{"id":6253,"date":"2021-02-24T11:31:58","date_gmt":"2021-02-24T10:31:58","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/?p=6253"},"modified":"2024-06-21T06:52:47","modified_gmt":"2024-06-21T04:52:47","slug":"la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas\u00a0\u00bb de Jacinthe Mazzocchetti:  une ethnofiction sensible de v\u00e9cus pr\u00e9-migratoires."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jacinthe Mazzocchetti est anthropologue (LAAP), mais aussi autrice de recueil de nouvelles (<em>La vie par effraction<\/em> paru aux \u00c9ditions Quadrature) et de romans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Interview de Jacinthe Mazzocchetti par Chlo\u00e9 Allen.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C. A.&nbsp;: Votre roman \u2013&nbsp;<em>L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas<\/em>&nbsp;&nbsp;(Academia\/Litt\u00e9rature, 2019) \u2013 est un roman, ou les voix, les histoires et trajectoires se m\u00ealent, s\u2019entrem\u00ealent pour raconter le d\u00e9part de quatre jeunes africain.e.s qui quittent le continent africain, au d\u00e9part de la Lybie pour rejoindre l\u2019Europe. Ces histoires se nourrissent l\u2019une l\u2019autre et am\u00e8nent peu \u00e0 peu le lecteur ou la lectrice \u00e0 se rendre compte de l\u2019incroyable singularit\u00e9 des parcours et raisons de d\u00e9part. Elles nous disent aussi les enjeux sociopolitiques et \u00e9conomiques sous-jacents qui am\u00e8nent ces quatre personnes \u00e0 se retrouver sur le m\u00eame bateau. Ensemble ces voix deviennent un chant, celui du d\u00e9sir de changement de jeunes africain.e.s en qu\u00eates d\u2019horizons, d\u2019espoir, un chant bafou\u00e9 aussi par l\u2019Europe et ses politiques migratoires. La quatri\u00e8me de couverture explicite qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un roman choral, qu\u2019entendez-vous par l\u00e0&nbsp;? Pourriez-vous bri\u00e8vement nous parler de ces quatre personnages&nbsp;et ce qui les relie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J. M.\u00a0: Un roman choral est un roman o\u00f9 des histoires sont racont\u00e9es en miroir les unes des autres, o\u00f9 les r\u00e9cits, \u00e0 la fois singuliers et \u00e0 la fois de progressives rencontres, forment un ch\u0153ur, comme en musique o\u00f9 chaque instrument vibre de sa propre voix, mais o\u00f9, ensemble, ils deviennent symphonie et racontent tout autre chose. C\u2019est exactement ce que j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 faire dans ce roman. Chaque personnage a son histoire, qui est \u00e9nonc\u00e9e ind\u00e9pendamment de celle des autres, mais la rencontre, via le moment de la travers\u00e9e, permet de mettre en avant ce qui transcende les trajectoires individuelles. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les r\u00eaves, les espoirs de s\u00e9curit\u00e9, de dignit\u00e9, de libert\u00e9. De l\u2019autre, les col\u00e8res, les souffrances et les violences, de petites et de grandes \u00e9chelles, notamment les violences politiques dans leur pays d\u2019origine, dans les rapports Nord-Sud, en Lybie, et, bien entendu, les violences des politiques migratoires europ\u00e9ennes, la criminalisation et la militarisation des fronti\u00e8res qui les obligent \u00e0 risquer leur vie pour esp\u00e9rer vivre.\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"845\" height=\"633\" src=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/image3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6283\" srcset=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/image3.png 845w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/image3-300x225.png 300w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/image3-768x575.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 845px) 100vw, 845px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C. A.\u00a0: Ce roman mets des visages, dignes, authentique, humains \u00e9galement sur ces personnes qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0les migrants\u00a0\u00bb, et montre que l\u2019exil, r\u00eave d\u2019ailleurs seulement \u00e0 d\u00e9faut d\u2019un ici meilleur, \u00e0 un prix. Le prix de la travers\u00e9e, mais surtout celui des personnes laiss\u00e9es sur les routes, des terres vendues, des familles d\u00e9chir\u00e9es et des violences impensables malheureusement devenues ordinaires de l\u2019exil. Votre exp\u00e9rience en tant qu\u2019anthropologue en Afrique de l\u2019Ouest et au Burkina Faso nous plonge r\u00e9ellement dans l\u2019univers sensible des personnages\u00a0: dans les ruelles, les champs, les odeurs de march\u00e9 et celles des bars et discoth\u00e8ques de Ouagadougou. Le\/la lecteur.rice s\u2019immerge dans les conversations et traverse, un instant, les inqui\u00e9tudes, les tourments des personnes avec qui vous avez pass\u00e9 de nombreuses ann\u00e9es de vie et de terrain. Quelle place souhaitez-vous donner, par la fiction, aux r\u00e9cits migratoires singuliers dans votre travail \u00e0 la fois d\u2019autrice et d\u2019anthropologue\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J. M.\u00a0: La question des r\u00e9cits est en effet essentielle, car elle permet de mettre des noms, des visages, de s\u2019identifier, de s\u2019attacher, de raconter \u00e0 partir d\u2019une histoire singuli\u00e8re comment l\u2019Histoire se donne \u00e0 vivre, s\u2019incarne. Cette place est pour moi importante, tant en anthropologie, o\u00f9 les interpr\u00e9tations qui nous permettent de saisir des processus transversaux se donnent \u00e0 entendre, \u00e0 voir, \u00e0 sentir, \u00e0 ressentir au travers des personnes rencontr\u00e9es\u00a0; qu\u2019en litt\u00e9rature. Le fait de passer ici par la fiction permet d\u2019aller plus loin encore dans le rendu de l\u2019intime, des non-dits, des violences et des r\u00e9sistances via l\u2019incorporation, mais aussi le travail d\u2019\u00e9criture. En racontant des histoires, comme on le fait avec les enfants, on emm\u00e8ne, on emporte, on bouscule et, petit \u00e0 petit, parfois, se d\u00e9placent les fronti\u00e8res, les barri\u00e8res, s\u2019ouvrent de nouvelles discussions, se d\u00e9posent de nouvelles questions. La litt\u00e9rature fait rencontre autrement. Elle permet d\u2019aller vers d\u2019autres publics. Par la voie de l\u2019intime et celle de l\u2019esth\u00e9tique, elle se fait politique lorsque le\/la lecteur.rice ne peut en sortir indemne.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/image2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6273\" width=\"579\" height=\"778\" srcset=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/image2.png 627w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/image2-223x300.png 223w\" sizes=\"auto, (max-width: 579px) 100vw, 579px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C. A.\u00a0: Vous mettez en sc\u00e8ne des parcours empreints d\u2019une violence parfois inou\u00efe, parfois ordinaire sans tomber dans le voyeurisme, avec une pudeur respectueuse de l\u2019intimit\u00e9 des personnages, votre \u00e9criture sensible ne gomme ou ne sous-estime en aucun cas la gravit\u00e9 de faits quotidiens v\u00e9cus pendant les trajectoires migratoires des protagonistes. Comment avez-vous appr\u00e9hend\u00e9 l\u2019\u00e9criture de cette violence\u00a0? Comment mesurer ce qu\u2019il faut dire et ce qu\u2019il faut taire\u00a0?\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J. M.\u00a0: Les situations, les v\u00e9cus sont violents. Je pense qu\u2019il est important de ne pas taire ce contexte, tout en ne tombant pas dans le r\u00e9cit larmoyant. Je voulais que les lecteurs, les lectrices s\u2019attachent aux personnages et soient confront\u00e9s \u00e0 ces violences, et pour cela, une \u00e9criture sensible, qui passe par le corps, les sensations, les \u00e9motions est n\u00e9cessaire, sans pour autant tomber dans le m\u00e9lodramatique et\/ou la posture du donneur de le\u00e7on. Je raconte. Je ne dis pas au lecteur, \u00e0 la lectrice ce qu\u2019il\/elle doit en penser. L\u2019\u00e9criture est \u00e0 la fois cin\u00e9matographique et intimiste, mais elle ne dit pas tout, elle laisse la possibilit\u00e9 de se glisser dans les silences, les images, les fins ouvertes. En dire assez pour que l\u2019attachement joue, mais ne pas tomber dans les exc\u00e8s. Pour moi, forcer l\u2019\u00e9motion n\u2019est pas n\u00e9cessaire, avec le risque de provoquer des sentiments de piti\u00e9, sentiments qui enferment, r\u00e9duisent la vie de mes personnages, h\u00e9ros\/h\u00e9ro\u00efnes des temps pr\u00e9sents. Je me souviens d\u2019une discussion avec des lecteurs, des lectrices autour d\u2019une sc\u00e8ne de viol. Choqu\u00e9.e.s, supris.e.s, que je ne prenne pas, dans l\u2019\u00e9criture, le temps des larmes. Il s\u2019agit de Marie, jeune m\u00e8re, qui fuit la guerre en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s le viol, elle se rel\u00e8ve, elle poursuit sa route, elle nourrit son enfant, elle avance. Ce qu\u2019elle a v\u00e9cu est l\u00e0, grav\u00e9 en elle, grav\u00e9 en vous, mais elle a cette force de ne pas renoncer, et c\u2019est cela aussi que je voulais raconter.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"845\" height=\"631\" src=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Image4.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6293\" srcset=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Image4.png 845w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Image4-300x224.png 300w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Image4-768x574.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 845px) 100vw, 845px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C. A.\u00a0: Vous avez fait le choix d\u2019\u00e9crire le parcours de deux jeunes femmes, Marie et Ramatou. Dans ces deux histoires appara\u00eet l\u2019importance de la sororit\u00e9 face aux violences de l\u2019exil, du confort et de la protection que cela permet. Qu\u2019est-ce que ces personnages racontent de la complicit\u00e9 entre femmes, des espaces de repli en non-mixit\u00e9 et de recomposition pr\u00e9caire de familles choisies\u00a0?\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J. M.&nbsp;: Oui, en parall\u00e8le des violences, je voulais raconter les lieux-refuges, les solidarit\u00e9s, les liens qui portent. Parmi ces liens, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai accord\u00e9 une place importante \u00e0 la parentalit\u00e9, les enfants, les parents qui guident, soutiennent, s\u2019inqui\u00e8tent, attendent. De l\u2019autre, notamment dans les histoires de Marie et Ramatou en effet, je voulais raconter les soutiens de cours de route, les rencontres qui sauvent, les amiti\u00e9s ind\u00e9fectibles, les familles \u00e9lectives. Les parcours migratoires, rendus irr\u00e9guliers par nos politiques, sont violents pour toutes et tous, mais davantage encore pour les femmes, prises dans des rapports de pouvoir d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s, dans les pays de naissance, en chemin, ici, et, aux prises avec les violences de genre et les violences sexuelles. Faire face suppose parfois de trouver \u00e9coute, respect, dignit\u00e9, soutien dans des espaces de non-mixit\u00e9 o\u00f9 se sentir en s\u00e9curit\u00e9, mais aussi en sororit\u00e9, sans avoir besoin de justifier quoi que ce soit, complices par le commun des v\u00e9cus.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacinthe Mazzocchetti est anthropologue (LAAP), mais aussi autrice de recueil de nouvelles (La vie par effraction paru aux \u00c9ditions Quadrature) et de romans.&nbsp; Interview de Jacinthe Mazzocchetti par Chlo\u00e9 Allen.&nbsp; C. A.&nbsp;: Votre roman \u2013&nbsp;L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas&nbsp;&nbsp;(Academia\/Litt\u00e9rature, 2019) \u2013 est un roman, ou les voix, les histoires et trajectoires se m\u00ealent, s\u2019entrem\u00ealent pour raconter le d\u00e9part de quatre jeunes africain.e.s qui quittent le continent africain, au d\u00e9part de la Lybie pour rejoindre l\u2019Europe. Ces histoires se nourrissent l\u2019une l\u2019autre et am\u00e8nent peu \u00e0 peu le lecteur ou la lectrice \u00e0 se rendre compte de l\u2019incroyable singularit\u00e9 des parcours et raisons de d\u00e9part. Elles nous disent aussi les enjeux sociopolitiques et \u00e9conomiques sous-jacents qui am\u00e8nent ces quatre personnes \u00e0 se retrouver sur le m\u00eame bateau. Ensemble ces voix deviennent un chant, celui du d\u00e9sir de changement de jeunes africain.e.s en qu\u00eates d\u2019horizons, d\u2019espoir, un chant bafou\u00e9 aussi par l\u2019Europe et ses politiques migratoires. La quatri\u00e8me de couverture explicite qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un roman choral, qu\u2019entendez-vous par l\u00e0&nbsp;? Pourriez-vous bri\u00e8vement nous parler de ces quatre personnages&nbsp;et ce qui les relie&nbsp;? J. M.\u00a0: Un roman choral est un roman o\u00f9 des histoires sont racont\u00e9es en miroir les unes des autres, o\u00f9 les r\u00e9cits, \u00e0 la fois singuliers et \u00e0 la fois de progressives rencontres, forment un ch\u0153ur, comme en musique o\u00f9 chaque instrument vibre de sa propre voix, mais o\u00f9, ensemble, ils deviennent symphonie et racontent tout autre chose. C\u2019est exactement ce que j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 faire dans ce roman. Chaque personnage a son histoire, qui est \u00e9nonc\u00e9e ind\u00e9pendamment de celle des autres, mais la rencontre, via le moment de la travers\u00e9e, permet de mettre en avant ce qui transcende les trajectoires individuelles. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les r\u00eaves, les espoirs de s\u00e9curit\u00e9, de dignit\u00e9, de libert\u00e9. De l\u2019autre, les col\u00e8res, les souffrances et les violences, de petites et de grandes \u00e9chelles, notamment les violences politiques dans leur pays d\u2019origine, dans les rapports Nord-Sud, en Lybie, et, bien entendu, les violences des politiques migratoires europ\u00e9ennes, la criminalisation et la militarisation des fronti\u00e8res qui les obligent \u00e0 risquer leur vie pour esp\u00e9rer vivre.\u00a0\u00a0\u00a0 C. A.\u00a0: Ce roman mets des visages, dignes, authentique, humains \u00e9galement sur ces personnes qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0les migrants\u00a0\u00bb, et montre que l\u2019exil, r\u00eave d\u2019ailleurs seulement \u00e0 d\u00e9faut d\u2019un ici meilleur, \u00e0 un prix. Le prix de la travers\u00e9e, mais surtout celui des personnes laiss\u00e9es sur les routes, des terres vendues, des familles d\u00e9chir\u00e9es et des violences impensables malheureusement devenues ordinaires de l\u2019exil. Votre exp\u00e9rience en tant qu\u2019anthropologue en Afrique de l\u2019Ouest et au Burkina Faso nous plonge r\u00e9ellement dans l\u2019univers sensible des personnages\u00a0: dans les ruelles, les champs, les odeurs de march\u00e9 et celles des bars et discoth\u00e8ques de Ouagadougou. Le\/la lecteur.rice s\u2019immerge dans les conversations et traverse, un instant, les inqui\u00e9tudes, les tourments des personnes avec qui vous avez pass\u00e9 de nombreuses ann\u00e9es de vie et de terrain. Quelle place souhaitez-vous donner, par la fiction, aux r\u00e9cits migratoires singuliers dans votre travail \u00e0 la fois d\u2019autrice et d\u2019anthropologue\u00a0? J. M.\u00a0: La question des r\u00e9cits est en effet essentielle, car elle permet de mettre des noms, des visages, de s\u2019identifier, de s\u2019attacher, de raconter \u00e0 partir d\u2019une histoire singuli\u00e8re comment l\u2019Histoire se donne \u00e0 vivre, s\u2019incarne. Cette place est pour moi importante, tant en anthropologie, o\u00f9 les interpr\u00e9tations qui nous permettent de saisir des processus transversaux se donnent \u00e0 entendre, \u00e0 voir, \u00e0 sentir, \u00e0 ressentir au travers des personnes rencontr\u00e9es\u00a0; qu\u2019en litt\u00e9rature. Le fait de passer ici par la fiction permet d\u2019aller plus loin encore dans le rendu de l\u2019intime, des non-dits, des violences et des r\u00e9sistances via l\u2019incorporation, mais aussi le travail d\u2019\u00e9criture. En racontant des histoires, comme on le fait avec les enfants, on emm\u00e8ne, on emporte, on bouscule et, petit \u00e0 petit, parfois, se d\u00e9placent les fronti\u00e8res, les barri\u00e8res, s\u2019ouvrent de nouvelles discussions, se d\u00e9posent de nouvelles questions. La litt\u00e9rature fait rencontre autrement. Elle permet d\u2019aller vers d\u2019autres publics. Par la voie de l\u2019intime et celle de l\u2019esth\u00e9tique, elle se fait politique lorsque le\/la lecteur.rice ne peut en sortir indemne.\u00a0\u00a0 C. A.\u00a0: Vous mettez en sc\u00e8ne des parcours empreints d\u2019une violence parfois inou\u00efe, parfois ordinaire sans tomber dans le voyeurisme, avec une pudeur respectueuse de l\u2019intimit\u00e9 des personnages, votre \u00e9criture sensible ne gomme ou ne sous-estime en aucun cas la gravit\u00e9 de faits quotidiens v\u00e9cus pendant les trajectoires migratoires des protagonistes. Comment avez-vous appr\u00e9hend\u00e9 l\u2019\u00e9criture de cette violence\u00a0? Comment mesurer ce qu\u2019il faut dire et ce qu\u2019il faut taire\u00a0?\u00a0 J. M.\u00a0: Les situations, les v\u00e9cus sont violents. Je pense qu\u2019il est important de ne pas taire ce contexte, tout en ne tombant pas dans le r\u00e9cit larmoyant. Je voulais que les lecteurs, les lectrices s\u2019attachent aux personnages et soient confront\u00e9s \u00e0 ces violences, et pour cela, une \u00e9criture sensible, qui passe par le corps, les sensations, les \u00e9motions est n\u00e9cessaire, sans pour autant tomber dans le m\u00e9lodramatique et\/ou la posture du donneur de le\u00e7on. Je raconte. Je ne dis pas au lecteur, \u00e0 la lectrice ce qu\u2019il\/elle doit en penser. L\u2019\u00e9criture est \u00e0 la fois cin\u00e9matographique et intimiste, mais elle ne dit pas tout, elle laisse la possibilit\u00e9 de se glisser dans les silences, les images, les fins ouvertes. En dire assez pour que l\u2019attachement joue, mais ne pas tomber dans les exc\u00e8s. Pour moi, forcer l\u2019\u00e9motion n\u2019est pas n\u00e9cessaire, avec le risque de provoquer des sentiments de piti\u00e9, sentiments qui enferment, r\u00e9duisent la vie de mes personnages, h\u00e9ros\/h\u00e9ro\u00efnes des temps pr\u00e9sents. Je me souviens d\u2019une discussion avec des lecteurs, des lectrices autour d\u2019une sc\u00e8ne de viol. Choqu\u00e9.e.s, supris.e.s, que je ne prenne pas, dans l\u2019\u00e9criture, le temps des larmes. Il s\u2019agit de Marie, jeune m\u00e8re, qui fuit la guerre en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s le viol, elle se rel\u00e8ve, elle poursuit sa route, elle nourrit son enfant, elle avance. Ce qu\u2019elle a v\u00e9cu est l\u00e0, grav\u00e9 en elle, grav\u00e9 en vous, mais elle a cette force de ne pas renoncer, et c\u2019est cela aussi que je voulais raconter.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C. A.\u00a0: Vous avez fait le choix d\u2019\u00e9crire le parcours de deux jeunes femmes, Marie et Ramatou. Dans ces deux histoires appara\u00eet l\u2019importance de la sororit\u00e9 face aux violences de l\u2019exil, du confort et de la protection que cela permet. Qu\u2019est-ce que ces personnages racontent de la complicit\u00e9 entre femmes, des espaces de repli en non-mixit\u00e9 et de recomposition pr\u00e9caire de familles choisies\u00a0?\u00a0 J. M.&nbsp;: Oui, en parall\u00e8le des violences, je voulais raconter les lieux-refuges, les solidarit\u00e9s, les liens qui portent. Parmi ces liens, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai accord\u00e9 une place importante \u00e0 la parentalit\u00e9, les enfants, les parents qui guident, soutiennent, s\u2019inqui\u00e8tent, attendent. De l\u2019autre, notamment dans les histoires de Marie et Ramatou en effet, je voulais raconter les soutiens de cours de route, les rencontres qui sauvent, les amiti\u00e9s ind\u00e9fectibles, les familles \u00e9lectives. Les parcours migratoires, rendus irr\u00e9guliers par nos politiques, sont violents pour toutes et tous, mais davantage encore pour les femmes, prises dans des rapports de pouvoir d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s, dans les pays de naissance, en chemin, ici, et, aux prises avec les violences de genre et les violences sexuelles. Faire face suppose parfois de trouver \u00e9coute, respect, dignit\u00e9, soutien dans des espaces de non-mixit\u00e9 o\u00f9 se sentir en s\u00e9curit\u00e9, mais aussi en sororit\u00e9, sans avoir besoin de justifier quoi que ce soit, complices par le commun des v\u00e9cus.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":6263,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[153,1013,13],"tags":[],"class_list":["post-6253","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-a-la-une","category-ethnofiction","category-migrations"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>&quot;L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas&quot; de Jacinthe Mazzocchetti: une ethnofiction sensible de v\u00e9cus pr\u00e9-migratoires. - Laap<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"&quot;L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas&quot; de Jacinthe Mazzocchetti: une ethnofiction sensible de v\u00e9cus pr\u00e9-migratoires. - Laap\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Jacinthe Mazzocchetti est anthropologue (LAAP), mais aussi autrice de recueil de nouvelles (La vie par effraction paru aux \u00c9ditions Quadrature) et de romans.&nbsp; Interview de Jacinthe Mazzocchetti par Chlo\u00e9 Allen.&nbsp; C. A.&nbsp;: Votre roman \u2013&nbsp;L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas&nbsp;&nbsp;(Academia\/Litt\u00e9rature, 2019) \u2013 est un roman, ou les voix, les histoires et trajectoires se m\u00ealent, s\u2019entrem\u00ealent pour raconter le d\u00e9part de quatre jeunes africain.e.s qui quittent le continent africain, au d\u00e9part de la Lybie pour rejoindre l\u2019Europe. Ces histoires se nourrissent l\u2019une l\u2019autre et am\u00e8nent peu \u00e0 peu le lecteur ou la lectrice \u00e0 se rendre compte de l\u2019incroyable singularit\u00e9 des parcours et raisons de d\u00e9part. Elles nous disent aussi les enjeux sociopolitiques et \u00e9conomiques sous-jacents qui am\u00e8nent ces quatre personnes \u00e0 se retrouver sur le m\u00eame bateau. Ensemble ces voix deviennent un chant, celui du d\u00e9sir de changement de jeunes africain.e.s en qu\u00eates d\u2019horizons, d\u2019espoir, un chant bafou\u00e9 aussi par l\u2019Europe et ses politiques migratoires. La quatri\u00e8me de couverture explicite qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un roman choral, qu\u2019entendez-vous par l\u00e0&nbsp;? Pourriez-vous bri\u00e8vement nous parler de ces quatre personnages&nbsp;et ce qui les relie&nbsp;? J. M.\u00a0: Un roman choral est un roman o\u00f9 des histoires sont racont\u00e9es en miroir les unes des autres, o\u00f9 les r\u00e9cits, \u00e0 la fois singuliers et \u00e0 la fois de progressives rencontres, forment un ch\u0153ur, comme en musique o\u00f9 chaque instrument vibre de sa propre voix, mais o\u00f9, ensemble, ils deviennent symphonie et racontent tout autre chose. C\u2019est exactement ce que j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 faire dans ce roman. Chaque personnage a son histoire, qui est \u00e9nonc\u00e9e ind\u00e9pendamment de celle des autres, mais la rencontre, via le moment de la travers\u00e9e, permet de mettre en avant ce qui transcende les trajectoires individuelles. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les r\u00eaves, les espoirs de s\u00e9curit\u00e9, de dignit\u00e9, de libert\u00e9. De l\u2019autre, les col\u00e8res, les souffrances et les violences, de petites et de grandes \u00e9chelles, notamment les violences politiques dans leur pays d\u2019origine, dans les rapports Nord-Sud, en Lybie, et, bien entendu, les violences des politiques migratoires europ\u00e9ennes, la criminalisation et la militarisation des fronti\u00e8res qui les obligent \u00e0 risquer leur vie pour esp\u00e9rer vivre.\u00a0\u00a0\u00a0 C. A.\u00a0: Ce roman mets des visages, dignes, authentique, humains \u00e9galement sur ces personnes qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0les migrants\u00a0\u00bb, et montre que l\u2019exil, r\u00eave d\u2019ailleurs seulement \u00e0 d\u00e9faut d\u2019un ici meilleur, \u00e0 un prix. Le prix de la travers\u00e9e, mais surtout celui des personnes laiss\u00e9es sur les routes, des terres vendues, des familles d\u00e9chir\u00e9es et des violences impensables malheureusement devenues ordinaires de l\u2019exil. Votre exp\u00e9rience en tant qu\u2019anthropologue en Afrique de l\u2019Ouest et au Burkina Faso nous plonge r\u00e9ellement dans l\u2019univers sensible des personnages\u00a0: dans les ruelles, les champs, les odeurs de march\u00e9 et celles des bars et discoth\u00e8ques de Ouagadougou. Le\/la lecteur.rice s\u2019immerge dans les conversations et traverse, un instant, les inqui\u00e9tudes, les tourments des personnes avec qui vous avez pass\u00e9 de nombreuses ann\u00e9es de vie et de terrain. Quelle place souhaitez-vous donner, par la fiction, aux r\u00e9cits migratoires singuliers dans votre travail \u00e0 la fois d\u2019autrice et d\u2019anthropologue\u00a0? J. M.\u00a0: La question des r\u00e9cits est en effet essentielle, car elle permet de mettre des noms, des visages, de s\u2019identifier, de s\u2019attacher, de raconter \u00e0 partir d\u2019une histoire singuli\u00e8re comment l\u2019Histoire se donne \u00e0 vivre, s\u2019incarne. Cette place est pour moi importante, tant en anthropologie, o\u00f9 les interpr\u00e9tations qui nous permettent de saisir des processus transversaux se donnent \u00e0 entendre, \u00e0 voir, \u00e0 sentir, \u00e0 ressentir au travers des personnes rencontr\u00e9es\u00a0; qu\u2019en litt\u00e9rature. Le fait de passer ici par la fiction permet d\u2019aller plus loin encore dans le rendu de l\u2019intime, des non-dits, des violences et des r\u00e9sistances via l\u2019incorporation, mais aussi le travail d\u2019\u00e9criture. En racontant des histoires, comme on le fait avec les enfants, on emm\u00e8ne, on emporte, on bouscule et, petit \u00e0 petit, parfois, se d\u00e9placent les fronti\u00e8res, les barri\u00e8res, s\u2019ouvrent de nouvelles discussions, se d\u00e9posent de nouvelles questions. La litt\u00e9rature fait rencontre autrement. Elle permet d\u2019aller vers d\u2019autres publics. Par la voie de l\u2019intime et celle de l\u2019esth\u00e9tique, elle se fait politique lorsque le\/la lecteur.rice ne peut en sortir indemne.\u00a0\u00a0 C. A.\u00a0: Vous mettez en sc\u00e8ne des parcours empreints d\u2019une violence parfois inou\u00efe, parfois ordinaire sans tomber dans le voyeurisme, avec une pudeur respectueuse de l\u2019intimit\u00e9 des personnages, votre \u00e9criture sensible ne gomme ou ne sous-estime en aucun cas la gravit\u00e9 de faits quotidiens v\u00e9cus pendant les trajectoires migratoires des protagonistes. Comment avez-vous appr\u00e9hend\u00e9 l\u2019\u00e9criture de cette violence\u00a0? Comment mesurer ce qu\u2019il faut dire et ce qu\u2019il faut taire\u00a0?\u00a0 J. M.\u00a0: Les situations, les v\u00e9cus sont violents. Je pense qu\u2019il est important de ne pas taire ce contexte, tout en ne tombant pas dans le r\u00e9cit larmoyant. Je voulais que les lecteurs, les lectrices s\u2019attachent aux personnages et soient confront\u00e9s \u00e0 ces violences, et pour cela, une \u00e9criture sensible, qui passe par le corps, les sensations, les \u00e9motions est n\u00e9cessaire, sans pour autant tomber dans le m\u00e9lodramatique et\/ou la posture du donneur de le\u00e7on. Je raconte. Je ne dis pas au lecteur, \u00e0 la lectrice ce qu\u2019il\/elle doit en penser. L\u2019\u00e9criture est \u00e0 la fois cin\u00e9matographique et intimiste, mais elle ne dit pas tout, elle laisse la possibilit\u00e9 de se glisser dans les silences, les images, les fins ouvertes. En dire assez pour que l\u2019attachement joue, mais ne pas tomber dans les exc\u00e8s. Pour moi, forcer l\u2019\u00e9motion n\u2019est pas n\u00e9cessaire, avec le risque de provoquer des sentiments de piti\u00e9, sentiments qui enferment, r\u00e9duisent la vie de mes personnages, h\u00e9ros\/h\u00e9ro\u00efnes des temps pr\u00e9sents. Je me souviens d\u2019une discussion avec des lecteurs, des lectrices autour d\u2019une sc\u00e8ne de viol. Choqu\u00e9.e.s, supris.e.s, que je ne prenne pas, dans l\u2019\u00e9criture, le temps des larmes. Il s\u2019agit de Marie, jeune m\u00e8re, qui fuit la guerre en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s le viol, elle se rel\u00e8ve, elle poursuit sa route, elle nourrit son enfant, elle avance. Ce qu\u2019elle a v\u00e9cu est l\u00e0, grav\u00e9 en elle, grav\u00e9 en vous, mais elle a cette force de ne pas renoncer, et c\u2019est cela aussi que je voulais raconter.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C. A.\u00a0: Vous avez fait le choix d\u2019\u00e9crire le parcours de deux jeunes femmes, Marie et Ramatou. Dans ces deux histoires appara\u00eet l\u2019importance de la sororit\u00e9 face aux violences de l\u2019exil, du confort et de la protection que cela permet. Qu\u2019est-ce que ces personnages racontent de la complicit\u00e9 entre femmes, des espaces de repli en non-mixit\u00e9 et de recomposition pr\u00e9caire de familles choisies\u00a0?\u00a0 J. M.&nbsp;: Oui, en parall\u00e8le des violences, je voulais raconter les lieux-refuges, les solidarit\u00e9s, les liens qui portent. Parmi ces liens, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai accord\u00e9 une place importante \u00e0 la parentalit\u00e9, les enfants, les parents qui guident, soutiennent, s\u2019inqui\u00e8tent, attendent. De l\u2019autre, notamment dans les histoires de Marie et Ramatou en effet, je voulais raconter les soutiens de cours de route, les rencontres qui sauvent, les amiti\u00e9s ind\u00e9fectibles, les familles \u00e9lectives. Les parcours migratoires, rendus irr\u00e9guliers par nos politiques, sont violents pour toutes et tous, mais davantage encore pour les femmes, prises dans des rapports de pouvoir d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s, dans les pays de naissance, en chemin, ici, et, aux prises avec les violences de genre et les violences sexuelles. Faire face suppose parfois de trouver \u00e9coute, respect, dignit\u00e9, soutien dans des espaces de non-mixit\u00e9 o\u00f9 se sentir en s\u00e9curit\u00e9, mais aussi en sororit\u00e9, sans avoir besoin de justifier quoi que ce soit, complices par le commun des v\u00e9cus.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Laap\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2021-02-24T10:31:58+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-06-21T04:52:47+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Couverture.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"358\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"581\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/png\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Nicolas Loodts\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Nicolas Loodts\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"6 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"Nicolas Loodts\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/c30bd2b8649e700f26958121ed3b4934\"},\"headline\":\"\u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas\u00a0\u00bb de Jacinthe Mazzocchetti: une ethnofiction sensible de v\u00e9cus pr\u00e9-migratoires.\",\"datePublished\":\"2021-02-24T10:31:58+00:00\",\"dateModified\":\"2024-06-21T04:52:47+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\\\/\"},\"wordCount\":1404,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/#organization\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2021\\\/02\\\/Couverture.png\",\"articleSection\":[\"A la une\",\"ethnofiction\",\"Migrations\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\\\/\",\"name\":\"\\\"L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas\\\" de Jacinthe Mazzocchetti: une ethnofiction sensible de v\u00e9cus pr\u00e9-migratoires. - 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A.&nbsp;: Votre roman \u2013&nbsp;L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas&nbsp;&nbsp;(Academia\/Litt\u00e9rature, 2019) \u2013 est un roman, ou les voix, les histoires et trajectoires se m\u00ealent, s\u2019entrem\u00ealent pour raconter le d\u00e9part de quatre jeunes africain.e.s qui quittent le continent africain, au d\u00e9part de la Lybie pour rejoindre l\u2019Europe. Ces histoires se nourrissent l\u2019une l\u2019autre et am\u00e8nent peu \u00e0 peu le lecteur ou la lectrice \u00e0 se rendre compte de l\u2019incroyable singularit\u00e9 des parcours et raisons de d\u00e9part. Elles nous disent aussi les enjeux sociopolitiques et \u00e9conomiques sous-jacents qui am\u00e8nent ces quatre personnes \u00e0 se retrouver sur le m\u00eame bateau. Ensemble ces voix deviennent un chant, celui du d\u00e9sir de changement de jeunes africain.e.s en qu\u00eates d\u2019horizons, d\u2019espoir, un chant bafou\u00e9 aussi par l\u2019Europe et ses politiques migratoires. La quatri\u00e8me de couverture explicite qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un roman choral, qu\u2019entendez-vous par l\u00e0&nbsp;? Pourriez-vous bri\u00e8vement nous parler de ces quatre personnages&nbsp;et ce qui les relie&nbsp;? J. M.\u00a0: Un roman choral est un roman o\u00f9 des histoires sont racont\u00e9es en miroir les unes des autres, o\u00f9 les r\u00e9cits, \u00e0 la fois singuliers et \u00e0 la fois de progressives rencontres, forment un ch\u0153ur, comme en musique o\u00f9 chaque instrument vibre de sa propre voix, mais o\u00f9, ensemble, ils deviennent symphonie et racontent tout autre chose. C\u2019est exactement ce que j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 faire dans ce roman. Chaque personnage a son histoire, qui est \u00e9nonc\u00e9e ind\u00e9pendamment de celle des autres, mais la rencontre, via le moment de la travers\u00e9e, permet de mettre en avant ce qui transcende les trajectoires individuelles. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les r\u00eaves, les espoirs de s\u00e9curit\u00e9, de dignit\u00e9, de libert\u00e9. De l\u2019autre, les col\u00e8res, les souffrances et les violences, de petites et de grandes \u00e9chelles, notamment les violences politiques dans leur pays d\u2019origine, dans les rapports Nord-Sud, en Lybie, et, bien entendu, les violences des politiques migratoires europ\u00e9ennes, la criminalisation et la militarisation des fronti\u00e8res qui les obligent \u00e0 risquer leur vie pour esp\u00e9rer vivre.\u00a0\u00a0\u00a0 C. A.\u00a0: Ce roman mets des visages, dignes, authentique, humains \u00e9galement sur ces personnes qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0les migrants\u00a0\u00bb, et montre que l\u2019exil, r\u00eave d\u2019ailleurs seulement \u00e0 d\u00e9faut d\u2019un ici meilleur, \u00e0 un prix. Le prix de la travers\u00e9e, mais surtout celui des personnes laiss\u00e9es sur les routes, des terres vendues, des familles d\u00e9chir\u00e9es et des violences impensables malheureusement devenues ordinaires de l\u2019exil. Votre exp\u00e9rience en tant qu\u2019anthropologue en Afrique de l\u2019Ouest et au Burkina Faso nous plonge r\u00e9ellement dans l\u2019univers sensible des personnages\u00a0: dans les ruelles, les champs, les odeurs de march\u00e9 et celles des bars et discoth\u00e8ques de Ouagadougou. Le\/la lecteur.rice s\u2019immerge dans les conversations et traverse, un instant, les inqui\u00e9tudes, les tourments des personnes avec qui vous avez pass\u00e9 de nombreuses ann\u00e9es de vie et de terrain. Quelle place souhaitez-vous donner, par la fiction, aux r\u00e9cits migratoires singuliers dans votre travail \u00e0 la fois d\u2019autrice et d\u2019anthropologue\u00a0? J. M.\u00a0: La question des r\u00e9cits est en effet essentielle, car elle permet de mettre des noms, des visages, de s\u2019identifier, de s\u2019attacher, de raconter \u00e0 partir d\u2019une histoire singuli\u00e8re comment l\u2019Histoire se donne \u00e0 vivre, s\u2019incarne. Cette place est pour moi importante, tant en anthropologie, o\u00f9 les interpr\u00e9tations qui nous permettent de saisir des processus transversaux se donnent \u00e0 entendre, \u00e0 voir, \u00e0 sentir, \u00e0 ressentir au travers des personnes rencontr\u00e9es\u00a0; qu\u2019en litt\u00e9rature. Le fait de passer ici par la fiction permet d\u2019aller plus loin encore dans le rendu de l\u2019intime, des non-dits, des violences et des r\u00e9sistances via l\u2019incorporation, mais aussi le travail d\u2019\u00e9criture. En racontant des histoires, comme on le fait avec les enfants, on emm\u00e8ne, on emporte, on bouscule et, petit \u00e0 petit, parfois, se d\u00e9placent les fronti\u00e8res, les barri\u00e8res, s\u2019ouvrent de nouvelles discussions, se d\u00e9posent de nouvelles questions. La litt\u00e9rature fait rencontre autrement. Elle permet d\u2019aller vers d\u2019autres publics. Par la voie de l\u2019intime et celle de l\u2019esth\u00e9tique, elle se fait politique lorsque le\/la lecteur.rice ne peut en sortir indemne.\u00a0\u00a0 C. A.\u00a0: Vous mettez en sc\u00e8ne des parcours empreints d\u2019une violence parfois inou\u00efe, parfois ordinaire sans tomber dans le voyeurisme, avec une pudeur respectueuse de l\u2019intimit\u00e9 des personnages, votre \u00e9criture sensible ne gomme ou ne sous-estime en aucun cas la gravit\u00e9 de faits quotidiens v\u00e9cus pendant les trajectoires migratoires des protagonistes. Comment avez-vous appr\u00e9hend\u00e9 l\u2019\u00e9criture de cette violence\u00a0? Comment mesurer ce qu\u2019il faut dire et ce qu\u2019il faut taire\u00a0?\u00a0 J. M.\u00a0: Les situations, les v\u00e9cus sont violents. Je pense qu\u2019il est important de ne pas taire ce contexte, tout en ne tombant pas dans le r\u00e9cit larmoyant. Je voulais que les lecteurs, les lectrices s\u2019attachent aux personnages et soient confront\u00e9s \u00e0 ces violences, et pour cela, une \u00e9criture sensible, qui passe par le corps, les sensations, les \u00e9motions est n\u00e9cessaire, sans pour autant tomber dans le m\u00e9lodramatique et\/ou la posture du donneur de le\u00e7on. Je raconte. Je ne dis pas au lecteur, \u00e0 la lectrice ce qu\u2019il\/elle doit en penser. L\u2019\u00e9criture est \u00e0 la fois cin\u00e9matographique et intimiste, mais elle ne dit pas tout, elle laisse la possibilit\u00e9 de se glisser dans les silences, les images, les fins ouvertes. En dire assez pour que l\u2019attachement joue, mais ne pas tomber dans les exc\u00e8s. Pour moi, forcer l\u2019\u00e9motion n\u2019est pas n\u00e9cessaire, avec le risque de provoquer des sentiments de piti\u00e9, sentiments qui enferment, r\u00e9duisent la vie de mes personnages, h\u00e9ros\/h\u00e9ro\u00efnes des temps pr\u00e9sents. Je me souviens d\u2019une discussion avec des lecteurs, des lectrices autour d\u2019une sc\u00e8ne de viol. Choqu\u00e9.e.s, supris.e.s, que je ne prenne pas, dans l\u2019\u00e9criture, le temps des larmes. Il s\u2019agit de Marie, jeune m\u00e8re, qui fuit la guerre en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s le viol, elle se rel\u00e8ve, elle poursuit sa route, elle nourrit son enfant, elle avance. Ce qu\u2019elle a v\u00e9cu est l\u00e0, grav\u00e9 en elle, grav\u00e9 en vous, mais elle a cette force de ne pas renoncer, et c\u2019est cela aussi que je voulais raconter.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C. A.\u00a0: Vous avez fait le choix d\u2019\u00e9crire le parcours de deux jeunes femmes, Marie et Ramatou. Dans ces deux histoires appara\u00eet l\u2019importance de la sororit\u00e9 face aux violences de l\u2019exil, du confort et de la protection que cela permet. Qu\u2019est-ce que ces personnages racontent de la complicit\u00e9 entre femmes, des espaces de repli en non-mixit\u00e9 et de recomposition pr\u00e9caire de familles choisies\u00a0?\u00a0 J. M.&nbsp;: Oui, en parall\u00e8le des violences, je voulais raconter les lieux-refuges, les solidarit\u00e9s, les liens qui portent. Parmi ces liens, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai accord\u00e9 une place importante \u00e0 la parentalit\u00e9, les enfants, les parents qui guident, soutiennent, s\u2019inqui\u00e8tent, attendent. De l\u2019autre, notamment dans les histoires de Marie et Ramatou en effet, je voulais raconter les soutiens de cours de route, les rencontres qui sauvent, les amiti\u00e9s ind\u00e9fectibles, les familles \u00e9lectives. Les parcours migratoires, rendus irr\u00e9guliers par nos politiques, sont violents pour toutes et tous, mais davantage encore pour les femmes, prises dans des rapports de pouvoir d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s, dans les pays de naissance, en chemin, ici, et, aux prises avec les violences de genre et les violences sexuelles. Faire face suppose parfois de trouver \u00e9coute, respect, dignit\u00e9, soutien dans des espaces de non-mixit\u00e9 o\u00f9 se sentir en s\u00e9curit\u00e9, mais aussi en sororit\u00e9, sans avoir besoin de justifier quoi que ce soit, complices par le commun des v\u00e9cus.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;","og_url":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/","og_site_name":"Laap","article_published_time":"2021-02-24T10:31:58+00:00","article_modified_time":"2024-06-21T04:52:47+00:00","og_image":[{"width":358,"height":581,"url":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Couverture.png","type":"image\/png"}],"author":"Nicolas Loodts","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Nicolas Loodts","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"6 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/"},"author":{"name":"Nicolas Loodts","@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/#\/schema\/person\/c30bd2b8649e700f26958121ed3b4934"},"headline":"\u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas\u00a0\u00bb de Jacinthe Mazzocchetti: une ethnofiction sensible de v\u00e9cus pr\u00e9-migratoires.","datePublished":"2021-02-24T10:31:58+00:00","dateModified":"2024-06-21T04:52:47+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/"},"wordCount":1404,"publisher":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/#organization"},"image":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Couverture.png","articleSection":["A la une","ethnofiction","Migrations"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/","url":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/la-ou-le-soleil-ne-brule-pas-de-jacinthe-mazzocchetti-une-ethnofiction-sensible-de-vecus-pre-migratoires\/","name":"\"L\u00e0 o\u00f9 le soleil ne br\u00fble pas\" de Jacinthe Mazzocchetti: une ethnofiction sensible de v\u00e9cus pr\u00e9-migratoires. - 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