{"id":6993,"date":"2021-04-21T11:55:26","date_gmt":"2021-04-21T09:55:26","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/?p=6993"},"modified":"2021-04-22T07:01:49","modified_gmt":"2021-04-22T05:01:49","slug":"pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\/","title":{"rendered":"Pand\u00e9mie et tourisme de masse : les Tao face \u00e0 des crises environnementales identitaires"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Par Julien Laporte, doctorant en sciences politiques et sociales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique de Louvain.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A<strong>vant m\u00eame que la Covid-19 n\u2019atteigne l\u2019Europe, en janvier 2020, Ta\u00efwan d\u00e9cida de la fermeture de ses fronti\u00e8res internationales, cr\u00e9ant ainsi une concentration inattendue de visiteurs sur le territoire des Tao. Depuis 2020, les membres de la communaut\u00e9 ne peuvent qu\u2019observer les cons\u00e9quences de ce tourisme de masse qui menace la population locale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Pongso no Tao<\/em>, qui se traduit par \u201cl\u2019\u00cele des Hommes\u201d en&nbsp;<em>ciriciring no tao<\/em>, la langue des Tao, est un archipel de 45 km<sup>2<\/sup>situ\u00e9 au sud-est de Ta\u00efwan. \u00c9galement appel\u00e9e l\u2019\u00cele aux Orchid\u00e9es, ce territoire appartient aux Tao (Yami), une communaut\u00e9 autochtone dont les 5 000 \u00e2mes humaines sont r\u00e9parties entre 6 villages c\u00f4tiers qui vivent, pour la plupart, des activit\u00e9s ichtyologiques, agricoles et touristiques.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis la fin des ann\u00e9es 1970, les Tao se battent contre des injustices environnementales de taille. Cherchant un lieu propice pour se d\u00e9barrasser des d\u00e9chets des centrales nucl\u00e9aires situ\u00e9es sur l\u2019\u00eele de Ta\u00efwan, le territoire des Tao s\u2019est vu r\u00e9quisitionn\u00e9 par le r\u00e9gime du pr\u00e9sident Chiang Ching-kuo (\u8523\u7d93\u570b), avec la participation du Conseil de l\u2019\u00c9nergie Atomique (AEC) et de la compagnie d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 Taipower (Taiwan Power Company). Ayant obtenu l\u2019accord des Tao, en pr\u00e9tendant qu\u2019il s\u2019agissait de la construction d\u2019une usine pour faire des conserves de poisson, la construction de l\u2019usine de stockage a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9e et contient, \u00e0 l\u2019heure actuelle, pr\u00e8s de 100 000 barils. Les&nbsp;Tao non seulement ne parviennent pas, malgr\u00e9 une lutte acharn\u00e9e, \u00e0 faire retirer de leur territoire ces d\u00e9chets qu\u2019ils associent aux&nbsp;<em>anito<\/em>, des esprits malfaisants, pire encore, ils voient, graduellement, les impacts de la pr\u00e9sence de ces d\u00e9chets&nbsp;: d\u00e9t\u00e9rioration de la sant\u00e9 avec l\u2019apparition de nouvelles maladies, extinction de certaines esp\u00e8ces de poissons, disparition progressive de crustac\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"575\" src=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_2045-1024x575.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7063\" srcset=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_2045-1024x575.jpg 1024w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_2045-300x169.jpg 300w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_2045-768x432.jpg 768w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_2045-1536x863.jpg 1536w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_2045-2048x1151.jpg 2048w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_2045-1140x641.jpg 1140w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Usine de stockage de d\u00e9chets nucl\u00e9aires radioactifs sur la c\u00f4te est de Pongso no Tao. Cr\u00e9dit photo : Julien Laporte, juin 2019.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u2019oublions pas que les d\u00e9chets nucl\u00e9aires sont compos\u00e9s d\u2019\u00e9l\u00e9ments radioactifs tels que le plutonium et l\u2019uranium dont les temps de demi-vie sont, respectivement, de 24 000 ans et de 4,5 milliards d\u2019ann\u00e9es. Ajouter \u00e0 cela la pi\u00e8tre qualit\u00e9 des barils provoquant des fuites r\u00e9currentes de mat\u00e9riel radioactif s\u2019\u00e9coulant dans le sol et l\u2019oc\u00e9an, et l\u2019on obtient une crise environnementale des plus mena\u00e7antes. Bien que les Tao expriment leur m\u00e9contentement contre l\u2019installation de cette entreprise coloniale, leurs appels restent tus et ils peinent \u00e0 recevoir les compensations financi\u00e8res qui leur sont dues.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus r\u00e9cemment, avec l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la COVID-19 et la fermeture des fronti\u00e8res internationales, de nombreux adeptes de voyages \u00e0 l\u2019international (Japon, Philippines, Cor\u00e9e, etc.) se sont vus contraints de visiter l\u2019int\u00e9rieur du territoire, cr\u00e9ant ainsi un d\u00e9ferlement de touristes vers les destinations les plus pris\u00e9es, comme c\u2019est le cas de&nbsp;<em>Pongso no Tao<\/em>. Attirant, chaque ann\u00e9e, une centaine de milliers de visiteurs en qu\u00eate d\u2019 \u00ab&nbsp;exotisme&nbsp;\u00bb aux couleurs d\u2019une eau cristalline, les Tao ont vu d\u00e9filer plus de 220 000 touristes entre les mois de f\u00e9vrier et juillet 2020. Il va sans dire qu\u2019une telle invasion a des r\u00e9percussions tout aussi importantes sur l\u2019environnement. Et ce fut le cas avec, entre autres, un blanchissement sans pr\u00e9c\u00e9dent des coraux, et une accumulation de d\u00e9chets plastiques d\u00e9passant largement les capacit\u00e9s logistiques de la seule compagnie de traitement pr\u00e9sente sur le territoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les experts, le blanchissement des coraux serait associ\u00e9 \u00e0 trois facteurs&nbsp;: i) une hausse anormale des temp\u00e9ratures, ii) l\u2019utilisation de cr\u00e8mes solaires avec des compos\u00e9s chimiques qui sont malencontreusement absorb\u00e9s par les coraux et iii) l&rsquo;\u00e9vacuation des eaux us\u00e9es domestiques dans l&rsquo;oc\u00e9an. Le blanchissement des coraux de 2020 \u00e9tait extr\u00eamement important, au point d\u2019inqui\u00e9ter les biologistes sur l\u2019avenir de la faune et de la flore marines. Pour les Tao qui poss\u00e8dent des savoirs \u00e9cologiques marins pluri-g\u00e9n\u00e9rationnels, ce blanchissement est une r\u00e9ponse au changement des saisons. Un a\u00een\u00e9 me confiera&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les coraux sont comme les arbres&nbsp;: en automne ils perdent leurs feuilles de la m\u00eame mani\u00e8re que les coraux blanchissent. Dans quelques mois, ils reviendront \u00e0 leur \u00e9tat \u2018normal\u2019&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour ce qui est de la pollution plastique, avec deux tonnes de d\u00e9chets produits quotidiennement pour une production annuelle de 1 500 tonnes de mati\u00e8res ne pouvant \u00eatre ni trait\u00e9es ni transform\u00e9es, par manque d\u2019installations ad\u00e9quates, il est \u00e0 craindre que la colline de d\u00e9chets devienne montagne. Bien que le gouvernement ait pris certaines directives pour sensibiliser les touristes \u00e0 leur impact environnemental, en les incitant vivement \u00e0 quitter l\u2019\u00eele avec un sac de bouteilles de plastique vides, l\u2019impact g\u00e9n\u00e9ral reste d\u00e9risoire. La ville de Taitung visant \u00e0 r\u00e9duire la quantit\u00e9 de d\u00e9chets plastiques dans les usines de traitement, ceux de l\u2019\u00eele de&nbsp;<em>Pongso no Tao<\/em>&nbsp;ne peuvent d\u00e9sormais plus \u00eatre achemin\u00e9s, par bateau, \u00e0 Taidong, ce qui force les habitants \u00e0 stocker. A cela s\u2019ajoute une course au ciment avec des b\u00e2tisses et des chambres d\u2019h\u00f4tes qui ne cessent d\u2019\u00e9merger pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande. Ces maisons neuves ne poss\u00e8dent toutefois pas les \u00e9quipements n\u00e9cessaires pour supporter un tel mouvement de population, n\u2019ayant d\u2019autres choix que de rejeter les eaux us\u00e9es dans l\u2019oc\u00e9an, participant \u00e0 une pollution d\u00e9j\u00e0 bien pr\u00e9sente. Consid\u00e9rant le d\u00e9veloppement effr\u00e9n\u00e9 du tourisme sur l\u2019\u00eele, les locaux se retrouvent contraints de devoir g\u00e9rer de multiples probl\u00e8mes, dont celui de l\u2019approvisionnement en eau potable, achemin\u00e9e par des centaines de m\u00e8tres de tuyaux aux maisons depuis le sommet des montagnes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"968\" height=\"534\" src=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Tao4.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-7073\" srcset=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Tao4.png 968w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Tao4-300x165.png 300w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Tao4-768x424.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 968px) 100vw, 968px\" \/><figcaption>Grillage install\u00e9 pour prot\u00e9ger les bateaux des curieux. Cr\u00e9dit photo : Julien Laporte, d\u00e9cembre 2017.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Discutons maintenant d\u2019une face encore plus sombre du tourisme, celui du comportement des visiteurs face aux diff\u00e9rentes formes d\u2019alt\u00e9rit\u00e9s. Dans leur \u00ab&nbsp;\u00eatre-\u00e0-l\u2019oc\u00e9an&nbsp;\u00bb, les Tao comptent de nombreuses r\u00e8gles, que certains d\u00e9signent sous le terme de \u00ab&nbsp;tabous&nbsp;\u00bb. Pour n\u2019en citer que quatre, il est interdit pour les non-Tao, de toucher les bateaux en bois destin\u00e9s \u00e0 la p\u00eache aux poissons volants ou de prendre des photos des poissons accroch\u00e9s sur le rack,&nbsp;<em>rarawan<\/em>.&nbsp;&nbsp;Pendant la saison du poisson-volant, il est \u00e9galement interdit de pratiquer la p\u00eache sous-marine au harpon et l\u2019\u00e9t\u00e9 est marqu\u00e9 par une p\u00e9riode de tr\u00eave pour la capture de crustac\u00e9s. Ces r\u00e8gles de \u00ab&nbsp;bonne conduite&nbsp;\u00bb furent promulgu\u00e9es par le roi des poissons volants aux ailes noires,&nbsp;appel\u00e9&nbsp;<em>mavaeng so panid aalibangbang<\/em>. Afin de recevoir chaque ann\u00e9e des poissons-volants dans les eaux de&nbsp;<em>Pongso no Tao<\/em>, les Tao doivent s\u2019accorder les bonnes gr\u00e2ces des \u00ab&nbsp;\u00eatres-d\u2019en-Haut&nbsp;\u00bb en leur offrant les meilleurs aliments et en respectant les diff\u00e9rentes r\u00e8gles. Avec un tel tourisme de masse, il devient impossible de sensibiliser et surveiller le comportement des touristes qui pourraient, par un geste inopportun, attirer le mauvais \u0153il sur les propri\u00e9taires des bateaux. Ce qui arrive fr\u00e9quemment est qu\u2019en l\u2019absence d\u2019un contr\u00f4le plus restreint, des d\u00e9bordements et des abus se cr\u00e9ent, comme en 2016 lorsque des Ta\u00efwanais ont eu l\u2019id\u00e9e d\u2019offrir une location de jets skis aux touristes pendant la saison du poisson-volant, correspondant \u00e0 la saison haute du tourisme. A la suite de tensions entre les p\u00eacheurs et le propri\u00e9taire, les premiers accusant le dernier de perturber les poissons, l\u2019affaire fut close, le propri\u00e9taire s\u2019excusant pour son comportement, et les jet-skis renvoy\u00e9s \u00e0 Ta\u00efwan.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les Tao, la d\u00e9ferlante touristique amen\u00e9e, indirectement, par la pand\u00e9mie de la COVID-19, repr\u00e9sente une opportunit\u00e9 en or pour les propri\u00e9taires d\u2019h\u00f4tels et une menace plus ou moins latente pour l\u2019ensemble de la population. Les habitants commencent \u00e0 entrevoir les cons\u00e9quences dramatiques d\u2019un tourisme incontr\u00f4lable et incontr\u00f4l\u00e9, qui menace de crises \u00e9cologiques, sociales, culturelles, identitaires les habitants de&nbsp;<em>Pongso no Tao<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question du \u2018surtourisme\u2019 Covid-19 est tr\u00e8s peu document\u00e9e pour la simple et bonne raison qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une situation relativement peu connue ni commune. Son contraire a davantage fait couler d\u2019encres, notamment en \u00e9voquant les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses sur les \u00e9conomies locales. Les trois bateaux de 250 personnes qui d\u00e9barquent chaque jour sur l\u2019\u00eele de&nbsp;<em>Pongso no Tao<\/em>, ajout\u00e9s aux multiples aller-retours a\u00e9riens transportant une vingtaine de personnes, apportent des touristes qui ne sont pas n\u00e9cessairement conscients qu\u2019ils d\u00e9barquent sur le territoire des Tao. Bien que les locaux s\u2019\u00e9poumonent \u00e0 essayer d\u2019\u00e9duquer les non-locaux sur les r\u00e8gles \u00e0 respecter, ils ne peuvent que baisser les bras devant une telle invasion. Il y a un besoin urgent d\u2019un tourisme respectueux et durable qui est, selon moi, difficilement imaginable sans limiter d\u2019abord le nombre de visiteurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Julien Laporte est \u00e9tudiant au doctorat en sciences politiques et sociales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique de Louvain. Ses int\u00e9r\u00eats de recherche portent sur les relations interesp\u00e8ces humains\/non-humains avec une place particuli\u00e8re pour les non-humains marins. Pratiquant la p\u00eache sous-marine avec une communaut\u00e9 autochtone de Ta\u00efwan, il mobilise, entre autres, les anthropologies sous-marine et sensorielle pour tenter de comprendre les interactions entre les p\u00eacheurs et l\u2019oc\u00e9an.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em>&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Julien Laporte, doctorant en sciences politiques et sociales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique de Louvain. Avant m\u00eame que la Covid-19 n\u2019atteigne l\u2019Europe, en janvier 2020, Ta\u00efwan d\u00e9cida de la fermeture de ses fronti\u00e8res internationales, cr\u00e9ant ainsi une concentration inattendue de visiteurs sur le territoire des Tao. Depuis 2020, les membres de la communaut\u00e9 ne peuvent qu\u2019observer les cons\u00e9quences de ce tourisme de masse qui menace la population locale. Pongso no Tao, qui se traduit par \u201cl\u2019\u00cele des Hommes\u201d en&nbsp;ciriciring no tao, la langue des Tao, est un archipel de 45 km2situ\u00e9 au sud-est de Ta\u00efwan. \u00c9galement appel\u00e9e l\u2019\u00cele aux Orchid\u00e9es, ce territoire appartient aux Tao (Yami), une communaut\u00e9 autochtone dont les 5 000 \u00e2mes humaines sont r\u00e9parties entre 6 villages c\u00f4tiers qui vivent, pour la plupart, des activit\u00e9s ichtyologiques, agricoles et touristiques.&nbsp;&nbsp; Depuis la fin des ann\u00e9es 1970, les Tao se battent contre des injustices environnementales de taille. Cherchant un lieu propice pour se d\u00e9barrasser des d\u00e9chets des centrales nucl\u00e9aires situ\u00e9es sur l\u2019\u00eele de Ta\u00efwan, le territoire des Tao s\u2019est vu r\u00e9quisitionn\u00e9 par le r\u00e9gime du pr\u00e9sident Chiang Ching-kuo (\u8523\u7d93\u570b), avec la participation du Conseil de l\u2019\u00c9nergie Atomique (AEC) et de la compagnie d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 Taipower (Taiwan Power Company). Ayant obtenu l\u2019accord des Tao, en pr\u00e9tendant qu\u2019il s\u2019agissait de la construction d\u2019une usine pour faire des conserves de poisson, la construction de l\u2019usine de stockage a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9e et contient, \u00e0 l\u2019heure actuelle, pr\u00e8s de 100 000 barils. Les&nbsp;Tao non seulement ne parviennent pas, malgr\u00e9 une lutte acharn\u00e9e, \u00e0 faire retirer de leur territoire ces d\u00e9chets qu\u2019ils associent aux&nbsp;anito, des esprits malfaisants, pire encore, ils voient, graduellement, les impacts de la pr\u00e9sence de ces d\u00e9chets&nbsp;: d\u00e9t\u00e9rioration de la sant\u00e9 avec l\u2019apparition de nouvelles maladies, extinction de certaines esp\u00e8ces de poissons, disparition progressive de crustac\u00e9s.&nbsp; N\u2019oublions pas que les d\u00e9chets nucl\u00e9aires sont compos\u00e9s d\u2019\u00e9l\u00e9ments radioactifs tels que le plutonium et l\u2019uranium dont les temps de demi-vie sont, respectivement, de 24 000 ans et de 4,5 milliards d\u2019ann\u00e9es. Ajouter \u00e0 cela la pi\u00e8tre qualit\u00e9 des barils provoquant des fuites r\u00e9currentes de mat\u00e9riel radioactif s\u2019\u00e9coulant dans le sol et l\u2019oc\u00e9an, et l\u2019on obtient une crise environnementale des plus mena\u00e7antes. Bien que les Tao expriment leur m\u00e9contentement contre l\u2019installation de cette entreprise coloniale, leurs appels restent tus et ils peinent \u00e0 recevoir les compensations financi\u00e8res qui leur sont dues.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus r\u00e9cemment, avec l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la COVID-19 et la fermeture des fronti\u00e8res internationales, de nombreux adeptes de voyages \u00e0 l\u2019international (Japon, Philippines, Cor\u00e9e, etc.) se sont vus contraints de visiter l\u2019int\u00e9rieur du territoire, cr\u00e9ant ainsi un d\u00e9ferlement de touristes vers les destinations les plus pris\u00e9es, comme c\u2019est le cas de&nbsp;Pongso no Tao. Attirant, chaque ann\u00e9e, une centaine de milliers de visiteurs en qu\u00eate d\u2019 \u00ab&nbsp;exotisme&nbsp;\u00bb aux couleurs d\u2019une eau cristalline, les Tao ont vu d\u00e9filer plus de 220 000 touristes entre les mois de f\u00e9vrier et juillet 2020. Il va sans dire qu\u2019une telle invasion a des r\u00e9percussions tout aussi importantes sur l\u2019environnement. Et ce fut le cas avec, entre autres, un blanchissement sans pr\u00e9c\u00e9dent des coraux, et une accumulation de d\u00e9chets plastiques d\u00e9passant largement les capacit\u00e9s logistiques de la seule compagnie de traitement pr\u00e9sente sur le territoire. Pour les experts, le blanchissement des coraux serait associ\u00e9 \u00e0 trois facteurs&nbsp;: i) une hausse anormale des temp\u00e9ratures, ii) l\u2019utilisation de cr\u00e8mes solaires avec des compos\u00e9s chimiques qui sont malencontreusement absorb\u00e9s par les coraux et iii) l&rsquo;\u00e9vacuation des eaux us\u00e9es domestiques dans l&rsquo;oc\u00e9an. Le blanchissement des coraux de 2020 \u00e9tait extr\u00eamement important, au point d\u2019inqui\u00e9ter les biologistes sur l\u2019avenir de la faune et de la flore marines. Pour les Tao qui poss\u00e8dent des savoirs \u00e9cologiques marins pluri-g\u00e9n\u00e9rationnels, ce blanchissement est une r\u00e9ponse au changement des saisons. Un a\u00een\u00e9 me confiera&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les coraux sont comme les arbres&nbsp;: en automne ils perdent leurs feuilles de la m\u00eame mani\u00e8re que les coraux blanchissent. Dans quelques mois, ils reviendront \u00e0 leur \u00e9tat \u2018normal\u2019&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour ce qui est de la pollution plastique, avec deux tonnes de d\u00e9chets produits quotidiennement pour une production annuelle de 1 500 tonnes de mati\u00e8res ne pouvant \u00eatre ni trait\u00e9es ni transform\u00e9es, par manque d\u2019installations ad\u00e9quates, il est \u00e0 craindre que la colline de d\u00e9chets devienne montagne. Bien que le gouvernement ait pris certaines directives pour sensibiliser les touristes \u00e0 leur impact environnemental, en les incitant vivement \u00e0 quitter l\u2019\u00eele avec un sac de bouteilles de plastique vides, l\u2019impact g\u00e9n\u00e9ral reste d\u00e9risoire. La ville de Taitung visant \u00e0 r\u00e9duire la quantit\u00e9 de d\u00e9chets plastiques dans les usines de traitement, ceux de l\u2019\u00eele de&nbsp;Pongso no Tao&nbsp;ne peuvent d\u00e9sormais plus \u00eatre achemin\u00e9s, par bateau, \u00e0 Taidong, ce qui force les habitants \u00e0 stocker. A cela s\u2019ajoute une course au ciment avec des b\u00e2tisses et des chambres d\u2019h\u00f4tes qui ne cessent d\u2019\u00e9merger pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande. Ces maisons neuves ne poss\u00e8dent toutefois pas les \u00e9quipements n\u00e9cessaires pour supporter un tel mouvement de population, n\u2019ayant d\u2019autres choix que de rejeter les eaux us\u00e9es dans l\u2019oc\u00e9an, participant \u00e0 une pollution d\u00e9j\u00e0 bien pr\u00e9sente. Consid\u00e9rant le d\u00e9veloppement effr\u00e9n\u00e9 du tourisme sur l\u2019\u00eele, les locaux se retrouvent contraints de devoir g\u00e9rer de multiples probl\u00e8mes, dont celui de l\u2019approvisionnement en eau potable, achemin\u00e9e par des centaines de m\u00e8tres de tuyaux aux maisons depuis le sommet des montagnes. Discutons maintenant d\u2019une face encore plus sombre du tourisme, celui du comportement des visiteurs face aux diff\u00e9rentes formes d\u2019alt\u00e9rit\u00e9s. Dans leur \u00ab&nbsp;\u00eatre-\u00e0-l\u2019oc\u00e9an&nbsp;\u00bb, les Tao comptent de nombreuses r\u00e8gles, que certains d\u00e9signent sous le terme de \u00ab&nbsp;tabous&nbsp;\u00bb. Pour n\u2019en citer que quatre, il est interdit pour les non-Tao, de toucher les bateaux en bois destin\u00e9s \u00e0 la p\u00eache aux poissons volants ou de prendre des photos des poissons accroch\u00e9s sur le rack,&nbsp;rarawan.&nbsp;&nbsp;Pendant la saison du poisson-volant, il est \u00e9galement interdit de pratiquer la p\u00eache sous-marine au harpon et l\u2019\u00e9t\u00e9 est marqu\u00e9 par une p\u00e9riode de tr\u00eave pour la capture de crustac\u00e9s. Ces r\u00e8gles de \u00ab&nbsp;bonne conduite&nbsp;\u00bb furent promulgu\u00e9es par le roi des poissons volants aux ailes noires,&nbsp;appel\u00e9&nbsp;mavaeng so panid aalibangbang. Afin de recevoir chaque ann\u00e9e des poissons-volants dans les eaux de&nbsp;Pongso no Tao, les Tao doivent s\u2019accorder les bonnes gr\u00e2ces des \u00ab&nbsp;\u00eatres-d\u2019en-Haut&nbsp;\u00bb en leur offrant les meilleurs aliments et en respectant les diff\u00e9rentes r\u00e8gles. Avec un tel tourisme de masse, il devient impossible de sensibiliser et surveiller le comportement des touristes qui pourraient, par un geste inopportun, attirer le mauvais \u0153il sur les propri\u00e9taires des bateaux. Ce qui arrive fr\u00e9quemment est qu\u2019en l\u2019absence d\u2019un contr\u00f4le plus restreint, des d\u00e9bordements et des abus se cr\u00e9ent, comme en 2016 lorsque des Ta\u00efwanais ont eu l\u2019id\u00e9e d\u2019offrir une location de jets skis aux touristes pendant la saison du poisson-volant, correspondant \u00e0 la saison haute du tourisme. 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Avant m\u00eame que la Covid-19 n\u2019atteigne l\u2019Europe, en janvier 2020, Ta\u00efwan d\u00e9cida de la fermeture de ses fronti\u00e8res internationales, cr\u00e9ant ainsi une concentration inattendue de visiteurs sur le territoire des Tao. Depuis 2020, les membres de la communaut\u00e9 ne peuvent qu\u2019observer les cons\u00e9quences de ce tourisme de masse qui menace la population locale. Pongso no Tao, qui se traduit par \u201cl\u2019\u00cele des Hommes\u201d en&nbsp;ciriciring no tao, la langue des Tao, est un archipel de 45 km2situ\u00e9 au sud-est de Ta\u00efwan. \u00c9galement appel\u00e9e l\u2019\u00cele aux Orchid\u00e9es, ce territoire appartient aux Tao (Yami), une communaut\u00e9 autochtone dont les 5 000 \u00e2mes humaines sont r\u00e9parties entre 6 villages c\u00f4tiers qui vivent, pour la plupart, des activit\u00e9s ichtyologiques, agricoles et touristiques.&nbsp;&nbsp; Depuis la fin des ann\u00e9es 1970, les Tao se battent contre des injustices environnementales de taille. Cherchant un lieu propice pour se d\u00e9barrasser des d\u00e9chets des centrales nucl\u00e9aires situ\u00e9es sur l\u2019\u00eele de Ta\u00efwan, le territoire des Tao s\u2019est vu r\u00e9quisitionn\u00e9 par le r\u00e9gime du pr\u00e9sident Chiang Ching-kuo (\u8523\u7d93\u570b), avec la participation du Conseil de l\u2019\u00c9nergie Atomique (AEC) et de la compagnie d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 Taipower (Taiwan Power Company). Ayant obtenu l\u2019accord des Tao, en pr\u00e9tendant qu\u2019il s\u2019agissait de la construction d\u2019une usine pour faire des conserves de poisson, la construction de l\u2019usine de stockage a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9e et contient, \u00e0 l\u2019heure actuelle, pr\u00e8s de 100 000 barils. Les&nbsp;Tao non seulement ne parviennent pas, malgr\u00e9 une lutte acharn\u00e9e, \u00e0 faire retirer de leur territoire ces d\u00e9chets qu\u2019ils associent aux&nbsp;anito, des esprits malfaisants, pire encore, ils voient, graduellement, les impacts de la pr\u00e9sence de ces d\u00e9chets&nbsp;: d\u00e9t\u00e9rioration de la sant\u00e9 avec l\u2019apparition de nouvelles maladies, extinction de certaines esp\u00e8ces de poissons, disparition progressive de crustac\u00e9s.&nbsp; N\u2019oublions pas que les d\u00e9chets nucl\u00e9aires sont compos\u00e9s d\u2019\u00e9l\u00e9ments radioactifs tels que le plutonium et l\u2019uranium dont les temps de demi-vie sont, respectivement, de 24 000 ans et de 4,5 milliards d\u2019ann\u00e9es. Ajouter \u00e0 cela la pi\u00e8tre qualit\u00e9 des barils provoquant des fuites r\u00e9currentes de mat\u00e9riel radioactif s\u2019\u00e9coulant dans le sol et l\u2019oc\u00e9an, et l\u2019on obtient une crise environnementale des plus mena\u00e7antes. Bien que les Tao expriment leur m\u00e9contentement contre l\u2019installation de cette entreprise coloniale, leurs appels restent tus et ils peinent \u00e0 recevoir les compensations financi\u00e8res qui leur sont dues.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus r\u00e9cemment, avec l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la COVID-19 et la fermeture des fronti\u00e8res internationales, de nombreux adeptes de voyages \u00e0 l\u2019international (Japon, Philippines, Cor\u00e9e, etc.) se sont vus contraints de visiter l\u2019int\u00e9rieur du territoire, cr\u00e9ant ainsi un d\u00e9ferlement de touristes vers les destinations les plus pris\u00e9es, comme c\u2019est le cas de&nbsp;Pongso no Tao. Attirant, chaque ann\u00e9e, une centaine de milliers de visiteurs en qu\u00eate d\u2019 \u00ab&nbsp;exotisme&nbsp;\u00bb aux couleurs d\u2019une eau cristalline, les Tao ont vu d\u00e9filer plus de 220 000 touristes entre les mois de f\u00e9vrier et juillet 2020. Il va sans dire qu\u2019une telle invasion a des r\u00e9percussions tout aussi importantes sur l\u2019environnement. Et ce fut le cas avec, entre autres, un blanchissement sans pr\u00e9c\u00e9dent des coraux, et une accumulation de d\u00e9chets plastiques d\u00e9passant largement les capacit\u00e9s logistiques de la seule compagnie de traitement pr\u00e9sente sur le territoire. Pour les experts, le blanchissement des coraux serait associ\u00e9 \u00e0 trois facteurs&nbsp;: i) une hausse anormale des temp\u00e9ratures, ii) l\u2019utilisation de cr\u00e8mes solaires avec des compos\u00e9s chimiques qui sont malencontreusement absorb\u00e9s par les coraux et iii) l&rsquo;\u00e9vacuation des eaux us\u00e9es domestiques dans l&rsquo;oc\u00e9an. Le blanchissement des coraux de 2020 \u00e9tait extr\u00eamement important, au point d\u2019inqui\u00e9ter les biologistes sur l\u2019avenir de la faune et de la flore marines. Pour les Tao qui poss\u00e8dent des savoirs \u00e9cologiques marins pluri-g\u00e9n\u00e9rationnels, ce blanchissement est une r\u00e9ponse au changement des saisons. Un a\u00een\u00e9 me confiera&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les coraux sont comme les arbres&nbsp;: en automne ils perdent leurs feuilles de la m\u00eame mani\u00e8re que les coraux blanchissent. Dans quelques mois, ils reviendront \u00e0 leur \u00e9tat \u2018normal\u2019&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour ce qui est de la pollution plastique, avec deux tonnes de d\u00e9chets produits quotidiennement pour une production annuelle de 1 500 tonnes de mati\u00e8res ne pouvant \u00eatre ni trait\u00e9es ni transform\u00e9es, par manque d\u2019installations ad\u00e9quates, il est \u00e0 craindre que la colline de d\u00e9chets devienne montagne. Bien que le gouvernement ait pris certaines directives pour sensibiliser les touristes \u00e0 leur impact environnemental, en les incitant vivement \u00e0 quitter l\u2019\u00eele avec un sac de bouteilles de plastique vides, l\u2019impact g\u00e9n\u00e9ral reste d\u00e9risoire. La ville de Taitung visant \u00e0 r\u00e9duire la quantit\u00e9 de d\u00e9chets plastiques dans les usines de traitement, ceux de l\u2019\u00eele de&nbsp;Pongso no Tao&nbsp;ne peuvent d\u00e9sormais plus \u00eatre achemin\u00e9s, par bateau, \u00e0 Taidong, ce qui force les habitants \u00e0 stocker. A cela s\u2019ajoute une course au ciment avec des b\u00e2tisses et des chambres d\u2019h\u00f4tes qui ne cessent d\u2019\u00e9merger pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande. Ces maisons neuves ne poss\u00e8dent toutefois pas les \u00e9quipements n\u00e9cessaires pour supporter un tel mouvement de population, n\u2019ayant d\u2019autres choix que de rejeter les eaux us\u00e9es dans l\u2019oc\u00e9an, participant \u00e0 une pollution d\u00e9j\u00e0 bien pr\u00e9sente. 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Pour n\u2019en citer que quatre, il est interdit pour les non-Tao, de toucher les bateaux en bois destin\u00e9s \u00e0 la p\u00eache aux poissons volants ou de prendre des photos des poissons accroch\u00e9s sur le rack,&nbsp;rarawan.&nbsp;&nbsp;Pendant la saison du poisson-volant, il est \u00e9galement interdit de pratiquer la p\u00eache sous-marine au harpon et l\u2019\u00e9t\u00e9 est marqu\u00e9 par une p\u00e9riode de tr\u00eave pour la capture de crustac\u00e9s. Ces r\u00e8gles de \u00ab&nbsp;bonne conduite&nbsp;\u00bb furent promulgu\u00e9es par le roi des poissons volants aux ailes noires,&nbsp;appel\u00e9&nbsp;mavaeng so panid aalibangbang. Afin de recevoir chaque ann\u00e9e des poissons-volants dans les eaux de&nbsp;Pongso no Tao, les Tao doivent s\u2019accorder les bonnes gr\u00e2ces des \u00ab&nbsp;\u00eatres-d\u2019en-Haut&nbsp;\u00bb en leur offrant les meilleurs aliments et en respectant les diff\u00e9rentes r\u00e8gles. Avec un tel tourisme de masse, il devient impossible de sensibiliser et surveiller le comportement des touristes qui pourraient, par un geste inopportun, attirer le mauvais \u0153il sur les propri\u00e9taires des bateaux. Ce qui arrive fr\u00e9quemment est qu\u2019en l\u2019absence d\u2019un contr\u00f4le plus restreint, des d\u00e9bordements et des abus se cr\u00e9ent, comme en 2016 lorsque des Ta\u00efwanais ont eu l\u2019id\u00e9e d\u2019offrir une location de jets skis aux touristes pendant la saison du poisson-volant, correspondant \u00e0 la saison haute du tourisme. 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La question du \u2018surtourisme\u2019 Covid-19 est tr\u00e8s peu document\u00e9e pour la simple et bonne raison qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une situation relativement peu connue ni commune. Son contraire a davantage fait couler d\u2019encres, notamment en \u00e9voquant les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses sur les \u00e9conomies locales. Les trois bateaux de 250 personnes qui d\u00e9barquent chaque jour sur l\u2019\u00eele de&nbsp;Pongso no Tao, ajout\u00e9s aux multiples aller-retours a\u00e9riens transportant une vingtaine de personnes, apportent des touristes qui ne sont pas n\u00e9cessairement conscients qu\u2019ils d\u00e9barquent sur le territoire des Tao. Bien que les locaux s\u2019\u00e9poumonent \u00e0 essayer d\u2019\u00e9duquer les non-locaux sur les r\u00e8gles \u00e0 respecter, ils ne peuvent que baisser les bras devant une telle invasion. Il y a un besoin urgent d\u2019un tourisme respectueux et durable qui est, selon moi, difficilement imaginable sans limiter d\u2019abord le nombre de visiteurs.&nbsp; Julien Laporte est \u00e9tudiant au doctorat en sciences politiques et sociales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique de Louvain. Ses int\u00e9r\u00eats de recherche portent sur les relations interesp\u00e8ces humains\/non-humains avec une place particuli\u00e8re pour les non-humains marins. Pratiquant la p\u00eache sous-marine avec une communaut\u00e9 autochtone de Ta\u00efwan, il mobilise, entre autres, les anthropologies sous-marine et sensorielle pour tenter de comprendre les interactions entre les p\u00eacheurs et l\u2019oc\u00e9an.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Laap\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2021-04-21T09:55:26+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2021-04-22T05:01:49+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_1910-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1439\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Nicolas Loodts\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Nicolas Loodts\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"7 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"Nicolas Loodts\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/c30bd2b8649e700f26958121ed3b4934\"},\"headline\":\"Pand\u00e9mie et tourisme de masse : les Tao face \u00e0 des crises environnementales identitaires\",\"datePublished\":\"2021-04-21T09:55:26+00:00\",\"dateModified\":\"2021-04-22T05:01:49+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\\\/\"},\"wordCount\":1709,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/#organization\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2021\\\/04\\\/IMG_1910-scaled.jpg\",\"articleSection\":[\"A la une\",\"covid19\",\"Crise\",\"LAAP\",\"P\u00eache\",\"Tourisme\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\\\/\",\"name\":\"Pand\u00e9mie et tourisme de masse : les Tao face \u00e0 des crises environnementales identitaires - 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Avant m\u00eame que la Covid-19 n\u2019atteigne l\u2019Europe, en janvier 2020, Ta\u00efwan d\u00e9cida de la fermeture de ses fronti\u00e8res internationales, cr\u00e9ant ainsi une concentration inattendue de visiteurs sur le territoire des Tao. Depuis 2020, les membres de la communaut\u00e9 ne peuvent qu\u2019observer les cons\u00e9quences de ce tourisme de masse qui menace la population locale. Pongso no Tao, qui se traduit par \u201cl\u2019\u00cele des Hommes\u201d en&nbsp;ciriciring no tao, la langue des Tao, est un archipel de 45 km2situ\u00e9 au sud-est de Ta\u00efwan. \u00c9galement appel\u00e9e l\u2019\u00cele aux Orchid\u00e9es, ce territoire appartient aux Tao (Yami), une communaut\u00e9 autochtone dont les 5 000 \u00e2mes humaines sont r\u00e9parties entre 6 villages c\u00f4tiers qui vivent, pour la plupart, des activit\u00e9s ichtyologiques, agricoles et touristiques.&nbsp;&nbsp; Depuis la fin des ann\u00e9es 1970, les Tao se battent contre des injustices environnementales de taille. Cherchant un lieu propice pour se d\u00e9barrasser des d\u00e9chets des centrales nucl\u00e9aires situ\u00e9es sur l\u2019\u00eele de Ta\u00efwan, le territoire des Tao s\u2019est vu r\u00e9quisitionn\u00e9 par le r\u00e9gime du pr\u00e9sident Chiang Ching-kuo (\u8523\u7d93\u570b), avec la participation du Conseil de l\u2019\u00c9nergie Atomique (AEC) et de la compagnie d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 Taipower (Taiwan Power Company). Ayant obtenu l\u2019accord des Tao, en pr\u00e9tendant qu\u2019il s\u2019agissait de la construction d\u2019une usine pour faire des conserves de poisson, la construction de l\u2019usine de stockage a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9e et contient, \u00e0 l\u2019heure actuelle, pr\u00e8s de 100 000 barils. Les&nbsp;Tao non seulement ne parviennent pas, malgr\u00e9 une lutte acharn\u00e9e, \u00e0 faire retirer de leur territoire ces d\u00e9chets qu\u2019ils associent aux&nbsp;anito, des esprits malfaisants, pire encore, ils voient, graduellement, les impacts de la pr\u00e9sence de ces d\u00e9chets&nbsp;: d\u00e9t\u00e9rioration de la sant\u00e9 avec l\u2019apparition de nouvelles maladies, extinction de certaines esp\u00e8ces de poissons, disparition progressive de crustac\u00e9s.&nbsp; N\u2019oublions pas que les d\u00e9chets nucl\u00e9aires sont compos\u00e9s d\u2019\u00e9l\u00e9ments radioactifs tels que le plutonium et l\u2019uranium dont les temps de demi-vie sont, respectivement, de 24 000 ans et de 4,5 milliards d\u2019ann\u00e9es. Ajouter \u00e0 cela la pi\u00e8tre qualit\u00e9 des barils provoquant des fuites r\u00e9currentes de mat\u00e9riel radioactif s\u2019\u00e9coulant dans le sol et l\u2019oc\u00e9an, et l\u2019on obtient une crise environnementale des plus mena\u00e7antes. Bien que les Tao expriment leur m\u00e9contentement contre l\u2019installation de cette entreprise coloniale, leurs appels restent tus et ils peinent \u00e0 recevoir les compensations financi\u00e8res qui leur sont dues.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus r\u00e9cemment, avec l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la COVID-19 et la fermeture des fronti\u00e8res internationales, de nombreux adeptes de voyages \u00e0 l\u2019international (Japon, Philippines, Cor\u00e9e, etc.) se sont vus contraints de visiter l\u2019int\u00e9rieur du territoire, cr\u00e9ant ainsi un d\u00e9ferlement de touristes vers les destinations les plus pris\u00e9es, comme c\u2019est le cas de&nbsp;Pongso no Tao. Attirant, chaque ann\u00e9e, une centaine de milliers de visiteurs en qu\u00eate d\u2019 \u00ab&nbsp;exotisme&nbsp;\u00bb aux couleurs d\u2019une eau cristalline, les Tao ont vu d\u00e9filer plus de 220 000 touristes entre les mois de f\u00e9vrier et juillet 2020. Il va sans dire qu\u2019une telle invasion a des r\u00e9percussions tout aussi importantes sur l\u2019environnement. Et ce fut le cas avec, entre autres, un blanchissement sans pr\u00e9c\u00e9dent des coraux, et une accumulation de d\u00e9chets plastiques d\u00e9passant largement les capacit\u00e9s logistiques de la seule compagnie de traitement pr\u00e9sente sur le territoire. Pour les experts, le blanchissement des coraux serait associ\u00e9 \u00e0 trois facteurs&nbsp;: i) une hausse anormale des temp\u00e9ratures, ii) l\u2019utilisation de cr\u00e8mes solaires avec des compos\u00e9s chimiques qui sont malencontreusement absorb\u00e9s par les coraux et iii) l&rsquo;\u00e9vacuation des eaux us\u00e9es domestiques dans l&rsquo;oc\u00e9an. Le blanchissement des coraux de 2020 \u00e9tait extr\u00eamement important, au point d\u2019inqui\u00e9ter les biologistes sur l\u2019avenir de la faune et de la flore marines. Pour les Tao qui poss\u00e8dent des savoirs \u00e9cologiques marins pluri-g\u00e9n\u00e9rationnels, ce blanchissement est une r\u00e9ponse au changement des saisons. Un a\u00een\u00e9 me confiera&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les coraux sont comme les arbres&nbsp;: en automne ils perdent leurs feuilles de la m\u00eame mani\u00e8re que les coraux blanchissent. Dans quelques mois, ils reviendront \u00e0 leur \u00e9tat \u2018normal\u2019&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour ce qui est de la pollution plastique, avec deux tonnes de d\u00e9chets produits quotidiennement pour une production annuelle de 1 500 tonnes de mati\u00e8res ne pouvant \u00eatre ni trait\u00e9es ni transform\u00e9es, par manque d\u2019installations ad\u00e9quates, il est \u00e0 craindre que la colline de d\u00e9chets devienne montagne. Bien que le gouvernement ait pris certaines directives pour sensibiliser les touristes \u00e0 leur impact environnemental, en les incitant vivement \u00e0 quitter l\u2019\u00eele avec un sac de bouteilles de plastique vides, l\u2019impact g\u00e9n\u00e9ral reste d\u00e9risoire. La ville de Taitung visant \u00e0 r\u00e9duire la quantit\u00e9 de d\u00e9chets plastiques dans les usines de traitement, ceux de l\u2019\u00eele de&nbsp;Pongso no Tao&nbsp;ne peuvent d\u00e9sormais plus \u00eatre achemin\u00e9s, par bateau, \u00e0 Taidong, ce qui force les habitants \u00e0 stocker. A cela s\u2019ajoute une course au ciment avec des b\u00e2tisses et des chambres d\u2019h\u00f4tes qui ne cessent d\u2019\u00e9merger pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande. Ces maisons neuves ne poss\u00e8dent toutefois pas les \u00e9quipements n\u00e9cessaires pour supporter un tel mouvement de population, n\u2019ayant d\u2019autres choix que de rejeter les eaux us\u00e9es dans l\u2019oc\u00e9an, participant \u00e0 une pollution d\u00e9j\u00e0 bien pr\u00e9sente. Consid\u00e9rant le d\u00e9veloppement effr\u00e9n\u00e9 du tourisme sur l\u2019\u00eele, les locaux se retrouvent contraints de devoir g\u00e9rer de multiples probl\u00e8mes, dont celui de l\u2019approvisionnement en eau potable, achemin\u00e9e par des centaines de m\u00e8tres de tuyaux aux maisons depuis le sommet des montagnes. Discutons maintenant d\u2019une face encore plus sombre du tourisme, celui du comportement des visiteurs face aux diff\u00e9rentes formes d\u2019alt\u00e9rit\u00e9s. Dans leur \u00ab&nbsp;\u00eatre-\u00e0-l\u2019oc\u00e9an&nbsp;\u00bb, les Tao comptent de nombreuses r\u00e8gles, que certains d\u00e9signent sous le terme de \u00ab&nbsp;tabous&nbsp;\u00bb. Pour n\u2019en citer que quatre, il est interdit pour les non-Tao, de toucher les bateaux en bois destin\u00e9s \u00e0 la p\u00eache aux poissons volants ou de prendre des photos des poissons accroch\u00e9s sur le rack,&nbsp;rarawan.&nbsp;&nbsp;Pendant la saison du poisson-volant, il est \u00e9galement interdit de pratiquer la p\u00eache sous-marine au harpon et l\u2019\u00e9t\u00e9 est marqu\u00e9 par une p\u00e9riode de tr\u00eave pour la capture de crustac\u00e9s. Ces r\u00e8gles de \u00ab&nbsp;bonne conduite&nbsp;\u00bb furent promulgu\u00e9es par le roi des poissons volants aux ailes noires,&nbsp;appel\u00e9&nbsp;mavaeng so panid aalibangbang. Afin de recevoir chaque ann\u00e9e des poissons-volants dans les eaux de&nbsp;Pongso no Tao, les Tao doivent s\u2019accorder les bonnes gr\u00e2ces des \u00ab&nbsp;\u00eatres-d\u2019en-Haut&nbsp;\u00bb en leur offrant les meilleurs aliments et en respectant les diff\u00e9rentes r\u00e8gles. Avec un tel tourisme de masse, il devient impossible de sensibiliser et surveiller le comportement des touristes qui pourraient, par un geste inopportun, attirer le mauvais \u0153il sur les propri\u00e9taires des bateaux. Ce qui arrive fr\u00e9quemment est qu\u2019en l\u2019absence d\u2019un contr\u00f4le plus restreint, des d\u00e9bordements et des abus se cr\u00e9ent, comme en 2016 lorsque des Ta\u00efwanais ont eu l\u2019id\u00e9e d\u2019offrir une location de jets skis aux touristes pendant la saison du poisson-volant, correspondant \u00e0 la saison haute du tourisme. A la suite de tensions entre les p\u00eacheurs et le propri\u00e9taire, les premiers accusant le dernier de perturber les poissons, l\u2019affaire fut close, le propri\u00e9taire s\u2019excusant pour son comportement, et les jet-skis renvoy\u00e9s \u00e0 Ta\u00efwan.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour les Tao, la d\u00e9ferlante touristique amen\u00e9e, indirectement, par la pand\u00e9mie de la COVID-19, repr\u00e9sente une opportunit\u00e9 en or pour les propri\u00e9taires d\u2019h\u00f4tels et une menace plus ou moins latente pour l\u2019ensemble de la population. Les habitants commencent \u00e0 entrevoir les cons\u00e9quences dramatiques d\u2019un tourisme incontr\u00f4lable et incontr\u00f4l\u00e9, qui menace de crises \u00e9cologiques, sociales, culturelles, identitaires les habitants de&nbsp;Pongso no Tao. La question du \u2018surtourisme\u2019 Covid-19 est tr\u00e8s peu document\u00e9e pour la simple et bonne raison qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une situation relativement peu connue ni commune. Son contraire a davantage fait couler d\u2019encres, notamment en \u00e9voquant les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses sur les \u00e9conomies locales. Les trois bateaux de 250 personnes qui d\u00e9barquent chaque jour sur l\u2019\u00eele de&nbsp;Pongso no Tao, ajout\u00e9s aux multiples aller-retours a\u00e9riens transportant une vingtaine de personnes, apportent des touristes qui ne sont pas n\u00e9cessairement conscients qu\u2019ils d\u00e9barquent sur le territoire des Tao. Bien que les locaux s\u2019\u00e9poumonent \u00e0 essayer d\u2019\u00e9duquer les non-locaux sur les r\u00e8gles \u00e0 respecter, ils ne peuvent que baisser les bras devant une telle invasion. Il y a un besoin urgent d\u2019un tourisme respectueux et durable qui est, selon moi, difficilement imaginable sans limiter d\u2019abord le nombre de visiteurs.&nbsp; Julien Laporte est \u00e9tudiant au doctorat en sciences politiques et sociales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique de Louvain. Ses int\u00e9r\u00eats de recherche portent sur les relations interesp\u00e8ces humains\/non-humains avec une place particuli\u00e8re pour les non-humains marins. Pratiquant la p\u00eache sous-marine avec une communaut\u00e9 autochtone de Ta\u00efwan, il mobilise, entre autres, les anthropologies sous-marine et sensorielle pour tenter de comprendre les interactions entre les p\u00eacheurs et l\u2019oc\u00e9an.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;","og_url":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\/","og_site_name":"Laap","article_published_time":"2021-04-21T09:55:26+00:00","article_modified_time":"2021-04-22T05:01:49+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1439,"url":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_1910-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Nicolas Loodts","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Nicolas Loodts","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"7 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\/"},"author":{"name":"Nicolas Loodts","@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/#\/schema\/person\/c30bd2b8649e700f26958121ed3b4934"},"headline":"Pand\u00e9mie et tourisme de masse : les Tao face \u00e0 des crises environnementales identitaires","datePublished":"2021-04-21T09:55:26+00:00","dateModified":"2021-04-22T05:01:49+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\/"},"wordCount":1709,"publisher":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/#organization"},"image":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/IMG_1910-scaled.jpg","articleSection":["A la une","covid19","Crise","LAAP","P\u00eache","Tourisme"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\/","url":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/pandemie-et-tourisme-de-masse-les-tao-face-a-des-crises-environnementales-identitaires\/","name":"Pand\u00e9mie et tourisme de masse : les Tao face \u00e0 des crises environnementales identitaires - 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