Dossier thématique: 43 - La (dis)continuité des carrières journalistiques : enjeux individuels et collectifs

Dossier coordonné par Olivier Standaert et Gérard Derèze.

Appel à contribution

La question de l'effritement progressif du modèle salarial prévalant au sein des économies occidentales a fait l'objet d'études nombreuses depuis la crise consécutive au choc pétrolier de 1973. Considérée comme un moment clé dans l'histoire économique et des groupes professionnels, la fin des « Trente Glorieuses » impose un régime où le fait professionnel, dans toutes ses dimensions, devient de plus en plus individuel, incertain et flexible (Supiot, 1994 ; Paugam, 2007 ; Castel, 2009). Aujourd'hui, de nombreuses analyses sur des marchés du travail variés ont entériné le mouvement de fond qui est à l'œuvre, à savoir l'érosion progressive des régulations collectives de l'emploi salarié vers des régulations interpersonnelles et fluides d'emplois de moins en moins associés à des contrats à temps plein et de longue durée.

Le présent appel à contributions de la revue Recherches en communication entend se placer au cœur même de ce cadre contextuel et propose de questionner le marché du travail journalistique à partir de la problématique de la (dis)continuité des carrières. S'agissant des journalistes, il est en effet intéressant de constater que ce groupe professionnel semble durablement et profondément modelé par une gestion des forces de travail de plus en plus flexible. A la fois géographique (via la sous-traitance et l'externalisation), contractuelle (via les formes atypiques d'emploi), temporelle (via l'organisation des plages horaires et des rythmes de production) et fonctionnelle/organisationnelle (dans les dimensions relationnelles par exemple), la flexibilité en tant que norme gestionnaire (De Nanteuil-Miribel, El Akremi, 2005) impacte la plupart des pratiques, des routines et des schémas organisationnels des entreprises journalistiques. En tant que groupe professionnel, le journalisme est fortement caractérisés par différentes formes de flexibilité destinées entre autres à s'adapter au caractère imprévisible des tâches journalistiques. L'étude de la flexibilité journalistique peut donc s'opérer à partir du travail en tant que tâche laborieuse. Mais elle affecte aussi, notamment lors des périodes de basse conjoncture, l'emploi, compris ici comme un ensemble de dispositions contractuelles-légales encadrant une activité, dans le but d'anticiper l'incertitude croissante des marchés et partant, de certaines sources de revenus (Spieser, 2013). Certaines études ont déjà mis en lumière la façon dont la gestion de plus en plus flexible des emplois au sein des rédactions journalistiques pouvait être un facteur d'instabilité et de fragilité (notamment matérielle, mais aussi identitaire), voire de précarité (Frisque, Saitta, 2011 ; Lapointe, Dupont, 2006).

Replacée dans la question de la flexibilité du fait professionnel, la question de la (dis)continuité des carrières renvoie au final tout autant au contexte général de l'évolution des marchés du travail qu'à celui, plus focalisé, des entreprises journalistiques en ce qu'elles lui confèrent des formes particulières (statutaires, organisationnelles, relationnelles, identitaires) . Même si elle se prête particulièrement bien aux approches longitudinales et focalisées sur l'individu et ses stratégies d'acteur, cette problématique peut également être étudiée à partir de perspectives synchroniques, par l'entremise de la gestion des ressources humaines, des dispositifs organisationnels des rédactions et des initiatives de défense/regroupement de certaines catégories de travailleurs fragilisées par le déficit de stabilité sur le marché de l'emploi, de même qu'elle trouve un intérêt évident dans études collectives, sur des cohortes de journalistes partageant certains traits communs par exemple.

Les propositions d'articles à publier dans le cadre de cet appel se focaliseront dès lors sur un des axes suivants (ou sur plusieurs d'entre eux) :

 

  • La mesure et la comparaison des formes et des effets de la (dis)continuité des carrières journalistiques sur les individus eux-mêmes, sur les pratiques laborieuses, sur une catégorie de professionnels, sur les rédactions, les entreprises, voire sur un segment du groupe professionnel ;
  • Les enjeux actuels de la (dis)continuité des carrières journalistiques dans une perspective historique de la sociologie du groupe professionnel ;
  • Les approches comparatives des questions de (dis)continuité au sein de groupes professionnels appartenant au même univers de production que les journalistes, telles les professions intellectuelles et artistiques.
  • Les modes de gestion des carrières, et plus largement des ressources humaines, en cernant dans quelle mesure ils créent un cadre favorable ou non pour les trajectoires (dis)continues au sein de leurs effectifs ;
  • Les approches centrées sur les effets de la (dis)continuité en termes d'individualisation et de mobilité (contrainte ou volontaire, ascendante ou handicapante, dans ou en dehors du marché étudié) des trajectoires professionnelles ;
  • La question des acteurs extérieurs au marché journalistique et de leurs interventions/actions, notamment à des fins régulatrices, de défense ou de contrôle en lien avec la question de la discontinuité.
  • Les propositions de méthodologies permettant de s'emparer des questions de (dis)continuité de manière innovante et d'exploiter, notamment les bases de données fournissant des indicateurs à l'études des trajectoires professionnelles.

 

Les propositions de contributions à ce dossier thématique doivent être soumises sur le site de la revue. Elles devront respecter les consignes aux auteurs de la revue.

Les articles soumis et acceptés pour publication dans ce dossier sont publiés un à un sur le site, au moment de leur finalisation, sans attendre que l'ensemble du dossier soit prêt à être publié.

Cet appel à contribution est ouvert jusqu'au 1er décembre 2017.

» Voir le sommaire du dossier thématique



ISSN: 2033-3331