Avec le changement climatique, les inégalités qui se creusent et les bouleversements de la formation des opinions induits par les réseaux sociaux, la pandémie conduit à une crise majeure, comparable à celle de la fin des années trente. L&#8217;heure des comptes a sommé. Le retour de l’État Pilotes du monde global, les grands acteurs industriels et de la finance sont restés en réserve de la gestion de la pandémie. Les instances multilatérales, dont l’OMS a démontré sa faible capacité d’action, sans parler du quasi-silence de l’ONU et des ONGs internationales. Globalisation, dérégulation et privatisation ont été incapables de susciter les frémissements d’une gouvernance mondiale de la pandémie ni d’une prospective inclusive durable. Remis en selle après les années de dénigrement, de sous-investissements, en mesure de s’endetter, et de gérer le service de la dette pour relancer «&#160;le monde d’après&#160;», la gestion de la pandémie a été laissée aux États. Confronté à l’urgence sanitaire, l’État tente de renouer avec un rôle protecteur. Un bilan par l’analyse de deux critères qualitatifs Deux critères synthétiques, l’arbitrage de fond suscité par l’épidémie et les actions mises en place permettent apprécier et de comprendre la finalité de la gouvernance de chaque État. Arbitrage entre économie et santé des populations L’arbitrage entre l’économie et la santé est complexe. Il mobilise des variables contextuelles &#160;: 1) indice de développement, structure du secteur industriel, du commerce, importance d’un secteur informel (non confinable) &#160;; 2) organisation du système de soins et de l’assurance maladie&#160;; 3) liberté des décideurs face aux lobbies&#160;; 4) situation géographique&#160;; 5) structure démographique&#160;; 6) foyers épidémiques en début d’épidémie &#160;; 7) nature du régime politique&#160;; 8) qualité du réseau Internet et accès&#160;; 9) calendrier d’arrivée de la pandémie&#160;; 10) ratio travailleurs indispensables, non confinable et en télétravail&#160;; 11) composition de l&#8217;équipe d’experts&#160;; 12) facteurs génétiques, groupes à risques&#160;;13) délocalisations, chaines d’approvisionnement, gestion des stocks; 14) influence de leaders religieux&#160;; 15) échéances électorales &#160;; 16) défaillances, bouc émissaire, fake news, théories du complot. Action&#160;: confinement, non-confinement, déconfinement Le second critère détaille les actions mises en œuvre par les États. Sans médicaments et dans l’attente des vaccins, confronté à un mode singulier de contagion (les asymptomatiques), les humains, temporairement, désarmés sont confrontés à la nécessité d’apprendre à vivre avec le virus. La nouvelle culture planétaire se décline localement. En plus des directives étatiques, les régions et chacun d’entre nous, en relation à son histoire, ses possibilités et sa culture formule un rapport au virus et aux autres. Le confinement équivaut au temps de la sidération et de l’ajustement. Le non-confinement ou l’après-confinement portent sur l’apprentissage d’un mode de vie à long terme, plus apaisé, avec la Covid19, sachant que nous sommes en début de pandémie, avec des risques répliques. Articulation des deux critères Les deux critères, arbitrage et actions, peuvent être représentés par deux droites. Croisées, elles déterminent un plan où sont reportées les décisions prises par chaque pays. La méthode s’oppose au classement, afin d’identifier et de positionner, dans un champ de relations, les politiques, les finalités, les intentions. La pandémie et les pays européens L’étude menée de mars à juin 2020 compare 59 pays, dont 17 Européens. La base de données repose sur des articles scientifiques et de presse, analysés selon les indicateurs mentionnés, avec le souci de recouper les sources. Au total, 548 pages de synthèse manuscrites, référencées avec le logiciel Filemaker-pro[3]. Notre démarche d’anthropologie comparée se veut synthétique et interprétative. Les résultats sont résumés dans deux tableaux. Les cercles rouges indiquent les regroupements de pays. Au regard de la pandémie, l’analyse relève l’importance de la capacité des dirigeants à prendre les bonnes décisions au bon moment, en fonction de la situation de leurs pays, de leur population, et d’éléments contextuels, appréciés au jour le jour, en fonction des incertitudes. La qualité, l’autorité et la vision prospective des dirigeants, leur capacité à communiquer de manière claire se révèlent déterminantes, ainsi que la composition des groupes d’experts. L’enquête révèle les différences culturelles dans le rapport des populations à la maladie et aux directives sanitaires. La qualité du système de santé publique préexistant et la nature de la décentralisation sont cruciales dans les choix effectués. Les démocraties populistes ne font pas merveille, ainsi que l’excès bureaucratique et les États qui manquent de leadership ou en crise permanente (la Belgique). Les Européens, la pandémie et le monde Le tableau suivant complète l’approche comparative, avec en bleu les pays européens et en noir les autres. La démarche consiste à relever le voisinage avec d’autres pays du monde. Des tendances s’affirment, des attitudes, des politiques, des finalités, des perceptions, des tensions à l’intérieur des États (États-Unis, Inde, Brésil) sont identifiables. Quel régime politique, autoritaire, semi-autoritaire, démocratique s’avère efficace dans la gestion de la pandémie et de l’après-crise&#160;? À ce stade, la réponse est incertaine, tant les finalités – justice sociale, liberté, marché, vie humaine – et les contextes varient. Cette étude doit être complétée de données quantitatives sur la crise sanitaire et sur les conséquences à long terme concernant le consensus social, avec le risque de révoltes, l’insécurité croissante et la réponse sécuritaire. Il faudra comparer la manière dont les États prendront en charge, à long terme, la dette supplémentaire contractée, au regard des défis économiques, sociaux et culturels, analysés au prisme des inégalités, du réchauffement climatique et de relations transgénérationnelles, dont le vieillissement. La finalité et la survie de la démocratie sociale sont posées, d’autant que les technologies de l’information, possédées par quelques multinationales, ont conduit à une autre gouvernance, par d’autres manières de construire les opinions. [1] Pierre-Joseph Laurent, anthropologue, professeur, membre du Laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCLouvain et de l’Académie royale de Belgique [2] https://coronavirus.jhu.edu/map.html [3] Laurent, P.-J., Mazzocchetti, J., Pandémie, sidération, incertitude. Humanités en sursis, Paris, Karthala, 2021, 150 p.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/bilan-qualitatif-cinquante-neuf-etats-face-a-la-pandemie-de-covid-19-2/">Bilan qualitatif                   Cinquante-neuf États face à la pandémie de Covid-19</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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<h4 class="wp-block-heading"><em>Pierre-Joseph Laurent</em><a href="#_ftn1">[1]</a>          </h4>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Tel un tableau de bord, le site de la pandémie de Covid-19 de l’<a href="https://coronavirus.jhu.edu/map.html">université Johns Hopkins</a> reçoit, certains jours, un milliard de visiteurs&nbsp;: une référence planétaire. Il installe une comparaison entre les pays, dans la lutte contre le virus, en alignant les chiffres de décès par million d’habitants et les courbes supposées traduire l’aplatissement de l’épidémie<a href="#_ftn1">[2]</a></p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="465" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-1024x465.jpg" alt="" class="wp-image-5463" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-1024x465.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-300x136.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-768x349.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-1536x697.jpg 1536w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-2048x930.jpg 2048w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/JHU-biban-1140x518.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Le tableau de bord de la pandémie du Sars-CoV-2<br>de la Johns Hopkins University&nbsp;; https://coronavirus.jhu.edu/map.html </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Mais que disent ces chiffres&nbsp;? Pas grand-chose, car sans pondération, par exemple, de l’excès de mortalité causée par la Covid-19, par rapport aux années antérieures, ils demeurent incomparables. En marge de ces décomptes officiels, discutables, et de la communication se tiennent les arbitrages opérés par chaque État. Un arbitrage peu quantifiable, à comprendre autrement pour comparer les politiques. Une évidence, le Sars-CoV-2 tue et agir est une obligation. À la différence des questions climatiques, les conséquences de l’inaction portent sur l’horizon temporel du mandat des élus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Inattendu, sans échappatoires, l’arbitrage devient écrasant ; il concerne la vie humaine, l’économie, le marché, le bien-être général, la justice sociale, la liberté. Chaque décision influence différemment les classes sociales et peut accélérer la pauvreté. Avec le changement climatique, les inégalités qui se creusent et les bouleversements de la formation des opinions induits par les réseaux sociaux, la pandémie conduit à une crise majeure, comparable à celle de la fin des années trente. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=WPMNE2ks7F8">L&rsquo;heure des comptes a sommé</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Le retour de l’État</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pilotes du monde global, les grands acteurs industriels et de la finance sont restés en réserve de la gestion de la pandémie. Les instances multilatérales, dont l’OMS a démontré sa faible capacité d’action, sans parler du quasi-silence de l’ONU et des ONGs internationales. Globalisation, dérégulation et privatisation ont été incapables de susciter les frémissements d’une gouvernance mondiale de la pandémie ni d’une prospective inclusive durable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Remis en selle après les années de dénigrement, de sous-investissements, en mesure de s’endetter, et de gérer le service de la dette pour relancer «&nbsp;le monde d’après&nbsp;», la gestion de la pandémie a été laissée aux États. Confronté à l’urgence sanitaire, l’État tente de renouer avec un rôle protecteur.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<h3 class="wp-block-heading">Un bilan par l’analyse de deux critères qualitatifs</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Deux critères synthétiques, l’<strong>arbitrage</strong> de fond suscité par l’épidémie et les <strong>actions</strong> mises en place permettent apprécier et de comprendre la finalité de la gouvernance de chaque État.</p>



<ul class="wp-block-list"><li><em><strong>Arbitrage entre économie et santé des populations</strong></em></li></ul>



<p class="wp-block-paragraph">L’arbitrage entre l’économie et la santé est complexe. Il mobilise des variables contextuelles &nbsp;: 1) indice de développement, structure du secteur industriel, du commerce, importance d’un secteur informel (non confinable) &nbsp;; 2) organisation du système de soins et de l’assurance maladie&nbsp;; 3) liberté des décideurs face aux lobbies&nbsp;; 4) situation géographique&nbsp;; 5) structure démographique&nbsp;; 6) foyers épidémiques en début d’épidémie &nbsp;; 7) nature du régime politique&nbsp;; 8) qualité du réseau Internet et accès&nbsp;; 9) calendrier d’arrivée de la pandémie&nbsp;; 10) ratio travailleurs indispensables, non confinable et en télétravail&nbsp;; 11) composition de l&rsquo;équipe d’experts&nbsp;; 12) facteurs génétiques, groupes à risques&nbsp;;13) délocalisations, chaines d’approvisionnement, gestion des stocks; 14) influence de leaders religieux&nbsp;; 15) échéances électorales &nbsp;; 16) défaillances, bouc émissaire, <em>fake news</em>, théories du complot.</p>



<ul class="wp-block-list"><li><em>Action&nbsp;: confinement, non-confinement, déconfinement</em></li></ul>



<p class="wp-block-paragraph">Le second critère détaille les actions mises en œuvre par les États. Sans médicaments et dans l’attente des vaccins, confronté à un mode singulier de contagion (les asymptomatiques), les humains, temporairement, désarmés sont confrontés à la nécessité d’apprendre à vivre avec le virus. La nouvelle culture planétaire se décline localement. En plus des directives étatiques, les régions et chacun d’entre nous, en relation à son histoire, ses possibilités et sa culture <a href="https://theconversation.com/la-masque-attitude-ou-la-contrainte-dinventer-une-autre-culture-138960">formule un rapport au virus</a> et aux autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le confinement équivaut au temps de la sidération et de l’ajustement. Le non-confinement ou l’après-confinement portent sur l’apprentissage d’un mode de vie à long terme, plus apaisé, avec la Covid19, sachant que nous sommes en début de pandémie, avec des risques répliques.</p>



<ul class="wp-block-list"><li><em>Articulation des deux critères</em></li></ul>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux critères, arbitrage et actions, peuvent être représentés par deux droites. Croisées, elles déterminent un plan où sont reportées les décisions prises par chaque pays. La méthode s’oppose au classement, afin d’identifier et de positionner, dans un champ de relations, les politiques, les finalités, les intentions.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="764" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-1024x764.jpg" alt="" class="wp-image-5443" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-1024x764.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-300x224.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-768x573.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1-1140x851.jpg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau1.jpg 1294w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Croisement de deux critères : arbitrage et action</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">La pandémie et les pays européens</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L’étude menée de mars à juin 2020 compare 59 pays, dont 17 Européens. La base de données repose sur des articles scientifiques et de presse, analysés selon les indicateurs mentionnés, avec le souci de recouper les sources. Au total, 548 pages de synthèse manuscrites, référencées avec le logiciel <em>Filemaker-pro<a href="#_ftn1"><strong>[3]</strong></a></em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre démarche d’anthropologie comparée se veut synthétique et interprétative. Les résultats sont résumés dans deux tableaux. Les cercles rouges indiquent les regroupements de pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="770" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-1024x770.jpg" alt="" class="wp-image-5423" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-1024x770.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-300x225.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-768x577.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe-1140x857.jpg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/Tableau-2-europe.jpg 1328w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>La réponse de pays européens confrontés à la pandémie</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au regard de la pandémie, l’analyse relève l’importance de la capacité des dirigeants à prendre les bonnes décisions au bon moment, en fonction de la situation de leurs pays, de leur population, et d’éléments contextuels, appréciés au jour le jour, en fonction des incertitudes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La qualité, l’autorité et la vision prospective des dirigeants, leur capacité à communiquer de manière claire se révèlent déterminantes, ainsi que la composition des groupes d’experts. L’enquête révèle les différences culturelles dans le rapport des populations à la maladie et aux directives sanitaires. La qualité du système de santé publique préexistant et la nature de la décentralisation sont cruciales dans les choix effectués. Les démocraties populistes ne font pas merveille, ainsi que l’excès bureaucratique et les États qui manquent de leadership ou en crise permanente (la Belgique).</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<h3 class="wp-block-heading">Les Européens, la pandémie et le monde</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le tableau suivant complète l’approche comparative, avec en bleu les pays européens et en noir les autres. La démarche consiste à relever le voisinage avec d’autres pays du monde. Des tendances s’affirment, des attitudes, des politiques, des finalités, des perceptions, des tensions à l’intérieur des États (États-Unis, Inde, Brésil) sont identifiables.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="769" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-1024x769.jpg" alt="" class="wp-image-5433" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-1024x769.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-300x225.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-768x577.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde-1140x856.jpg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/12/tableau-2-Monde.jpg 1370w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Comparaison de pays européens et de monde face à la pandémie</figcaption></figure>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Quel régime politique, autoritaire, semi-autoritaire, démocratique s’avère efficace dans la gestion de la pandémie et de l’après-crise&nbsp;?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">À ce stade, la réponse est incertaine, tant les finalités – justice sociale, liberté, marché, vie humaine – et les contextes varient. Cette <a href="https://uclouvain.be/fr/instituts-recherche/iacchos/laap/actualites/masquer-le-monde.html">étude doit être complétée</a> de données quantitatives sur la crise sanitaire et sur les conséquences à long terme concernant le consensus social, avec le risque de révoltes, l’insécurité croissante et la réponse sécuritaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faudra comparer la manière dont les États prendront en charge, à long terme, la dette supplémentaire contractée, au regard des défis économiques, sociaux et culturels, analysés au prisme des inégalités, du réchauffement climatique et de relations transgénérationnelles, dont le vieillissement. La finalité et la survie de la démocratie sociale sont posées, d’autant que les technologies de l’information, possédées par quelques multinationales, ont conduit à une autre gouvernance, par d’autres manières de construire les opinions.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-admin/post.php?post=5473&amp;action=edit#_ftn1">[1]</a> Pierre-Joseph Laurent, <em>anthropologue, professeur, membre du Laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCLouvain et de l’Académie royale de Belgique</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref1">[2]</a> https://coronavirus.jhu.edu/map.html  </p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref1">[3]</a> Laurent, P.-J., Mazzocchetti, J., <em>Pandémie, sidération, incertitude. Humanités en sursis</em>, Paris, Karthala, 2021, 150 p.</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/bilan-qualitatif-cinquante-neuf-etats-face-a-la-pandemie-de-covid-19-2/">Bilan qualitatif                   Cinquante-neuf États face à la pandémie de Covid-19</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>Incertitudes, « deuil anticipatoire » et traumas De la nécessité de penser le confinement au-delà de ses enjeux sanitaires et économiques</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-deuil-anticipatoire-et-traumas-de-la-necessite-de-penser-le-confinement-au-dela-de-ses-enjeux-sanitaires-et-economiques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jacinthe Mazzocchetti]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jun 2020 06:08:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
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		<category><![CDATA[trauma]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un texte de Jacinthe Mazzocchetti (UCLouvain &#8211; LAAP), Florence Noël et Isabelle Loodts, initialement publié dans le rapport « déconfinement sociétal » sur cartaa academica. Outre ses répercussions en termes économiques et sanitaires, la période de confinement a eu des effets psychiques négatifs, voire traumatiques. En plus des altérations dans le courant ordinaire des modes d’existence, nous voudrions ici pointer quelques enjeux, leurs répercussions et l’attention qu’ils demandent dans les perspectives de déconfinement. De près ou de loin, nous avons tous été profondément affectés par la situation de pandémie. Parmi la population, de nouvelles catégories se sont fait jour, dictées par les statistiques de dangerosité du COVID19 autant que par la nécessité de protéger et de soigner les plus faibles. Le monde des travailleurs s’est divisé entre confinés et actifs, rejouant par ailleurs les diffractions de classe, de genre et de race structurant la société (Degrave, 2020 ; Timothy, 2020). Le monde des « inactifs » (enfants et étudiants, sans emploi, retraités) s’est bipolarisé, obligés d’être strictement séparés, les uns pouvant être vecteurs de la maladie pour les autres. Les personnes précarisées, hors de portée d’un État qui s’accommode depuis longtemps de leur gestion uniquement associative, ont été les grands oubliés des mesures prophylactiques, accroissant la pression notamment financière et morale sur les différents secteurs du travail social, mais aussi les citoyens déjà engagés à leurs côtés. Cette redistribution spatiale des relations a mis en exergue l’ensemble des fragilités préexistantes : personnes seules, foyers dépendants d’aides sociales… La fracture environnementale et urbanistique a révélé d’autres inégalités (surfaces d’habitation et privatifs aérés). La fracture numérique a invisibilisé une portion non négligeable de la population de tous âges, dont des élèves et leurs parents pourtant soumis aux mêmes injonctions scolaires, mais dans l’incapacité matérielle d’y faire face. Les mesures, prises dans l’urgence sanitaire, l’ont été sans la nuance que requiert l’infinie diversité des situations. La fermeture de nombreux commerces de détail a pesé bien moins sur la désorientation des particuliers que l&#8217;inaccessibilité de la plupart des services à la personne et des soins et accompagnements médicaux et paramédicaux, psychologiques, psychiatriques ou sociaux. De là sont nées de nombreuses situations traumatisantes. En quelques heures à peine, chacun a dû anticiper et imaginer des solutions aux problèmes préexistants ou renoncer purement et simplement à l’essentiel. Personne n’a cessé d’être malade ou souffrant ni de déclencher une pathologie autre que le Covid, pourtant l’ensemble des services de soin a été restreint à des évaluations distantes, par téléphone, à des “tris” préventifs créant une situation sanitaire tendue et une comorbidité que des généralistes, impuissants, ont même appelée « dégât collatéral ». Mesurera-t-on le traumatisme de ces soignants (en hôpital, centre de revalidation, maison de repos et de soin, centre d’accueil de personnes handicapées ou en séjour psychiatrique), privés des moyens d’agir par absence de ressources, de matériels et de tests de dépistage ? Alors que les fenêtres sur le monde se sont réduites quasi exclusivement à la télévision et aux réseaux sociaux, l’opposition entre le foyer confiné dans une fausse réalité protectrice, mis sous cloche, comme dans un Truman Show répliqué à l’échelle du monde, et l’omniprésence de la menace, sa méconnaissance et les injonctions contradictoires des autorités et experts sur la manière de se protéger (saga des masques), mais également l’atroce réalité des chiffres croissants de la contagion, des hospitalisations et des décès, a induit chez des personnes de tous âges des troubles du sommeil, de l’hypervigilance, une phobie des lieux publics et des troubles compulsifs de type hygiéniste. Et après ? Jamais dans l’histoire contemporaine, autant de gens, n’ont été privés de l’ensemble des libertés qui font leur humanité. Jamais, nous n’avons connu une restriction si absolue de nos droits fondamentaux. Pire encore, nous avons perdu le droit de manifester nos affections de manière physique en dehors du strict cercle familial et même les défunts ont perdu le droit à ce que leur volonté posthume soit respectée. Nous nous souviendrons de cela : nous avons accepté de renoncer à tout ce que nous avions de plus cher pour que le plus grand nombre survive. Nous avons fait le plus grand des sacrifices possibles à l’échelle des nations : remiser tous nos droits. Dans ce contexte, redémarrer comme avant semble tout simplement criminel, car cet avant n’existe plus. Nos psychés, nos rapports aux autres, au monde, à l’avenir et de manière plus concrète, au travail, à la santé, à la famille, à l’éducation… sont profondément modifiés par le double vécu de pandémie et de confinement. Ce « sentiment d’insécurité générale » (Kessler in Beranito, 2020) est tel qu’il est encore aujourd’hui difficile d’en imaginer l’ensemble des effets. Sidérée face à ce qui arrive ou ce qui pourrait arriver, la société entière se retrouve emportée, comme l’expose Kessler, dans un gigantesque « deuil d’anticipation ». Les peurs et la situation d’incertitude empêchent de se projeter, de penser.  Il est et il sera essentiel de reconnaître ce que nous avons traversé collectivement tout en tenant compte des singularités. Passer à côté des états traumatiques présents et post-traumatiques à venir, résultants non pas de fragilités individuelles, mais d’un trouble de société (Bacqué, 2003&#160;; Bibeau, 2010), et plus largement, des fatigues accumulées et des pertes de sens au risque de burn-out et autres maladies serait une erreur majeure ancrée dans une pensée court-termiste dont les conséquences ne pourraient que nous revenir en pleine figure, tel un boomerang.&#160; Il ne faudra pas en outre négliger l’éveil critique de la population. Tout le monde est touché dans sa chair, dans la chair de sa parentèle ou de son cercle affectif. La population se redécouvre en tant que corps social et se réinvestit dans le contrat qui lie chacun de ses membres à ce corps en augmentant sa vigilance sur un monde politique sommé de rattraper les manquements et de rendre des comptes au quotidien. Le déploiement de la pandémie, sa gestion,&#160;les tâtonnements du monde politique&#160;sont venus révéler des troubles sociétaux, accentuer des failles, creuser les inégalités, renforcer les précarités, nourrir les sentiments de défiance. Tout cela aussi devra être guéri, et non pas seulement les corps. Tout cela aussi devra être entendu, et non pas seulement le besoin de relance économique, au risque qu’il ne se fasse, une fois encore, aux dépens des plus précaires, obligés d’aller travailler « comme avant », des plus résilients aussi, mais pour encore combien de temps, en renfort des privilèges de certains, et en abandon de parts de plus en plus conséquentes de la population.&#160;&#160; Quelques enjeux de la phase de déconfinement&#160; Bien que diffuse, la conscience profonde d&#8217;un bouleversement radical rend le « comme avant » inenvisageable. Pour qu&#8217;ils puissent être porteurs de résilience, les processus de déconfinement ne pourront être pensés dans le déni des profondes perturbations vécues par le corps social.&#160;Les personnes avec qui nous avons pu discuter, mais aussi les services sociaux et de soin, sont unanimes sur les dégâts majeurs subis par les populations, les plus précaires en particulier, et, sur les “bonds en arrière” en matière de soins, d’aides, d’intégration, d’inclusion…&#160; Par ailleurs, durant ces semaines confinées s’est développé dans de nombreux milieux et secteurs, le sentiment que tout cela n’aura pas été vain si le monde d’après s’en trouve transformé, les enjeux de justice sociale et d’écologie enfin entendus à leur juste mesure. Ce sursaut d’espérance est assorti ceci dit de la crainte du retour du statu quo, alimentée par les premières initiatives gouvernementales pour esquisser les stratégies du déconfinement, et notamment la constitution d’un groupe d’experts parmi lesquels aucun ne semble avoir été choisi pour intégrer à ces réflexions les thématiques abordées ici. La question du sacrifice des libertés, mais aussi de la santé pour les travailleurs/travailleuses de nombreux secteurs (soins, alimentations, travail social…), assortie des diffractions de genre, de classe et de race est d’autant plus prégnante qu’une part importante de la société civile, préalablement engagée dans la défense de ces droits, s’est soit trouvée confrontée en première ligne aux conséquences de cette crise, soit trouvée privée des moyens traditionnels de manifester collectivement ses réflexions et revendications. Tous et toutes espèrent être entendus et reconnus dans leur « don de soi » qui aura permis à la société de se maintenir.&#160; Enfin, si la crise a révélé que les secteurs de la santé et de la recherche, sous-financés, graduellement privatisés, sont centraux quant au bon fonctionnement de notre société, il en est de même pour les secteurs sociaux, tout aussi épuisés, mais aussi culturels, souvent sacrifiés en cas de crise. La créativité des artistes a joué un rôle clef pendant le confinement, et elle sera davantage nécessaire encore dans cet “après” qui s’annonce.&#160;Garantir des subsides et favoriser les emplois dans ces secteurs sera un vecteur de résilience indispensable pour la population qui refuse d’être réduite à sa seule dimension biologique et espère voir reconnues ses aspirations sociales, culturelles et politiques.&#160;Il faudra réparer, nourrir, mais aussi imaginer, créer, mettre des mots, métaboliser, faire récit, penser ensemble ce qui nous est arrivé (Grard, 2019). Toutes trois autrices, nous connaissons le pouvoir des mots, leur nécessité pour saisir le monde et s’y inscrire de manière à la fois sensible et citoyenne.&#160; Bibliographie&#160; Prenant appui sur nos expertises académiques (anthropologie, archéologie et histoire), mais également artistiques (réalisatrice et autrices), cet article est par ailleurs le résultat d’une enquête qualitative auprès de parents, d’étudiants, de travailleurs précarisés, de collectifs d’artistes, de collectifs d’enseignants, de personnes en demandes d’asile et sans papiers ainsi que de vingt entretiens semi-dirigés avec des responsables de différents secteurs du travail social et de la santé mentale (Ligue Bruxelloise de la Santé mentale, Croix-Rouge, Asbl Miroir Vagabond, Asbl FEDER, Asbl L’autre Lieu, CRI, CPAS…). Bacqué, M.-F., 2003, « Deuil post-traumatique et catastrophes naturelles »,&#160;Études sur la mort, vol. no 123, no. 1, pp. 111-130. Bibeau, G., 2010, « Quel humanisme pour notre âge bio-technologique ? L’anthropologie, horizon nécessaire de l’anthropologie médicale »,&#160;Anthropologie &#38; Santé&#160;[En ligne], 1&#160; Berinato S., 2020, “That Discomfort You’re Feeling Is Grief”,&#160;Harvard Business Review. Degavre F., 4 avril 2020, « Coronavirus: pourquoi les « métiers féminins », si essentiels dans la lutte contre le Covid-19, sont-ils sous-valorisés ? », Rtbf info du 4 avril 2020. Grard C., 2019, « Expressions artistiques, mémoire d’une histoire traumatique et interpellation politique »,&#160;Babel, 40, 77-93. Timothy, R. K., 6 avril 2020, “Coronavirus is not the great equalizer — race matters”, The conversation. Crédits images&#160; Homme sur un banc: Image par Arek Socha de Pixabay Balançoire: Image par newinsight2life de Pixabay Petite fille: Image par Ulrike Mai de Pixabay</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-deuil-anticipatoire-et-traumas-de-la-necessite-de-penser-le-confinement-au-dela-de-ses-enjeux-sanitaires-et-economiques/">Incertitudes, « deuil anticipatoire » et traumas De la nécessité de penser le confinement au-delà de ses enjeux sanitaires et économiques</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>Un texte de Jacinthe Mazzocchetti (UCLouvain &#8211; LAAP), Florence Noël et Isabelle Loodts, initialement publié dans le rapport « déconfinement sociétal » sur <a href="https://www.cartaacademica.org/post-covid">cartaa academica</a>. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Outre ses répercussions en termes économiques et sanitaires, la période de confinement a eu des effets psychiques négatifs, voire traumatiques. En plus des altérations dans le courant ordinaire des modes d’existence, nous voudrions ici pointer quelques enjeux, leurs répercussions et l’attention qu’ils demandent dans les perspectives de déconfinement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De près ou de loin, nous avons tous été profondément affectés par la situation de pandémie. Parmi la population, de nouvelles catégories se sont fait jour, dictées par les statistiques de dangerosité du COVID19 autant que par la nécessité de protéger et de soigner les plus faibles. Le monde des travailleurs s’est divisé entre confinés et actifs, rejouant par ailleurs les diffractions de classe, de genre et de race structurant la société (Degrave, 2020 ; Timothy, 2020). Le monde des « inactifs » (enfants et étudiants, sans emploi, retraités) s’est bipolarisé, obligés d’être strictement séparés, les uns pouvant être vecteurs de la maladie pour les autres. Les personnes précarisées, hors de portée d’un État qui s’accommode depuis longtemps de leur gestion uniquement associative, ont été les grands oubliés des mesures prophylactiques, accroissant la pression notamment financière et morale sur les différents secteurs du travail social, mais aussi les citoyens déjà engagés à leurs côtés. Cette redistribution spatiale des relations a mis en exergue l’ensemble des fragilités préexistantes : personnes seules, foyers dépendants d’aides sociales… La fracture environnementale et urbanistique a révélé d’autres inégalités (surfaces d’habitation et privatifs aérés). La fracture numérique a invisibilisé une portion non négligeable de la population de tous âges, dont des élèves et leurs parents pourtant soumis aux mêmes injonctions scolaires, mais dans l’incapacité matérielle d’y faire face.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo3.jpg" alt="" class="wp-image-4403" width="493" height="327" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo3.jpg 640w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo3-300x199.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 493px) 100vw, 493px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">Les mesures, prises dans l’urgence sanitaire, l’ont été sans la nuance que requiert l’infinie diversité des situations. La fermeture de nombreux commerces de détail a pesé bien moins sur la désorientation des particuliers que l&rsquo;inaccessibilité de la plupart des services à la personne et des soins et accompagnements médicaux et paramédicaux, psychologiques, psychiatriques ou sociaux. De là sont nées de nombreuses situations traumatisantes. En quelques heures à peine, chacun a dû anticiper et imaginer des solutions aux problèmes préexistants ou renoncer purement et simplement à l’essentiel. Personne n’a cessé d’être malade ou souffrant ni de déclencher une pathologie autre que le Covid, pourtant l’ensemble des services de soin a été restreint à des évaluations distantes, par téléphone, à des “tris” préventifs créant une situation sanitaire tendue et une comorbidité que des généralistes, impuissants, ont même appelée « dégât collatéral ». Mesurera-t-on le traumatisme de ces soignants (en hôpital, centre de revalidation, maison de repos et de soin, centre d’accueil de personnes handicapées ou en séjour psychiatrique), privés des moyens d’agir par absence de ressources, de matériels et de tests de dépistage ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les fenêtres sur le monde se sont réduites quasi exclusivement à la télévision et aux réseaux sociaux, l’opposition entre le foyer confiné dans une fausse réalité protectrice, mis sous cloche, comme dans un Truman Show répliqué à l’échelle du monde, et l’omniprésence de la menace, sa méconnaissance et les injonctions contradictoires des autorités et experts sur la manière de se protéger (saga des masques), mais également l’atroce réalité des chiffres croissants de la contagion, des hospitalisations et des décès, a induit chez des personnes de tous âges des troubles du sommeil, de l’hypervigilance, une phobie des lieux publics et des troubles compulsifs de type hygiéniste.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Et après ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Jamais dans l’histoire contemporaine, autant de gens, n’ont été privés de l’ensemble des libertés qui font leur humanité. Jamais, nous n’avons connu une restriction si absolue de nos droits fondamentaux. Pire encore, nous avons perdu le droit de manifester nos affections de manière physique en dehors du strict cercle familial et même les défunts ont perdu le droit à ce que leur volonté posthume soit respectée. Nous nous souviendrons de cela : nous avons accepté de renoncer à tout ce que nous avions de plus cher pour que le plus grand nombre survive. Nous avons fait le plus grand des sacrifices possibles à l’échelle des nations : remiser tous nos droits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, redémarrer comme avant semble tout simplement criminel, car cet avant n’existe plus. Nos psychés, nos rapports aux autres, au monde, à l’avenir et de manière plus concrète, au travail, à la santé, à la famille, à l’éducation… sont profondément modifiés par le double vécu de pandémie et de confinement. Ce « sentiment d’insécurité générale » (Kessler in Beranito, 2020) est tel qu’il est encore aujourd’hui difficile d’en imaginer l’ensemble des effets. Sidérée face à ce qui arrive ou ce qui pourrait arriver, la société entière se retrouve emportée, comme l’expose Kessler, dans un gigantesque « deuil d’anticipation ». Les peurs et la situation d’incertitude empêchent de se projeter, de penser. </p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo1.jpg" alt="" class="wp-image-4383" width="480" height="319" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo1.jpg 640w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/06/photo1-300x200.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">Il est et il sera essentiel de reconnaître ce que nous avons traversé collectivement tout en tenant compte des singularités. Passer à côté des états traumatiques présents et post-traumatiques à venir, résultants non pas de fragilités individuelles, mais d’un trouble de société (Bacqué, 2003&nbsp;; Bibeau, 2010), et plus largement, des fatigues accumulées et des pertes de sens au risque de burn-out et autres maladies serait une erreur majeure ancrée dans une pensée court-termiste dont les conséquences ne pourraient que nous revenir en pleine figure, tel un boomerang.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne faudra pas en outre négliger l’éveil critique de la population. Tout le monde est touché dans sa chair, dans la chair de sa parentèle ou de son cercle affectif. La population se redécouvre en tant que corps social et se réinvestit dans le contrat qui lie chacun de ses membres à ce corps en augmentant sa vigilance sur un monde politique sommé de rattraper les manquements et de rendre des comptes au quotidien. Le déploiement de la pandémie, sa gestion,&nbsp;les tâtonnements du monde politique&nbsp;sont venus révéler des troubles sociétaux, accentuer des failles, creuser les inégalités, renforcer les précarités, nourrir les sentiments de défiance. Tout cela aussi devra être guéri, et non pas seulement les corps. Tout cela aussi devra être entendu, et non pas seulement le besoin de relance économique, au risque qu’il ne se fasse, une fois encore, aux dépens des plus précaires, obligés d’aller travailler « comme avant », des plus résilients aussi, mais pour encore combien de temps, en renfort des privilèges de certains, et en abandon de parts de plus en plus conséquentes de la population.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelques enjeux de la phase de déconfinement&nbsp;</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que diffuse, la conscience profonde d&rsquo;un bouleversement radical rend le « comme avant » inenvisageable. Pour qu&rsquo;ils puissent être porteurs de résilience, les processus de déconfinement ne pourront être pensés dans le déni des profondes perturbations vécues par le corps social.&nbsp;Les personnes avec qui nous avons pu discuter, mais aussi les services sociaux et de soin, sont unanimes sur les dégâts majeurs subis par les populations, les plus précaires en particulier, et, sur les “bonds en arrière” en matière de soins, d’aides, d’intégration, d’inclusion…&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, durant ces semaines confinées s’est développé dans de nombreux milieux et secteurs, le sentiment que tout cela n’aura pas été vain si le monde d’après s’en trouve transformé, les enjeux de justice sociale et d’écologie enfin entendus à leur juste mesure. Ce sursaut d’espérance est assorti ceci dit de la crainte du retour du statu quo, alimentée par les premières initiatives gouvernementales pour esquisser les stratégies du déconfinement, et notamment la constitution d’un groupe d’experts parmi lesquels aucun ne semble avoir été choisi pour intégrer à ces réflexions les thématiques abordées ici. La question du sacrifice des libertés, mais aussi de la santé pour les travailleurs/travailleuses de nombreux secteurs (soins, alimentations, travail social…), assortie des diffractions de genre, de classe et de race est d’autant plus prégnante qu’une part importante de la société civile, préalablement engagée dans la défense de ces droits, s’est soit trouvée confrontée en première ligne aux conséquences de cette crise, soit trouvée privée des moyens traditionnels de manifester collectivement ses réflexions et revendications. Tous et toutes espèrent être entendus et reconnus dans leur « don de soi » qui aura permis à la société de se maintenir.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, si la crise a révélé que les secteurs de la santé et de la recherche, sous-financés, graduellement privatisés, sont centraux quant au bon fonctionnement de notre société, il en est de même pour les secteurs sociaux, tout aussi épuisés, mais aussi culturels, souvent sacrifiés en cas de crise. La créativité des artistes a joué un rôle clef pendant le confinement, et elle sera davantage nécessaire encore dans cet “après” qui s’annonce.&nbsp;Garantir des subsides et favoriser les emplois dans ces secteurs sera un vecteur de résilience indispensable pour la population qui refuse d’être réduite à sa seule dimension biologique et espère voir reconnues ses aspirations sociales, culturelles et politiques.&nbsp;Il faudra réparer, nourrir, mais aussi imaginer, créer, mettre des mots, métaboliser, faire récit, penser ensemble ce qui nous est arrivé (Grard, 2019). Toutes trois autrices, nous connaissons le pouvoir des mots, leur nécessité pour saisir le monde et s’y inscrire de manière à la fois sensible et citoyenne.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Bibliographie&nbsp;</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Prenant appui sur nos expertises académiques (anthropologie, archéologie et histoire), mais également artistiques (réalisatrice et autrices), cet article est par ailleurs le résultat d’une enquête qualitative auprès de parents, d’étudiants, de travailleurs précarisés, de collectifs d’artistes, de collectifs d’enseignants, de personnes en demandes d’asile et sans papiers ainsi que de vingt entretiens semi-dirigés avec des responsables de différents secteurs du travail social et de la santé mentale (Ligue Bruxelloise de la Santé mentale, Croix-Rouge, Asbl Miroir Vagabond, Asbl FEDER, Asbl L’autre Lieu, CRI, CPAS…).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bacqué, M.-F., 2003, « Deuil post-traumatique et catastrophes naturelles »,&nbsp;<em>Études sur la mort</em>, vol. no 123, no. 1, pp. 111-130.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bibeau, G., 2010, « Quel humanisme pour notre âge bio-technologique ? L’anthropologie, horizon nécessaire de l’anthropologie médicale »,&nbsp;<em>Anthropologie &amp; Santé</em>&nbsp;[En ligne], 1&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Berinato S., 2020, “That Discomfort You’re Feeling Is Grief”,&nbsp;<em>Harvard Business Review</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Degavre F., 4 avril 2020, « Coronavirus: pourquoi les « métiers féminins », si essentiels dans la lutte contre le Covid-19, sont-ils sous-valorisés ? », Rtbf info du 4 avril 2020.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Grard C., 2019, « Expressions artistiques, mémoire d’une histoire traumatique et interpellation politique »,&nbsp;<em>Babel</em>, 40, 77-93.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Timothy, R. K., 6 avril 2020, “Coronavirus is not the great equalizer — race matters”, <em>The conversation.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Crédits images&nbsp;<strong><u></u></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Homme sur un banc: Image par Arek Socha de Pixabay</p>



<p class="wp-block-paragraph">Balançoire: Image par newinsight2life de Pixabay</p>



<p class="wp-block-paragraph">Petite fille: Image par Ulrike Mai de Pixabay</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/incertitudes-deuil-anticipatoire-et-traumas-de-la-necessite-de-penser-le-confinement-au-dela-de-ses-enjeux-sanitaires-et-economiques/">Incertitudes, « deuil anticipatoire » et traumas De la nécessité de penser le confinement au-delà de ses enjeux sanitaires et économiques</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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		<title>La voie des masques</title>
		<link>https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/la-voie-des-masques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Joseph Laurent]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 May 2020 06:45:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
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		<category><![CDATA[cohésion sociale]]></category>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[globalisation]]></category>
		<category><![CDATA[masques]]></category>
		<category><![CDATA[politique publique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Par Bénédicte Fontaine, doctorante en anthropologie au Laboratoire d’Anthropologie Prospective de l’UCLouvain; Pierre-Joseph Laurent, professeur, membre du Laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCLouvain et de l’Académie royale de Belgique, pour Carta Academica (publié le 09/05/2020 sur « Le Soir » ) La pandémie causée par le Covid-19 est une évidence sanitaire, provoquée par un virus objectivable. Mais la gestion de cette pandémie est-elle tout aussi objectivable dès lors que la prise en charge par les États de la quarantaine et du confinement se déroule en fonction de paramètres relevant de l’arbitrage politique et du possible et pas seulement de l’objectivité scientifique ? Dans sa simplicité, pour tout un chacun, le masque devient un bon révélateur de cet arbitrage et du possible. L’arbitrage&#160; Les stocks de masques périmés détruits, non renouvelés au motif d’économie budgétaire. La désindustrialisation et les délocalisations mettent en lumière l’imprévoyance, les fragilités, les limites d’une gestion à flux tendus où l’arbitrage politique se fait surtout comptable et financier (1). La conséquence : la mise en place d’un pont aérien entre la Chine et des pays européens devenus dépendants (main d’œuvre trop chère, marge bénéficiaire insuffisante), avec en toile de fond une guerre industrielle et logistique (allongement de la chaîne d’approvisionnement) (2), animée par la convoitise et l&#8217;arbitrage du plus offrant. Le possible&#160; Au-delà des enjeux sanitaires, les politiques du possible du masque (pénurie, pas de masques, masques qui se déclinent pour les populations en chirurgicaux ou artisanaux) indiquent la manière dont les États traitent de la relation avec leurs citoyens et communiquent : le masque obligatoire et imposé à tous (Chine), le masque exigé pour sortir (Autriche), le masque comme une prise en considération de l’intérêt collectif (Taïwan, Hong Kong, Corée du Sud), comme une mobilisation du secteur informel (Bénin, Cameroun), une opportunité commerciale (le business Covid) dont la reconversion de chaines de production (Bulgarie, Maroc), le masque longtemps déclaré non nécessaire en dehors des soignants (France, Belgique) ou encore son port laissé à l’appréciation des individus (États-Unis, Brésil), et finalement, un outil indispensable aux déconfinements. Au-delà de la communication officielle, le masque – devenu en quelques semaines un objet de préoccupation de la vie quotidienne – et la « politique du masque » sont aisément décodés, analysés, évalués, interprétés, par chacun d’entre nous, en relation à son environnement de travail et de vie (3). Une question de confiance&#160; Au regard des dimensions sanitaires, économiques et financières, la « politique du masque » dévoile crument à la population les enjeux, voire les contradictions des décideurs. Elle pointe les limites d’une gestion politique qui ne serait pas au service du plus grand nombre. Ce petit masque signale au grand public la crédibilité de décideurs politiques qui mobilisent la science pour justifier les possibles du moment. Jusqu’il y a peu “scientifiquement inutile et même déconseillé”, le masque est devenu un élément du déconfinement, obligatoire dans les transports en commun, certains magasins et lieux publics, malgré la difficulté de s’en procurer. Là se niche la question de la confiance entre les élites, les politiques et les citoyens. Un rapport primordial à soi&#160; Les politiques de quarantaine et de confinement, de protection et de prévention impliquent plusieurs niveaux de perception. Mais tout un chacun se confronte à l’obligation de prendre sa propre mesure du virus qui est un rapport primordial à soi, à l’autre, à la vie et à la mort (4). Cette prise en considération pour soi se traduit par l’invention de nouvelles routines de la vie quotidienne, entre les membres de son unité de confinement, dans l’intériorisation des gestes de la distanciation, dans l’utilisation du gel, du masque. Ces gestes modifiés de la vie quotidienne relient chacun de nous, en pensée, au virus, et nous inscrivent dans une conscience générale, locale, régionale, planétaire, de la pandémie (5).&#160; La prise de conscience des inégalités&#160; Dans ce quotidien modifié par le Covid-19, du rapport que chacun d’entre nous entretient au masque, et de notre confrontation, par la pluralité des médias interposés, à ces « politiques du masque » émergent la prise de conscience, aujourd’hui généralisée, des inégalités de protection face à la pandémie, une prise de conscience qui, par association, percole des inégalités dans le rapport au masque, aux inégalités dans le confinement et la société. Ainsi, ce simple masque, comme un symbole de la possibilité de se protéger, conduit à délier la parole concernant un paradoxe qui désormais saute aux yeux : les travailleurs en première ligne, les indispensables, les applaudis sont aussi les victimes de la crise économique. La prise de conscience de la fracture de la société se renforce, car le confinement, vécu par tous, se décline différemment selon le genre, les classes sociales, les métiers, l’accès ou non à un logement, mais aussi entre les pays et les continents. Le renforcement des radicalismes&#160; Cette pandémie n’est pas une crise passagère. Par sa durée, le confinement et surtout le déconfinement qui nous attend (durée de la crise économique qui suivra) prennent le temps de s’installer dans les consciences. Crise aux multiples conséquences, elle affecte déjà la cohésion sociale, avec des risques de polarisation de la société (chômage, pauvreté) et de son implosion, avec le renforcement des radicalismes de droite et de gauche. Ces radicalismes s’alimentent du clivage qui divise les groupes sociaux, entre ceux qui veulent que tout rentre dans l’ordre au plus vite et comme avant, et ceux pour qui la crise sanitaire a mis en lumière leurs conditions de vie, mais aussi ceux qui s’inquiètent des conditions de survie de l’humanité aux regards des bouleversements environnementaux. Quelles finalités&#160;?&#160; La pauvreté va s’étendre dans les sociétés occidentales, les disparités et les tensions entre les continents vont s’accroitre. La croissance sera affectée et la priorité est la remise en route de l’économie, des marchés, avec les questions du financement de la crise et du remboursement de la dette (pour des durées de 10, 20 ou 30 ans). Une évidence, mais chacun d’entre nous, à la suite de son expérience de la pandémie, peut désormais adresser cette question : avec quelles finalités ? Comment penser le déconfinement&#160;?&#160; La « politique des masques » révèle à quel point le déconfinement ne pourra pas se penser comme un retour à la normale. Il ne se résumera pas à une question épidémiologique, économique, financière. Entendu comme la gestion dans la longue durée de la crise économique et sociale causée par la pandémie, ainsi démasqué, le déconfinement concerne directement la cohésion sociale et le pacte sociétal pour les prochaines décennies (6). Le déconfinement implique de se poser plusieurs questions, dont celles des conditions de production, du sens du collectif et de la gestion des risques dans un monde globalisé, dont celle induite de notre rapport à l’environnement. Le déconfinement nécessitera de l’imagination, au regard des solutions novatrices et inédites à mettre en place. Autant de défis auxquels les dirigeants politiques, mais aussi les diverses élites seront confrontés de gré ou en raison de la pression de la rue. Quels seront les arbitrages politiques de la société de l’après-déconfinement ? (1) Soupiot, A.,&#160;La gouvernance pour les nombres, Cours au Collègue de France (2012-2014), Paris, Fayard, 512p.&#160; (2) Tsing, A.,&#160;Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Paris, La Découverte, 2017, 415 p.&#160; (3) Voir Goffman, I.,&#160;La Mise en scène de la vie quotidienne&#160;(tome 1), Paris, édition de Minuit, 1973 (trad. fr), 256 p.&#160; (4) Ricoeur, P.,&#160;Parcours de la reconnaissance, Paris, Stock, 2004, 386 p.&#160; (5) Voir aussi Lévinas, E.,&#160;Totalité et infini. Essai sur l’extériorité, Paris, LGF, 1971, 347 p. : Appadurai, A.,&#160;Condition de l’Homme Global. Paris, Payot,2013, 421 p.&#160; (6) Eraly, A.,&#160;Autorité et légitimité. Le sens du collectif, Toulouse, Erès, 2015., 249 p.&#160;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Par Bénédicte Fontaine, doctorante en anthropologie au Laboratoire d’Anthropologie Prospective de l’UCLouvain; Pierre-Joseph Laurent, professeur, membre du Laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCLouvain et de l’Académie royale de Belgique, pour Carta Academica (publié le 09/05/2020 sur <a href="https://plus.lesoir.be/299182/article/2020-05-09/la-voie-des-masques">« Le Soir »</a> )</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La pandémie causée par le Covid-19 est une évidence sanitaire, provoquée par un virus objectivable. Mais la gestion de cette pandémie est-elle tout aussi objectivable dès lors que la prise en charge par les États de la quarantaine et du confinement se déroule en fonction de paramètres relevant de l’arbitrage politique et du possible et pas seulement de l’objectivité scientifique ? Dans sa simplicité, pour tout un chacun, le masque devient un bon révélateur de cet arbitrage et du possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’arbitrage&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les stocks de masques périmés détruits, non renouvelés au motif d’économie budgétaire. La désindustrialisation et les délocalisations mettent en lumière l’imprévoyance, les fragilités, les limites d’une gestion à flux tendus où l’arbitrage politique se fait surtout comptable et financier (1). La conséquence : la mise en place d’un pont aérien entre la Chine et des pays européens devenus dépendants (main d’œuvre trop chère, marge bénéficiaire insuffisante), avec en toile de fond une guerre industrielle et logistique (allongement de la chaîne d’approvisionnement) (2), animée par la convoitise et l&rsquo;arbitrage du plus offrant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le possible&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des enjeux sanitaires, les politiques du possible du masque (pénurie, pas de masques, masques qui se déclinent pour les populations en chirurgicaux ou artisanaux) indiquent la manière dont les États traitent de la relation avec leurs citoyens et communiquent : le masque obligatoire et imposé à tous (Chine), le masque exigé pour sortir (Autriche), le masque comme une prise en considération de l’intérêt collectif (Taïwan, Hong Kong, Corée du Sud), comme une mobilisation du secteur informel (Bénin, Cameroun), une opportunité commerciale (le business Covid) dont la reconversion de chaines de production (Bulgarie, Maroc), le masque longtemps déclaré non nécessaire en dehors des soignants (France, Belgique) ou encore son port laissé à l’appréciation des individus (États-Unis, Brésil), et finalement, un outil indispensable aux déconfinements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de la communication officielle, le masque – devenu en quelques semaines un objet de préoccupation de la vie quotidienne – et la « politique du masque » sont aisément décodés, analysés, évalués, interprétés, par chacun d’entre nous, en relation à son environnement de travail et de vie (3).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une question de confiance&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au regard des dimensions sanitaires, économiques et financières, la « politique du masque » dévoile crument à la population les enjeux, voire les contradictions des décideurs. Elle pointe les limites d’une gestion politique qui ne serait pas au service du plus grand nombre. Ce petit masque signale au grand public la crédibilité de décideurs politiques qui mobilisent la science pour justifier les possibles du moment. Jusqu’il y a peu “scientifiquement inutile et même déconseillé”, le masque est devenu un élément du déconfinement, obligatoire dans les transports en commun, certains magasins et lieux publics, malgré la difficulté de s’en procurer. Là se niche la question de la confiance entre les élites, les politiques et les citoyens.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2-1024x952.jpg" alt="" class="wp-image-4303" width="298" height="277" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2-1024x952.jpg 1024w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2-300x279.jpg 300w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2-768x714.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque2.jpg 1037w" sizes="auto, (max-width: 298px) 100vw, 298px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un rapport primordial à soi&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les politiques de quarantaine et de confinement, de protection et de prévention impliquent plusieurs niveaux de perception. Mais tout un chacun se confronte à l’obligation de prendre sa propre mesure du virus qui est un rapport primordial à soi, à l’autre, à la vie et à la mort (4). Cette prise en considération pour soi se traduit par l’invention de nouvelles routines de la vie quotidienne, entre les membres de son unité de confinement, dans l’intériorisation des gestes de la distanciation, dans l’utilisation du gel, du masque. Ces gestes modifiés de la vie quotidienne relient chacun de nous, en pensée, au virus, et nous inscrivent dans une conscience générale, locale, régionale, planétaire, de la pandémie (5).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La prise de conscience des inégalités&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce quotidien modifié par le Covid-19, du rapport que chacun d’entre nous entretient au masque, et de notre confrontation, par la pluralité des médias interposés, à ces « politiques du masque » émergent la prise de conscience, aujourd’hui généralisée, des inégalités de protection face à la pandémie, une prise de conscience qui, par association, percole des inégalités dans le rapport au masque, aux inégalités dans le confinement et la société. Ainsi, ce simple masque, comme un symbole de la possibilité de se protéger, conduit à délier la parole concernant un paradoxe qui désormais saute aux yeux : les travailleurs en première ligne, les indispensables, les applaudis sont aussi les victimes de la crise économique. La prise de conscience de la fracture de la société se renforce, car le confinement, vécu par tous, se décline différemment selon le genre, les classes sociales, les métiers, l’accès ou non à un logement, mais aussi entre les pays et les continents.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le renforcement des radicalismes&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette pandémie n’est pas une crise passagère. Par sa durée, le confinement et surtout le déconfinement qui nous attend (durée de la crise économique qui suivra) prennent le temps de s’installer dans les consciences. Crise aux multiples conséquences, elle affecte déjà la cohésion sociale, avec des risques de polarisation de la société (chômage, pauvreté) et de son implosion, avec le renforcement des radicalismes de droite et de gauche. Ces radicalismes s’alimentent du clivage qui divise les groupes sociaux, entre ceux qui veulent que tout rentre dans l’ordre au plus vite et comme avant, et ceux pour qui la crise sanitaire a mis en lumière leurs conditions de vie, mais aussi ceux qui s’inquiètent des conditions de survie de l’humanité aux regards des bouleversements environnementaux.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-768x1024.jpg" alt="" class="wp-image-4293" width="270" height="360" srcset="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-768x1024.jpg 768w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-225x300.jpg 225w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-1152x1536.jpg 1152w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-1536x2048.jpg 1536w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-1140x1520.jpg 1140w, https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/wp-content/uploads/2020/05/masque1-scaled.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 270px) 100vw, 270px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelles finalités&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La pauvreté va s’étendre dans les sociétés occidentales, les disparités et les tensions entre les continents vont s’accroitre. La croissance sera affectée et la priorité est la remise en route de l’économie, des marchés, avec les questions du financement de la crise et du remboursement de la dette (pour des durées de 10, 20 ou 30 ans). Une évidence, mais chacun d’entre nous, à la suite de son expérience de la pandémie, peut désormais adresser cette question : avec quelles finalités ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment penser le déconfinement&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La « politique des masques » révèle à quel point le déconfinement ne pourra pas se penser comme un retour à la normale. Il ne se résumera pas à une question épidémiologique, économique, financière. Entendu comme la gestion dans la longue durée de la crise économique et sociale causée par la pandémie, ainsi démasqué, le déconfinement concerne directement la cohésion sociale et le pacte sociétal pour les prochaines décennies (6). Le déconfinement implique de se poser plusieurs questions, dont celles des conditions de production, du sens du collectif et de la gestion des risques dans un monde globalisé, dont celle induite de notre rapport à l’environnement. Le déconfinement nécessitera de l’imagination, au regard des solutions novatrices et inédites à mettre en place. Autant de défis auxquels les dirigeants politiques, mais aussi les diverses élites seront confrontés de gré ou en raison de la pression de la rue. Quels seront les arbitrages politiques de la société de l’après-déconfinement ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">(1) Soupiot, A.,&nbsp;<em>La gouvernance pour les nombres</em>, Cours au Collègue de France (2012-2014), Paris, Fayard, 512p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(2) Tsing, A.,&nbsp;<em>Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme</em>, Paris, La Découverte, 2017, 415 p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(3) Voir Goffman, I.,&nbsp;<em>La Mise en scène de la vie quotidienne</em>&nbsp;(tome 1), Paris, édition de Minuit, 1973 (trad. fr), 256 p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(4) Ricoeur, P.,&nbsp;<em>Parcours de la reconnaissance</em>, Paris, Stock, 2004, 386 p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(5) Voir aussi Lévinas, E.,&nbsp;<em>Totalité et infini. Essai sur l’extériorité</em>, Paris, LGF, 1971, 347 p. : Appadurai, A.,&nbsp;<em>Condition de l’Homme Global</em>. Paris, Payot,2013, 421 p.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">(6) Eraly, A.,&nbsp;<em>Autorité et légitimité. Le sens du collectif</em>, Toulouse, Erès, 2015., 249 p.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective/la-voie-des-masques/">La voie des masques</a> est apparu en premier sur <a href="https://sites.uclouvain.be/laap-anthropologie-prospective">Laap</a>.</p>
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