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Réminiscences ou la mémoire comme premier outil de conception architecturale Aline Veinman

> Dans quelle mesure les souvenirs influent-ils la conception ?

 « La mémoire n’est pas mémorisation, elle est dans cet ailleurs, que certains nommeront conception. »

Verdier T., « La mémoire de l’architecte »

 

Étrangement, le souvenir est une notion qui est souvent évoquée sans qu’on en comprenne réellement le sens. Celui-ci évoque indubitablement une temporalité ancrée et inséparable. Cependant bien au-delà de sa présence dans le passée, celui-ci est pourtant bien dépendant du présent et de la réalité du moment. Evidemment l’attachement au passé est si évident qu’on en oublie qu’il n’existerait pas sans le présent. Car c’est bien dans le moment présent qu’on se souvient, bien souvent par un élément qui a interpellé notre pensée jusqu’à se transposer dans le passé. Encore une fois, celui-ci fait renaitre des moments vécus auparavant, parfois même bien enfouis dans les méandres que constitue notre réservoir à souvenir. Nul n’est sans savoir qu’au fil du temps notre mémoire subit des sélections plus ou moins naturelles voire tout à fait volontaire, et tandis qu’on ne se souvenait absolument pas de certaines choses, elles resurgissent aussi claires qu’au moment vécu.

 

« À différents moments de la vie, la plupart des adultes font appel aux souvenirs du passé personnel et ce, par l’entremise de deux processus au moins : la réminiscence et la rétrospective de vie. Ce retour aux événements passés peut se produire spontanément ou volontairement, en privé ou en public, et peut impliquer le souvenir d’épisodes heureux et/ ou tristes. Ainsi, la réminiscence renvoie à l’évocation de souvenirs d’événements personnels passés »

Mezred D., Petigenet V., Fort I., Blaison C., Gana K., « La réminiscence : concept, fonctions et mesures. »

 

Quoi de mieux que l’expérimentation personnelle pour comprendre ou en tous cas mieux appréhender les mécanismes des souvenirs ? La mémoire est en perpétuel mouvement, elle emmagasine, stocke, déplace, efface. Tout ceci n’est surement pas sans avoir d’incidence sur notre quotidien d’abord, mais également sur notre conception. J’ai alors pris partis d’expérimenter moi-même mes propres souvenirs. Des souvenirs lointains ou proches de parcours effectués des centaines de fois ou simplement une fois. Des parcours connus ou inconnus exprimés par après au travers de textes ou de dessins. Autant de façons de capturer  les subtilités des rouages de la machine.

 

« Connaître, c’est se ressouvenir et développer dialectiquement les conséquences des idées éternelles ; pourtant, la réminiscence n’est pas une notion, mais une expérience. »

Juilliard O., « Réminiscence »

 

La promenade spatiale dans un environnement bien réel permet une richesse des souvenirs. Il est évident que la déambulation permet une approche beaucoup plus sensorielle qui ramène les souvenirs à la surface sans aucun effort. C’est donc autour de plusieurs parcours que s’articulent mes expériences mémorielles. Peut-on considérer que ces expériences toutes particulières m’ont permis d’expérimenter la réminiscence ? Certainement dans une certaine mesure. J’aime à croire que la réminiscence fait partis de nous. Inconsciemment nous faisons chaque jour appelle à ce processus et bien que la complexité de la mémoire soit ineffable et inexplicable, on peut la ressentir si pendant un court instant on pense à faire l’effort d’y réfléchir.

 

« Issu des mots grecs ána (remontée) et mnémè (souvenir), l’anamnèse signifie rappel du souvenir. Pour Platon, elle est la restauration de l’idée contemplée, avant l’incarnation, par l’âme humaine dans le ciel des idées et dont le souvenir serait resté inconscient sans l’opération de la « réminiscence ». Aristote refuse cette conception de la theôria et fait de l’anamnèse la faculté, propre à l’homme, de rappeler volontairement un souvenir d’origine empirique et de le localiser dans
le temps.»

 Torris G., « Anamnèse »

Inévitablement, le point de départ d’un projet est un souvenir. Un souvenir volontaire ou involontaire mais un souvenir tout de même. Chaque décision fait appel à notre mémoire, des informations emmagasinées qui s’entrechoquent, notre pensée qui articule les informations, les tisse pour en ressortir quelque chose de nouveau. C’est transposer une connaissance au travers d’un système mental. L’acte de création quel qui soit engage de passer par ces données accumulées, de les arranger et de les transgresser pour en sortir une idée. Faire l’effort de se ressouvenir, injecter dans le présent des souvenirs passés et construire quelque chose avec ces connaissances, là est la base de la conception. Ne dit-on pas, d’ailleurs, que notre mémoire est notre bagage le plus précieux ?

 

« La métaphore du Ménon de Platon qui rend compte de cette inversion chronologique est souligné par plusieurs théoriciens. Selon cette approche, le processus de conception architecturale est lié aux souvenirs. »

Le Coguiec E., « Pour une compréhension de la conception architecturale : étude réflexive de la conception du projet »

   

> Le projet serait-il alors une réminiscence de l’architecte ?

 

Références iconographiques ; Gerhard Richter, affiche évènement, Atlas Mnemosyne Abby Warburg, Franck Gehry, croquis anonyme, Kitty Sabatier, Stephanie Devaux.

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