{"id":5703,"date":"2020-12-16T10:43:59","date_gmt":"2020-12-16T09:43:59","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/?p=5703"},"modified":"2020-12-16T10:48:05","modified_gmt":"2020-12-16T09:48:05","slug":"le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/","title":{"rendered":"Le mara\u00eechage biologique sur petite surface en 5 objets"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mara\u00eechage biologique sur petite surface est un m\u00e9tier complexe. Il l\u2019est d\u2019autant plus lorsqu\u2019il est pratiqu\u00e9 au sein d\u2019une coop\u00e9rative. A travers cinq objets, je vous propose de d\u00e9couvrir la vie d\u2019une petite coop\u00e9rative de 6 mara\u00eechers situ\u00e9e en r\u00e9gion wallonne et cultivant un peu moins 1,5 hectares selon les principes de l\u2019agro\u00e9cologie.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>OBJET 1&nbsp;: Le plan de culture&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout d\u2019abord, le plan de culture.\u00a0\u00a0Au sein de la coop\u00e9rative, la totalit\u00e9 de la saison de production est r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 travers un document appel\u00e9 le \u00ab\u00a0plan de culture\u00a0\u00bb. Celui-ci reprend, sous forme d\u2019un tableau EXCEL les diff\u00e9rents jardins de la coop\u00e9rative, les diff\u00e9rentes serres et, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ceux-ci, les diff\u00e9rentes planches, \u00e0 savoir des bandes d\u2019un m\u00e8tre \u00e0 un m\u00e8tre trente de large consacr\u00e9es \u00e0 la culture d\u2019une seule vari\u00e9t\u00e9 de l\u00e9gumes. Le plan de culture indique l\u2019occupation des diff\u00e9rentes planches en fonction du moment de l\u2019ann\u00e9e. Il prend en compte \u00e0 la fois l\u2019estimation des besoins de production pour les diff\u00e9rents canaux de vente et la capacit\u00e9 de travail des diff\u00e9rents coop\u00e9rateurs et stagiaires. C\u2019est une tentative de planification des diff\u00e9rentes cultures tout au long de l\u2019ann\u00e9e. Tentative, car les impr\u00e9vus\u00a0\u00a0sont monnaies courantes et vont venir en permanence perturber la r\u00e9alisation de cette planification id\u00e9ale. Un printemps trop pluvieux qui entra\u00eene une surcharge de limaces qui viennent d\u00e9vorer les jeunes plants de courge, une planche de carottes dont les jeunes pousses ont toutes disparues, peut-\u00eatre grill\u00e9es par une chaleur excessive, une planche de tomates malades, une surproduction de courgettes, une planche trop humide pour permettre le travail de la terre \u2026 Tous ces \u00e9v\u00e8nements o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 va imposer sa marque relativisent le contr\u00f4le qu\u2019on peut avoir du vivant dans un contexte o\u00f9 on ne dispose pas des recettes standardis\u00e9es de l\u2019agriculture conventionnelle. L\u2019implantation des cultures diverge donc toujours de la planification. Quand cette divergence se fait trop importante, le plan peut \u00eatre amend\u00e9 en cours de saison.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/PC-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5733\" srcset=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/PC-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/PC-300x225.jpg 300w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/PC-768x576.jpg 768w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/PC-1140x855.jpg 1140w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/PC.jpg 1182w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela illustre le jeu complexe auquel doit faire face le mara\u00eecher pour s\u2019adapter aux circonstances, aux al\u00e9as du vivant. Le sociologue hollandais, Jan Douwe van der Ploeg, parle de co-production avec la Nature (Douwe van der Ploeg, 2014, p. 52).&nbsp;&nbsp;Catherine et Rapha\u00ebl Larr\u00e8re distinguent d\u2019ailleurs les \u00ab arts du faire \u00bb, que sont par exemple les \u00ab arts et m\u00e9tiers de l\u2019artisanat, (&#8230;) des manufactures et de l\u2019industrie \u00bb et les \u00ab arts du faire avec \u00bb qui consistent \u00ab \u00e0 infl\u00e9chir des processus naturels pour se procurer des biens \u00bb ou \u00e0 \u00ab utiliser des animaux domestiqu\u00e9s ou des objets techniques mus par des forces naturelles \u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015, p. 176). Pour eux, ces \u00ab arts du faire avec \u00bb rel\u00e8vent du \u00ab pilotage \u00bb, \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;une d\u00e9marche attentive, empirique et pr\u00e9cautionneuse, si sensible au contexte de production qu&rsquo;elle doit toujours \u00eatre adapt\u00e9e et n&rsquo;est gu\u00e8re reproductible \u00e0 l&rsquo;identique \u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015, p. 183)&nbsp;&nbsp;C\u2019est bien dans ce type de d\u00e9marche empirique, de rapport au monde et au r\u00e9el, que sont engag\u00e9s les mara\u00eechers de cette coop\u00e9rative. C\u2019est \u00e0 travers la confrontation au r\u00e9el qu\u2019ils d\u00e9veloppent leurs savoirs et adaptent le plan de culture ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e. On n\u2019est pas tr\u00e8s loin de l\u2019id\u00e9e du \u00ab faire \u00bb pr\u00e9sente chez Tim Ingold pour qui \u00ab celui qui fait \u00bb est&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab quelqu&rsquo;un qui agit dans un monde de mati\u00e8res actives. Ces mati\u00e8res sont ce avec quoi il doit travailler et le processus de fabrication consiste \u00e0 \u00ab unir ses forces \u00bb aux leurs, les rassemblant ou les divisant, les synth\u00e9tisant ou les distillant, en cherchant \u00e0 anticiper sur ce qui pourrait \u00e9merger. (&#8230;) Bien que le fabricant ait une forme \u00e0 l&rsquo;esprit, ce n&rsquo;est toutefois pas elle qui cr\u00e9e l&rsquo;\u0153uvre: cette derni\u00e8re r\u00e9sulte plut\u00f4t de l&rsquo;engagement du fabricant avec la mati\u00e8re elle-m\u00eame\u00bb (Ingold, 2017, pp. 60-61).\u00a0<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Objet 2&nbsp;: le local \u00e0 outils<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le\u00a0<strong>local \u00e0 outils<\/strong>\u00a0permet \u00e9galement de souligner la complexit\u00e9 du m\u00e9tier. Avec 50 vari\u00e9t\u00e9s de l\u00e9gumes qui doivent \u00eatre accompagn\u00e9s tout au long de leur vie, les techniques, les savoirs et les savoir-faire sont multiples. Un plant de tomate va par exemple demander un semis en couche chaude ainsi qu\u2019une protection contre les courants d\u2019air froid qui perturberaient la croissance de la plante. Il devra ensuite \u00eatre transplant\u00e9 avec une dose d\u2019engrais dans un sol suffisamment meuble et abondamment arros\u00e9 afin de susciter la croissance des racines en profondeur. Il devra \u00eatre tuteur\u00e9, \u00e9gourmand\u00e9 durant toute la saison afin de concentrer l\u2019\u00e9nergie de la plante dans ses fruits. Ceux-ci devront \u00eatre cueillis sans blesser la plante et transport\u00e9s dans des caisses mod\u00e9r\u00e9ment charg\u00e9es pour \u00e9viter un \u00e9crasement. De plus, lors des r\u00e9coltes, il faut anticiper le rougissement de la tomate car une tomate orang\u00e9e sera peut-\u00eatre trop mure lors de la r\u00e9colte suivante une semaine plus tard.\u00a0\u00a0La vigilance est grande dans l\u2019observation de potentielles maladies qui pourraient rapidement se propager de plantes en plantes. Et chaque l\u00e9gume am\u00e8ne son jeu d\u2019actes techniques et d\u2019observations pour l\u2019accompagner tout au long de sa vie.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/LO-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5743\" srcset=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/LO-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/LO-300x225.jpg 300w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/LO-768x576.jpg 768w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/LO-1140x855.jpg 1140w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/LO.jpg 1182w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le choix de l\u2019outil pour un travail, comme par exemple le d\u00e9sherbage, se fait \u00e0 nouveau en concertation avec le r\u00e9el, en fonction de la situation du terrain, de la texture du sol, de la croissance de la plante. Si une binette est relativement passe-partout pour un d\u00e9sherbage, une fraiseuse-sarcleuse est parfois plus efficace, mais celle-ci, plus encombrante, pourrait abimer la plante.&nbsp;&nbsp;Et il ne s\u2019agit ici que de la complexit\u00e9 au champ. L\u2019art du mara\u00eecher va aussi se traduire dans la recherche et la mobilisation de diff\u00e9rents canaux de vente pour \u00e9couler des surproductions, l\u2019encadrement des stagiaires, la communication, la collaboration avec d\u2019autres mara\u00eechers pour assurer une offre suffisante lors des march\u00e9s, la communication avec les coop\u00e9rateurs-consommateurs, \u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Objet 3&nbsp;: l\u2019\u00e9tiquette de prix<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019agit de l\u2019\u00e9tiquette de prix d\u2019une tomate vendue sur le march\u00e9. A la coop\u00e9rative, le prix d\u2019une tomate varie entre 3,80 euros du kilo pour une tomate hybride et 5,80 euros du kilo pour une tomate ancienne.&nbsp;Par son prix, la tomate interroge l\u2019environnement \u00e9conomique dans lesquels produisent les mara\u00eechers. Car une tomate n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 une autre tomate.&nbsp;<strong>Et m\u00eame dans une production alternative, le prix des fruits et l\u00e9gumes reste connect\u00e9 aux prix dans la production conventionnelle<em>&nbsp;<\/em>auxquels on attribue un facteur de multiplication.<\/strong>&nbsp;Ainsi, la coop\u00e9rative applique un facteur de multiplication aux prix pratiqu\u00e9s par un grossiste bio car les march\u00e9s sur lesquels les mara\u00eechers&nbsp;&nbsp;proposent leur produits vont aussi \u00eatre occup\u00e9s par des revendeurs de produits bio qui pratiquent les m\u00eames marges.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De plus, les prix sont \u00e9galement contraints par l\u2019imaginaire du co\u00fbt de la nourriture qui est diffus\u00e9 par la grande distribution. Avec des tomates parfois vendues \u00e0 99 cent du kilo, proposer des tomates \u00e0 3,80 euros du kilo pour les hybrides, ou 5,80 euros du kilo pour les vari\u00e9t\u00e9s anciennes, peut para\u00eetre insens\u00e9.&nbsp;&nbsp;Les mara\u00eechers, malgr\u00e9 une production alternative, se retrouvent donc en comp\u00e9tition avec les syst\u00e8mes<em>conventionnel ou bio \u00e0 grande \u00e9chelle<\/em>, plus subsidi\u00e9s et&nbsp;&nbsp;plus m\u00e9canis\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais ce prix de la tomate&nbsp;&nbsp;interroge \u00e9galement le public \u00e0 qui celle-ci est destin\u00e9e et les mara\u00eechers sont pris dans la tension de vouloir vivre de leur m\u00e9tier tout en restant accessible au plus grand nombre et ne pas produire pour une niche isol\u00e9e de personnes privil\u00e9gi\u00e9es. La question du prix est donc aussi totalement li\u00e9e \u00e0 la question de l\u2019identit\u00e9 des producteurs, \u00e0 l\u2019id\u00e9al qui a conduit ces nimaculteurs, des agriculteurs Non Issus du Milieu Agricole (Sina\u00ef, 2013), \u00e0 leur reconversion. Car, sur les march\u00e9s, les mara\u00eechers de la coop\u00e9rative sont l\u00e0 surtout en tant que producteur, et non simplement comme vendeur. Certes des produits sont issus de l\u2019achat \u00e0 d\u2019autres producteurs , pour pr\u00e9senter une offre plus attrayante aux clients et augmenter les rentr\u00e9es, mais quand la production propre vient \u00e0 manquer, cela impacte le plaisir du march\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 m\u00eame du producteur. Ainsi, une production estivale de tomates inf\u00e9rieure aux pr\u00e9visions&nbsp;&nbsp;a rendu la vente&nbsp;&nbsp;moins int\u00e9ressante tant pour les clients que pour les producteurs. Pour ceux-ci, vendre uniquement les produits des autres, ce n\u2019est pas le m\u00e9tier recherch\u00e9 . Et pour les clients, ce qui est recherch\u00e9&nbsp;va souvent au-del\u00e0 de simples produits pour remplir son assiette avec une attention particuli\u00e8re sur la provenance du l\u00e9gume voire m\u00eame son histoire. Cela se ressent \u00e0 travers la fid\u00e9lit\u00e9 des clients au march\u00e9&nbsp;ou l\u2019engagement des abonn\u00e9s au syst\u00e8me de paniers qui paient parfois d\u2019avance pour une ann\u00e9e enti\u00e8re de consommation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc derri\u00e8re cette simple question du prix se retrouve de multiples dimensions interrogeant la possibilit\u00e9 p\u00e9renne d\u2019une production alternative dans un environnement \u00e9conomique tr\u00e8s comp\u00e9titif, avec en filigrane la question des subsides \u00e0 une agriculture qui voit chaque jour trois exploitations agricoles fermer leur portes en Belgique&nbsp; au profit d\u2019exploitations agricoles de plus en plus grandes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Objet 4&nbsp;: une table<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La table symbolise les r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res qui se tiennent \u00e0 la coop\u00e9rative. Il s\u2019agit de r\u00e9gler des questions techniques qui vont souvent au-del\u00e0 de la technique&nbsp;: doit-on traiter une maladie&nbsp;? enlever simplement les plants, abandonner la planche&nbsp;? La r\u00e9ponse varie en fonction des sensibilit\u00e9s et du sens que l\u2019on met \u00e0 \u00ab&nbsp;la protection de l\u2019environnement&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit bien s\u00fbr de parler de la gestion quotidienne de la coop\u00e9rative mais, pour que cela fonctionne, les \u00e9changes vont bien plus loin que dans une r\u00e9union de travail classique. Une grande partie des r\u00e9unions est consacr\u00e9e \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o int\u00e9rieure d\u2019une part, pour exprimer comment on se sent le jour de la r\u00e9union, et au feeling d\u2019autre part, pour exprimer comment on se sent dans le projet. Se sent-on \u00e9cout\u00e9&nbsp;? Est-ce qu\u2019on s\u2019y retrouve&nbsp;? Se sent-on bien dans le groupe, \u2026 Un temps est ensuite consacr\u00e9 \u00e0 une \u00ab&nbsp;lev\u00e9e de tension&nbsp;\u00bb durant laquelle chacun peut exprimer librement un ou plusieurs \u00e9l\u00e9ments qui provoquent chez lui une tension. Cela peut-\u00eatre une n\u00e9gligence dans le tri des d\u00e9chets, cela peut-\u00eatre une incompr\u00e9hension entre deux membres de la coop\u00e9rative.&nbsp;&nbsp;C\u2019est un \u00e9change de paroles franches, cash, dans un espace o\u00f9 tout doit pouvoir \u00eatre dit et entendu afin que cela lib\u00e8re l\u2019espace de travail de ces tensions. Pour qu\u2019un projet coop\u00e9ratif avec une dimension horizontale forte fonctionne r\u00e9ellement, cette dimension ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9e. Et au-del\u00e0 des l\u00e9gumes, cette mani\u00e8re de fonctionner o\u00f9 on tente de prendre soin, autant que faire se peut, des autres, interroge le monde du travail hi\u00e9rarchique et la notion de ressources humaines, mot passepartout mais scandaleux selon Mike Singleton dans l\u2019assimilation qu\u2019il produit des humains \u00e0 des ressources, interchangeables et exploitables (Singleton, 2015).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Enfin, pour le cinqui\u00e8me objet, je voulais vous parler des caisses bleues<\/strong>. Ces caisses sont omnipr\u00e9sentes et standardis\u00e9es dans la production et la circulation des fruits et des l\u00e9gumes dans le B\u00e9n\u00e9lux. Elles permettent la circulation des l\u00e9gumes du champ au d\u00e9p\u00f4t et du d\u00e9p\u00f4t vers les march\u00e9s mais \u00e9galement entre diff\u00e9rents producteurs. Elles soulignent, comme mentionn\u00e9 plus t\u00f4t, que les mara\u00eechers de la coop\u00e9rative travaillent dans l\u2019environnement g\u00e9n\u00e9ral de la production mara\u00eech\u00e8re, alimentaire, ce qui les connecte \u00e0 des producteurs plus conventionnels.\u00a0\u00a0Mais elles incarnent \u00e9galement le r\u00e9seau de producteurs avec qui travaillent les membres de la coop\u00e9rative et qui sont eux aussi engag\u00e9s dans une optique commune d\u2019agriculture durable.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"760\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/CB-760x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5753\" srcset=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/CB-760x1024.jpg 760w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/CB-223x300.jpg 223w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/CB-768x1035.jpg 768w, https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/CB.jpg 978w\" sizes=\"auto, (max-width: 760px) 100vw, 760px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un article de Nicolas Loodts, doctorant au LAAP, boursier FRESH<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">DOUWE VAN DER PLOEG J., 2014,&nbsp;<em>Les paysans du XXIe si\u00e8cle. Mouvements de repaysanisation dans l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>, Paris, Editions Charles L\u00e9opold Mayer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">INGOLD T., 2017,&nbsp;<em>Faire &#8211; Anthropologie, Arch\u00e9ologie, Art et Architecture<\/em>, Bellevaux, Dehors.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">LARRERE C. &amp; LARRERE R., 2015,&nbsp;<em>Penser et agir avec la nature<\/em>, Paris, La d\u00e9couverte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">SINA\u00cf A., 2013, \u00ab&nbsp;Les non-issus du monde agricole pourraient cr\u00e9er des milliers de microfermes p\u00e9riurbaines&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>La Revue durable<\/em>, N\u00b050 : pp. 41-42, [En ligne]&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">SINGLETON M., 2015,\u00a0<em>S\u00e9minaire d&rsquo;enqu\u00eate ethnologique (LANTR2000)<\/em>, Notes de cours personnelles de N.Loodts, UCL, Ann\u00e9e acad\u00e9mique 2014-2015\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes les photos sont de l&rsquo;auteur. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mara\u00eechage biologique sur petite surface est un m\u00e9tier complexe. Il l\u2019est d\u2019autant plus lorsqu\u2019il est pratiqu\u00e9 au sein d\u2019une coop\u00e9rative. A travers cinq objets, je vous propose de d\u00e9couvrir la vie d\u2019une petite coop\u00e9rative de 6 mara\u00eechers situ\u00e9e en r\u00e9gion wallonne et cultivant un peu moins 1,5 hectares selon les principes de l\u2019agro\u00e9cologie.\u00a0 OBJET 1&nbsp;: Le plan de culture&nbsp; Tout d\u2019abord, le plan de culture.\u00a0\u00a0Au sein de la coop\u00e9rative, la totalit\u00e9 de la saison de production est r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 travers un document appel\u00e9 le \u00ab\u00a0plan de culture\u00a0\u00bb. Celui-ci reprend, sous forme d\u2019un tableau EXCEL les diff\u00e9rents jardins de la coop\u00e9rative, les diff\u00e9rentes serres et, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ceux-ci, les diff\u00e9rentes planches, \u00e0 savoir des bandes d\u2019un m\u00e8tre \u00e0 un m\u00e8tre trente de large consacr\u00e9es \u00e0 la culture d\u2019une seule vari\u00e9t\u00e9 de l\u00e9gumes. Le plan de culture indique l\u2019occupation des diff\u00e9rentes planches en fonction du moment de l\u2019ann\u00e9e. Il prend en compte \u00e0 la fois l\u2019estimation des besoins de production pour les diff\u00e9rents canaux de vente et la capacit\u00e9 de travail des diff\u00e9rents coop\u00e9rateurs et stagiaires. C\u2019est une tentative de planification des diff\u00e9rentes cultures tout au long de l\u2019ann\u00e9e. Tentative, car les impr\u00e9vus\u00a0\u00a0sont monnaies courantes et vont venir en permanence perturber la r\u00e9alisation de cette planification id\u00e9ale. Un printemps trop pluvieux qui entra\u00eene une surcharge de limaces qui viennent d\u00e9vorer les jeunes plants de courge, une planche de carottes dont les jeunes pousses ont toutes disparues, peut-\u00eatre grill\u00e9es par une chaleur excessive, une planche de tomates malades, une surproduction de courgettes, une planche trop humide pour permettre le travail de la terre \u2026 Tous ces \u00e9v\u00e8nements o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 va imposer sa marque relativisent le contr\u00f4le qu\u2019on peut avoir du vivant dans un contexte o\u00f9 on ne dispose pas des recettes standardis\u00e9es de l\u2019agriculture conventionnelle. L\u2019implantation des cultures diverge donc toujours de la planification. Quand cette divergence se fait trop importante, le plan peut \u00eatre amend\u00e9 en cours de saison.\u00a0 Cela illustre le jeu complexe auquel doit faire face le mara\u00eecher pour s\u2019adapter aux circonstances, aux al\u00e9as du vivant. Le sociologue hollandais, Jan Douwe van der Ploeg, parle de co-production avec la Nature (Douwe van der Ploeg, 2014, p. 52).&nbsp;&nbsp;Catherine et Rapha\u00ebl Larr\u00e8re distinguent d\u2019ailleurs les \u00ab arts du faire \u00bb, que sont par exemple les \u00ab arts et m\u00e9tiers de l\u2019artisanat, (&#8230;) des manufactures et de l\u2019industrie \u00bb et les \u00ab arts du faire avec \u00bb qui consistent \u00ab \u00e0 infl\u00e9chir des processus naturels pour se procurer des biens \u00bb ou \u00e0 \u00ab utiliser des animaux domestiqu\u00e9s ou des objets techniques mus par des forces naturelles \u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015, p. 176). Pour eux, ces \u00ab arts du faire avec \u00bb rel\u00e8vent du \u00ab pilotage \u00bb, \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;une d\u00e9marche attentive, empirique et pr\u00e9cautionneuse, si sensible au contexte de production qu&rsquo;elle doit toujours \u00eatre adapt\u00e9e et n&rsquo;est gu\u00e8re reproductible \u00e0 l&rsquo;identique \u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015, p. 183)&nbsp;&nbsp;C\u2019est bien dans ce type de d\u00e9marche empirique, de rapport au monde et au r\u00e9el, que sont engag\u00e9s les mara\u00eechers de cette coop\u00e9rative. C\u2019est \u00e0 travers la confrontation au r\u00e9el qu\u2019ils d\u00e9veloppent leurs savoirs et adaptent le plan de culture ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e. On n\u2019est pas tr\u00e8s loin de l\u2019id\u00e9e du \u00ab faire \u00bb pr\u00e9sente chez Tim Ingold pour qui \u00ab celui qui fait \u00bb est&nbsp; \u00ab quelqu&rsquo;un qui agit dans un monde de mati\u00e8res actives. Ces mati\u00e8res sont ce avec quoi il doit travailler et le processus de fabrication consiste \u00e0 \u00ab unir ses forces \u00bb aux leurs, les rassemblant ou les divisant, les synth\u00e9tisant ou les distillant, en cherchant \u00e0 anticiper sur ce qui pourrait \u00e9merger. (&#8230;) Bien que le fabricant ait une forme \u00e0 l&rsquo;esprit, ce n&rsquo;est toutefois pas elle qui cr\u00e9e l&rsquo;\u0153uvre: cette derni\u00e8re r\u00e9sulte plut\u00f4t de l&rsquo;engagement du fabricant avec la mati\u00e8re elle-m\u00eame\u00bb (Ingold, 2017, pp. 60-61).\u00a0 Objet 2&nbsp;: le local \u00e0 outils Le\u00a0local \u00e0 outils\u00a0permet \u00e9galement de souligner la complexit\u00e9 du m\u00e9tier. Avec 50 vari\u00e9t\u00e9s de l\u00e9gumes qui doivent \u00eatre accompagn\u00e9s tout au long de leur vie, les techniques, les savoirs et les savoir-faire sont multiples. Un plant de tomate va par exemple demander un semis en couche chaude ainsi qu\u2019une protection contre les courants d\u2019air froid qui perturberaient la croissance de la plante. Il devra ensuite \u00eatre transplant\u00e9 avec une dose d\u2019engrais dans un sol suffisamment meuble et abondamment arros\u00e9 afin de susciter la croissance des racines en profondeur. Il devra \u00eatre tuteur\u00e9, \u00e9gourmand\u00e9 durant toute la saison afin de concentrer l\u2019\u00e9nergie de la plante dans ses fruits. Ceux-ci devront \u00eatre cueillis sans blesser la plante et transport\u00e9s dans des caisses mod\u00e9r\u00e9ment charg\u00e9es pour \u00e9viter un \u00e9crasement. De plus, lors des r\u00e9coltes, il faut anticiper le rougissement de la tomate car une tomate orang\u00e9e sera peut-\u00eatre trop mure lors de la r\u00e9colte suivante une semaine plus tard.\u00a0\u00a0La vigilance est grande dans l\u2019observation de potentielles maladies qui pourraient rapidement se propager de plantes en plantes. Et chaque l\u00e9gume am\u00e8ne son jeu d\u2019actes techniques et d\u2019observations pour l\u2019accompagner tout au long de sa vie.\u00a0\u00a0 Le choix de l\u2019outil pour un travail, comme par exemple le d\u00e9sherbage, se fait \u00e0 nouveau en concertation avec le r\u00e9el, en fonction de la situation du terrain, de la texture du sol, de la croissance de la plante. Si une binette est relativement passe-partout pour un d\u00e9sherbage, une fraiseuse-sarcleuse est parfois plus efficace, mais celle-ci, plus encombrante, pourrait abimer la plante.&nbsp;&nbsp;Et il ne s\u2019agit ici que de la complexit\u00e9 au champ. L\u2019art du mara\u00eecher va aussi se traduire dans la recherche et la mobilisation de diff\u00e9rents canaux de vente pour \u00e9couler des surproductions, l\u2019encadrement des stagiaires, la communication, la collaboration avec d\u2019autres mara\u00eechers pour assurer une offre suffisante lors des march\u00e9s, la communication avec les coop\u00e9rateurs-consommateurs, \u2026&nbsp; Objet 3&nbsp;: l\u2019\u00e9tiquette de prix Il s\u2019agit de l\u2019\u00e9tiquette de prix d\u2019une tomate vendue sur le march\u00e9. A la coop\u00e9rative, le prix d\u2019une tomate varie entre 3,80 euros du kilo pour une tomate hybride et 5,80 euros du kilo pour une tomate ancienne.&nbsp;Par son prix, la tomate interroge l\u2019environnement \u00e9conomique dans lesquels produisent les mara\u00eechers. Car une tomate n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 une autre tomate.&nbsp;Et m\u00eame dans une production alternative, le prix des fruits et l\u00e9gumes reste connect\u00e9 aux prix dans la production conventionnelle&nbsp;auxquels on attribue un facteur de multiplication.&nbsp;Ainsi, la coop\u00e9rative applique un facteur de multiplication aux prix pratiqu\u00e9s par un grossiste bio car les march\u00e9s sur lesquels les mara\u00eechers&nbsp;&nbsp;proposent leur produits vont aussi \u00eatre occup\u00e9s par des revendeurs de produits bio qui pratiquent les m\u00eames marges.&nbsp; De plus, les prix sont \u00e9galement contraints par l\u2019imaginaire du co\u00fbt de la nourriture qui est diffus\u00e9 par la grande distribution. Avec des tomates parfois vendues \u00e0 99 cent du kilo, proposer des tomates \u00e0 3,80 euros du kilo pour les hybrides, ou 5,80 euros du kilo pour les vari\u00e9t\u00e9s anciennes, peut para\u00eetre insens\u00e9.&nbsp;&nbsp;Les mara\u00eechers, malgr\u00e9 une production alternative, se retrouvent donc en comp\u00e9tition avec les syst\u00e8mesconventionnel ou bio \u00e0 grande \u00e9chelle, plus subsidi\u00e9s et&nbsp;&nbsp;plus m\u00e9canis\u00e9s.&nbsp; Mais ce prix de la tomate&nbsp;&nbsp;interroge \u00e9galement le public \u00e0 qui celle-ci est destin\u00e9e et les mara\u00eechers sont pris dans la tension de vouloir vivre de leur m\u00e9tier tout en restant accessible au plus grand nombre et ne pas produire pour une niche isol\u00e9e de personnes privil\u00e9gi\u00e9es. La question du prix est donc aussi totalement li\u00e9e \u00e0 la question de l\u2019identit\u00e9 des producteurs, \u00e0 l\u2019id\u00e9al qui a conduit ces nimaculteurs, des agriculteurs Non Issus du Milieu Agricole (Sina\u00ef, 2013), \u00e0 leur reconversion. Car, sur les march\u00e9s, les mara\u00eechers de la coop\u00e9rative sont l\u00e0 surtout en tant que producteur, et non simplement comme vendeur. Certes des produits sont issus de l\u2019achat \u00e0 d\u2019autres producteurs , pour pr\u00e9senter une offre plus attrayante aux clients et augmenter les rentr\u00e9es, mais quand la production propre vient \u00e0 manquer, cela impacte le plaisir du march\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 m\u00eame du producteur. Ainsi, une production estivale de tomates inf\u00e9rieure aux pr\u00e9visions&nbsp;&nbsp;a rendu la vente&nbsp;&nbsp;moins int\u00e9ressante tant pour les clients que pour les producteurs. Pour ceux-ci, vendre uniquement les produits des autres, ce n\u2019est pas le m\u00e9tier recherch\u00e9 . Et pour les clients, ce qui est recherch\u00e9&nbsp;va souvent au-del\u00e0 de simples produits pour remplir son assiette avec une attention particuli\u00e8re sur la provenance du l\u00e9gume voire m\u00eame son histoire. Cela se ressent \u00e0 travers la fid\u00e9lit\u00e9 des clients au march\u00e9&nbsp;ou l\u2019engagement des abonn\u00e9s au syst\u00e8me de paniers qui paient parfois d\u2019avance pour une ann\u00e9e enti\u00e8re de consommation.&nbsp; Donc derri\u00e8re cette simple question du prix se retrouve de multiples dimensions interrogeant la possibilit\u00e9 p\u00e9renne d\u2019une production alternative dans un environnement \u00e9conomique tr\u00e8s comp\u00e9titif, avec en filigrane la question des subsides \u00e0 une agriculture qui voit chaque jour trois exploitations agricoles fermer leur portes en Belgique&nbsp; au profit d\u2019exploitations agricoles de plus en plus grandes.&nbsp; Objet 4&nbsp;: une table La table symbolise les r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res qui se tiennent \u00e0 la coop\u00e9rative. Il s\u2019agit de r\u00e9gler des questions techniques qui vont souvent au-del\u00e0 de la technique&nbsp;: doit-on traiter une maladie&nbsp;? enlever simplement les plants, abandonner la planche&nbsp;? La r\u00e9ponse varie en fonction des sensibilit\u00e9s et du sens que l\u2019on met \u00e0 \u00ab&nbsp;la protection de l\u2019environnement&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit bien s\u00fbr de parler de la gestion quotidienne de la coop\u00e9rative mais, pour que cela fonctionne, les \u00e9changes vont bien plus loin que dans une r\u00e9union de travail classique. Une grande partie des r\u00e9unions est consacr\u00e9e \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o int\u00e9rieure d\u2019une part, pour exprimer comment on se sent le jour de la r\u00e9union, et au feeling d\u2019autre part, pour exprimer comment on se sent dans le projet. Se sent-on \u00e9cout\u00e9&nbsp;? Est-ce qu\u2019on s\u2019y retrouve&nbsp;? Se sent-on bien dans le groupe, \u2026 Un temps est ensuite consacr\u00e9 \u00e0 une \u00ab&nbsp;lev\u00e9e de tension&nbsp;\u00bb durant laquelle chacun peut exprimer librement un ou plusieurs \u00e9l\u00e9ments qui provoquent chez lui une tension. Cela peut-\u00eatre une n\u00e9gligence dans le tri des d\u00e9chets, cela peut-\u00eatre une incompr\u00e9hension entre deux membres de la coop\u00e9rative.&nbsp;&nbsp;C\u2019est un \u00e9change de paroles franches, cash, dans un espace o\u00f9 tout doit pouvoir \u00eatre dit et entendu afin que cela lib\u00e8re l\u2019espace de travail de ces tensions. Pour qu\u2019un projet coop\u00e9ratif avec une dimension horizontale forte fonctionne r\u00e9ellement, cette dimension ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9e. Et au-del\u00e0 des l\u00e9gumes, cette mani\u00e8re de fonctionner o\u00f9 on tente de prendre soin, autant que faire se peut, des autres, interroge le monde du travail hi\u00e9rarchique et la notion de ressources humaines, mot passepartout mais scandaleux selon Mike Singleton dans l\u2019assimilation qu\u2019il produit des humains \u00e0 des ressources, interchangeables et exploitables (Singleton, 2015).&nbsp; Enfin, pour le cinqui\u00e8me objet, je voulais vous parler des caisses bleues. Ces caisses sont omnipr\u00e9sentes et standardis\u00e9es dans la production et la circulation des fruits et des l\u00e9gumes dans le B\u00e9n\u00e9lux. Elles permettent la circulation des l\u00e9gumes du champ au d\u00e9p\u00f4t et du d\u00e9p\u00f4t vers les march\u00e9s mais \u00e9galement entre diff\u00e9rents producteurs. Elles soulignent, comme mentionn\u00e9 plus t\u00f4t, que les mara\u00eechers de la coop\u00e9rative travaillent dans l\u2019environnement g\u00e9n\u00e9ral de la production mara\u00eech\u00e8re, alimentaire, ce qui les connecte \u00e0 des producteurs plus conventionnels.\u00a0\u00a0Mais elles incarnent \u00e9galement le r\u00e9seau de producteurs avec qui travaillent les membres de la coop\u00e9rative et qui sont eux aussi engag\u00e9s dans une optique commune d\u2019agriculture durable.\u00a0 Un article de Nicolas Loodts, doctorant au LAAP, boursier FRESH Bibliographie DOUWE VAN DER PLOEG J., 2014,&nbsp;Les paysans du XXIe si\u00e8cle. Mouvements de repaysanisation dans l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui, Paris, Editions Charles L\u00e9opold Mayer.&nbsp; INGOLD T., 2017,&nbsp;Faire &#8211; Anthropologie, Arch\u00e9ologie, Art et Architecture, Bellevaux, Dehors.&nbsp; LARRERE C. &amp; LARRERE R., 2015,&nbsp;Penser et agir avec la nature, Paris, La d\u00e9couverte.&nbsp; SINA\u00cf A., 2013, \u00ab&nbsp;Les non-issus du monde agricole pourraient cr\u00e9er des milliers de microfermes p\u00e9riurbaines&nbsp;\u00bb,&nbsp;La Revue durable, N\u00b050 : pp. 41-42, [En ligne]&nbsp;&nbsp; SINGLETON M., 2015,\u00a0S\u00e9minaire d&rsquo;enqu\u00eate ethnologique (LANTR2000), Notes de cours personnelles de N.Loodts, UCL, Ann\u00e9e acad\u00e9mique 2014-2015\u00a0 Toutes les photos sont de l&rsquo;auteur.<\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":5723,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[153,53,283],"tags":[863,883,873],"class_list":["post-5703","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-a-la-une","category-agriculture","category-laap","tag-agriculture","tag-agroecologie","tag-maraichage"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le mara\u00eechage biologique sur petite surface en 5 objets - Laap<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le mara\u00eechage biologique sur petite surface en 5 objets - Laap\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Le mara\u00eechage biologique sur petite surface est un m\u00e9tier complexe. 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Un printemps trop pluvieux qui entra\u00eene une surcharge de limaces qui viennent d\u00e9vorer les jeunes plants de courge, une planche de carottes dont les jeunes pousses ont toutes disparues, peut-\u00eatre grill\u00e9es par une chaleur excessive, une planche de tomates malades, une surproduction de courgettes, une planche trop humide pour permettre le travail de la terre \u2026 Tous ces \u00e9v\u00e8nements o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 va imposer sa marque relativisent le contr\u00f4le qu\u2019on peut avoir du vivant dans un contexte o\u00f9 on ne dispose pas des recettes standardis\u00e9es de l\u2019agriculture conventionnelle. L\u2019implantation des cultures diverge donc toujours de la planification. Quand cette divergence se fait trop importante, le plan peut \u00eatre amend\u00e9 en cours de saison.\u00a0 Cela illustre le jeu complexe auquel doit faire face le mara\u00eecher pour s\u2019adapter aux circonstances, aux al\u00e9as du vivant. Le sociologue hollandais, Jan Douwe van der Ploeg, parle de co-production avec la Nature (Douwe van der Ploeg, 2014, p. 52).&nbsp;&nbsp;Catherine et Rapha\u00ebl Larr\u00e8re distinguent d\u2019ailleurs les \u00ab arts du faire \u00bb, que sont par exemple les \u00ab arts et m\u00e9tiers de l\u2019artisanat, (&#8230;) des manufactures et de l\u2019industrie \u00bb et les \u00ab arts du faire avec \u00bb qui consistent \u00ab \u00e0 infl\u00e9chir des processus naturels pour se procurer des biens \u00bb ou \u00e0 \u00ab utiliser des animaux domestiqu\u00e9s ou des objets techniques mus par des forces naturelles \u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015, p. 176). Pour eux, ces \u00ab arts du faire avec \u00bb rel\u00e8vent du \u00ab pilotage \u00bb, \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;une d\u00e9marche attentive, empirique et pr\u00e9cautionneuse, si sensible au contexte de production qu&rsquo;elle doit toujours \u00eatre adapt\u00e9e et n&rsquo;est gu\u00e8re reproductible \u00e0 l&rsquo;identique \u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015, p. 183)&nbsp;&nbsp;C\u2019est bien dans ce type de d\u00e9marche empirique, de rapport au monde et au r\u00e9el, que sont engag\u00e9s les mara\u00eechers de cette coop\u00e9rative. C\u2019est \u00e0 travers la confrontation au r\u00e9el qu\u2019ils d\u00e9veloppent leurs savoirs et adaptent le plan de culture ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e. On n\u2019est pas tr\u00e8s loin de l\u2019id\u00e9e du \u00ab faire \u00bb pr\u00e9sente chez Tim Ingold pour qui \u00ab celui qui fait \u00bb est&nbsp; \u00ab quelqu&rsquo;un qui agit dans un monde de mati\u00e8res actives. Ces mati\u00e8res sont ce avec quoi il doit travailler et le processus de fabrication consiste \u00e0 \u00ab unir ses forces \u00bb aux leurs, les rassemblant ou les divisant, les synth\u00e9tisant ou les distillant, en cherchant \u00e0 anticiper sur ce qui pourrait \u00e9merger. (&#8230;) Bien que le fabricant ait une forme \u00e0 l&rsquo;esprit, ce n&rsquo;est toutefois pas elle qui cr\u00e9e l&rsquo;\u0153uvre: cette derni\u00e8re r\u00e9sulte plut\u00f4t de l&rsquo;engagement du fabricant avec la mati\u00e8re elle-m\u00eame\u00bb (Ingold, 2017, pp. 60-61).\u00a0 Objet 2&nbsp;: le local \u00e0 outils Le\u00a0local \u00e0 outils\u00a0permet \u00e9galement de souligner la complexit\u00e9 du m\u00e9tier. Avec 50 vari\u00e9t\u00e9s de l\u00e9gumes qui doivent \u00eatre accompagn\u00e9s tout au long de leur vie, les techniques, les savoirs et les savoir-faire sont multiples. Un plant de tomate va par exemple demander un semis en couche chaude ainsi qu\u2019une protection contre les courants d\u2019air froid qui perturberaient la croissance de la plante. Il devra ensuite \u00eatre transplant\u00e9 avec une dose d\u2019engrais dans un sol suffisamment meuble et abondamment arros\u00e9 afin de susciter la croissance des racines en profondeur. Il devra \u00eatre tuteur\u00e9, \u00e9gourmand\u00e9 durant toute la saison afin de concentrer l\u2019\u00e9nergie de la plante dans ses fruits. Ceux-ci devront \u00eatre cueillis sans blesser la plante et transport\u00e9s dans des caisses mod\u00e9r\u00e9ment charg\u00e9es pour \u00e9viter un \u00e9crasement. De plus, lors des r\u00e9coltes, il faut anticiper le rougissement de la tomate car une tomate orang\u00e9e sera peut-\u00eatre trop mure lors de la r\u00e9colte suivante une semaine plus tard.\u00a0\u00a0La vigilance est grande dans l\u2019observation de potentielles maladies qui pourraient rapidement se propager de plantes en plantes. Et chaque l\u00e9gume am\u00e8ne son jeu d\u2019actes techniques et d\u2019observations pour l\u2019accompagner tout au long de sa vie.\u00a0\u00a0 Le choix de l\u2019outil pour un travail, comme par exemple le d\u00e9sherbage, se fait \u00e0 nouveau en concertation avec le r\u00e9el, en fonction de la situation du terrain, de la texture du sol, de la croissance de la plante. Si une binette est relativement passe-partout pour un d\u00e9sherbage, une fraiseuse-sarcleuse est parfois plus efficace, mais celle-ci, plus encombrante, pourrait abimer la plante.&nbsp;&nbsp;Et il ne s\u2019agit ici que de la complexit\u00e9 au champ. L\u2019art du mara\u00eecher va aussi se traduire dans la recherche et la mobilisation de diff\u00e9rents canaux de vente pour \u00e9couler des surproductions, l\u2019encadrement des stagiaires, la communication, la collaboration avec d\u2019autres mara\u00eechers pour assurer une offre suffisante lors des march\u00e9s, la communication avec les coop\u00e9rateurs-consommateurs, \u2026&nbsp; Objet 3&nbsp;: l\u2019\u00e9tiquette de prix Il s\u2019agit de l\u2019\u00e9tiquette de prix d\u2019une tomate vendue sur le march\u00e9. A la coop\u00e9rative, le prix d\u2019une tomate varie entre 3,80 euros du kilo pour une tomate hybride et 5,80 euros du kilo pour une tomate ancienne.&nbsp;Par son prix, la tomate interroge l\u2019environnement \u00e9conomique dans lesquels produisent les mara\u00eechers. Car une tomate n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 une autre tomate.&nbsp;Et m\u00eame dans une production alternative, le prix des fruits et l\u00e9gumes reste connect\u00e9 aux prix dans la production conventionnelle&nbsp;auxquels on attribue un facteur de multiplication.&nbsp;Ainsi, la coop\u00e9rative applique un facteur de multiplication aux prix pratiqu\u00e9s par un grossiste bio car les march\u00e9s sur lesquels les mara\u00eechers&nbsp;&nbsp;proposent leur produits vont aussi \u00eatre occup\u00e9s par des revendeurs de produits bio qui pratiquent les m\u00eames marges.&nbsp; De plus, les prix sont \u00e9galement contraints par l\u2019imaginaire du co\u00fbt de la nourriture qui est diffus\u00e9 par la grande distribution. Avec des tomates parfois vendues \u00e0 99 cent du kilo, proposer des tomates \u00e0 3,80 euros du kilo pour les hybrides, ou 5,80 euros du kilo pour les vari\u00e9t\u00e9s anciennes, peut para\u00eetre insens\u00e9.&nbsp;&nbsp;Les mara\u00eechers, malgr\u00e9 une production alternative, se retrouvent donc en comp\u00e9tition avec les syst\u00e8mesconventionnel ou bio \u00e0 grande \u00e9chelle, plus subsidi\u00e9s et&nbsp;&nbsp;plus m\u00e9canis\u00e9s.&nbsp; Mais ce prix de la tomate&nbsp;&nbsp;interroge \u00e9galement le public \u00e0 qui celle-ci est destin\u00e9e et les mara\u00eechers sont pris dans la tension de vouloir vivre de leur m\u00e9tier tout en restant accessible au plus grand nombre et ne pas produire pour une niche isol\u00e9e de personnes privil\u00e9gi\u00e9es. La question du prix est donc aussi totalement li\u00e9e \u00e0 la question de l\u2019identit\u00e9 des producteurs, \u00e0 l\u2019id\u00e9al qui a conduit ces nimaculteurs, des agriculteurs Non Issus du Milieu Agricole (Sina\u00ef, 2013), \u00e0 leur reconversion. Car, sur les march\u00e9s, les mara\u00eechers de la coop\u00e9rative sont l\u00e0 surtout en tant que producteur, et non simplement comme vendeur. Certes des produits sont issus de l\u2019achat \u00e0 d\u2019autres producteurs , pour pr\u00e9senter une offre plus attrayante aux clients et augmenter les rentr\u00e9es, mais quand la production propre vient \u00e0 manquer, cela impacte le plaisir du march\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 m\u00eame du producteur. Ainsi, une production estivale de tomates inf\u00e9rieure aux pr\u00e9visions&nbsp;&nbsp;a rendu la vente&nbsp;&nbsp;moins int\u00e9ressante tant pour les clients que pour les producteurs. Pour ceux-ci, vendre uniquement les produits des autres, ce n\u2019est pas le m\u00e9tier recherch\u00e9 . Et pour les clients, ce qui est recherch\u00e9&nbsp;va souvent au-del\u00e0 de simples produits pour remplir son assiette avec une attention particuli\u00e8re sur la provenance du l\u00e9gume voire m\u00eame son histoire. Cela se ressent \u00e0 travers la fid\u00e9lit\u00e9 des clients au march\u00e9&nbsp;ou l\u2019engagement des abonn\u00e9s au syst\u00e8me de paniers qui paient parfois d\u2019avance pour une ann\u00e9e enti\u00e8re de consommation.&nbsp; Donc derri\u00e8re cette simple question du prix se retrouve de multiples dimensions interrogeant la possibilit\u00e9 p\u00e9renne d\u2019une production alternative dans un environnement \u00e9conomique tr\u00e8s comp\u00e9titif, avec en filigrane la question des subsides \u00e0 une agriculture qui voit chaque jour trois exploitations agricoles fermer leur portes en Belgique&nbsp; au profit d\u2019exploitations agricoles de plus en plus grandes.&nbsp; Objet 4&nbsp;: une table La table symbolise les r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res qui se tiennent \u00e0 la coop\u00e9rative. Il s\u2019agit de r\u00e9gler des questions techniques qui vont souvent au-del\u00e0 de la technique&nbsp;: doit-on traiter une maladie&nbsp;? enlever simplement les plants, abandonner la planche&nbsp;? La r\u00e9ponse varie en fonction des sensibilit\u00e9s et du sens que l\u2019on met \u00e0 \u00ab&nbsp;la protection de l\u2019environnement&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit bien s\u00fbr de parler de la gestion quotidienne de la coop\u00e9rative mais, pour que cela fonctionne, les \u00e9changes vont bien plus loin que dans une r\u00e9union de travail classique. Une grande partie des r\u00e9unions est consacr\u00e9e \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o int\u00e9rieure d\u2019une part, pour exprimer comment on se sent le jour de la r\u00e9union, et au feeling d\u2019autre part, pour exprimer comment on se sent dans le projet. Se sent-on \u00e9cout\u00e9&nbsp;? Est-ce qu\u2019on s\u2019y retrouve&nbsp;? Se sent-on bien dans le groupe, \u2026 Un temps est ensuite consacr\u00e9 \u00e0 une \u00ab&nbsp;lev\u00e9e de tension&nbsp;\u00bb durant laquelle chacun peut exprimer librement un ou plusieurs \u00e9l\u00e9ments qui provoquent chez lui une tension. Cela peut-\u00eatre une n\u00e9gligence dans le tri des d\u00e9chets, cela peut-\u00eatre une incompr\u00e9hension entre deux membres de la coop\u00e9rative.&nbsp;&nbsp;C\u2019est un \u00e9change de paroles franches, cash, dans un espace o\u00f9 tout doit pouvoir \u00eatre dit et entendu afin que cela lib\u00e8re l\u2019espace de travail de ces tensions. Pour qu\u2019un projet coop\u00e9ratif avec une dimension horizontale forte fonctionne r\u00e9ellement, cette dimension ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9e. Et au-del\u00e0 des l\u00e9gumes, cette mani\u00e8re de fonctionner o\u00f9 on tente de prendre soin, autant que faire se peut, des autres, interroge le monde du travail hi\u00e9rarchique et la notion de ressources humaines, mot passepartout mais scandaleux selon Mike Singleton dans l\u2019assimilation qu\u2019il produit des humains \u00e0 des ressources, interchangeables et exploitables (Singleton, 2015).&nbsp; Enfin, pour le cinqui\u00e8me objet, je voulais vous parler des caisses bleues. Ces caisses sont omnipr\u00e9sentes et standardis\u00e9es dans la production et la circulation des fruits et des l\u00e9gumes dans le B\u00e9n\u00e9lux. Elles permettent la circulation des l\u00e9gumes du champ au d\u00e9p\u00f4t et du d\u00e9p\u00f4t vers les march\u00e9s mais \u00e9galement entre diff\u00e9rents producteurs. Elles soulignent, comme mentionn\u00e9 plus t\u00f4t, que les mara\u00eechers de la coop\u00e9rative travaillent dans l\u2019environnement g\u00e9n\u00e9ral de la production mara\u00eech\u00e8re, alimentaire, ce qui les connecte \u00e0 des producteurs plus conventionnels.\u00a0\u00a0Mais elles incarnent \u00e9galement le r\u00e9seau de producteurs avec qui travaillent les membres de la coop\u00e9rative et qui sont eux aussi engag\u00e9s dans une optique commune d\u2019agriculture durable.\u00a0 Un article de Nicolas Loodts, doctorant au LAAP, boursier FRESH Bibliographie DOUWE VAN DER PLOEG J., 2014,&nbsp;Les paysans du XXIe si\u00e8cle. Mouvements de repaysanisation dans l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui, Paris, Editions Charles L\u00e9opold Mayer.&nbsp; INGOLD T., 2017,&nbsp;Faire &#8211; Anthropologie, Arch\u00e9ologie, Art et Architecture, Bellevaux, Dehors.&nbsp; LARRERE C. &amp; LARRERE R., 2015,&nbsp;Penser et agir avec la nature, Paris, La d\u00e9couverte.&nbsp; SINA\u00cf A., 2013, \u00ab&nbsp;Les non-issus du monde agricole pourraient cr\u00e9er des milliers de microfermes p\u00e9riurbaines&nbsp;\u00bb,&nbsp;La Revue durable, N\u00b050 : pp. 41-42, [En ligne]&nbsp;&nbsp; SINGLETON M., 2015,\u00a0S\u00e9minaire d&rsquo;enqu\u00eate ethnologique (LANTR2000), Notes de cours personnelles de N.Loodts, UCL, Ann\u00e9e acad\u00e9mique 2014-2015\u00a0 Toutes les photos sont de l&rsquo;auteur.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Laap\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2020-12-16T09:43:59+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2020-12-16T09:48:05+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Ouverture.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"998\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"742\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Nicolas Loodts\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Nicolas Loodts\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"11 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"Nicolas Loodts\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/c30bd2b8649e700f26958121ed3b4934\"},\"headline\":\"Le mara\u00eechage biologique sur petite surface en 5 objets\",\"datePublished\":\"2020-12-16T09:43:59+00:00\",\"dateModified\":\"2020-12-16T09:48:05+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\\\/\"},\"wordCount\":2251,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/#organization\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2020\\\/12\\\/Ouverture.jpg\",\"keywords\":[\"agriculture\",\"agro\u00e9cologie\",\"mara\u00eechage\"],\"articleSection\":[\"A la une\",\"Agriculture\",\"LAAP\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/sites.uclouvain.be\\\/laap-anthropologie-prospective\\\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\\\/\",\"name\":\"Le mara\u00eechage biologique sur petite surface en 5 objets - 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Il l\u2019est d\u2019autant plus lorsqu\u2019il est pratiqu\u00e9 au sein d\u2019une coop\u00e9rative. A travers cinq objets, je vous propose de d\u00e9couvrir la vie d\u2019une petite coop\u00e9rative de 6 mara\u00eechers situ\u00e9e en r\u00e9gion wallonne et cultivant un peu moins 1,5 hectares selon les principes de l\u2019agro\u00e9cologie.\u00a0 OBJET 1&nbsp;: Le plan de culture&nbsp; Tout d\u2019abord, le plan de culture.\u00a0\u00a0Au sein de la coop\u00e9rative, la totalit\u00e9 de la saison de production est r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 travers un document appel\u00e9 le \u00ab\u00a0plan de culture\u00a0\u00bb. Celui-ci reprend, sous forme d\u2019un tableau EXCEL les diff\u00e9rents jardins de la coop\u00e9rative, les diff\u00e9rentes serres et, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ceux-ci, les diff\u00e9rentes planches, \u00e0 savoir des bandes d\u2019un m\u00e8tre \u00e0 un m\u00e8tre trente de large consacr\u00e9es \u00e0 la culture d\u2019une seule vari\u00e9t\u00e9 de l\u00e9gumes. Le plan de culture indique l\u2019occupation des diff\u00e9rentes planches en fonction du moment de l\u2019ann\u00e9e. Il prend en compte \u00e0 la fois l\u2019estimation des besoins de production pour les diff\u00e9rents canaux de vente et la capacit\u00e9 de travail des diff\u00e9rents coop\u00e9rateurs et stagiaires. C\u2019est une tentative de planification des diff\u00e9rentes cultures tout au long de l\u2019ann\u00e9e. Tentative, car les impr\u00e9vus\u00a0\u00a0sont monnaies courantes et vont venir en permanence perturber la r\u00e9alisation de cette planification id\u00e9ale. Un printemps trop pluvieux qui entra\u00eene une surcharge de limaces qui viennent d\u00e9vorer les jeunes plants de courge, une planche de carottes dont les jeunes pousses ont toutes disparues, peut-\u00eatre grill\u00e9es par une chaleur excessive, une planche de tomates malades, une surproduction de courgettes, une planche trop humide pour permettre le travail de la terre \u2026 Tous ces \u00e9v\u00e8nements o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 va imposer sa marque relativisent le contr\u00f4le qu\u2019on peut avoir du vivant dans un contexte o\u00f9 on ne dispose pas des recettes standardis\u00e9es de l\u2019agriculture conventionnelle. L\u2019implantation des cultures diverge donc toujours de la planification. Quand cette divergence se fait trop importante, le plan peut \u00eatre amend\u00e9 en cours de saison.\u00a0 Cela illustre le jeu complexe auquel doit faire face le mara\u00eecher pour s\u2019adapter aux circonstances, aux al\u00e9as du vivant. Le sociologue hollandais, Jan Douwe van der Ploeg, parle de co-production avec la Nature (Douwe van der Ploeg, 2014, p. 52).&nbsp;&nbsp;Catherine et Rapha\u00ebl Larr\u00e8re distinguent d\u2019ailleurs les \u00ab arts du faire \u00bb, que sont par exemple les \u00ab arts et m\u00e9tiers de l\u2019artisanat, (&#8230;) des manufactures et de l\u2019industrie \u00bb et les \u00ab arts du faire avec \u00bb qui consistent \u00ab \u00e0 infl\u00e9chir des processus naturels pour se procurer des biens \u00bb ou \u00e0 \u00ab utiliser des animaux domestiqu\u00e9s ou des objets techniques mus par des forces naturelles \u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015, p. 176). Pour eux, ces \u00ab arts du faire avec \u00bb rel\u00e8vent du \u00ab pilotage \u00bb, \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;une d\u00e9marche attentive, empirique et pr\u00e9cautionneuse, si sensible au contexte de production qu&rsquo;elle doit toujours \u00eatre adapt\u00e9e et n&rsquo;est gu\u00e8re reproductible \u00e0 l&rsquo;identique \u00bb (Larr\u00e8re et Larr\u00e8re, 2015, p. 183)&nbsp;&nbsp;C\u2019est bien dans ce type de d\u00e9marche empirique, de rapport au monde et au r\u00e9el, que sont engag\u00e9s les mara\u00eechers de cette coop\u00e9rative. C\u2019est \u00e0 travers la confrontation au r\u00e9el qu\u2019ils d\u00e9veloppent leurs savoirs et adaptent le plan de culture ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e. On n\u2019est pas tr\u00e8s loin de l\u2019id\u00e9e du \u00ab faire \u00bb pr\u00e9sente chez Tim Ingold pour qui \u00ab celui qui fait \u00bb est&nbsp; \u00ab quelqu&rsquo;un qui agit dans un monde de mati\u00e8res actives. Ces mati\u00e8res sont ce avec quoi il doit travailler et le processus de fabrication consiste \u00e0 \u00ab unir ses forces \u00bb aux leurs, les rassemblant ou les divisant, les synth\u00e9tisant ou les distillant, en cherchant \u00e0 anticiper sur ce qui pourrait \u00e9merger. (&#8230;) Bien que le fabricant ait une forme \u00e0 l&rsquo;esprit, ce n&rsquo;est toutefois pas elle qui cr\u00e9e l&rsquo;\u0153uvre: cette derni\u00e8re r\u00e9sulte plut\u00f4t de l&rsquo;engagement du fabricant avec la mati\u00e8re elle-m\u00eame\u00bb (Ingold, 2017, pp. 60-61).\u00a0 Objet 2&nbsp;: le local \u00e0 outils Le\u00a0local \u00e0 outils\u00a0permet \u00e9galement de souligner la complexit\u00e9 du m\u00e9tier. Avec 50 vari\u00e9t\u00e9s de l\u00e9gumes qui doivent \u00eatre accompagn\u00e9s tout au long de leur vie, les techniques, les savoirs et les savoir-faire sont multiples. Un plant de tomate va par exemple demander un semis en couche chaude ainsi qu\u2019une protection contre les courants d\u2019air froid qui perturberaient la croissance de la plante. Il devra ensuite \u00eatre transplant\u00e9 avec une dose d\u2019engrais dans un sol suffisamment meuble et abondamment arros\u00e9 afin de susciter la croissance des racines en profondeur. Il devra \u00eatre tuteur\u00e9, \u00e9gourmand\u00e9 durant toute la saison afin de concentrer l\u2019\u00e9nergie de la plante dans ses fruits. Ceux-ci devront \u00eatre cueillis sans blesser la plante et transport\u00e9s dans des caisses mod\u00e9r\u00e9ment charg\u00e9es pour \u00e9viter un \u00e9crasement. De plus, lors des r\u00e9coltes, il faut anticiper le rougissement de la tomate car une tomate orang\u00e9e sera peut-\u00eatre trop mure lors de la r\u00e9colte suivante une semaine plus tard.\u00a0\u00a0La vigilance est grande dans l\u2019observation de potentielles maladies qui pourraient rapidement se propager de plantes en plantes. Et chaque l\u00e9gume am\u00e8ne son jeu d\u2019actes techniques et d\u2019observations pour l\u2019accompagner tout au long de sa vie.\u00a0\u00a0 Le choix de l\u2019outil pour un travail, comme par exemple le d\u00e9sherbage, se fait \u00e0 nouveau en concertation avec le r\u00e9el, en fonction de la situation du terrain, de la texture du sol, de la croissance de la plante. Si une binette est relativement passe-partout pour un d\u00e9sherbage, une fraiseuse-sarcleuse est parfois plus efficace, mais celle-ci, plus encombrante, pourrait abimer la plante.&nbsp;&nbsp;Et il ne s\u2019agit ici que de la complexit\u00e9 au champ. L\u2019art du mara\u00eecher va aussi se traduire dans la recherche et la mobilisation de diff\u00e9rents canaux de vente pour \u00e9couler des surproductions, l\u2019encadrement des stagiaires, la communication, la collaboration avec d\u2019autres mara\u00eechers pour assurer une offre suffisante lors des march\u00e9s, la communication avec les coop\u00e9rateurs-consommateurs, \u2026&nbsp; Objet 3&nbsp;: l\u2019\u00e9tiquette de prix Il s\u2019agit de l\u2019\u00e9tiquette de prix d\u2019une tomate vendue sur le march\u00e9. A la coop\u00e9rative, le prix d\u2019une tomate varie entre 3,80 euros du kilo pour une tomate hybride et 5,80 euros du kilo pour une tomate ancienne.&nbsp;Par son prix, la tomate interroge l\u2019environnement \u00e9conomique dans lesquels produisent les mara\u00eechers. Car une tomate n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 une autre tomate.&nbsp;Et m\u00eame dans une production alternative, le prix des fruits et l\u00e9gumes reste connect\u00e9 aux prix dans la production conventionnelle&nbsp;auxquels on attribue un facteur de multiplication.&nbsp;Ainsi, la coop\u00e9rative applique un facteur de multiplication aux prix pratiqu\u00e9s par un grossiste bio car les march\u00e9s sur lesquels les mara\u00eechers&nbsp;&nbsp;proposent leur produits vont aussi \u00eatre occup\u00e9s par des revendeurs de produits bio qui pratiquent les m\u00eames marges.&nbsp; De plus, les prix sont \u00e9galement contraints par l\u2019imaginaire du co\u00fbt de la nourriture qui est diffus\u00e9 par la grande distribution. Avec des tomates parfois vendues \u00e0 99 cent du kilo, proposer des tomates \u00e0 3,80 euros du kilo pour les hybrides, ou 5,80 euros du kilo pour les vari\u00e9t\u00e9s anciennes, peut para\u00eetre insens\u00e9.&nbsp;&nbsp;Les mara\u00eechers, malgr\u00e9 une production alternative, se retrouvent donc en comp\u00e9tition avec les syst\u00e8mesconventionnel ou bio \u00e0 grande \u00e9chelle, plus subsidi\u00e9s et&nbsp;&nbsp;plus m\u00e9canis\u00e9s.&nbsp; Mais ce prix de la tomate&nbsp;&nbsp;interroge \u00e9galement le public \u00e0 qui celle-ci est destin\u00e9e et les mara\u00eechers sont pris dans la tension de vouloir vivre de leur m\u00e9tier tout en restant accessible au plus grand nombre et ne pas produire pour une niche isol\u00e9e de personnes privil\u00e9gi\u00e9es. La question du prix est donc aussi totalement li\u00e9e \u00e0 la question de l\u2019identit\u00e9 des producteurs, \u00e0 l\u2019id\u00e9al qui a conduit ces nimaculteurs, des agriculteurs Non Issus du Milieu Agricole (Sina\u00ef, 2013), \u00e0 leur reconversion. Car, sur les march\u00e9s, les mara\u00eechers de la coop\u00e9rative sont l\u00e0 surtout en tant que producteur, et non simplement comme vendeur. Certes des produits sont issus de l\u2019achat \u00e0 d\u2019autres producteurs , pour pr\u00e9senter une offre plus attrayante aux clients et augmenter les rentr\u00e9es, mais quand la production propre vient \u00e0 manquer, cela impacte le plaisir du march\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 m\u00eame du producteur. Ainsi, une production estivale de tomates inf\u00e9rieure aux pr\u00e9visions&nbsp;&nbsp;a rendu la vente&nbsp;&nbsp;moins int\u00e9ressante tant pour les clients que pour les producteurs. Pour ceux-ci, vendre uniquement les produits des autres, ce n\u2019est pas le m\u00e9tier recherch\u00e9 . Et pour les clients, ce qui est recherch\u00e9&nbsp;va souvent au-del\u00e0 de simples produits pour remplir son assiette avec une attention particuli\u00e8re sur la provenance du l\u00e9gume voire m\u00eame son histoire. Cela se ressent \u00e0 travers la fid\u00e9lit\u00e9 des clients au march\u00e9&nbsp;ou l\u2019engagement des abonn\u00e9s au syst\u00e8me de paniers qui paient parfois d\u2019avance pour une ann\u00e9e enti\u00e8re de consommation.&nbsp; Donc derri\u00e8re cette simple question du prix se retrouve de multiples dimensions interrogeant la possibilit\u00e9 p\u00e9renne d\u2019une production alternative dans un environnement \u00e9conomique tr\u00e8s comp\u00e9titif, avec en filigrane la question des subsides \u00e0 une agriculture qui voit chaque jour trois exploitations agricoles fermer leur portes en Belgique&nbsp; au profit d\u2019exploitations agricoles de plus en plus grandes.&nbsp; Objet 4&nbsp;: une table La table symbolise les r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res qui se tiennent \u00e0 la coop\u00e9rative. Il s\u2019agit de r\u00e9gler des questions techniques qui vont souvent au-del\u00e0 de la technique&nbsp;: doit-on traiter une maladie&nbsp;? enlever simplement les plants, abandonner la planche&nbsp;? La r\u00e9ponse varie en fonction des sensibilit\u00e9s et du sens que l\u2019on met \u00e0 \u00ab&nbsp;la protection de l\u2019environnement&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit bien s\u00fbr de parler de la gestion quotidienne de la coop\u00e9rative mais, pour que cela fonctionne, les \u00e9changes vont bien plus loin que dans une r\u00e9union de travail classique. Une grande partie des r\u00e9unions est consacr\u00e9e \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o int\u00e9rieure d\u2019une part, pour exprimer comment on se sent le jour de la r\u00e9union, et au feeling d\u2019autre part, pour exprimer comment on se sent dans le projet. Se sent-on \u00e9cout\u00e9&nbsp;? Est-ce qu\u2019on s\u2019y retrouve&nbsp;? Se sent-on bien dans le groupe, \u2026 Un temps est ensuite consacr\u00e9 \u00e0 une \u00ab&nbsp;lev\u00e9e de tension&nbsp;\u00bb durant laquelle chacun peut exprimer librement un ou plusieurs \u00e9l\u00e9ments qui provoquent chez lui une tension. Cela peut-\u00eatre une n\u00e9gligence dans le tri des d\u00e9chets, cela peut-\u00eatre une incompr\u00e9hension entre deux membres de la coop\u00e9rative.&nbsp;&nbsp;C\u2019est un \u00e9change de paroles franches, cash, dans un espace o\u00f9 tout doit pouvoir \u00eatre dit et entendu afin que cela lib\u00e8re l\u2019espace de travail de ces tensions. Pour qu\u2019un projet coop\u00e9ratif avec une dimension horizontale forte fonctionne r\u00e9ellement, cette dimension ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9e. Et au-del\u00e0 des l\u00e9gumes, cette mani\u00e8re de fonctionner o\u00f9 on tente de prendre soin, autant que faire se peut, des autres, interroge le monde du travail hi\u00e9rarchique et la notion de ressources humaines, mot passepartout mais scandaleux selon Mike Singleton dans l\u2019assimilation qu\u2019il produit des humains \u00e0 des ressources, interchangeables et exploitables (Singleton, 2015).&nbsp; Enfin, pour le cinqui\u00e8me objet, je voulais vous parler des caisses bleues. Ces caisses sont omnipr\u00e9sentes et standardis\u00e9es dans la production et la circulation des fruits et des l\u00e9gumes dans le B\u00e9n\u00e9lux. Elles permettent la circulation des l\u00e9gumes du champ au d\u00e9p\u00f4t et du d\u00e9p\u00f4t vers les march\u00e9s mais \u00e9galement entre diff\u00e9rents producteurs. Elles soulignent, comme mentionn\u00e9 plus t\u00f4t, que les mara\u00eechers de la coop\u00e9rative travaillent dans l\u2019environnement g\u00e9n\u00e9ral de la production mara\u00eech\u00e8re, alimentaire, ce qui les connecte \u00e0 des producteurs plus conventionnels.\u00a0\u00a0Mais elles incarnent \u00e9galement le r\u00e9seau de producteurs avec qui travaillent les membres de la coop\u00e9rative et qui sont eux aussi engag\u00e9s dans une optique commune d\u2019agriculture durable.\u00a0 Un article de Nicolas Loodts, doctorant au LAAP, boursier FRESH Bibliographie DOUWE VAN DER PLOEG J., 2014,&nbsp;Les paysans du XXIe si\u00e8cle. Mouvements de repaysanisation dans l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui, Paris, Editions Charles L\u00e9opold Mayer.&nbsp; INGOLD T., 2017,&nbsp;Faire &#8211; Anthropologie, Arch\u00e9ologie, Art et Architecture, Bellevaux, Dehors.&nbsp; LARRERE C. &amp; LARRERE R., 2015,&nbsp;Penser et agir avec la nature, Paris, La d\u00e9couverte.&nbsp; SINA\u00cf A., 2013, \u00ab&nbsp;Les non-issus du monde agricole pourraient cr\u00e9er des milliers de microfermes p\u00e9riurbaines&nbsp;\u00bb,&nbsp;La Revue durable, N\u00b050 : pp. 41-42, [En ligne]&nbsp;&nbsp; SINGLETON M., 2015,\u00a0S\u00e9minaire d&rsquo;enqu\u00eate ethnologique (LANTR2000), Notes de cours personnelles de N.Loodts, UCL, Ann\u00e9e acad\u00e9mique 2014-2015\u00a0 Toutes les photos sont de l&rsquo;auteur.","og_url":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/","og_site_name":"Laap","article_published_time":"2020-12-16T09:43:59+00:00","article_modified_time":"2020-12-16T09:48:05+00:00","og_image":[{"width":998,"height":742,"url":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Ouverture.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Nicolas Loodts","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Nicolas Loodts","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"11 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/"},"author":{"name":"Nicolas Loodts","@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/#\/schema\/person\/c30bd2b8649e700f26958121ed3b4934"},"headline":"Le mara\u00eechage biologique sur petite surface en 5 objets","datePublished":"2020-12-16T09:43:59+00:00","dateModified":"2020-12-16T09:48:05+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/"},"wordCount":2251,"publisher":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/#organization"},"image":{"@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Ouverture.jpg","keywords":["agriculture","agro\u00e9cologie","mara\u00eechage"],"articleSection":["A la une","Agriculture","LAAP"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/","url":"https:\/\/sites.uclouvain.be\/laap-anthropologie-prospective\/le-maraichage-biologique-sur-petite-surface-en-5-objets\/","name":"Le mara\u00eechage biologique sur petite surface en 5 objets - 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