Numéro 41 :

Promotion des médecins du 25 juin 2005

Allocution du professeur Bernard Coulie, Recteur de l'UCL

 

Monsieur le Prorecteur, Monsieur le Doyen,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Chères étudiantes et chers étudiants,

C'est à vous que je souhaite m'adresser particulièrement aujourd'hui.

Vous voilà arrivés au terme de votre parcours, et j'imagine que votre premier sentiment est le soulagement! Vous avez dû vous demander, au début de vos études, les plus longues de celles qui sont organisées à l'université, quand elles finiraient. Et pourtant, vous êtes ici. Et je vois dans votre présence ici le résultat de votre travail et de votre engagement dans votre métier d'étudiant.

J'emploie ces mots à dessein: travail, engagement, métier d'étudiant. C'est cela qui vous a permis de réussir. Mais, et je l'espère vivement, ce n'est pas que cela.

J'ose espérer que la qualité de l'enseignement dont vous avez bénéficié, le dévouement de vos professeurs et des chercheurs, l'aide attentive du personnel administratif, technique et ouvrier ont également compté dans le succès de votre parcours. Je tiens à remercier ici tous les membres de la faculté et des cliniques universitaires: par leur travail et leur engagement, ils ont contribué à votre formation et ils ont contribué aux missions de l'université.

Ce qui vous rejoint tous, membres de la faculté et étudiants, c'est l'envie d'apprendre, la curiosité et la passion. L'université veut être un milieu qui favorise ces attitudes. Mais il ne faudrait pas qu'en quittant les murs de cette institution, vous vous  en croyez dès lors exemptés.

La plus belle suite que vous pourrez donner à vos études est de préserver intacte votre envie d'apprendre, et de demeurer sans cesse curieux et passionnés. L'envie d'apprendre vous sera précieuse, car les savoirs évoluent de plus en plus rapidement: ce qui vous a été enseigné durant vos années à l'université devra être actualisé, complété, parfois même remis en question. Ne vous laissez jamais enfermer dans ce que vous avez appris: apprendre est un processus continu. La curiosité et la passion soutiennent ce processus.

Mais je voudrais aussi que vous ne soyez pas seulement passionnés pour vous-mêmes: soyez fiers de ce que vous avez appris et de ce que vous continuerez à apprendre, et communiquez-le autour de vous. Que vos curiosités et vos passions soient contagieuses, si je puis employer ce terme dans le contexte de la faculté de médecine. Pour une fois, ce serait une affection nosocomiale salutaire!

En un mot : que votre formation d'universitaires rayonne au-delà de vous-mêmes.
    
D'autres personnes encore ont contribué à rendre vos études possibles : je pense en particulier à vos parents, à vos familles et à vos proches. Vous devez leur en être reconnaissants, et je tiens à les remercier d'avoir confié leurs enfants à notre université et à cette faculté. C'est une preuve de confiance vis-à-vis de l'université, et nous espérons nous en être montrés dignes. Mais c'est aussi une preuve de confiance vis-à-vis de vous, une manifestation de dévouement, une expression d'altruisme dont il faut toujours se rappeler. Le service aux autres est une des valeurs fondamentales de l'université: faites vivre cette valeur en demeurant attentifs à mettre vos compétences au service des autres.

Considérez cela comme un devoir, et considérez que votre diplôme, dont vous pouvez légitimement être fiers et heureux aujourd'hui, vous apporte plus de devoirs que de droits, plus de responsabilités que de privilèges.

Je désire mettre en évidence trois responsabilités principales.

Vis-à-vis de vous-mêmes, d'abord.
Au cours de vos études, vous avez acquis des compétences et appris à poser des actes critiques, c'est-à-dire des actes qui témoignent de votre capacité à discerner, à juger et à décider. Le monde actuel vit souvent de raccourcis, de caricatures et de simplismes : soyez universitaires, ne dérogez jamais à l'exigence de rigueur et d'esprit critique qui a caractérisé votre formation.

Vis-à-vis de la société, ensuite.
L'université ne vous a pas seulement transmis des connaissances, elles vous a fourni des outils pour continuer à évoluer, à vous adapter, à vous enrichir, au moins intellectuellement... Vous n'avez pas été seulement enseignés, vous avez été formés. Mais cette formation ne doit pas rester stérile : elle doit servir à d'autres. En réalité, la formation universitaire ne prend son véritable sens que lorsqu'elle est mise au service de la société. Vous partez aujourd'hui avec un diplôme : vous partez surtout chargés de la mission de mettre vos acquis au service de ceux qui vous entourent. L'université répète que vous êtes les acteurs de votre formation. Il y a plus : vous êtes désormais les acteurs du futur, jouez-y les premiers rôles.

Vis-à-vis de votre université, enfin.
Si vous demeurez fidèles à l'exigence critique, et si vous mettez vos acquis au service des autres, vous contribuerez à maintenir vivant l'idéal universitaire. Dans un monde où la morale se réduit souvent aux intérêts du plus fort, où le bien se confond avec le profit, et où le rendement se confond avec l'utilité, l'idéal universitaire a plus que jamais sa place, mais c'est une place qu'il faut gagner chaque jour. Cet idéal ne pourra pas être défendu sans vous.
L'université elle-même, en tant qu'institution, a besoin de votre concours. Vous rejoignez aujourd'hui le groupe des anciens de l'U.C.L., des " alumni ". Par votre engagement d'anciens de l'U.C.L., vous pouvez non seulement participer au rayonnement de votre université, mais vous pouvez aussi nous aider, et aider ceux qui vous suivent dans les études, à bénéficier de votre expérience.

En un mot, dès que vous sortirez de cet auditoire, en tant que diplômés de l'université, ces responsabilités pèseront sur vous. Ne le vivez pas comme un poids, mais comme une ouverture, comme une occasion d'agir et de vous épanouir. Dès que vous sortirez, le regard des autres sur vous sera changé: parce que vous êtes universitaires, vos interlocuteurs attendront de vous votre attention, votre écoute, votre aide, des solutions à leurs problèmes.

Et cela est particulièrement vrai pour les médecins que vous êtes devenus.

Vous savez que le terme "médecine", qui est apparu en français au 12e siècle (sous la forme "medicine", vers 1121), est dérivé du latin "medicus", lui-même dérivé du verbe "mederi", qui signifie "soigner". Ces mots appartiennent à une importante famille lexicale indo-européenne, également représentée en grec et en arménien. La même racine a donné naissance au mot latin "remedium", "remède", et au français "méditer". La racine (rac. *med-) du terme "médecin" n'a en fait rien de médical; elle signifie "penser, réfléchir" , plus précisément "prendre avec autorité des mesures appropriées".

Voilà à quoi vous êtes maintenant appelés: penser, réfléchir, prendre avec autorité des mesures appropriées. Et voilà bien une mission d'universitaires, que vous accomplirez au service des autres.

Plus que tous les autres diplômés de l'UCL, vous, nouveaux anciens de la faculté de médecine, vous êtes à la jonction du scientifique et de l'humain. Plus que tous les autres diplômés de l'UCL, vous êtes appelés à remplir une des trois missions essentielles de notre université: servir.

Dans l'exercice de cette mission, vous devrez vous demander, chaque jour, comment être un ancien de l'UCL.  Ne vous résignez jamais à être des médecins comme les autres : soyez des médecins de l'UCL. Et manifestez-le par une attention sans faille à la personne, par le respect de la dignité humaine. En tant que médecins de l'UCL, vous devrez, chaque jour, considérer la maladie et la souffrance, non seulement dans leur dimension médicale, mais aussi, et surtout, dans leur dimension humaine et sociale. Vous devrez accorder une attention particulière non seulement au patient, mais aussi à son entourage, sa famille, ses proches, et vous aurez à le faire en conjuguant la fidélité aux valeurs de votre université et à vos valeurs, avec le respect des convictions de chacun.

Chacun de vos actes médicaux portera les germes d'une remise en question de vous-mêmes. Vous aurez besoin de vos valeurs, et de celles de votre université, pour vous servir de guides. Socrate a dit: "Connais-toi toi-même". Dans son évangile, l'apôtre Luc - et il n'est pas innocent de citer Luc ici, l'apôtre médecin, qui a donné son nom à nos cliniques - raconte que Jésus, lors de son ministère en Galilée, a cité un proverbe: "Médecin, guéris-toi toi-même" (Luc, 4, 23).  La phrase remonte à Esope, qui avait écrit : "Comment vous qui guérissez les autres ne vous guérissez-vous pas vous-mêmes?"  Être médecin et méditer sont étymologiquement liés; de même, guérir et connaître sont les deux faces d'une même médaille.

Chers diplômés, chers nouveaux médecins de l'UCL: guérir et connaître, les autres et vous-mêmes, voilà la mission qui vous attend.

Votre vie est devant vous: elle sera à la mesure de la place que vous y accorderez aux autres. Vivez en universitaires, et soyez fiers de l'être. Vivez en anciens de l'U.C.L., et faites en sorte d'en être fiers.

 

AMA-UCL Association des Médecins Alumni de l'Université catholique de Louvain

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