Numéro 1 :

Les malades imaginés

Marguerite Gautier, une poitrinaire de charme

 

Dans sa jeunesse, Alexandre Dumas fils connut intimement une damede petite vertu et de haut standing, l'une de celles que l'on appelait àl'époque des " hautes coquines ". Marie Duplessis, très célèbresur la place de Paris, mourut de la " phtisie galopante ", à l'âgede 23 ans. Dans sa loge au spectacle ou au bal, trois choses ne la quittaientjamais : sa lorgnette, un sac de bonbons et un bouquet de camélias.Pendant vingt cinq jours du mois, les camélias étaient blancset pendant cinq jours ils étaient rouges.  Dumas prétendqu'il n'a jamais pu expliquer cette variété de couleurs !

Cette aventure plus ou moins sentimentale inspira au fougueux Alexandrele " Roman de Marguerite Gautier " ou " La Dame aux camélias ", publiéen 1848 et adapté pour le théâtre quatre ans plus tard.Comme on le sait, chez Verdi, Marguerite est rebaptisée Violetta etla dame aux camélias est dénommée la Traviata, la dévoyée,afin d'insister sur le caractère moral de l'histoire. L'opéraest représenté pour la première fois à la Feniceen 1853.

Au cours de la vie romancée de cette hétaïrerachetée par l'amour, on assiste à la progression inexorablede la maladie, avec toutefois des rémissions et des rechutes. Il s'agitd'abord de fébricules vespérales, puis d'une petite toux avecrougeur des pommettes lorsqu'elle s'énerve ou s'émeut. Ce sontensuite des quintes de toux avec des filets de sang dans le mouchoir ou laserviette. Plus tard, la fièvre est continue et la toux s'accompagnede crachements de sang, d'oppression, de frissons, de palpitations, de claquementsde dents.  " Un hiver de glace me pèse sur la poitrine ". Laperte de la voix est un symptôme décrit par Alexandre Dumas,maisnon repris par Verdi, car Violetta devait rester en voix jusqu'à sondernier soupir. Enfin, les derniers jours arrivent avec la cachexie, lesétouffements et le délire.

Les traitements infligés à Marguerite, alias MarieDuplessis, nous font sourire aujourd'hui : alternance de journéesde lait et de journées d'infusion, saignées répétées,cataplasmes, cures à Bagnères et à Spa. À cetteépoque, la nature contagieuse de la tuberculose pulmonaire n'étaitmême pas soupçonnée. Le bacille de Koch ne sera découvertqu'en 1882 et celui de Calmette et Guérin en 1896. Dans l'entouragede Marguerite, aucune précaution n'est prise. L'héroïneétant morte ruinée, ses meubles et sa vaisselle sont livrésà une vente publique, mais également ses vêtements etcolifichets, ses peignes et même ses cheveux.

L 'hérédité était toutefois admise.Marguerite, peu avant sa mort, se confie à une amie: " ma mèreest morte de la poitrine et la façon dont j'ai vécu jusqu'àprésent n'a pu qu'empirer le seul héritage qu'elle m'ait laissé".
Après la mort de la dame aux camélias, Armand Duval, son amantde cœur,tombe malade : il est épuisé et fiévreux, puisil semble aller mieux. L'histoire ne dit pas s'il s'agissait des premierssymptômes de la phtisie. Mais l'on peut s'interroger; les bacillesdevaient foisonner dans le boudoir de Marguerite.

L'AMAteur.


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