Formation en Biologie Végétale

II. Les Bryophytes : une impasse dans l'évolution ?

Avec les Bryophytes, une étape critique dans l'évolution au sein de la lignée végétale – la conquête des espaces terrestres – est franchie. Celle-ci implique, obligatoirement, la mise en place de mécanismes diversifiés, déjà évoqués, pour éviter le dessèchement de l'organisme. Une réminiscence de la vie aquatique des ancêtres dont sont issues les plantes – les algues vertes – persiste néanmoins avec la nécessité pour le gamète mâle de se mouvoir dans un milieu liquide pour atteindre l'oosphère. Se développer sur des terres émergées présente cependant des avantages déterminants pour des organismes autotrophes phototrophes tels que l'accès plus aisé à la lumière et aux composants gazeux de l'atmosphère CO2 et O2.

Les Bryophytes constituent le groupe le plus primitif des Embryophytes. En fait, si elles produisent effectivement une structure de type embryonnaire au cours de leur cycle de développement, elles ne forment jamais de cormus vrai. Leur appareil végétatif ne possède pas de racines mais différencie des rhizoïdes. La partie aérienne, quoique relativement complexe et constituée, dans certains cas, d'un axe pourvu d'organes foliacés, ne peut jamais être assimilée à une tige portant des feuilles, tant sa structure anatomique est différente de celle des groupes plus évolués.

Les Bryophytes comprennent plusieurs classes (rassemblant près de 20.000 espèces), les trois principales étant les mousses (Bryophytes vrais), les hépatiques et les anthocérotes. Elles ont en commun différents caractères qui justifient leur maintien actuel dans un même embranchement.

(1) Elles sont toutes de dimension modeste. L'absence de système vasculaire développé ne leur permet pas de s'élever dans l'atmosphère et donc d'affronter un environnement où l'humidité ambiante est réduite. Les Bryophytes restent généralement dépendantes d'habitats frais ou même franchement humides. Certaines espèces peuvent toutefois tolérer des climats relativement secs où la disponibilité en eau est réduite; elles possèdent notamment la capacité de capter directement l'humidité de l'atmosphère et de résister au dessèchement. D'autres Bryophytes acceptent des périodes prolongées de froid intense et survivent donc en Antarctique. Enfin, quelques espèces aquatiques subsistent ; elles ne sont jamais marines.

(2) La prédominance du gamétophyte (phase haploïde) sur le sporophyte (phase diploïde) est absolue. Ce caractère est unique parmi les embryophytes et peut être considéré comme une voie sans issue puisqu'il ne sera pas maintenu dans l'évolution ultérieure. L'appareil végétatif des Bryophytes (c'est-à-dire la plante que l'on voit) représente donc le gamétophyte, c'est au niveau de sa morphologie que l'on relève les principales différences entre les groupes de Bryophytes. Le sporophyte, toujours parasite du gamétophyte, a un développement limité et réalise rapidement la méiose dont sont issues les spores qui donneront naissance à de nouveaux gamétophytes.